Salut tout le monde ! Comment allez-vous ? Moi ? Bien, bien... Je suis en lendemain de veille, j'ai trois heures de sommeil dans le corps et je suis prise au travail pour encore une heure... yaaaaay ! u.u

Bref. Parlons d'Etan d'abord, j'ai une petite chose à clarifier. Il n'a PAS violé Cori. On apprendra plus en détail ce qu'il s'est passé entre eux, mais sachez que ce n'est pas ça. Sinon, il semblerait que je vous ai pas mal surpris avec lui alors... yay ! Mission accomplie ! ^^

Pour le groupe facebook maintenant. J'ai mis un lien sur mon profil pour le trouver. Désolée du dérangement, je suis une novice à ça et j'avais pas cliqué que vous ne pourriez pas le trouver seuls ^^' Comme je l'ai dit la dernière fois par contre, il n'y a pas encore grand chose dessus, mais ça devrait venir graduellement. :)

Merci à tous pour vos reviews, comme toujours. C'est agréable d'avoir vos opinions et d'échanger avec vous, et c'est génial de sentir tout le support que vous me donnez. :') (And I mean... Plus de 200 reviews avec 9 chapitres... je me sens trop choyée... Vous êtes les meilleurs lecteurs du monde ! TT-TT) Merci aussi à ma beta-reader D. Would, qui fait un magnifique travail et à ma beta-d'opinion Ljay qui m'encourage toujours ! :D

Hana : Hello ! ^^ Merci de ta review ! Elle m'a vraiment touchée, parce que c'est toujours une inquiétude pour moi d'avoir fait le mauvais choix en faisant un chapitre par Moisson. J'y tenais, mais j'avais peur d'en perdre des lecteurs =/ Alors merci de me rassurer ainsi et de continuer de m'encourager, c'est très apprécié :D

ValentinMVP : Merci de ta review ! :3 En fait j'ai déjà quelqu'un qui m'a corrigé Survivre, mais j'aimerais retravailler certains passages, des tournures de phrases douteuses, des expressions mal utilisées... Bref, j'ai tout un travail devant moi... u.u Mais merci beaucoup d'offrir, c'est hyper généreux *-* Et je suis contente d'avoir un nouveau lecteur, il manque de présence masculine sur FFnet, XD. Et sinon, je suis contente que tu aimes Etan X) Je crois que personne ne s'attendait à ce qu'il soit plutôt sympathique XD. Pour la nouvelle couverture, en fait le lien ne fonctionne pas =/

Solene : Salut salut ! Merci de tes 3 reviews ! ^^ Contente que tu aimes Cori, je crois que son caractère est une grande force, elle pourrait aller loin en effet :) (en même temps, tous les tributs pourraient aller loin, donc je sais pas si ça veut dire grand chose XD...) Quant à Etan, ce n'est pas faux que sa relation avec sa mère est très étrange. Mais en fait, elle est tout ce qui lui reste, bien sûr Vala est importante, mais elle n'est pas un adulte. Etan ayant "perdu" son père, il ne peut que s'appuyer sur sa mère, sauf qu'elle n'est jamais là pour lui, et même s'il ne veut pas se l'avouer, ça le blesse énormément. Il est en gros déni avec ses sentiments, en fait. Bref, j'arrête l'analyse psychologique là XD.

Pr. Laytoad : Nouvelle lectrice ! \o/ Merci de tes reviews ! X) Et bien sûr, si tu souhaites être sponsor tu peux, c'est ouvert à tout le monde ^^ J'espère que ce chapitre te satisfera dans l'âge des tributs, on a enfin quelqu'un de 12 ans ! ^^

Concernant ce chapitre, la tribut (enfin une toute jeune !) a été créée par Laurtess97. Elle est très touchante, comme vous allez le voir, et j'ai vraiment passé un bon temps à l'écrire. La mentor a aussi été faite par elle, et l'hôte a été fait par Kayla7. X)

Enjoy !


MOISSON DU SECTEUR CINQ

Une rêveuse étouffée


Siam Capicolla, 12 ans, Secteur 5

Je repose mon crayon, satisfaite, et mon regard se tourne vers l'horloge numérique. C'est l'heure. Je secoue l'épaule de Siamon, qui enfonce son nez dans l'oreiller.

– Debout, ça va bientôt commencer, dis-je en détachant bien chacune des syllabes, aussi fort que possible.

Il lève deux doigts et passe la couverture par-dessus sa tête.

– Siamon, tu vas tout manquer !

Aucune réaction. Je le secoue à nouveau, énervée. C'est lui qui m'a demandée de le réveiller à temps, il fait toujours ça ! Nous avons des tonnes de points en commun, mais sur celui-ci, c'est l'opposé total. Je suis une lève-tôt n'ayant besoin que de six à sept heures de sommeil par nuit tandis que Siamon peut dormir jusqu'à douze heures d'affilée. En général ça ne me dérange pas, parce que ça me laisse le temps d'écrire mes trois pages.

– Siamon !

J'imagine que mon ton est devenu tout plaintif et aiguë. Je ne peux pas en être sûre, car je n'entends rien moi-même, mais quand mes cordes vocales font ce genre de vibrations, ma famille dit que c'est ma voix de peste.

Mon jumeau se redresse enfin et me foudroie du regard. Je hausse les épaules, souriante.

Il est encore tôt ! râle-t-il en langage de signe.

– Mais le spectacle commence bientôt !

– Quel spectacle ?

– Les voisins !

Son regard s'illumine et il se précipite à la fenêtre, moi sur ses talons. Nous sommes juste à temps. La porte d'entrée des voisins d'en face s'ouvre en claquant et une femme en sort, vociférant des obscénités que je peine à discerner sur ses lèvres. Être sourde force à développer d'autres talents, et ça fait quelques années déjà que je peux lire sur les lèvres, tant que la personne ne parle pas trop vite et a une prononciation à peu près normale.

Elle retourne à l'intérieur, et bientôt elle se tient à la fenêtre de gauche et l'ouvre en grand. Elle s'éloigne, puis revient avec des vêtements plein les bras, qu'elle jette au-dehors. Le mari apparaît enfin, lui aussi en train de crier à tue-tête si j'en crois les veines proéminentes dans son cou et son visage rouge.

Sans crier gare, la femme le pousse au travers de la fenêtre et il s'écrase au sol, l'air ébahi. Il se relève d'un bond en se frottant le derrière, pointant un doigt menaçant vers elle, mais malheureusement je ne peux pas voir ce qu'il dit. Je me tourne vers Siamon, curieuse, et il est rouge tomate, secoué par un fou rire silencieux. Je claque des doigts pour attirer son attention, lui demandant en langage des signes – qui est bien plus naturel pour moi que de parler – :

– Quoi ? Qu'est-ce qu'ils se disent ?

– Elle a couché avec l'avocat qui le représente pour leur divorce et il a vendu tous les bijoux de valeur appartenant à la mère de sa femme.

– En parlant de leur fils, tu te souviens quand il a traité notre famille de monstres ?

Siamon hoche la tête d'un air sombre. Ce n'était pas la première fois que nous avions entendus ce genre de remarque, mais ça reste toujours dur à prendre. L'un muet et l'autre sourde, disons que nous n'avons pas une vie très normale. À cause de nos handicaps – « nos différences qui nous rendent spéciaux », diraient nos parents – notre père a décidé de nous faire l'école à la maison afin que nous n'ayons pas à affronter les moqueries des autres jeunes, pendant que notre mère passe son temps dans un laboratoire à chercher une solution pour nous rendre « normaux ». Même si bien sûr, elle ne le formulerait jamais ainsi. Elle est simplement incapable de comprendre que nous sommes ainsi pour la vie et qu'il n'y a rien à y faire. Autant l'accepter et apprendre à vivre avec, ce que nous faisons parfaitement bien depuis douze ans, merci.

Bien sûr, j'aimerais récupérer mon ouïe, et Siamon aimerait parler. Mais le fait que maman soit si obsédée par une solution miracle me donne parfois l'impression qu'elle n'arrive pas à nous accepter comme nous sommes. Qu'elle n'est pas… fière de nous.

C'est idiot, je sais.

Et puis, je suis mal placée pour me plaindre, alors que mon rêve est d'aller dans le domaine de la médecine afin de nous guérir.

– Il n'a pas vu sa propre famille on dirait, dis-je finalement, sortant de mes sombres pensées.

– Au moins ils créent un peu d'action dans le voisinage, commente mon frère.

– Pas de doute là-dessus !

Nous échangeons un sourire complice, puis reportons notre attention sur le couple. Ils se sont jetés l'un sur l'autre, tantôt se donnant des coups de poings et tantôt s'embrassant avec fougue. Finalement, comme tous les matins, ce sont les Thraxs qui interviennent pour les séparer, alors que leur fils les observe de sa chambre, l'air absolument misérable.

C'est triste quand je réalise que ce couple est ce qu'il y a de plus excitant dans ma semaine.

Nous nous mettons ensuite à notre activité favorite, inventer des vies aux passants. Étant séquestrée dans la maison à longueur de journée – ok, j'exagère peut-être un peu, nous pourrions probablement sortir si nous le souhaitions –, c'est un bon moyen de passer le temps, et puis ça me donne toujours de bonnes idées d'histoire.

Celle-là est en chemin vers son ancien Muet, qui l'a quittée suite à la Rébellion. Elle a un couteau à pain dans son sac, et elle a l'intention de le tuer avec, entame Siamon.

Personne n'a dit que nos histoires étaient joyeuses.

Lui a l'intention de se porter volontaire, et il se rend à son centre d'entraînement. C'est son père qui le force à faire cela, et en réalité il est terrifié. C'est pour ça qu'il va mourir dès le bain de sang, invente mon frère un peu plus tard.

– Si c'était nous dans les Jeux, comment crois-tu…

J'interromps mon geste, me rendant compte que je viens d'aborder le sujet tabou. Les Hunger Games, la Moisson, la possibilité que nous soyons tirés au sort… Siamon et moi n'en parlons jamais, simplement parce que nous avons trop peur que cela ne se produise réellement. Si je me retrouvais dans les Jeux sans lui, je serais… Perdue, dévastée, terrorisée…

Et ce n'est pas pour rien. Je n'ai jamais – jamais – été séparée de lui. Quand nous étions petits, il était même impossible de nous mettre dans des pièces différentes, ça rendait nos parents dingues. Tous les événements importants ont été vécus à ses côtés, autant les bons que les mauvais.

Je regarde Siamon droit dans les yeux, essayant de lui témoigner à quel point je suis sérieuse.

– Si jamais je suis tirée… Ne te porte pas volontaire, ok ?

Il fronce les sourcils.

Ça n'arrivera pas, finit-il par dire en haussant les épaules.

– Tu ne peux pas le savoir à coup sûr. Je ne veux pas que nous mourions tous les deux. Tu promets ?

Ne parle pas de ça. Il n'y a pas besoin de s'inquiéter, élude-t-il, détournant les yeux.

Je soupire, frustrée. Je me doutais déjà qu'il réagirait ainsi. Moi j'imagine toujours les pires scénarios, je cherche à savoir comment je réagirais, ce qu'il m'arriverait. Lui déteste cela. Il vit au jour le jour, refusant de se créer des anxiétés pour des problèmes qui n'ont pas encore eu lieu. Parfois, je trouve que ça le rend plus sage que moi.

Mais parfois, comme aujourd'hui, j'aimerais qu'il me promette. Parce que si j'étais vraiment tirée au sort… Je sais qu'il se porterait volontaire.

La porte de notre chambre s'ouvre et notre mère s'introduit à l'intérieur, souriante.

Êtes-vous prêts ?

Nous hochons la tête et elle fait nous la bise, puis nous ordonne de nous installer sur le lit pendant qu'elle ouvre sa trousse. Tous les matins c'est le même manège. Avant de se rendre à son travail, elle nous inspecte de la tête aux pieds, puis nous fait des examens personnalisés. Moi pour ma surdité, Siamon pour ses cordes vocales. Et finalement, elle nous donne des remèdes. Parfois ce sont des pilules, d'autres fois des injections, ou encore une crème, ou une décoction…

Je ne crois pas que ce soit totalement légal, qu'elle teste ainsi sur nous. Les anomalies génétiques irréparables sont très rares dans le Capitole, habituellement elles sont corrigées dès la naissance de l'enfant, ou même quand il n'est encore qu'un fœtus, donc il n'y a pas beaucoup de possibilités de vérifier si ça fonctionne réellement ou non sur un humain.

Aujourd'hui, comme les trois dernières semaines, c'est l'injection d'un drôle de liquide mauve pour moi alors que Siamon, le chanceux, à droit à de simples pilules vertes.

Voilà, terminé ! dit ma mère en langage de signe avec un grand sourire. Habillez-vous puis venez nous rejoindre pour manger.

J'enfile la tenue que j'avais préparé à l'avance, une mignonne robe violette accompagnée de ballerines grises. Puis j'entreprends d'attacher mes cheveux d'un rose dégradé, qui m'arrivent normalement au bas du dos, en deux longues nattes. Je les décore d'un gros nœud papillon vert. M'inspectant dans le grand miroir de la chambre – c'est un bon moyen de savoir ce que Siamon me dit même s'il est dans mon dos – mes yeux me fixent, l'un rose et l'autre mauve, brillants joyeusement. Mes taches de rousseur lilas les soulignent adorablement.

J'adore me sentir jolie.

Dans le reflet, j'aperçois Siamon qui ricane devant ma coquetterie et je lui tire la langue. Les garçons n'y comprennent rien. En tout cas, c'est ce que maman dit. Je n'ai pas souvent eu l'occasion de parler à des garçons de mon âge autre que mon frère.

Parlant de celui-ci… Il s'est contenté de mettre des shorts gris et un tee-shirt bleu marine. Il a toujours refusé de s'habiller chic. Un petite cravate lui irait si bien, pourtant. Ses courts cheveux verts sont aussi mal coiffés que d'habitude, et ses yeux, l'un de couleur émeraude et l'autre de jade, m'observent avec amusement.

Les filles et leurs vêtements, nargue-t-il en secouant la tête d'un air faussement exaspéré.

Fais attention à ce que tu dis, je pourrais mentionner ta taille…

C'est une pique que je lui lance de temps à autre, quand il m'énerve. Malgré mon minuscule un mètre trente, Siamon est plus petit que moi. Mais je ne lui fais pas remarquer trop souvent, car il en a déjà subi les moqueries des enfants qui vivent dans le voisinage bien assez de fois.

Il me tire la langue, s'emparant de ma main pour m'entraîner en direction de la salle à manger, où nos parents nous attendent. Ils ont déjà commencé leur repas, et Siamon me sert galamment une assiette.

Je plonge mon nez dans le porridge jusqu'à ce que Siamon me secoue l'épaule. Relevant la tête, je me rends compte que mon père me parlait. Depuis mes six ans, il ne me parle jamais par signes, disant que je dois m'habituer à toujours regarder autour de moi au cas où quelqu'un me parlerait, afin que je dois être capable de fonctionner normalement dans la société. Ça m'énerve un peu, mais je comprends son point.

– Vous vous souvenez comment la Moisson se déroule ? demande-t-il en s'adressant à nous sérieusement.

Je hoche la tête, et du coin de l'œil je peux voir Siamon qui fait de même.

– Bien. Siam, redis-le moi.

Je commence à parler en signe, mais il m'interrompt immédiatement.

– Parle, exige-t-il.

Alors, d'une voix hésitante, car je ne peux jamais être certaine que les bons mots sortent, j'explique le déroulement. L'inscription, la prise de sang, les papiers à nos noms dans les boules de verre, l'hôte, le tirage…

– Et comment devez-vous réagir si vous êtes choisis ?

– Courageusement.

– Bien. On va être tout près. Vous allez survivre ?

On a douze ans, papa, rétorque Siamon en levant les yeux au ciel.

– Je sais, je sais. Mais quand vous aurez mon âge, vous verrez que ça semble bien jeune, rit-il doucement.

Il se tait ensuite, et je m'apprête à baisser les yeux quand j'aperçois ses lèvres bouger. Ni ma mère ni Siamon ne réagissent, comme s'ils n'avaient rien entendu. Pourtant, moi j'ai vu ce qu'il a dit, sans émettre le moindre son..

Je ne vous perdrai pas.

.

.

.

Ça commence bientôt tu crois ? me demande Siamon, nous attirant les regards moqueurs des autres jeunes à nouveau.

Être muet au Capitole est signe de faiblesse, d'infériorité. Et chaque fois, ça m'attriste autant que ça m'enrage. Ce n'est pas comme si Siamon est un traître, ni un esclave, et pourtant c'est ainsi qu'il est traité dès que les gens réalisent qu'il ne peut pas parler.

– Ça devrait.

Bien que je puisse parler, je lui réponds moi aussi par signe, afin qu'il ne soit pas le seul à essuyer les railleries. Il ferait pareil pour moi s'il le pouvait, et d'ailleurs il s'est battu quelques fois avec des enfants qui, apparemment, criaient des choses obscènes dans mon dos.

Je lance un coup d'œil à ma gauche, d'où je peux apercevoir nos parents, puis me rapproche de Siamon jusqu'à ce que nous nous tenions épaule à épaule. Je me sens toujours extrêmement inconfortable dans de si grands regroupements. Incapable d'entendre, j'ai l'impression de devoir me tourner dans tous les sens au cas où il y ait un danger, que quelque chose d'important se passe, que quelqu'un tente de m'adresser la parole... Et puis bien malgré moi, je tente de savoir ce que tout le monde dit, mon regard se fixant sur tel ou tel groupe de personnes machinalement.

C'est l'horreur.

Est-ce que ça va ?

Je hoche faiblement la tête et adresse un petit sourire à mon frère. Vivement que tout cela soit fini et que nous puissions retourner chez nous, dans le confort et la sécurité. J'ai beau souvent rêver d'aventures et de nouvelles expériences, je suis terrorisée chaque fois que je mets les pieds hors de la maison. Heureusement, c'est mieux qu'avant. J'ai plus confiance en moi, et j'arrive de plus en plus à ne pas considérer ma surdité comme un handicap.

Enfin, la Moisson commence. Celui que j'assume être l'hôte, un petit bonhomme à la peau verte fait tout en finesse s'empare du micro, nous souhaitant de joyeuses Hunger Games avec enthousiasme. Vultra Briln est son nom. Il passe une main dans ses cheveux – eux aussi verts, bien que plus foncés – et entreprend de réciter le Traité de Paix.

J'aimais bien les Hunger Games, quand j'étais petite. C'était exotique, hors du commun. Si différent de ma petite vie confortable que je rêvais moi-même d'y être, de porter de magnifiques robes, de défiler devant tout le Capitole, de tomber amoureuse d'un autre tribut, de forger des alliances, de sortir vainqueur et pleine de gloire.

Maintenant que cette possibilité se présente, je me rends compte à quel point j'étais naïve. Je ne l'avais jamais réalisé, mais… Ces enfants meurent. Des vies sont perdues pour notre simple amusement.

Suite à la rébellion, je me suis mise à écrire de petites nouvelles sur la vie des tributs morts. Je leur inventais une famille, des amis, des amours, des intérêts et passions… J'ai ramassé les pamphlets des dix dernières années, et j'ai écrit, écrit, écrit.

Si je me retrouve dans les Jeux, je me demande si quelqu'un fera cela pour moi ?

Je secoue cette sombre idée de ma tête et me concentre à nouveau sur l'hôte, lisant sur ses lèvres. Je dois plisser les yeux pour mieux discerner les paroles car il parle très vite et s'agite beaucoup.

– Je vous présente maintenant votre mentor, Maret Finley ! babille-t-il joyeusement.

Une femme dans la bonne soixantaine s'avance, toute habillée de noire, et s'incline légèrement. Elle s'éloigne à nouveau et je sais que c'est maintenant l'heure. Sans même m'en rendre compte, je m'empare de la main de mon frère.

– Maintenant mes amis, c'est le moment que nous attendons tous. Êtes-vous aussi excités que moi ?!

À part quelques exclamations enthousiastes très éparpillées, il n'y a aucune réaction dans l'assistance. Comment peut-il être si heureux ? Ce sont des enfants du Capitole qui sont tirés au sort. Ne ressent-il donc aucune tristesse pour les habitants de sa propre ville ?

– Les dames d'abord, bien sûr. Les bonnes manières sont importantes, n'est-ce pas les garçons ? Sinon vous risquez d'être vierge longtemps ! blague-t-il, ne semblant pas réaliser que ça ne fait rire personne.

Il s'avance vers le bol de verre à sa gauche et doit se mettre sur la pointe des pieds pour y plonger sa main. Il fouille pendant des secondes qui me semblent interminables avant d'en sortir un petit papier, et je crois qu'à ce point je ne respire plus, car je commence à voir des points noirs.

C'est pourquoi je suis certaine que j'ai mal vu, quand le nom qui sort de sa bouche est Siam Capicolla.

Parce que… Parce que c'est moi, et que c'est impossible. Mon nom n'y était qu'une seule fois… Et papa a dit qu'il ne me perdrait pas… Et Siamon ne m'a pas promis qu'il ne se porterait pas volontaire… Et…

Et puis je ne veux pas mourir.

Il redit le nom et mon univers s'effondre.

C'est bien mon nom. J'ai été tirée.

De grosses larmes se mettent à dégouliner sur mes joues et je sens mes genoux fléchirent. La main de Siamon me serre si fort que mes doigts deviennent bleus.

Oh… Siamon…

Je me redresse, tourne mon regard vers lui. Le sien est vide, mais je crois y apercevoir une lueur de détermination que je connais bien. Il a l'intention de se porter volontaire, je le sais. Parce qu'il ne m'a pas promis, parce que nous sommes jumeaux, parce que sinon nous allons être séparés.

Je le gifle de toutes mes forces, me surprenant moi-même. Il pose une main sur sa joue, l'air interloqué, et je lève mon menton.

Non, dis-je fermement, agitant mes deux mains en des gestes frénétiques. Ne le fais pas. Promets-moi. Maintenant.

Il hoche la tête alors que ses yeux se ferment avec désespoir, et je me tourne à nouveau vers la scène. Un Thrax se fraie un chemin jusqu'à moi, et l'hôte me fait un signe de la main invitant. Je redresse mes épaules et le rejoins, faisant comprendre que je n'ai pas besoin d'escorte.

Le reste de la cérémonie se passe comme dans un rêve, et gardant les yeux sur mes souliers, je n'ai aucune idée de ce qui se dit. Vultra s'empare de mon poignet à un certain point et me force à serrer la main de mon partenaire de Secteur. Je lui arrive à peine à la moitié du torse, et ce simple fait me terrorise assez pour que je n'ose pas l'observer de plus près.

Je suis enfin escortée vers le lieu réservé aux adieux, un petit bâtiment gris fait à la va-vite. Un Thrax me dépose sans ménagement dans une pièce toute en longueur. Enfin seule, je m'effondre au sol. Une lourde odeur de peinture fraîche m'assaille et je commence à faire de l'hyperventilation. Un sanglot m'échappe, les points reviennent dans ma vision, les murs se referment autour de moi…

Puis c'est le noir complet.

.

.

.

Je suis réveillée par des ballotements inconfortables. J'ai l'impression d'avoir le cerveau transpercé de toutes parts, et je referme les yeux aussitôt après avoir tenté de les ouvrir, la lumière du soleil douloureuse.

La bouche pâteuse, je force tout de même un gémissement, espérant signaler à Siamon que je suis éveillée. Deux mains s'emparent des miennes immédiatement, mais elles sont trop grandes pour être celles de mon frère. Maman, peut-être ? Sauf qu'elles ne me semblent pas familières. Qui… ?

J'ouvre grand les yeux cette fois, affolée. Le visage bienveillant d'une femme m'accueille. Regardant autour de moi, je crois être dans un véhicule, car je peux voir les rues du Capitole défiler par les deux fenêtres. En face de moi se trouve un garçon aux cheveux bleus et un homme à la peau verte qui me dit quelque chose, mais mon esprit embrumé n'arrive pas à mettre un nom au visage.

– Siamon ? dis-je faiblement, complètement perdue.

La femme à côté de moi secoue tristement la tête, et ses lèvres remuent, mais je n'arrive pas à me concentrer. Je ne peux pas… Je ne la comprends pas… Qu'est-ce qu'elle dit ?

Je me racle la gorge, humidifiant mes lèvres asséchées.

Où suis-je ? Où est mon frère ? Et mes parents ?

La femme m'attrape les mains, mais je la repousse violemment. Le garçon aux cheveux bleus s'interpose, s'asseyant devant moi. Il agite les mains, et je réalise que c'est la langue des signes.

Tu as été tirée au sort pour les Hunger Games, explique-t-il, l'air triste. T'en souviens-tu ?

Je secoue la tête et peux sentir les larmes me monter aux yeux. Il ment. Ce n'est pas vrai… Siamon…

On est en chemin vers le centre d'Entraînement. Tu t'es évanouie durant les adieux et…

– Non !

Je recule jusqu'à me cogner la tête contre la vitre du véhicule. Il me regarde avec pitié et déglutit, sa pomme d'Adam proéminente. Un triste sourire, mélancolique, se dessine sur ses lèvres, révélant des fossettes, et il se rapproche un peu plus.

Je suis désolé. Vraiment, vraiment désolé… Il est trop tard… pour voir ta famille…

– NON ! Non, non, non…

Je ne comprends plus rien. Ce n'est pas possible… Il ment ! Ils mentent tous ! Secouant la tête de plus belle, ma main se pose machinalement sur le tatouage à mon épaule gauche, simplement constitué de mon nom en rose entrecroisé à celui de mon frère en vert.

Il me prend dans ses bras brusquement, et je tente de me dégager, me débattant de toutes mes forces, mais il n'y a rien à faire. Il se met à me bercer, et je sanglote, m'abandonnant au contact. J'enfonce mes ongles dans le tissu de ses vêtements, bouleversée.

S-siamon… Je… je n'ai pas pu… C'est… si injuste... M-maman, papa…