Chapitre 6
Kanda avait été emmené dans une cellule morbide. Ses voisins les plus proches étaient des squelettes pourrissants et l'odeur de la chair en putréfaction lui donnait la nausée. Il n'osait imaginer le crime que ces malheureux avaient commis pour se retrouver dans cet état. Il ne parvenait plus à dormir tant la peur que le Maréchal Sokaro vienne le tuer dans son sommeil était forte.
Il était gelé car la température était extrêmement basse et il faisait très humide dans les cachots de la tour de la Congrégation de l'Ombre. Comme dans les salles d'expériences dans lesquels il vivait petit. C'était le seul monde qu'il connaissait à ce moment là, et il pensait qu'il n'existait rien au dehors de ces salles froides, avec ces regards froids qu'on lui jetait à longueur de journée, et cette froideur avait déteint sur lui. Il n'était plus qu'un amas de glace au cœur figé. Enfin, c'est ce qu'il pensait.
Se retrouver devant ce petit jeune homme qui lui avouait ses sentiments avait réchauffé son cœur meurtri et ses propres sentiments envers Allen n'avaient fait que croître à force de le côtoyer. Mais on lui avait aussi enlevé Allen. Ne lui restait-il donc plus rien ? Etait-il capable de le rendre heureux ? La vue de son corps gelé dans l'escalier le tenaillait encore, et il se dit qu'à partir de maintenant il laisserait le jeune garçon tranquille, pour ne plus lui faire de mal.
La porte grinça quand le Maréchal Cloud vint le voir.
-Tu ne partiras plus jamais, tu le sais ? demanda t-elle, le regard triste.
-C'est donc mon destin… soit, je resterai un cobaye tout le reste de mon existence, jusqu'à ce qu'une expérience dérape et que je ne m'en sorte pas…
Cloud sourit doucement.
-Comment peux tu accepter un tel châtiment ?
-Vous… n'avez jamais eu une enfance comme la mienne, n'est-ce pas ?
Ce n'était pas une question.
-Quand j'étais petit je pensais que le monde ne dépassait pas les salles d'expériences où je vivais. Je crois même que j'y suis né. Je ne suis pas un humain et les scientifiques qui s'occupaient de moi disaient que je ne méritait pas d'être heureux et que je devais servir l'humanité. Si il y a une chose qu'on m'a apprise, c'est bien la notion de sacrifice. Une fois encore, je vais me sacrifier, parce que j'ai laissé derrière moi quelqu'un que je dois protéger de la Congrégation.
-C..c'est tout ? Tu ne vas pas essayer de te défendre ?
-A quoi bon ? Regardez moi Maréchale, et dites moi franchement si je vaux le coup qu'on me sauves, comme si… j'avais des souvenirs, une famille ou un foyer où rentrer. Je n'ai jamais rien eu de tout ça et si je meurs, mon existence n'aura laissé que peu de place. Je serai un cobaye qui aura échoué avec un numéro, et un amant déloyal. C'est tout ce que je suis.
-Kanda, je…suis venue te dire que tu ne seras plus un cobaye au sein de la Congrégation, déclara Cloud en regardant par terre.
Kanda écarquilla les yeux.
-Comment ?! Qu'est-ce que vous racontez ?
-Non, c'est vrai Kanda, répondit-elle. Personne ne te l'a jamais dit mais… tu es le seul cobayes qui ai réussi les tests, le premier exorciste créé de toute pièce par la Congrégation. Tu possède un fragment d'Innocence en toi. Nous t'avons ramené pour que tu devienne exorciste.
-Non ! Je refuse ! Hurla Kanda. Je préfère mourir plutôt que de servir une organisation qui fait souffrir les gens pour arriver à ses fins.
-Je suis désolée, mais tu n'a pas le choix.
AILLEURS :
Allen se morfondait dans sa chambre. Etrangement, savoir que Luberrier allait devoir se payer une opération grâce à Lavi ne le réconfortait guère car au final, il ne savait pas où se trouvait Kanda.
On toqua à la porte. Allen mit un moment avant de répondre et prit son temps avant d'ouvrir la porte. C'était Lavi dont le visage était grave.
-Je peux entrer ?
Allen s'effaça pour le laisser passer et Lavi s'assit tranquillement sur une chaise avant de déclarer :
-Je crois savoir comment retrouver Kanda.
Allen tourna la tête tellement vite qu'il faillit se faire un torticolis.
-Quoi ? Comment ça ?
Lavi soupira.
-J'ai pensé à un truc. Tu te souviens, dans le bureau de Luberrier, quand je lui ai expliqué qui tu étais ? Il a eu l'air effrayé.
-Et ? Mon oncle est très connu tu sais.
-Mais peu de gens savent à quel point il est fort. Et la plupart sont rattaché à un seul lieu : La Congrégation de l'Ombre. Or Luberrier avait, au moment où nous sommes entrés, un document sur son bureau qui mentionnait la Congrégation.
-Ah ? Je n'ai pas fait attention à ce genre de détail, répondit Allen.
-C'est normal, dit Lavi, mais c'est mon travail de Bookman de remarquer ce genre de chose. Donc, je suis persuadé que Luberrier à un lien avec la Congrégation, et je crois que ton oncle aussi.
-Et donc tu veux…. Hésita Allen.
-…Qu'on aille y faire un tour, exactement, finit Lavi. De par notre statut, toi, neveu de Maréchal et moi, héritier des Bookman, avons le droit d'y entrer. Cependant, leur QG est dans un lieu tenu secret et pour le trouver, il nous faudrait une carte.
-Et… tu penses en trouver une où ? demanda Allen.
Lavi le regarda fixement et fronça du nez.
-Ne me dis pas que…
-Si, c'est exactement ce que je veux dire. Chez Luberrier.
Allen se prit la tête dans les mains.
-On va se faire tuer cette fois…
-Sûrement, mais uniquement si on se fait prendre pas vrai ? Et puis tu sais Allen, les Bookman ont une mémoire visuelle fantastique. Il me suffit de regarder une seule fois quelque chose pour m'en souvenir.
Allen soupira pour se donner du courage.
-On y va maintenant. Pour Kanda.
-Oui, pour Kanda, répondit Lavi.
Toute expression joyeuse avait disparu de son visage. On aurait dit une autre personne tant son visage était grave. Allen se rendit compte qu'il ne connaissait pas son ami aussi bien qu'il le croyait et le Lavi de ces derniers jours le rassurait par sa présence. Il donnait l'impression de connaître une foule impressionnante de choses sur lui et il mourrait d'envie de lui poser plein de question sur la Congrégation. Mais les questions attendraient. L'action d'abord.
-Bon, on y va ? demanda Lavi. Il y a quelqu'un qui nous attends il me semble…
Allen acquiesça, mit sa veste et ferma la porte derrière lui.
