Chapitre 9

Lavi attrapa Allen par le col pour l'empêcher de s'enfuir en courant et le traîna jusqu'au portail. Le jeune albinos se débattait férocement mais il était plus petit et légèrement moins fort que Lavi, et ses efforts furent vains.

-Marian Cross je présume ?

Le tuteur de Allen regarda le rouquin qui venait de lui adresser la parole sans frémir. Il le fixa pendant quelques secondes, histoire d'évaluer si il était capable de lui résister et de survivre à la Congrégation, mais les yeux verts de son interlocuteur étaient brillants de détermination et Lavi ne cilla pas sous le regard intense de l'adulte face à lui.

Marian ferma les yeux avec une sourire amusé. Le petit rouquin était assez intéressant. Peut être allait il les laisser s'infiltrer à la Congrégation finalement.

Puis il laissa son regard voyager jusqu'à rencontrer les yeux gris de son disciple. Il le détailla discrètement. Allen avait grandi et muri. Cela se voyait dans son regard mais quoi de plus normal quand on avait eu une vie si difficile ?

Il se redressa et soupira.

-Bon, venez les gamins on va boire un truc en discutant.

Puis il s'éloigna sans même regarder en arrière. Lavi et Allen se regardèrent puis le suivirent en silence.

Allen regardait discrètement son maître à travers la fumée qui s'échappait de son chocolat chaud. Il n'avait pas changé d'un pouce depuis son enfance et semblait traverser les âges sans en être affecté. C'était troublant.

-Bon, on s'enracine ou on discute ?

La voix rauque de son maître le sortit de sa contemplation secrète.

-Euh oui allons-y. Bon, qu'est ce que vous savez sur la Congrégation ? Demanda Allen pour reprendre contenance.

-Beaucoup de choses, répondit Marian. Ceci étant, je ne peux vous dire que très peu de choses à propos de la Congrégation. Lavi, comme tu es un Bookman, ton destin est automatiquement lié à la Congrégation. En ce qui concerne Allen...

Le dit Allen le regarda avec intensité.

-Et bien quoi ? Qu'est-ce que j'ai ?

-Rien, soupira son tuteur. Je ne peux pas te le dire. Secret d'exorciste.

Allen se leva et donna un grand coup dans la table.

-Ecoutez moi bien ! Si ça me concerne, je veux le savoir ! Je vous ai déjà dit que je n'hésiterais pas à vous mettre tous vos créanciers sur le dos, alors vous avez tout intérêt à me raconter ce que vous me cacher ! Et..

-C'est quoi un exorciste ?

Allen se tut et regarda son ami qui fixait son tuteur, la tête appuyée sur la main et le regard malicieux. Marian se donna une claque mentale pour avoir laisser passer une information pareille. Maudite soit l'incroyable capacité d'analyse des Bookman !

Marian soupira encore une fois.

-Bon, tu m'as eu gamin. Je t'ai sous-estimé.

Allen ouvrit la bouche pour continuer sa tirade mais Marian fit un geste vague de la main, signifiant par là qu'il coopérait. Allen se rassit. Marian but une tasse de son café pour se donner du courage.

-En gros, la Congrégation de l'Ombre est une organisation fondée pour combattre des démons, les akumas. Ce sont des armes métalliques mais elles possèdent une âme, ce qui leur permet d'être autonome et même de penser, à un stade avancé d'évolution. Leur chef s'appelle le Comte Millénaire et symbolise le mal. Il est aidé du clan Noé, des humains possédant des pouvoirs surhumains. Pour le combattre, il existe des exorcistes qui se battent au sein de la Congrégation avec l'Innocence, un cristal divins qui leur confère des pouvoirs.

-Et les Bookmans dans tout ça ? Demanda Allen.

-Je vais t'expliquer, répondit Lavi. Mon grand père m'a raconté que les Bookmans étaient des historiens un peu spéciaux. Ils archivent tous les événements qui se passent dans l'ombre de l'histoire et donc, pour accomplir cette tâche, ils peuvent se mettre soit du côté du mal, soit du bien. Ceci dit, je pensais que c'était une légende.

-Ce n'en est pas une, dit Marian. Ton grand père à décidé de s'allier à la Congrégation pour cette fois car il pensait que c'était plus pratique pour retranscrire l'histoire.

Lavi plongea dans ses pensées, ne sachant que penser et croire.

-Et quel rapport ça a avec moi ? Insista Allen, à bout de patience.

Marian se tourna vers lui et Allen crut distinguer une lueur de détresse dans son regard, mais il avait du rêver. Son tuteur serait incapable d'un tel regard.

-Très bien, je vais tout te dire. Mais ne viens pas te plaindre après !

Allen attrapa fermement sa tasse et commanda un autre chocolat pour se donner du courage.

-Est-ce que tu te souviens de quelque chose en dehors de ce début d'année ?

Allen fut surpris mais fouilla dans ses souvenirs. Il constata avec horreur qu'il ne se souvenait de rien.

-Je...

-J'en étais sûr, répondit Marian. Allen, jusqu'à l'année dernière, tu étais un exorciste de la Congrégation mais à la fin de l'année, de nombreux événements ont fait qu'on a été obligé de t'éloigner de l'organisation, pour ta sécurité.

Il vit Allen ouvrir la bouche, sûrement pour contester, mais il le fit taire d'un regard. Il allait continuer quand la serveuse arriver avec les nouvelles commandes. Marian lui jeta un regard. Elle était mignonne et il allait lui demander son numéro mais Lavi s'éclaircit la gorge pour lui signifier de poursuivre son récit.

-Plus précisément, le clan Noé a tout fait pour te récupérer pour des raisons qui leurs sont propres et que nous ignorons et donc on a du te cacher. Voilà toute l'histoire.

Allen mit du temps pour digérer toutes les informations qu'il venait d'ingurgiter. Il poussa un grand soupir.

-Ok, je vais tenter de croire ça. Et donc, la Congrégation m'a effacé la mémoire ?

-Oui, pour éviter que tu ne donnes des informations à d'autres personnes.

-mais il n'aurait pas été plus judicieux de lui laisser certains souvenirs pour lui permettre de se protéger ? Intervint Lavi. Je veux dire, si un jour il était attaqué, sans savoir pourquoi, il y avait des chances qu'il y passe, alors que dans le cas contraire...

-Tu n'as pas tord Bookman, dit Marian en allumant une cigarette. Mais Luberrier n'a pas voulu écouter ce point de vue. Il est devenu directeur dans ton lycée pour pouvoir surveiller Allen.

-Et Kanda ? Demanda Allen.

Marian hésita.

-Kanda... était un exorciste lui aussi, mais il était spécial. Il n'est pas un exorciste choisi par l'Innocence. Il a été crée par la Congrégation.

Un silence horrifié plana sur la table après la déclaration de Marian. Lavi déglutit.

-Précisez s'il vous plaît, dit-il.

-A une époque, la Congrégation manquait d'exorcistes alors pour pallier ce manque, elle a mené des expériences sur des orphelins à qui ils ont implanté la mémoire d'anciens exorcistes morts au combat. Mais tous sont morts. Tous sauf un.

-Kanda, souffla Allen en réalisant soudain.

-Exactement. Et dès que Kanda a obtenu le titre d'exorciste, il s'est enfui lors d'une mission et on ne l'a plus revu pendant plusieurs année. Ça ne fait que peu de temps qu'on a remis la main dessus, quand on t'a placé dans ce lycée en fait. Il y était inscrit . Le hasard a fait ensuite que vous vous êtes rapproché, et Luberrier a pris conscience de qui il était. Voilà toute l'histoire. Kanda n'a que deux choix, soit coopérer et redevenir un exorciste, soit mourir.

-Je vois, répondit Allen, les mains croisés devant son visage, l'air plus sérieux que jamais. Mais kanda n'acceptera jamais d'être contrôlé à nouveau.

-Je suis d'accord avec lui, dit Lavi. Cependant, on a un avantage pour s'introduire à la Congrégation.

Marian le regarda et sourit. Le rouquin était vraiment perspicace.

-Si Allen est vraiment un exorciste, on pourra toujours expliquer son retour en disant qu'il a retrouvé la mémoire et moi, je suis un Bookman, donc, pas de problème. Je peux circuler où bon me semble.

-A un problème près, contra Allen. Je n'ai PAS retrouvé la mémoire.

Marian se leva et jeta un billet sur la table.

-Ça, ça peux s'arranger. Je connais le superviseur de la section scientifique du quartier général des exorcistes. Il arrangera ça. Si tu es d'accord bien sûr.

-Bien sûr que oui ! Répliqua Allen. Bon, où est-ce que je peux contacter cet homme ?

Marian haussa un sourcil.

-Tu me prends pour qui ? Je ne fais jamais les choses à moitié. Comme j'avais prévu cette réaction, je l'ai emmené avec moi.