Bonjour, bonjour ! Comment va la vie ? Bien ? Moi aussi ! Génial, hein ? (non non, je tente pas du tout d'éviter le sujet de mon interminable absence… Moi, lâche ? …pff… noooon… *sifflote*) …Passons aux choses sérieuses, parce que j'ai beaucoup à dire, et je vous jure que j'essaie de ne pas faire des notes d'auteure interminables.
Déjà, je suis sincèrement désolée de l'absence. L'inspiration m'avait simplement quittée. Ça arrive parfois, et c'est toujours horrible à vivre. D'ailleurs, un grand merci à ceux qui m'ont envoyé des MP pour m'encourager, ça m'a fait extrêmement plaisir.
Un énorme merci aussi à toutes vos reviews du dernier chapitre, j'espère que vous ne m'en voulez pas trop de ne pas avoir répondu. Quand je n'ai pas d'inspiration, je n'ai pas de motivation, ça me rend déprimée... et donc je n'arrivais pas à m'y mettre C'est possible que je ne vous réponde pas toujours pour les prochains chapitres, car je suis très occupée en ce moment, mais sachez quand même que je les lis toutes et qu'à chaque fois je vous aime un peu plus. Si je pouvais, je vous marierais tous ! (sauf que légalement ça serait un peu la merde)
Maintenant, parlons de Lullaby-Jay. Elle a causé pas mal d'émotions, et c'est parfait ainsi. Je comprends ceux qui l'ont trouvée trop déprimée, ou trop indécise, chacun ses opinions et je le respecte. Par contre, je dois clarifier le point sur son changement d'avis et sa décision de gagner les Jeux, que beaucoup ont trouvé bizarre. Pour ceux qui ont déjà eu des pensées suicidaires, c'est ainsi que ça se passe. Un moment tu le veux à tout prix, et l'autre moment les raisons de pourquoi tu ne dois pas le faire te revienne et tu te dis que tu devrais peut-être te forcer encore un peu… et puis tu veux crever à nouveau, et puis… Bref, c'est pas une décision si simple à prendre. Et donc, à mon sens, si Lullaby-Jay est encore capable de s'inquiéter pour son petit frère, ça veut dire qu'il y a encore une partie d'elle qui veut vivre... enfin, je sais pas si je suis très claire, mdr.
Concernant les updates des chapitres… Je mets régulièrement des nouvelles sur mon profil sur quand les prochains chapitres sortiront. Donc si vous vous demandez ce qu'il se passe, si j'ai abandonné la fic, etc., il suffit d'aller y jeter un coup d'œil de temps en temps pour avoir votre réponse. X)
Mais sinon, il m'a été proposé que je fasse un groupe facebook sur Châtiés (qui bien sûr serait privé, seuls les membres pourraient voir les informations et vos amis ne sauraient pas que vous en faîtes partis si vous voulez le garder secret). Ce serait pour donner des nouvelles de la fic, des informations supplémentaires (sur les personnages, par exemple) et… ce genre de choses, XD. J'aimerais avoir votre avis sur si ça vous intéresse ou non, question de ne pas le créer pour genre… trois personnes. ^^' Et si vous préféreriez que ce soit sur un site différent que facebook, et dans ce cas-ci, avez-vous une proposition précise… Bref, je suis toute ouïe.
Bon, passons à ce chapitre ! XD Ce tribut a été créé par manoirmalfoys. J'espère qu'il vaudra le temps que ça m'a pris pour l'écrire, et j'ai bien hâte de savoir ce que vous pensez de lui ! Un grand merci à D Would pour sa rapide et excellente correction ! *coeur*
Boooooooonne lecture ! :D (ah, en passant, les trois prochaines moissons sont déjà écrites, donc pas besoin de s'inquiéter d'une nouvelle absence interminable)
MOISSON DU SECTEUR TROIS
Un triste perfectionniste
Arméthyste Diamons Spike, 14 ans, Secteur 3
– M'aimes-tu vraiment ?
Je relève la tête, interloqué. Qu'ai-je fait – ou pas fait, d'ailleurs – pour que Cristal en arrive à me poser une telle question ? Bien sûr que je l'aime, elle est la seule fille qui ait jamais attiré mon regard. Nous ne faisions que parler de la Moisson pourtant, je ne comprends pas bien d'où vient ce questionnement…
Se tordant les mains, elle baisse ses yeux bleus ciel comme si elle a honte.
– Je sais que tu tiens à moi, Army, c'est juste… Parfois j'ai l'impression que tu n'es pas vraiment là. Tu ne me parles jamais de tes problèmes… de ta famille… J'ai l'impression que tu tiens à garder une distance et… je sais, ça fait seulement quelques mois qu'on sort ensemble…
Je l'interromps, posant mes mains sur les siennes.
– Je t'aime, ok ? Vraiment. Je… Tu sais que je ne suis pas bon pour parler de mes émotions, c'est tout.
La question est, m'aime-t-elle réellement ? Si elle apprenait ce qui m'habite, mes pensées les plus profondes, m'aimerait-elle quand même ? Si elle apprenait ma passion des poisons, ou ma haine envers ma famille, ou encore les crises de panique que j'ai parfois quand je pense à ma mère et à ma sœur ? Je ne peux pas prendre le risque. J'ai besoin d'elle, si ce n'est que pour garder un semblant de stabilité et de chaleur dans ma vie.
– Ok, souffle-t-elle avec un sourire timide, replaçant une boucle de ses cheveux blonds.
– Je suis désolé… Si je t'ai fait douter…
– C'est pas grave. J'avais juste… Je ne peux pas croire que la Moisson ne t'inquiète pas, mais tu n'en dis rien alors j'ai l'impression que tu ne me fais pas confiance, tu sais ? J'ai envie de t'aider dans tes moments difficiles, comme tu le fais toujours pour moi.
– Pourquoi crois-tu que j'ai dormi ici cette nuit ? Je me sens toujours mieux chez toi que dans ma famille de dingues, dis-je d'une voix amère. Sérieusement, tu me supportes plus que tu ne le crois.
Je dors souvent chez les Jones, je le faisais bien avant de commencer à sortir avec Cristal, d'ailleurs. Tout pour passer le moins de temps possible chez moi. Ils sont un peu comme ma famille de cœur, plutôt que de sang. De toute manière, si on parle de lien de sang, il ne reste plus que mon père à la maison. Les autres… Les autres ne sont pas ma famille. Ni ma belle-mère, ni mes demi-frères et sœurs.
– Army ? s'inquiète Cristal, me sortant de ma frustration qui commence à refaire surface.
Je desserre les doigts autour de ses mains – je ne m'étais même pas rendu compte de la pression que j'appliquais – et force un sourire sur mes lèvres. Je m'apprête à lui donner un léger baiser, mais Evan fait soudainement irruption dans la pièce, s'immobilisant quand il aperçoit nos mains enlacées avec une expression amusée.
– Hey les tourtereaux, j'espère que je ne vous dérange pas. Lucia aimerait que tu l'aides à choisir ses vêtements, Cristal.
– Dans une seconde, répond ma petite amie avec un sourire désolé dans ma direction.
– Je dois retourner au manoir de toute manière, dis-je en haussant les épaules.
Evan ricane, comme toujours à la mention de ma maison. Nous avons donné ce nom à celle-ci à cause de sa taille gigantesque, mais aussi parce que les membres de ma famille ont tous décidé d'arborer des apparences extravagantes qui font penser à des créatures fantastiques. Mon père avec sa peau et sa barbe bleue, ma belle-mère, rose de la tête aux pieds – ongles et sourcils inclus – avec des fleurs et des tiges greffées sur le corps, mon demi-frère Marcus qui est aussi noir que sa mère est rose, sans oublier ses cornes de diable. Et finalement les deux jumeaux, Alexiane et Nikolaï, avec leur peau turquoise et les écailles de poissons tatouées un peu partout.
Lucia dit que ça donne une impression de film d'horreur de la vieille époque, avec les manoirs, le brouillard et le hurlement à la lune du loup que reproduit à merveille la chienne de Marcus.
– Tu sais que tu ne seras pas tiré au sort, n'est-ce pas ? dit Cristal en m'attrapant le poignet quand je me lève.
Je hoche la tête. Ce n'est pas comme si lui dire qu'on ne peut pas en être sûrs changera quoi que ce soit. Au moins, sa famille n'est pas éligible, à mon grand soulagement. Sinon, Lucia avec ses douze ans, Cristal avec ses quatorze ans, Evan avec ses seize ans et Lucien avec ses dix-huit ans seraient tous en danger de participer aux Hunger Games. Même si leur mère est une habitante du Capitole, leur père provenait du District Huit, donc ils sont exempts de la compétition. Après la mort de ce dernier, ils sont tous venus vivre ici, n'ayant plus d'autre famille qu'elle.
Je me demande encore comment j'en suis venu à être leur ami. Moi, un enfant riche du Capitole, alors qu'ils détestent tous cette ville. En même temps, c'est aussi mon cas…
– J'ai hâte de voir qui seront les tributs ! s'exclame Evan avec excitation.
Cristal lui lance un regard désapprobateur, mais je sais que c'est simplement parce que je me tiens à côté d'elle. Lucien – qui est d'ailleurs suspicieusement invisible ce matin – a participé activement à la rébellion aux côtés des Districts, et les autres de la famille ont eux aussi supporté la cause, ainsi que ces nouveaux Jeux. Je peux les comprendre, leur frère aîné est mort dans des Hunger Games passées.
Quant à moi… C'est simple. Je déteste tout le monde. Le Capitole pour ce qu'il a fait à mes amis, aux Districts, ainsi qu'à ma mère et ma sœur… Mais je déteste aussi les Districts, parce qu'ils font maintenant exactement ce que le Capitole leur a fait lors de la première rébellion. Faire des Jeux du Capitole n'est pas la solution.
Mais mon père est celui que je hais le plus.
Je quitte finalement la maison des Jones après un timide baiser à Cristal. Ça fait quelques mois que nous sommes ensemble, mais je suis encore hésitant. Je n'ai aucune expérience, et elle non plus. Nous ne savons pas trop comment nous y prendre. Evan ne manque jamais l'occasion de se moquer, d'ailleurs.
Une vibration me sort de mes pensées et je réalise que j'ai reçu un message de ma belle-mère. Apparemment, Roxianne m'attend. Un soupir m'échappe et j'accélère le pas. Le plus vite j'arrive, le moins longtemps ils me sermonneront. Ils se préoccupent peu de ce que je fais, tant que je n'apporte pas de honte au nom des Spike et que je remplis mes devoirs. Qui incluent, malheureusement, de faire tout ce que ma chère fiancée souhaite.
Je ne comprends même pas pourquoi ma belle-mère souhaite encore que je me marie à elle. Cet engagement était afin de faire monter ma famille dans la hiérarchie du Capitole, puisque Roxianne Princia est la petite fille de la sœur de Snow. Sauf que les Snow sont maintenant des parias. Mon père et ma belle-mère ne semblent pas encore avoir compris que le pouvoir est détenu par les Districts. Les cartes ont changé.
L'idée même de monter dans la hiérarchie ne veut plus rien dire. Nous sommes tous inférieurs, depuis que les rebelles ont pris le pouvoir.
J'arrive au manoir quelques minutes plus tard, m'introduisant à l'intérieur à pas lourds. J'entends des voix dans le grand salon et envisage de le contourner pour éviter de tous les voir, mais avant que je n'ai le temps de mettre mon plan en action, Prince se met à japper à tue-tête pour annoncer mon arrivée. Encore une fois, je maudis cette chienne qui ne m'apporte que malheur, comme tous les autres membres de ma famille. Et puis quel nom ridicule… En même temps, l'animal de compagnie de ma belle-mère, un chat mâle, s'appelle Princesse et est aussi rose que Prince, une femelle, est noire.
– Il est pas trop tôt, dit mon père en me rejoignant dans l'entrée.
Je hoche la tête, marmonnant un désolé peu repentant. Il me regarde en silence, ne sachant quoi me dire comme à son habitude. La seule façon qu'il connaisse de me témoigner son affection est en m'offrant des cadeaux de toutes sortes. Pense-t-il vraiment pouvoir me faire oublier ma rancune ? Au décès de maman et de ma grande sœur, Laelia, lors d'une révolte contre le décès d'un tribut il y a quelques années, il n'a eu aucune réaction, n'a montré aucune émotion. Quelques mois plus tard, il était remarié à Lucinda.
Mes poings se serrent rien qu'en y pensant.
– Lucinda t'a préparé des vêtements pour la Moisson, me lance mon père alors que je me dirige vers ma chambre. Et Roxianne aimerait que tu l'accompagnes dans le Secteur Un.
– D'accord, dis-je dans un murmure mécontent.
À la vue de ma serre bien-aimée, adjointe à ma chambre, une vague de calme me submerge. C'est mon sanctuaire, le seul endroit où je me sens vraiment… moi. Je n'ai pas à jouer la comédie comme en présence de ma famille, où je ne peux montrer aucune faiblesse, où je dois tout réaliser à la perfection. Ou encore à l'école, où je suis un Spike et ne peux donc pas m'exprimer comme je le souhaiterais. Je dois être sage, poli, bien élevé, intelligent, froid…
Et ne parlons pas des Jones. Ma famille adoptive. Je dois toujours faire attention à mes propos, à cause de leurs préjugés sur les habitants du Capitole. Je ne peux pas partager avec eux ma passion des poisons, ou ma haine pour les Districts, ou les envies de meurtre que j'ai parfois en croisant le regard de mon père. Ils ne voudraient jamais de moi s'ils savaient tout ce qui m'habite. Je ne suis pas quelqu'un de bien, mais eux semblent le croire, et je suis toujours terrorisé à l'idée qu'ils s'en rendent compte.
Chassant toutes ces pensées de mon esprit, je me concentre sur mes plantes, arrosant celles qui en ont besoin, récoltant les feuilles, tiges et fleurs dont j'ai besoin pour mes décoctions. La connaissance des poisons me vient de la famille de ma mère. J'effleure le pendentif que je porte toujours, refermant un poison mortel, ainsi qu'une photo d'elle et de Laelia ensemble. Un Diamons ne meurt que de la façon dont il le souhaite, a murmuré ma mère en l'attachant autour de mon cou.
J'ignore le nombre de fois où j'ai imaginé glisser du poison dans la tasse de mon père. C'est pour cette raison que j'ai commencé à faire mes propres créations. Maintenant, je connais l'usage de toutes les plantes de fond en comble. C'est bien ma seule passion.
Finalement, je retourne dans ma chambre pour me changer. En retirant ma chemise, j'entrevois mon reflet, un peu flou, à travers la vitre de ma fenêtre. Je m'immobilise, encore peu habitué à mon apparence. Fatigué de me faire toujours dire que je ressemblais à un ange, j'ai fait plusieurs opérations d'affilées afin de changer cela il y a quelques semaines à peine. Mes boucles d'or ont été remplacées par de longs cheveux noirs d'encre aux mèches blanches décorées de multiples petits diamants. Mes yeux sont devenus dorés, les pupilles aussi argentées que mes cheveux et mes ongles – mains et pieds – ont un vernis argent saupoudré d'or. Je me suis mis une boucle d'oreille en forme de serpent et me suis fait poser des dents de vampires.
Me détournant de mon reflet, je regarde les vêtements préparés par ma belle-mère, et commence à les enfiler, quand la porte s'ouvre en grand. Je me tourne en sursaut et aperçois Lucinda qui regarde mon torse nu quelques secondes de trop avant de lever les yeux. Un sourire mièvre s'étale sur ses lèvres et elle s'appuie contre l'encadrement avec désinvolture. Mal à l'aise, je mets rapidement ma chemise en satin et croise les bras.
– Je vois que tu n'es pas encore prêt ? Roxianne t'attend, c'est bientôt l'heure des Moissons.
– J'arrive.
– Bonne chance, me lance-t-elle avec un clin d'œil coquin avant de s'éloigner.
Un frisson me parcourt et je termine de m'habiller aussi vite que possible. Cette femme me dégoûte profondément. Tout comme ses trois enfants d'ailleurs. Je rejoins la famille dans le grand salon. Marcus me lance un sourire goguenard, il doit être bien content que je sois le seul éligible, puisqu'il a vingt ans et que les jumeaux en ont dix. Il y a quelques jours, il m'a même avoué qu'il aimerait que je devienne tribut pour être enfin débarrassé de moi. On sent l'amour qui règne.
– Arméthyste, me salue Roxianne d'un sec hochement de tête.
Je lui retourne sa salutation et lui fais signe que je suis prêt à y aller. Elle sort sans même dire au revoir à ma famille, toujours aussi hautaine qu'avant, et son élégante queue de paon me frôle au passage. Aujourd'hui, elle a arrangé ses boucles d'or – de véritables fils d'or – dans un chignon compliqué, et son maquillage délicat accentue l'attention sur ses yeux orange de félin. J'imagine qu'on l'a trouve belle, mais tout ce que je peux voir d'elle est une gamine prétentieuse et mal élevée qui n'a que noirceur dans son cœur.
Elle aussi, j'aimerais bien l'empoisonner.
Nous nous rendons jusqu'au Secteur Un en silence – nous n'avons jamais rien à nous dire – puis nous nous arrêtons devant les files de recensement. Je l'observe quelques secondes, me demandant si je ressentirais la moindre tristesse si elle était tirée au sort.
Non. En fait, ça serait génial si ça arrivait. Mais au cas où ça ne serait pas le cas, je me résous à lui dire ce que je pense depuis le début de nos fiançailles, relevant le menton pour la regarder droit dans les yeux :
– Si aucun de nous deux ne devient tribut, je vais annuler notre mariage ce soir.
Elle écarquille les yeux et commence à ouvrir la bouche, mais j'incline la tête d'un mouvement sec et m'éloigne immédiatement, disparaissant vite à travers la foule. Je me demande si j'imagine son cri de rage dans le bruit ambiant, car qui aurait cru que la supérieure Roxianne Princia serait celle qui se ferait laisser en premier. Je cache à peine mon sourire en me rendant à ma propre Moisson, oubliant pour cette courte distance mes craintes d'être tiré au sort, me sentant presque… libre.
Rendu sur place, je me mets en ligne, puis donne mon nom et une goutte de sang, réagissant peu à la piqûre. Juste avant que je ne passe le barrage des Thraxs, je sens une main frôler la mienne et reconnais Cristal qui se place subtilement à côté de moi avec un timide sourire plein d'inquiétude. Nous ne pouvons pas ouvertement montrer notre relation à cause de ma famille, mais un jour comme celui-ci, et au milieu d'une foule…
Et puis, on s'en fout de ce que les autres penseront.
Je me penche vers elle et l'embrasse tendrement, attrapant sa main pour la serrer. Avec ce rapide contact, j'essaie d'absorber tout le courage que je peux.
– Ta famille… murmure Cristal, jetant des regards affolés autour d'elle pour voir si quelqu'un nous a remarqués.
– J'en ai marre que tu sois mon amante secrète, dis-je en lui faisant un clin d'œil.
Elle me frappe l'épaule et je m'engouffre dans la section des quatorze ans sans me retourner après une autre pression sur sa main. De toute évidence, la possibilité de ma mort imminente me donne un courage que je n'ai jamais cru avoir. Peut-être allais-je enfin parvenir à changer les choses ? Je me surprends à sourire. Serais-je… heureux ?
Les garçons et filles autour de moi me lancent des regards curieux, mais je les ignore, reprenant mon masque de froideur tant bien que mal. J'attends silencieusement ainsi, regrettant presque que les Jones ne soient pas éligibles, car au moins ils pourraient être à côté de moi en ce moment.
Un grand noir passe devant moi et monte sur l'estrade à pas lourds. Ses longs cheveux rouges flamboyants sont attachés en de multiples nattes, presque des dreadlocks, qui semblent emmêlées et mal entretenues. Il parcourt la foule de ses yeux gris clairs presque rêveusement, les bras croisés. Une femme du Capitole, que je reconnais comme l'une des anciennes hôtesses des Jeux, s'approche de lui et pose une main sur son bras, discutant à voix basse. Il hoche la tête, sans expression, et c'est alors que je remarque qu'il a rasé ses sourcils. Il me dit quelque chose, mais je n'arrive plus à le replacer…
– La petite fille de Snow s'est portée volontaire ! s'exclame une fille à côté de moi, regardant son écran portable.
Je hausse les sourcils de surprise. Je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait des volontaires pour les Jeux du Capitole. Je me demande pourquoi elle l'a fait. Elle devrait pourtant savoir que les Juges ne la laisseront jamais sortir de l'arène en vie…
Malheureusement, ça veut dire que Roxianne n'est pas tribut.
Les organisateurs se mettent à jouer un petit film d'introduction des Hunger Games et je chasse ces pensées de ma tête, prenant une grande inspiration pour me calmer. Puis c'est enfin l'heure, et l'hôtesse se met à parler à travers son micro avec un enthousiasme moindre. Elle présente le grand noir, Krasny Medved, qui est en fait le mentor. Maintenant je me souviens de lui, il est un carrière du District Deux, si je me souviens bien.
Isidore, l'hôtesse, s'avance vers la boule contenant les papiers des filles, et la tension s'accroît immédiatement. Je suis content de n'avoir personne pour qui m'inquiéter. Il n'y a que moi qui risque quoi que ce soit.
– Viktori Hummel ! dit Isidore d'une voix claire en dépliant le papier.
Une fille sort de ma section, tremblante, et monte lentement les marches. Elle trébuche sur la dernière et éclate en sanglot, faisant presque un mouvement comme si elle allait fait demi-tour, mais les Thraxs la dissuadent bien vite.
– Des volontaires ? demande l'hôtesse quand la tribut est à côté d'elle.
Je croise les bras, regardant la fille avec pitié. Comme si quiconque allait se porter volontaire… Il y a des murmures autour de moi et je tourne la tête avec curiosité juste à temps pour voir une jeune fille aux longs cheveux blancs et à la peau bleue s'avancer sur l'estrade, le regard presque… vide. Viktori descend à toute vitesse sans demander son reste, et la fille s'arrête devant Isidore.
– Ton nom ? demande la femme avec une note de surprise dans la voix.
Elle n'est pas la seule. Tout le monde dévore la fille des yeux, se demandant qui est la courageuse volontaire, et surtout, pourquoi a-t-elle posé un geste aussi stupide ? Elle ouvre la bouche, mais il est impossible de comprendre ce qu'elle a dit, et elle fronce les sourcils, mécontente.
– Répète s'il te plaît, ma chérie ?
Elle tend finalement la main, et je comprends qu'elle vient de donner sa carte d'identité à l'hôtesse. Est-elle muette ?
– Ah, bien... Une main d'applaudissement pour la courageuse Lullaby-Jay Parr ! s'exclame Isidore. Au tour des garçons maintenant !
Elle ne perd pas de temps, s'emparant d'un papier, et je sens mon cœur battre la chamade. Ça ne sera pas moi. Je n'ai pas trois papiers dans la boule. Impossible que ce soit moi.
– Arméthyste Diamons Spike !
Le temps semble s'arrêter. Je regarde le papier blanc dans les mains d'Isidore avec horreur. Mon nom. C'est mon nom, ça.
Mon nom.
Avant que je ne puisse l'arrêter, un fou rire hystérique me traverse et je me plie en deux, les larmes aux yeux.
Mon nom… C'est vraiment mon nom… C'est…
Riant de plus belle, je sens des bras musclés qui s'emparent de moi et je me laisse entraîner mollement, le souffle court. Je n'arrive pas à y croire… C'est juste… c'est loin d'être drôle, pourtant...
Je vais être dans les Hunger Games.
Je me redresse brusquement et mon fou rire meurt sur mes lèvres aussi vite que le désespoir s'empare de moi. Je n'ai aucune chance de survivre. Je vais mourir, et je ne peux rien y faire. À quoi bon me battre, je n'ai que quatorze ans, je suis petit et faible… Bien sûr, je connais les plantes, mais ce n'est pas à coups de fougère que je vais tuer quelqu'un !
– Veuillez applaudir nos deux tributs pour ces Jeux du Capitole ! lance Isidore dans son micro, après le long silence qui suit la demande d'un volontaire.
C'est officiel maintenant.
.
.
.
Mon père est le premier visiteur, mais à travers ses balbutiements de « bonne chance » et « fais attention à toi » et même un vague, à moitié marmonné comme si ça lui coûtait un immense effort, « je t'aime tu sais », je le chasse rapidement. Parce que quoi qu'il dise, quoi qu'il fasse, je ne pourrai jamais oublier ses larmes qui n'ont pas coulées à la mort de ma mère et de Laelia, ni ses airs supérieurs, ni son éducation sterne et sans émotion, parsemée de cadeaux qui ne voulaient rien dire.
Je me fous de ses dernières paroles et de ses remords. Il est trop tard maintenant.
Les Jones sont les suivants, et même à travers mon désespoir, je tente de les rassurer. Ils me serrent tous longuement dans leurs bras, et Cristal m'embrasse avec tendresse, les joues mouillées mais le regard déterminé. Nous ne savons trop quoi nous dire, et c'est pourquoi nous nous contentons de passer les trois minutes en silence à nous dévorer des yeux comme si c'était la dernière fois. Et c'est probablement le cas.
Lucien marmonne qu'il va contester, qu'il va parler aux autorités, qu'il ne peut pas laisser cela se passer ainsi. Je hoche la tête même si je sais qu'il ne pourra rien changer. Les dés sont jetés.
Une fois seul, j'ouvre mon pendentif, regardant la photo de ma mère et de Laelia, puis le poison. Je pourrais tout terminer maintenant. Sans douleur, sans combat, sans horreur. Une mort rapide et efficace.
Sauf que… et si…
Et si je gagnais ?
Je dois au moins essayer.
