Bonjour chers lecteurs ! Je tiens tout d'abord à m'excuser pour l'absence de plus d'une semaine, disons que ça n'a pas été facile pour moi. Mais je suis de retour, et j'ai l'intention d'écrire aussi vite que possible pour que nous soyons débarrassés des Moissons. Merci énormément à tous pour vos encouragements, pour vos reviews, pour m'avoir mis dans vos favoris... Sachez que tout cela est immensément apprécié.

Cette tribut a été créé par Svetlana. On a déjà eu un petit aperçu d'elle dans la Moisson de Louarn, j'ai bien hâte de savoir ce que vous allez en penser ! X)

Nyannach : Je suis très contente que tu trouves mes persos réalistes *-* Ce n'est pas toujours facile de trouver la piste à suivre pour que le personnage se tienne, donc c'est très satisfaisant d'entendre que ce n'est pas complètement raté :3 Sinon je suis d'accord avec toi, c'est un peu difficile de se représenter chaque personnage ^^' (mon plus grand rêve est d'avoir un artiste talentueux sur demande qui me dessine mes personnages, mdr). Merci de ta review ! :D

Solene : Je ne te pardonne absolument pas d'avoir reviewé tard. Non mais. :P (sérieusement, je suis déjà hyper contente que tu le fasses à chaque chapitre !) Sinon, parlons de Louarn. En effet, il pourrait sembler soft. Mais en fait, je ne crois pas que ce soit le cas. Il est perçu comme tout gentil, vu qu'il a passé après Ycare, mais il a ses côtés plus durs aussi. J'ai bien hâte de les faire découvrir :)

Hana : Hey aussi ! Merci de ta review ! C'est sûr qu'il est bien différent d'Ycare, et en effet il est beaucoup plus... "humain" disons. Dans le sens que ses émotions peuvent être mieux comprises par nous tous, je crois. J'ai moi aussi très hâte de le faire évoluer. :)

Maryn : Merci beaucoup de ta review X) Pour répondre à ta question, sincèrement je ne sais pas du tout si ça ressemble vraiment à ça, un garçon timide et amoureux. XD Sinon, j'aime bien ton idée qu'il assome un tribut avec sa queue... mais du coup j'ai l'image qui m'ait venue où il s'assomme lui-même avec, mdr. (wais, je suis bizarre parfois.) Bref, contente que tu aimes Louarn :D

Sur une autre note, j'ai oublié de l'inclure dans ma note d'auteure au dernier chapitre (merci tablearepasser de me l'avoir rappelé). Je vais utiliser le mot pigé de temps à autre, au Québec cela veut dire être tiré au sort. Je me rends compte que la plupart de mes lecteurs sont français, mais c'est le mot le plus confortable à utiliser pour moi, et c'est pourquoi je ne vais pas l'éliminer de mon vocabulaire. Vous trouverez probablement d'autres expressions québécoises, n'hésitez pas à m'écrire si vous ne les comprenez pas. :)

Et merci à D. Would pour sa merveilleuse correction (et d'ailleurs... oui, je vous recommande encore sa fic, XD. Mais je vous assure, je suis rendue dans les chapitres de l'arène (eh oui, je suis privilégiée !) et ça en vaut vraiment la peine ! :3 Rédemption : 12e Jeux du Capitole) et à Ljay pour ses encouragements (et menace de coups de fouet, mdr) qui m'aident à avancer.

Bref... bonne lecture !


MOISSON DU SECTEUR 2

Une glaciale observatrice


Leonie Crane, 18 ans, Secteur 2

Je bascule sur la gauche alors qu'un poids creuse le matelas. Gardant les paupières closes, je respire le doux courant d'air venant de la fenêtre ouverte. Le froissement des draps sous mes doigts est apaisant. Des lèvres se posent sur mon front dans un chaste baiser mais je l'attrape par la nuque d'une main pour l'embrasser plus longuement. Je peux sentir son sourire et ouvre finalement les yeux pour croiser le bleu des siens.

– C'est l'heure de se lever, murmure-t-il.

J'hoche de la tête et me relève tout en m'appuyant contre le support du lit. Alors que j'essaie de dompter mes cheveux, il se glisse à côté de moi, prenant la tasse de café fumante qu'il avait posée sur la table de chevet. Je m'en empare avec un regard reconnaissant et prends immédiatement une gorgée.

– Toi et ton café, rigole-t-il.

Je hausse les épaules.

– Tu es debout depuis longtemps ?

– J'avais du mal à dormir…

Il détourne la tête, fixant le ciel bleu. Je m'empare de sa main pour y appliquer une petite pression. Je suis soulagée qu'au moins lui ne soit pas éligible, puisqu'il a vingt ans. Mais je crois qu'il le regrette. Il a l'impression qu'il ne peut pas me protéger, ainsi. Ne peut pas se porter volontaire si je suis tirée au sort.

– Tu n'es pas inquiète ? me demande-t-il.

– Quelles sont les chances que je sois choisie ? Je n'ai même pas pris de tesserae. Et puis je suis une célébrité du Capitole, qui oserait m'envoyer dans les Jeux ?

Il fronce les sourcils, sachant parfaitement que je me moque de lui. Alors que c'est ma vie qui est sur la ligne, c'est lui qui angoisse le plus. Parfois je me demande comment je me suis retrouvée avec Kylian. Nous sommes si différents, le jour et la nuit. Une chance que je l'ai dans ma vie, sinon j'ignore où j'en serais maintenant. Nulle part de bon, à coup sûr.

Nous continuons de parler à voix basse pendant que je finis mon café tranquillement. La Moisson est dans trois heures. J'ai l'habitude de me lever tôt pour mon travail, et puis je n'ai jamais eu besoin de beaucoup de sommeil. J'observe Kylian de profil, alors qu'il me raconte ce qu'il a fait avec Nolan le soir d'avant. Il est beau, mon petit ami. Grand, les traits masculins, les cheveux noirs plaqués sur sa nuque, une belle peau mate et des yeux bleus pétillants. Les rumeurs courent que je ne sors avec lui que pour sa beauté. Le top-modèle Leonie Crane ne peut être avec quelqu'un de repoussant, après tout.

Mais ce n'est pas le cas. Je connais Kylian depuis l'enfance, puisque c'est le meilleur ami de mon grand frère. Je crois que j'ai toujours été amoureuse de lui. Il est le seul garçon que je peux voir romantiquement. C'est aussi simple que ça.

– Ça te dirait de faire un peu d'escrime ? Pour se changer les idées…

– Bonne idée, répond-il avec un sourire, reprenant la tasse vide de mes mains.

Je me lève à sa suite pour rejoindre la petite salle vide de fourniture que nous utilisons afin de nous entraîner, chassant rapidement la Moisson de mes pensées. Bien sûr qu'elle me rend nerveuse, et l'idée d'être tirée au sort me terrorise, mais c'est justement pourquoi je préfère ne pas y penser, contrairement à Kylian. Avoir peur ne changera rien à la situation. Mais lui semble vouloir le mentionner régulièrement depuis quelques jours. Peut-être est-ce pour me témoigner à quel point il craint de me perdre, et donc qu'il m'aime ?

Moi qui dis ne pas vouloir y penser… Un rire amer m'échappe et je prends une grande inspiration, enfilant les vêtements appropriés. Kylian me fait un clin d'œil appréciateur et je lève les yeux au ciel. M'emparant du fleuret, je me mets en garde devant lui, et il fait de même.

Nous échangeons quelques coups sans fournir trop d'effort, histoire de s'échauffer. Puis nous nous y mettons sérieusement, et bientôt j'ai le front en sueur. Le masque protecteur n'aide absolument pas, mais avec le métier que je fais, je ne peux pas prendre le risque de blesser mon visage.

Je gagne le combat haut la main, comme d'habitude, et il arrache son masque avec un soupir défaitiste.

– Tu peux y aller un peu plus gentiment pour une fois… Je te rappelle que je n'ai que deux ans de pratique moi, contrairement à la mademoiselle qui en fait depuis dix ans !

Je hausse les épaules et passe une main dans mes cheveux poisseux en grimaçant.

– Je n'aime pas faire les choses à moitié, tu sais bien.

– Je sais, je sais, chantonne-t-il. Une douche, ça te dit ?

Il m'adresse un rapide clin d'œil et me prend par la taille pour m'entraîner dans la salle de bain avant que je ne puisse protester. Pas que j'en ai l'intention. Malgré tout, je quitte la pièce avec regret. On pourrait croire que ma passion est de défiler, puisque c'est ce que je fais depuis que je suis toute petite… Mais je me sens le mieux avec un fleuret dans les mains. Ça me donne l'impression d'être… puissante. En contrôle. Quand je défile, je ne contrôle rien. Je dois faire ce qu'on me demande, et ce n'est pas comme si j'aime cela particulièrement.

J'ai une raison qui m'oblige à le faire, c'est tout.

Je me lave les cheveux et le corps avec délice, galamment aidée de Kylian. C'est rare que nous puissions passer nos matinées ensemble ainsi, c'est bien dommage que ce soit à cause de la Moisson. Nous vivons ensemble depuis un an maintenant. Je ne pouvais plus supporter l'atmosphère à la maison, et puisque c'est moi qui fournis les finances pour tous nous faire vivre, je peux bien avoir mon propre appartement.

Je sors de la douche à la suite de mon petit ami, m'enrobant d'une serviette. Il se retourne brusquement vers moi, les yeux affolés, et se cache derrière le rideau de douche. Fronçant les sourcils, je jette un coup d'œil par l'encadrement de la porte ouverte pour apercevoir ma mère, une main devant les yeux.

– C'est beau, plus de garçon nu ? demande-t-elle en écartant ses doigts.

Elle se met à rire nerveusement et dépose deux baisers sur mes joues.

– Leonie, j'avais peur de te manquer ce matin. J'espère que je ne te dérange pas ?

– À peine, dis-je sarcastiquement, forçant un sourire sur mes lèvres et refermant la porte derrière moi pour laisser un peu d'intimité à Kylian.

– Je voulais savoir quelle tenue tu comptais porter aujourd'hui ? Si jamais tu es pigée…

Je l'interromps, ne voulant pas en entendre plus :

– Je sais déjà ce que je veux mettre.

C'est faux, mais je refuse d'être habillée par ma mère. En tant que manager, elle gère déjà presque toute ma vie, alors en ce jour si spécial… Si je deviens tribut, je veux que ce soit en tant que moi-même, pas en tant que la fameuse Leonie Crane.

– Es-tu certaine ? J'ai cette tenue en tête qui me semble parfaite… Tu sais à quel point les apparences sont importantes, et puis je m'y connais tout de même mieux que toi en mode…

Je lui tourne dos en secouant la tête, fouillant dans ma garde-robe jusqu'à ce que je trouve un peignoir bleu tout simple. Ma mère se croit si supérieure parce qu'elle a été styliste quelques années. La mode change vite, ce qu'elle croit actuel est longuement dépassé. Et puis maintenant c'est moi qui la crée, avec mon propre style. Toutes les jeunes filles me copient, peu importe ce que je mets.

Si elle n'était pas ma mère, ça fait longtemps que je ne l'aurais renvoyée. Mais avec ce travail, elle n'a plus l'impression d'être inutile. C'est important pour elle, je le sais bien.

– Écoute maman, ça ira pour aujourd'hui, ok ? Ma décision est prise.

Elle hoche la tête, l'air dépité.

– N'oublie pas que demain tu as le gala.

– Je n'ai pas oublié.

– On se voir plus tard alors ? Il faut aussi qu'on révise les photos de l'autre jour…

– Oui, on se voit plus tard.

– D'accord, dit-elle avec un timide sourire. Je suis sûre… je suis sûre que tout se passera bien. Autant pour toi qu'Eva.

– Je suis sûre aussi.

Elle hoche la tête, m'embrassant à nouveau sur les deux joues. Elle crie un au revoir à Kylian et quitte l'appartement, les épaules basses. Je m'en veux de la décevoir ainsi, mais aujourd'hui… Seulement aujourd'hui je veux avoir ma liberté.

Parfois je regrette d'être mannequin. J'ai commencé à la demande de ma mère, qui voulait exposer ses créations, et je me suis rapidement fait remarquer dans le monde de la mode. Je n'y ai pas mis beaucoup d'énergie au début, mais… Suite à la mort – au meurtre – de Seneca, être célèbre est devenu la seule solution pour sauver ma famille. Grâce à mon grand frère, nous vivions bien, malgré le maigre salaire de Pacificateur de mon père. Mais après les soixante-quatorzièmes Jeux, notre famille est devenue la risée du Capitole.

Alors j'ai tout fait pour nourrir ma famille. Et pour rectifier les choses. Parce que Seneca ne méritait pas ce qui lui ait arrivé, il était talentueux, il aurait dû obtenir toute la gloire lui étant dû. Mais à cause de Katniss et Peeta…

Plus je gagnerai d'influence au Capitole, plus je pourrai graduellement améliorer la réputation de mon frère. Et peut-être… Peut-être me venger de Katniss et Peeta.

Je ferme les yeux, prenant de grandes inspirations. Deux mains se posent sur mes épaules et je sursaute, me retournant d'un bond. Kylian me regarde avec surprise, et un sourire bienveillant se dessine rapidement sur ses lèvres.

– On va manger ?

– Je m'habille et j'arrive.

– Ça va prendre une bonne demi-heure, alors, ricane-t-il.

Lui tirant la langue, je disparais dans la salle de bain. Je commence par mes cheveux m'arrivant aux hanches, me contentant de les attacher dans un chignon lâche. Je considère mettre des verres de contact, j'aime bien changer la couleur de mes yeux régulièrement, mais opte finalement pour une apparence naturelle. J'applique un maquillage léger, ainsi que de petites boucles d'oreille discrètes. Je ne mets pas mon piercing au nombril, mais je choisis une petite perle blanche pour ma langue. Ma pâleurme donne l'air un peu fatiguée et je rajoute un fond de teint pour cacher mes cernes. M'observant une dernière fois, je suis satisfaite du résultat.

Choisir ma tenue me prend un certain temps, mais j'enfile finalement une longue robe rose toute simple, ainsi que des chaussures noires fermées à talons hauts. Fin prête, je rejoins Kylian dans l'entrée.

– Très jolie, murmure-t-il en déposant un baiser sur mes lèvres.

– Évidemment.

– Ça va l'orgueil ?

– Très bien, merci.

Il éclate de rire et s'empare de ma main pour m'entraîner à l'extérieur. Le restaurant est au coin de chez nous, c'est là que nous mangeons sans arrêt. Les patrons nous connaissent bien, maintenant. Nous avons bien essayé de cuisiner quelques fois, mais… Il semblerait que nous n'ayons aucun talent dans cette particulière activité. Et puisque nous avons les moyens de nous payer le restaurant… Pourquoi se priver ?

– Tu crois qu'ils sont déjà là ?

– On dirait, dis-je en pointant les deux personnes attablées dans un coin tranquille de la grande pièce.

– Leonie !

Une tête rousse me saute dessus, me serrant fort dans ses bras. Eva me relâche finalement, un sourire aux lèvres mais le visage empli d'inquiétude. Elle fait de même avec Kylian aussi, puis nous entraîne vers sa table. Nolan nous salue d'un simple hochement de tête, comme à son habitude. Il partage les mêmes yeux verts qu'Eva, mais pour le reste il me ressemble en tout point, sauf pour les cheveux blonds. Grands et froids, c'est ainsi qu'on nous décrit au premier regard.

– Stephania n'est pas là ? demande Kylian avec une moue déçue.

Il adore ma petite sœur de huit ans. Moi-même je ne peux dénier qu'elle est adorable. Avec ses longs cheveux bruns en boucle et son joli visage de poupée, elle fait craquer tout le monde. Et puis son intelligence et sa maturité pour son jeune âge sont fascinantes.

– Non, maman a pensé qu'il serait mieux de la tenir éloignée de nos conversations déprimantes, répond Nolan en faisant des guillemets imaginaires sur le dernier mot.

– Genre qu'on parle de la Moisson ? traduit Kylian.

– Exactement. On dirait qu'elle croit encore pouvoir protéger les innocentes oreilles de la plus jeune.

– Et dire que parfois j'ai l'impression qu'elle en sait plus que nous, plaisante mon copain.

– Laisse donc ma mère dans son monde imaginaire où tout va bien. Tu sais à quel point elle aime avoir le contrôle.

– Ne m'en parle pas.

Les deux meilleurs amis échangent un sourire moqueur. Kylian est bien le seul à être capable de faire rire Nolan, qui est habituellement si sérieux que ça en devient ridicule. Comme moi, d'ailleurs.

– Arrêtez de vous moquer les gars, intervient Eva. Je ne vois pas le mal de vouloir protéger Stephania. Avec moi et Leonie d'éligibles…

– Justement, elle devrait être préparée à l'éventualité, plutôt que gardée dans un cocon doré, dit Nolan d'une voix douce.

– Parce que tu arrives à te faire à l'idée, toi ?

Un silence inconfortable s'installe, heureusement interrompu par une serveuse.

– L'habituel ? demande-t-elle poliment.

Nous hochons tous la tête et elle s'éloigne. Mes frères et sœurs mangent souvent avec nous le matin, c'est devenu notre rituel. Nolan habite dans son propre appartement à une vingtaine de minutes d'ici, mais Eva vit encore dans la maison familiale qui est tout près.

– Ça va ? Tu ne dis rien depuis un moment… me glisse Eva quand les deux garçons se mettent à parler entre eux.

Je hoche la tête, perdue dans mes pensées. Je n'étais pas vraiment inquiète quand j'ai entendu l'annonce des Jeux du Capitole. Quelles sont les chances que je sois choisie, après tout ? Et puis j'ignore pourquoi, mais j'avais l'impression que ma célébrité me protègerait. C'est idiot pourtant, Seneca était très connu et il est quand même mort. Si je suis tirée au sort… Je me demande comment je m'en sortirais.

– Leonie ?

– C'est rien. Je me demandais juste si c'est vraiment la robe que tu vas porter pour la Moisson ?

Elle fronce les sourcils de mécontentement et arrange les plis de sa robe verte. Celle-ci est trop serrée, montrant ses rondeurs. Eva n'a jamais été très bonne pour trouver ce qui lui irait le mieux. Elle pourrait être très jolie si elle essayait un peu plus.

– Ne fais pas comme maman, veux-tu ? Je suis très bien comme ça, marmonne-t-elle finalement.

Je souris et me force à la complimenter, sachant à quel point ça lui fait toujours plaisir :

– Bien sûr. La couleur va bien avec tes yeux.

– Tiens Eva, je me demandais, nous interrompt Nolan brusquement. Est-ce que papa a trouvé un travail finalement ?

– Pas encore. Mais ça viendra, j'en suis sûre, répond ma sœur, toujours la grande optimiste.

Notre père a perdu son travail suite à la rébellion, comme tous les Pacificateurs. Depuis il a découvert la joie de l'alcool et il ne sort presque plus de la maison. Déjà que ça n'allait pas très bien suite à la mort de Seneca… Eva est persuadée qu'il va sortir de son impasse bientôt, mais j'en doute. Je ne peux pas m'empêcher d'être déçue de lui. Moi qui l'admirais tant petite, c'est frustrant de voir ce qu'il devient.

– Et toi Nolan, tu as trouvé quelque chose ? demande Kylian.

– Un emploi temporaire, mais je vais devoir reprendre les études. Que penseriez-vous si je devenais un Thrax ? blague-t-il d'une voix amer.

Voulant suivre les traces de notre père, Nolan a toujours rêvé d'être un Pacificateur. Il doit maintenant se trouver un autre but. Au moins les activités artistiques n'ont pas été bloquées avec l'invasion des Districts. Pour la plupart, nous pouvons vaquer à nos occupations habituelles. L'atmosphère reste étrange, mais la majorité de la population s'est bien adaptée.

Et puis il y a des jours comme celui-ci où il est impossible d'oublier notre défaite, alors que vingt-quatre enfants vont être sacrifiés.

.

.

.

– Tout va bien se passer, murmure Kylian en déposant un tendre baiser sur mes lèvres.

– Bien sûr.

Il me sourit, me caressant la joue avant de s'éloigner en compagnie de Nolan qui se contente d'un sombre hochement de tête. Eva s'empare nerveusement de ma main et nous nous mettons en file. Je peux sentir les regards en coin posés sur moi, mais je les ignore sans difficulté.

Je donne une goutte de sang, détournant la tête. J'ignore pourquoi, mais je ne supporte pas le sang, de vue mais particulièrement à l'odeur. Il était difficile pour moi de regarder les Hunger Games pour cette simple raison. Un Thrax nous indique nos sections respectives et je donne un sourire rassurant à Eva alors qu'elle disparaît parmi les dix-sept ans.

J'aperçois mes deux amis dans le coin gauche des dix-huit ans et me dirige vers eux d'un pas pressé, ignorant les sifflements appréciateurs de certains garçons. Je déteste me promener dans une foule. Alicia m'embrasse sur les deux joues, son énergie habituelle s'étant transformée en un stress énorme. Sa lèvre inférieure est gonflée tellement elle se l'ait mordue et elle se trémousse sur place. Svjetlan me salue d'une voix calme, son expression glaciale reflétant la mienne.

– Comment va ta sœur ? me demande Alicia, s'inquiétant pour tout le monde comme toujours.

– Elle va survivre, dis-je platement.

– Et toi ?

– Moi aussi.

Elle se blottit dans les bras de Svjetlan, et pour un instant je les envie de pouvoir se soutenir ainsi. J'aimerais tant que Kylian soit à mes côtés. Je lève les yeux sur la scène où se font les derniers préparatifs. Un frisson me parcourt et je serre les dents, observant les autres jeunes autour de moi. Je me demande qui va être tiré. Quel garçon, quelle fille…

Si c'est Eva, est-ce que… Est-ce que je devrais me porter volontaire ? Je suis plus vieille, et elle est de ma famille. Je devrais, non ? Sauf que… J'ignore si j'en serais capable. Je suis terrorisée à l'idée d'être dans les Hunger Games tout autant que je le suis à l'idée qu'Eva y soit. Ou Alicia. Ou Svjetlan.

De toute manière, aucun des enfants ne mérite d'être envoyé dans les Jeux. Aucun. Enfin, je dis ça… Mais tant que ce n'est pas un de mes proches, je suis certaine que je serai soulagée.

Ciriaco Marnix, l'hôte de notre Secteur, monte sur scène quand le petit film d'introduction est terminé. Il se présente avec une expression morne et je fronce les sourcils. Si je me souviens bien, il était pourtant un hôte très enthousiaste dans les Jeux d'avant. Pourquoi semble-t-il s'ennuyer autant ?

Il présente la mentor, Tahliya McGregor. Celle-ci fait un signe de la main. Je sais qu'elle est dans la fin de la vingtaine, mais elle semble en avoir à peine douze ans. Petite et menue, elle a de longs cheveux bruns aux reflets rouges lui arrivant à la taille, une peau caramel et un visage en forme de cœur aux grands yeux marrons foncés. Mais malgré son apparence, elle porte des vêtements très féminins, avec un joli décolleté, une veste rouge et un pantalon épousant ses formes.

Elle recule, s'asseyant sur une chaise placée là à cet effet, et Ciriaco reprend la parole.

– On vient de me dire que la Moisson du Secteur Un est terminée. C'est donc l'heure du tirage… Les filles d'abord…

Je retiens mon souffle. Pas Eva, pas Alicia.

Pas moi.

Il s'empare d'un papier rapidement et je peux sentir mon cœur battre la chamade. Le temps semble être au ralenti. Je tourne mon regard vers Kylian, lui aussi a les yeux fixés sur moi.

– Le tribut féminin est Leonie Crane.

Tout s'arrête. Je me sens soudainement vide, complètement vide. La tête, les membres, l'esprit… Comme si en ce moment plus rien n'existait. Plus rien sauf ce petit bout de papier avec mon nom. J'avance un pied, puis un autre. Je ne me contrôle pas. C'est automatique. Des années sur scène m'ont préparée à cela. Quand mon nom est appelé, je dois y aller. Quoiqu'il arrive.

Je bouscule les jeunes dans mon chemin sans même m'en rendre compte, montant sur l'estrade. J'ai l'impression de ne pas être dans mon corps. Comme si j'étais dans le ciel et que je m'observais de loin, impuissante. Mais sur l'écran qui filme la Moisson, je peux voir que mon visage est sans expression. Je baisse les yeux, cherche Kylian désespérément. Il est là. Le teint blême, il force un sourire tremblant sur ses lèvres. Il semble me dire : « Courage ».

Un hurlement attire mon attention, et je comprends que le tribut masculin vient d'être tiré au sort. Un garçon dans la section des dix-huit ans tente de s'enfuir, frappant les Thraxs qui l'encadrent. La vue de sa queue de reptile me surprend, même si les modes sont parfois extrêmes au Capitole, l'ajout d'un membre à part entière se fait rarement.

Il se fait traîner sur scène et s'effondre à côté de moi, en larme et désespéré. Je croise les bras, essayant moi-même de garder le contrôle. Je ne suis pas faible comme lui, il n'est pas question que je montre ce que je ressens. C'est toujours ainsi que j'ai survécu.

Quelqu'un comme lui… Je pourrai le tuer facilement. Je pourrai tous les tuer.

C'est ça ou… Ou je meurs.

Et il n'en est pas question.

Je serre ma taille encore plus fort, plongeant mon regard dans celui de Kylian. L'hôte parle encore un peu, mais je n'arrive pas à me concentrer sur ses paroles. Il se tourne vers moi, me faisant signe de faire quelque chose. Je comprends finalement qu'il veut que je serre la main du garçon.

Je détourne la tête. Il n'est pas question que je le touche. Il n'est pas question que j'ai une quelconque interaction avec lui. Non seulement il est mon ennemi, mais en plus il n'est qu'un minable, avec ses pleurnichements. Nous sommes dans la même situation, mais dans l'arène, j'aurai probablement bien plus de chance que lui.

Je… Je vais vraiment…

Je vais être dans les Hunger Games.

.

.

.

Kylian est le premier à venir. Il me serre dans ses bras comme si c'était la dernière fois, et j'ai soudainement envie de pleurer. Je me mords la langue, prenant de grandes inspirations, et il m'assied doucement.

– Je vais te chercher des sponsors moi-même s'il le faut. Tu as beaucoup de fans, je suis certain que tu ne seras pas abandonnée dans l'arène, me dit-il à toute vitesse. Tu es excellente en escrime, ça veut dire que tu devrais déjà mieux t'en sortir que beaucoup de tributs. J'ai confiance en toi Leonie, je sais que tu peux gagner…

Sa voix se brise et il se passe une main sur le visage. Je pose mes mains sur ses joues, le regardant droit dans les yeux.

– Je vais revenir, Kylian. Tu sais à quel point j'ai de grands rêves. Il n'est pas question que j'abandonne.

Il hoche la tête, mais je n'aperçois aucune lueur d'espoir dans ses yeux, comme s'il ne croyait aucunement nos paroles. Nous passons les deux minutes suivantes à nous rassurer mutuellement, échangeant des baisers de temps à autre. Juste avant de partir, il me donne le pendentif en forme de loup qu'il m'avait offert lors de notre premier rendez-vous, me demandant de le prendre comme souvenir. C'est presque une douleur physique que de le voir quitter la pièce, et je crois que je me serais effondrée si ma famille ne l'avait pas immédiatement remplacé.

Ils sont tous en train de pleurer, même mon stoïque grand frère. Je me redresse dans mon fauteuil, voulant leur montrer que j'ai confiance en moi. Voulant amoindrir leurs inquiétudes.

– Stephania ?

– Maman ne l'a pas laissé venir, répond Nolan avec un regard accusateur en direction de notre mère.

Celle-ci triture sa veste, incapable de me regarder dans les yeux, alors qu'Eva me prend dans ses bras encore et encore. Nolan s'empare de ma main gauche, essuyant ses larmes.

– Je suis désolé, Leonie. Je sais que tu n'aimes pas vraiment être mannequin, et je t'ai laissé épauler toutes les responsabilités financières de la maison alors que je suis l'aîné… commence-t-il d'une voix brisée.

– J'ai fait seulement ce que je voulais faire. Tu le sais Nolan, personne ne peut me forcer à faire quelque chose.

– Oui, mais…

– Je ne vais pas mourir, ok ? Alors je ne veux pas de confessions de dernières minutes comme si nous n'allons plus jamais nous revoir.

Je garde ce front courageux devant eux jusqu'à ce qu'ils partent. Bien sûr je ne suis pas si confiante que ça. C'est moi contre vingt-trois tributs. Je sais bien que les chances que je sorte gagnante sont minuscules. Mais je refuse de l'avouer, de le dire à voix haute, de croire que je serai peut-être morte dans deux semaines.

Alicia et Svjetlan sont les prochains, et encore une fois les émotions me submergent et je dois me faire violence pour ne pas éclater en sanglot. Je crie aux gardes que je ne veux plus de visiteurs et tente de digérer les derniers moments passés avec mes proches. Je profite du quart d'heure qu'il me reste pour bien me calmer, m'assurant que je parais complètement indifférente. Le spectacle commence et je dois bien jouer mon personnage.

Seneca, veille sur moi.