Heeeeeeello ! Merci beaucoup à tous pour ne pas m'avoir trucidé après mon absence *-* (bon... et merci pour vos reviews... aussi... :P) (non non, mais sérieusement, merci beaucoup beaucoup pour toutes vos reviews, elles sont très appréciées :D)

Hana : Et c'est bon d'avoir une nouvelle review de ta part X) Et merci des encouragements. Ça serait quand même une jolie scène si Army réussissait à tuer quelqu'un à coups de fougères XD (bon, il faudrait déjà qu'il y en ait dans l'arène mais... détaaaaaail... (et maintenant je vois trop un sponsor lui envoyer des fougères, mdr)) En tout cas, je suis contente que tu l'aimes, mais il reste encore 18 tributs à découvrir, la compétition pour le favoris va être ardue ! :P

Primerose : Merci de ta review ! (nouvelle lectrice \o/) Je suis contente de savoir que tu as lu Survivre, ça fait super plaisir :3 Et que tu trouves les tributs jusqu'à maintenant intéressants. Sinon, je ne t'en veux pas si tu ne laisses pas souvent des reviews, c'est déjà gentil d'avoir pris la peine d'en laisser une ^^ (surtout si c'est la plus longue que tu aies jamais écris ! :D)

Concernant ce chapitre, cette tribut a été créée par Jun-Fuu. Je me suis vraiment amusée à l'écrire, j'espère qu'elle vous plaira (ou pas, vraiment, du moment que vous me racontiez ce que vous pensez d'elle ^^). L'hôte et la mentor (que vous reconnaîtrez je crois :3) ont été faits par moi.

Bonne lecture ! X)


MOISSON DU SECTEUR QUATRE

Une séduisante benjamine


Corisandre Harrietty, 16 ans, Secteur 4

– Pourquoi ne suis-je pas surpris ? soupire l'entraîneur en croisant les bras.

J'échange un regard amusé avec Caïus, terminant de m'étirer. Nous ne sommes que quatre à nous être présentés ce matin, et ce n'est pas bien étonnant puisque la Moisson a lieu dans deux heures à peine. Disons que l'entraînement de cheerleading n'est pas sur la liste de priorité pour la majorité des membres de notre équipe. Quant à moi, j'avais besoin de me défouler, et quoi de mieux que de faire du sport ?

Caïus, lui… Il a pris la mauvaise habitude de me suivre partout après le dernier mauvais coup des filles. J'ai beau lui assurer que je peux me défendre – ce qui est le cas – il refuse de m'écouter. « Je vais te protéger ! », s'exclame-t-il à tout bout de champs.

– Bon, on va se contenter de faire du cardiaque ce matin. La routine habituelle est impossible avec seulement quatre personnes, continue Mr. Whellan. Vous savez quoi faire.

Nous hochons tous la tête, et faisant craquer mon cou, je me tourne vers Caïus et lui lance un clin d'œil.

– On fait la course ?

– Oh ? Tu crois pouvoir me battre, après ton score d'une victoire contre trente-quatre défaites ? énonce-t-il en se mettant déjà en position.

– C'est parce que j'ai pitié de toi. Que diraient les gens si tu perdais contre une fille ?

– C'est ça, fais-toi des illusions, Cori. Tant que ça te rend heureuse.

Lui tirant la langue, je me mets à courir sans l'attendre. Il crie à l'injustice, mais je devine son hilarité. Il me dépasse rapidement avec un sourire moqueur et je lève un doigt peu amical dans sa direction. Il me rend l'appareil, osant même se mettre à courir à reculons pour se moquer

– Oh non ! Tu ne vas pas gagner si facilement ! dis-je en accélérant le rythme, lui fonçant directement dessus.

Nous nous écrasons au sol, morts de rire, et il passe un bras autour de mon cou affectueusement.

– Tu te sens mieux maintenant ? demande-t-il à voix basse.

– Beaucoup mieux. Toi ?

– Moi aussi.

Nous restons silencieux, observant le ciel bleu presque vide de nuage, reprenant notre souffle. C'est une belle journée. Dommage qu'elle apporte la mort de vingt-trois enfants. Il me semble que devant une telle horreur, il devrait pleuvoir, y avoir du tonnerre, une tempête, un soleil qui refuse de se lever.

Les Jeux du Capitole… Quelle blague. Comme si nous, les enfants, méritons de crever pour quelque chose que nos parents ont fait. Et puis en réalité, même nos parents ne sont pas responsables. Ce sont nos ancêtres, il y a des générations de cela, qui ont pris la décision de faire des Hunger Games. Les Districts ne peuvent-ils pas comprendre cela ? Ils sont si aveuglés par leur désir de revanche qu'ils ne se rendent même pas compte qu'ils sont maintenant aussi horribles que le Capitole.

Un frisson me parcourt et Caïus resserre son emprise sur moi. Je m'enfonce un peu plus contre son torse, enfouissant mon visage dans son cou, puis m'écarte brusquement et me lève d'un bond.

– On s'y remet ? J'ai de l'énergie à dépenser ce matin !

Il sourit tristement et hoche la tête. Levant la main, il me fait signe de l'aider à se relever. Je l'attrape avec un grognement, et nous nous regardons quelques secondes avant de nous remettre à la course de plus belle, n'hésitant pas à user de coups bas pour gagner.

En fin de compte, j'ai une trente-cinquième défaite.

Pendant le reste de cette heure d'entraînement, je me perds dans l'effort physique et oublie la Moisson éminente. Dès que Mr. Whellan nous congédie avec un « bonne chance », je me précipite dans les douches communes, enlevant mes vêtements mouillés de sueur avec soulagement. Je déteste être salie.

Puis je libère mes seins du corset fait maison que je dois porter à chaque entraînement. Je n'ai pas le choix, ma poitrine est tellement généreuse qu'elle m'empêche de faire du sport correctement. J'envisage de plus en plus de la faire diminuer de taille par une opération, mais chaque fois que je mentionne cette idée, mes amis me l'interdisent formellement. Même s'il n'y a rien de romantique entre nous tous, apparemment ils aiment bien les regarder.

C'est ça, les adolescents pleins d'hormones.

Je ferme les yeux de délice au jet d'eau chaude et me savonne abondamment, puis m'essuie à vitesse grand V, espérant en vain échapper aux autres filles qui se sont aussi présentées ce matin. Elles arrivent dans le vestiaire alors que je finis à peine d'attacher mon soutien-gorge, après m'être attachée les cheveux blonds aux mèches roses en queue de cheval basse et d'avoir remis mes multiples piercings. Quatre sur mon lobe gauche, deux sur celui de droite, et deux sur le haut de l'oreille droite.

La brune, dont je ne me rappelle plus le nom, me pointe du doigt avec peu de discrétion et chuchote d'une voix délibérément forte à l'oreille de son amie :

– Tu crois que ses seins sont vrais ? Moi je paris qu'elle a eu une opération quand elle avait genre, neuf ans.

– Tout pour plaire aux gars, hein ? Quelle pute… rétorque la deuxième, une mince aux courts cheveux roux.

Elles gloussent avec des expressions amusées, commençant elles-mêmes à se déshabiller. J'enfile mes jeans et ma camisole, me tournant enfin vers elles.

– Je peux parfaitement vous entendre, vous savez ?

Elles m'ignorent, continuant de se parler à voix basse, et je croise les bras, leur lançant d'une voix mielleuse:

– Au moins, moi j'en ai des seins. Êtes-vous sûres… que vous êtes des filles ?

La brune se tourne vers moi, la bouche grande ouverte, et je lance un regard appuyé sur sa poitrine pratiquement inexistante.

– Pardon ? demande l'autre d'un ton aiguë.

– Quoi, vous pouvez m'insulter et moi non ?

– Dis ça encore ? s'écrie la rousse en faisant un pas vers moi.

– Tu veux te battre ? Ça me ferait plaisir, tu sais ?

– Connasse ! Tu te crois supérieure parce que les gars te portent attention, hein ? J'ai hâte au moment où ils réaliseront que t'es qu'une allumeuse qui couche avec tout le monde !

Je serre les poings, blessée malgré moi. J'ai peut-être perdu ma virginité quand j'avais treize ans, mais je n'ai été avec aucun autre gars depuis, et pourtant je me fais régulièrement traiter de pute par les filles simplement parce que ma poitrine attire les regards. Ce n'est pas comme si j'ai choisi mon propre physique, c'est une question de gènes tout ça. Malgré tout, je lève le menton, les défiant du regard.

– Vous êtes juste jalouses parce que vous devez supplier les gars de coucher avec vous. Ou peut-être même que vous devez les payer ?

La rousse fait un mouvement comme pour me sauter dessus, mais on toque à la porte du vestiaire au même moment, et le timbre si rassurant Caïus s'élève. Il m'appelle. Je soupire et adresse un petit salut de la main aux deux filles, quittant précipitamment la pièce.

– Tout va bien ? me demande Caïus, inquiet, et je hoche faiblement la tête en passant un bras autour de sa taille.

– Ça ira dès que la Moisson sera terminée.

– Je ne peux qu'être d'accord, rigole-t-il en passant une main dans ses cheveux bruns encore mouillés.

Je sais bien que les remarques des filles sur ma personne sont à cause de mon amitié avec seulement des garçons, et que nos contacts semblent parfois intimes. Mais je ne pourrais jamais coucher avec Caïus. Il est comme un frère pour moi, et je suis comme une sœur pour lui. Il n'y a rien de romantique ou de sexuel là. C'est pareil avec mes autres amis. Est-il si étrange d'avoir des amis du sexe opposé durant l'adolescence ? Et ce n'est pas comme si j'avais le choix, puisque toutes les filles me rejettent.

Caïus et moi nous séparons peu de temps après, nous promettant de nous retrouver à la Moisson, et je me dirige vers ma maison d'un pas rapide. Une fois devant, je me glisse à l'intérieur silencieusement. J'aperçois Oldaric étant dos à moi, en train de parler sérieusement avec notre père, et je ne peux retenir un sourire espiègle.

Je crie à son oreille, me mettant à rire quand il sursaute violemment et tourne des yeux affolés sur moi.

– CORI ! s'exclame-t-il en fronçant les sourcils.

– Le saut que tu as fait ! lance Shiloh, mort de rire sur sa chaise, tout comme Akim et moi.

Notre père se contente d'un petit sourire amusé.

– Désolée, c'était plus fort que moi.

Je lui tapote l'épaule, rigolant toujours, puis prends place à côté entre Shiloh et Akim. Oldaric s'assied lui aussi en maugréant, et je me sers une assiette.

– Alors, l'entraînement ? me demande Shiloh.

– On n'était que quatre. Mais c'était bien, ça m'a détendue.

Un lourd silence s'impose alors que nous nous rappelons tous pourquoi j'étais tendue, exactement. Shiloh et Akim ne sont pas éligibles, ayant dix-neuf et vingt-et-un ans respectivement, mais moi avec mes seize ans et Oldaric avec ses dix-huit ans ne sommes pas aussi sains et saufs.

– Je parie que Ric va être tiré au sort. Il ne sait pas s'amuser et ça va être sa punition, se moque Akim afin de détendre l'atmosphère.

– Je sais parfaitement m'amuser, ok ? rétorque-t-il dans un ronchonnement. C'est vous qui vous amusez trop… Et ne dîtes pas que je vais être tiré, ça va me porter malchance…

– Mais non, ça n'arrivera pas. Tu as quoi, huit papiers ?

– Sept, répond-il faiblement.

– Tu vois ? Encore moins de chance qu'on croyait ! conclue Shiloh en lui ébouriffant les cheveux.

Je sais qu'Akim et Shiloh regrettent de ne pas être éligibles, car ils ne pourront pas protéger Oldaric. Je me redresse, pointant ma cuillère en direction de chacun d'entre eux :

– Et moi, personne s'inquiète ?

– Non, personne. On t'aime pas, la benjamine.

– Hey !

– Et puis même si t'es tirée, t'as qu'à te mettre nue devant les gars et ils seront immédiatement à ton service, ricane Akim.

– Très drôle ! Je sens l'amour, vraiment.

– Ah bon ? Ça a une odeur ? demande Shiloh d'une voix faussement innocente.

– Ha ha. Est-ce que c'est la journée officielle « On se moque de Cori », ou quoi ?

– Tiens, c'est une bonne idée ça ! Et pourquoi pas le faire une fois par semaine, en plus. Tous les samedis. Qu'en pensez-vous ?

– Génial. Comme ça je vous aurai moins sur mon dos, maugrée Oldaric.

– Tu te sens abandonné ? T'en fais pas, tu auras les dimanches, lui promet Akim avec un clin d'œil.

Je me lève, mon assiette finie, et quitte la pièce avec un « j'aurai ma revanche ! » par-dessus mon épaule. Une chance que j'ai mes frères, sinon je crois que je serais morte de peur.

Fouillant dans mon garde-robe, je cherche les vêtements parfaits pour la Moisson. Je ne suis pas du genre à passer des heures sur mon apparence, mais j'aime quand même me sentir jolie. Mes doigts frôlent le délicat tissu avant que je ne la vois, mais je sais immédiatement que c'est celle que je vais porter.

Je sors la tenue lentement et l'admire à bout portant, puis me dépêche de l'enfiler. La robe est bleue et verte, un peu bouffante, et elle me va parfaitement, ce qui m'émeut encore plus. Je mets des bottines blanches à talons pour aller avec, puis je détache mes cheveux, les laissant retomber librement sur mes épaules.

M'observant quelques secondes dans le miroir, je sens les larmes menacer de déborder de mes yeux, l'un vert et l'autre violet. Je prends une grande inspiration et me mordille la lèvre nerveusement, curieuse de la réaction qu'aura mon père. Je rejoins tout le monde dans la cuisine et fais un tour sur moi-même, levant le menton devant le regard troublé de mon père.

– Est-ce que c'est…

– La robe de maman, oui.

Il se raidit, cachant soigneusement toute expression, et j'attends ses prochaines paroles, le cœur battant la chamade. Je peux sentir que c'est pareil pour mes trois frères.

– Tu es très jolie, se contente-t-il finalement de dire.

Je hoche la tête tristement. Encore une fois, il évite le sujet. Maman est morte quand j'avais six mois, mais j'ignore comment, il refuse de nous le dire. Et il ne parle jamais d'elle. J'ai trouvé cette robe dans le sous-sol il y a quelques années, et je l'ai prise en secret, me promettant que je la mettrais un jour. J'aimerais tellement savoir ce qu'il s'est passé, pourquoi elle n'est plus là avec nous. Akim est le seul qui a le moindre souvenir d'elle, il avait cinq ans. Il dit qu'elle avait un magnifique sourire, des yeux tristes et des cheveux blonds qui étincelaient au soleil – comme les nôtres sauf papa, qui a les cheveux bruns.

Caressant le tissu, je prends une grande inspiration. Rien qu'à porter la robe de maman, j'ai l'impression qu'elle est là, à côté de moi.

Je me sens… forte.

.

.

.

Me mordillant la lèvre, je fouille des yeux la section des seize ans avec avidité, espérant repérer l'un de mes amis. Le groupe de filles à côté de moi me jette des regards méprisants et je tente de leur rendre la pareille aussi souvent que possible, prenant bien attention à me tenir droite même si mon dos est douloureux. Je trouve ridicule que mes seins me causent même des maux de dos.

– Cori ! s'écrie la voix familière d'Ash.

Je le salue de la main avec un sourire et il accélère le pas, s'arrêtant à côté de moi. Passant une main dans ses cheveux blonds emmêlés, il saute d'un pied à l'autre nerveusement. Après Caïus, c'est un peu mon deuxième meilleur ami. Nous nous connaissons depuis l'enfance, et bien que nous ne soyons pas aussi complices qu'avant, je tiens beaucoup à lui.

– Tu es venu avec ta famille ?

Il hoche la tête en pointant son père, qui dépasse tout le monde d'une bonne tête. Même d'ici, je peux le voir qui essaie de vendre ses horloges. Ses affaires ne vont plus très bien depuis quelques années car plus personne ne porte de montre, mais parfois il arrive à toucher les gens par le romantisme de la chose.

– Et toi ?

– Aussi. Oldaric est allé rejoindre ses amis alors je me suis dit que je ferais pareil.

– Tu as vu Caïus ?

– Ce matin, mais je n'arrive pas à-…

– Qui est-ce ? demande une voix faussement aiguë alors que deux mains se posent sur mes yeux.

Parlant du loup. À l'aveuglette, j'envoie un coup de pied vers l'arrière et les mains s'enlèvent immédiatement, accompagnées d'un grognement de douleur. Je me retourne, lançant un sourire goguenard à Caïus. À côté de lui, Lewi – son meilleur ami avec qui je m'entends bien mais sans plus – se tord de rire.

– Mon tibia ! Tu pourrais y aller plus gentiment quand même ! s'exclame mon ami en se massant la jambe.

– Tu n'as jamais appris qu'il ne faut pas choquer les demoiselles ?

– Tu serais redoutable dans l'arène, Cori, continue de rigoler Lewi.

– J'espère ne jamais avoir à le découvrir, dis-je en frissonnant.

Nous restons silencieux, et Caïus passe un bras autour de ma taille, essayant de me réconforter. C'est alors que j'entends l'une des filles du groupe de tout à l'heure qui s'adresse à Ash sans aucune subtilité.

– Dis, vous l'avez fait combien de fois ensemble pour que tu la colles comme ça ? Est-ce qu'elle est vraiment si bonne que ça au lit ?

– Quoi ?! demande Ash, l'air ahuri.

– Peut-être qu'elle vous a laissé la baiser à trois ? Vous la payez, pour ses services ? C'est pas rien après tout, satisfaire trois gars à la fois, continue une autre en ricanant.

– Vous allez vous la… commence Caïus en faisant un pas menaçant dans leur direction, ses yeux lançant des éclairs, mais je le retiens par le poignet.

Collant mon sourire le plus étincelant sur mes lèvres, je sors les hanches et utilise ma main libre pour triturer une mèche de mes cheveux d'un air faussement séducteur.

– Le plus magique dans tout ça, dis-je calmement, est que je n'ai même pas besoin de coucher avec vos copains pour qu'ils me suivent comme des petits chiens en chaleur. Alors voulez-vous vraiment m'énerver ? Parce que je vous jure, ça me fera plaisir d'aller leur rendre visite, un de ses jours…

– Qu'est-ce…

– Et vous est-il déjà passé par la tête que non seulement j'ai un corps de rêve, contrairement à vous toutes, mais aussi une meilleure personnalité, et que c'est pour ça que les gars aiment passer du temps avec moi ?

– T'es qu'une… une salope ! rétorque l'une d'elles, enragée.

Je ne retiens même pas mon sourire condescendant.

– Chérie, c'est vraiment la meilleure insulte que t'as pu trouver ? Y'a pas grand-chose dans ton coco, ou quoi ?

Elle s'avance vers moi et je fais de même, prête à en découdre. Ce n'est vraiment pas la journée pour m'énerver, je suis déjà naturellement à bout de nerfs.

– Ok les filles, on se calme, s'interpose Lewi en levant les mains. Nous on va aller un peu plus loin, alors… Un peu de retenue en ce jour de Moisson, hein ?

S'emparant de mes épaules, Caïus m'éloigne fermement, après un « Allez vous faire voir ! » en direction des filles, et Ash ferme la marche. Rendu à l'autre bout de la section, Lewi se plie soudainement en deux, mort de rire, et Ash l'imite quelques secondes plus tard. Caïus et moi échangeons un regard consterné, avant de repenser à la scène plus calmement et d'éclater de rire nous aussi.

– Leur tête quand t'as menacé de séduire leurs copains… s'esclaffe Lewi, à bout de souffle, nous faisant repartir de plus belle.

Je sens des larmes brûler mes yeux et je les essuie discrètement, espérant que les autres croient qu'elles sont là simplement car je ris trop fort. Avant, je tentais de me défendre, de dire que ce n'était pas vrai. Que je ne tentais pas de séduire, que je ne couchais avec personne. Mais aucune des filles ne me croyait. Maintenant, j'assume mon rôle de péripatéticienne, bien que ce soit faux. Mais je préfère encore les insulter en retour que pleurer pitoyablement dans un coin.

– Bonjour, bonjour, dit une voix lente et grave.

Nous arrêtons immédiatement de rire, rappelés à l'ordre. L'un de nous pourrait mourir d'ici deux semaines. Sur l'estrade, celui que je devine être l'hôte ouvre grand les bras, les yeux fermés.

– Commençons par communier tous ensemble avec la nature en cette triste journée, déclare-t-il le plus sérieusement du monde.

Je fronce les sourcils et les murmures vont bon train dans la foule. Je l'observe avec plus d'attention, plissant les yeux. Des fleurs sont placées aléatoirement dans ses longs cheveux brun chocolat lui arrivant aux genoux. Ses yeux, que j'ai aperçu plus tôt, affichent le parfait miroir du ciel, bleus avec une tache jaune brillante. Sa peau est un magnifique mélange de rouge, orange et jaune qui semble représenter le feu. Maigre, de taille moyenne, il porte un morceau de tissu blanc jeté sur ses épaules qui enveloppe son corps. Et à son cou, il a un gros pendentif avec une capsule d'eau. Mais le plus bizarre, c'est certainement la chèvre blanche qui se tient tranquillement à sa droite.

Il rouvre finalement ses yeux et croise ses mains derrière son dos, l'air serein. D'une voix cérémonieuse, il se présente en tant que Miro Underwood, hôte du Secteur Quatre en compagnie de la mentor Lateefah Galloway, puis récite le nouveau Traité de Paix, incluant les raisons de ces Jeux du Capitole. Et enfin, c'est l'heure du tirage. Je serre les poings, me mordant les lèvres de plus belle jusqu'à ce qu'un goût métallique emplisse ma bouche.

– La pauvre malheureuse qui se retrouvera dans ses Jeux est Corisandre Harrietty, s'attriste l'hôte.

Je me sens me raidir et tourne mon regard vers Caïus, qui semble soudain pétrifié lui aussi. Je mords ma lèvre inférieure encore plus fort et prends une brusque inspiration, me rendant compte que je ne respirais plus.

– Corisandre ? m'interpelle Miro à nouveau.

Je ferme les yeux, espérant presque que ça me permette d'échapper à cette situation. Si je ne vois pas, ça n'a pas lieu.

– Cori… murmure Caïus à mon oreille, et je hoche la tête plusieurs fois d'un geste nerveux.

– Ok, ok, ok… dis-je précipitamment, m'écartant de mes amis.

Le souffle court, je traverse la marée de jeunes et me force à sourire, même si ça ressemble probablement plus à un rictus. Je dois être forte. Je dois paraître forte, du moins. Miro m'accueille sur la scène avec un air bienveillant mêlé de pitié et j'ai soudainement envie de le frapper de toutes mes forces. Je pourrais le faire, si je le voulais. Je suis plus grande et plus costaude que lui. Un coup est vite parti…

– Des volontaires afin de participer à cette horrible expérience à la place de Mlle. Harrietty ?

C'est sûr que les gens vont sauter sur scène si tu le proposes comme ça. Connard. Et puis, n'a-t-il pas peur des représailles des Thraxs ?!

Montrant mes dents dans ce que j'espère être un sourire enthousiaste, j'affronte les habitants de mon Secteur du regard. Je peux voir la jubilation sur le visage de certaines, l'indifférence sur d'autres, et la pitié sur la majorité. Mais surtout, je remarque le silence de plomb.

Bien sûr que personne ne se portera volontaire.

– Passons donc aux garçons. Le tribut masculin est…

Pas Oldaric. Pas Caïus. Pas Ash. Pas Lewi. Pas eux, pas eux, pas eux…

– Etan Sullivanov !

Quoi ?

…Etan ?!

Oh, c'est juste… parfait. Je vais crever dans deux semaines, et mes derniers jours seront en compagnie du connard qui a pris ma virginité.

Juste. Par. Fait.

Il sort enfin de la section des dix-sept, le gros sourire aux lèvres et la démarche supérieure d'un coq dans son poulailler. Il n'a pas changé d'un poil en trois ans, à part pour ses nombreuses modifications physiques. Mais question caractère, il n'y a pas de doute qu'il est toujours aussi… dégoûtant. Si j'en crois les rumeurs à son propos… que bien sûr je n'écoute absolument pas.

Il n'y a évidemment aucun volontaire pour lui non plus, et puis de toute manière il mérite son sort, contrairement à moi. Miro passe ses bras autour de nos épaules en nous indiquant de nous serrer la main, et j'affronte enfin le regard du seul garçon qui m'ait réellement vue nue.

– Corisandre… chuchote-t-il, ses yeux gris plongeant dans les miens. Tu as vraiment merveilleusement bien grandi.

– Tu en sais quelque chose, n'est-ce pas Etan ? dis-je tout aussi bas, un voile de rage m'enveloppant et me faisant perdre tout contrôle.

Je suis déjà condamnée à mort, je peux bien me permettre une petite revanche. Sans crier gare, j'attrape sa main afin de la serrer comme on le demande, et ajoute à cela mon genou dans ses parties.

Il se plie en deux devant les exclamations de surprise, et du coin de l'œil je peux même voir Miro poser une main devant son propre point faible masculin avec une grimace. Je m'aperçois dans l'écran géant et la réalité de la situation s'impose à moi.

Je viens de mettre K.O. mon partenaire de Secteur.

Je vais être dans les Hunger Games.

Parfait.

.

.

.

– J'aurais dû… j'aurais dû me porter volontaire… Je suis tellement désolé… J'étais figé… Cori, pardonne-moi…

Oldaric sanglote dans mes bras, me serrant de toutes ses forces. Je ne l'ai jamais vu montrer autant d'émotion. Tremblant de la tête aux pieds, j'aimerais lui dire que tout va bien, que je ne lui en veux pas. Il a bien fait, être dans les Hunger Games aurait été un véritable cauchemar.

Mais rien ne sort. Dès que la Moisson s'est terminée et que les caméras se sont éteintes, j'ai complètement perdu le contrôle. Blanche comme un lin, moi qui suis connue pour mon magnifique bronzage, je ne peux que serrer mes proches dans mes bras en espérant que tout sera bientôt fini.

– Cori. Hey, cocotte, tu m'écoutes ? demande Shiloh en s'agenouillant devant moi.

Je hoche faiblement de la tête, mordant ma lèvre violemment. Il prend ma main, y déposant une longue chaîne d'argent, celle qu'il porte toujours sur lui.

– Comme souvenir. Je sais que tu l'as toujours aimée.

De grosses larmes se mettent à couler sur mes joues et je renifle bruyamment.

– M-merci…

– Ne te laisse pas faire, frangine. On te soutient tous, ok ? m'encourage Akim, les yeux rouges.

– O-ok. Je vais… Je vais tous leur montrer que la b-benjamine des Harrietty n-n'est pas à sous-estimer, dis-je en me redressant.

– Bien dit, répond mon père en déposant un baiser sur mon front. Et n'oublie pas qu'on t'aime plus que tout.

Je n'oublierai pas. Mais j'espère qu'eux… J'espère qu'eux m'oublieront vite. Parce que je n'ai aucune chance de gagner.