Bonjour à tous ! Alors premièrement, je suis vraiment désolée pour le retard à poster ce chapitre. Il y a différentes raisons qui se sont empilées toutes en même temps pour donner ce retard, mais bon, je n'aime pas trop donner des excuses. C'est arrivé, voilà tout. ^^' Je poste quand même maintenant, et les deux prochaines moissons sont écrites et corrigées, donc normalement elles devraient être postées sans retard ! (vous vous rendez compte que j'ai écris la moitié des moissons ? Plus que douze tributs à faire ! \o/... u.u)
Merci à tous et toutes pour vos reviews qui me font toujours aussi chaud au cœur. C'est grâce à vous que je garde l'envie d'écrire, et je me trouve toujours extrêmement choyée d'avoir d'aussi merveilleux lecteurs. X) Merci aussi à ma bêta-reader, D Would, qui corrige fidèlement et efficacement chacun de mes chapitres malgré être en plein dans ses examens, et à Ljay pour me rassurer dans mes crises de dernières minutes et m'aider régler les problèmes quand j'ai le syndrome de la page blanche.
Solene : Saluuut ! Merci de ta review ! :) En effet, c'est en voyant une tribut comme Siam qu'on réalise l'horreur des Jeux, parce qu'après tout ce n'est pas comme si c'est elle qui est responsable des Hunger Games, et pourtant c'est elle qui en paie de prix. N'empêche, je crois qu'il ne faut pas la classer comme victime du bain de sang dès maintenant. J'ai des plans en réserve pour elle... héhéhé. (par contre c'est vrai que j'ai tendance à me prendre un souffre-douleur dans mes histoires... avec Survivre c'était Pomeline... espérons pour Siam qu'elle ne sera pas la victime ce coup-ci... C'est mal parti avec les adieux qu'elle n'a pas pu avoir... ^^')
Hana : Merci de ta review ! X) C'est toujours soulageant quand les tributs sont appréciés, mais bon je dois avouer que sur ce point je ne m'inquiétais pas trop pour Siam XD. Elle n'est vraiment pas du genre détestable. D'ailleurs, parlant d'une tribut jeune... Pourquoi aimons-nous tous voir des tributs de 12 ans dans les Jeux ? On est vraiment sadiques, non ? XD
Ce tribut a été créé par Lily in Neverland. Il a quelque chose de très spécial, et je crois qu'il en a rendu certain curieux avec sa connaissance de la langue des signes. J'ai très hâte de savoir ce que vous pensez de lui :3 Sinon, le mot « magasiner » est mentionné quelque part dans le chapitre. Ça veut dire « shopping ». Oui, c'est totalement une expression québécoise, mais bon, je me refuse d'utiliser un terme anglophone quand je peux en utiliser un français. C'est dans ma culture, que voulez-vous. ^^'
Bonne lecture !
MOISSON DU SECTEUR CINQ
Un hyperactif spontané
Drew Linasy, 16 ans, Secteur 5
L'atmosphère est étrange dans la ville, aujourd'hui. Il y a un mélange d'excitation et de terreur, de révolte et de curiosité. Après soixante-quinze ans de célébration lors des Hunger Games, un peuple ne se refait pas si facilement.
Les filles ont passé les deux dernières semaines à magasiner pour la plus belle robe, les plus beaux accessoires. Les garçons se sont jaugés du regard, se demandant qui – si quiconque aura le courage – se portera volontaire. Certains adultes, ceux qui avaient l'habitude de sponsoriser, font de discrets paris, en secret de leur femme. Des parents pleurent à l'idée que leurs enfants chéris puissent mourir, d'autres espèrent secrètement qu'ils se rendront dans les Jeux pour apporter gloire à leur famille.
Sous un masque de tristesse et de désespoir, le Capitole célèbre cette journée fatidique.
Je le sais car je vis aussi ce conflit, cette contradiction inexplicable. Je n'aime plus les Jeux, plus depuis quelques années déjà, mais bien malgré moi, je peux sentir ce picotement d'excitation qui me traverse, cette impression que quelque chose d'important, d'historique, se prépare. Et c'est le cas.
Dire qu'avant, j'étais de ceux qui faisaient des paris. Quel genre de tributs il y aurait, combien de volontaires, quel District était le plus prometteur, si une fille gagnerait ou non…
Stupide. J'étais si stupide.
J'accélère la cadence, mon souffle encore relativement sous contrôle, les muscles de mes jambes agréablement douloureux. Les quelques passants m'observent courir à travers les rues du Capitole d'un œil distrait, trop pris dans leurs réflexions, comme tout habitant de cette déplorable ville. J'espère sincèrement que ces Jeux vont enfin nous réveiller, nous faire réaliser notre décadence. Quel genre de peuple peut prendre plaisir à voir ses propres enfants mourir à l'écran ? Pas le nôtre, j'espère.
Mais j'en doute.
Je frissonne à l'idée que si je n'avais pas rencontré Lorik, si je n'avais pas passé du temps avec lui, si je n'avais pas essayé de le connaître… Je serais encore un naïf, imbécile et immature gamin.
Comme Frionel.
Ma course s'arrête dans un petit parc pour enfant. Personne ne s'y trouve, et je me laisse tomber sur l'herbe synthétique, reprenant mon souffle. J'aime courir, et j'ai d'ailleurs besoin de le faire régulièrement. Ça me détend et me permet de réfléchir à mes problèmes en toute tranquillité. Rester immobile à ne rien faire quand je suis anxieux n'est pas mon genre. En fait, être inerte n'est pas mon genre, point.
Croisant les bras derrière ma nuque, j'observe le ciel. Je me mets à taper du pied machinalement au rythme d'une chanson qui me trotte dans la tête depuis hier.
Il y a un an, j'étais fier des Districts et du retournement de situation. Ils étaient enfin libres de notre joug, ils pouvaient enfin respirer. Leur rébellion promettait changements, que j'espérais pour le meilleur. Katniss était un nouveau symbole, celui de l'évolution d'un peuple entier.
Et puis un mois plus tard, ils ont annoncé les Jeux du Capitole. Ha, quelle blague ! En fin de compte, ils ne sont pas mieux que nous. Après avoir vécu dans notre ombre pendant si longtemps, ils n'ont pu que suivre dans nos pas un chemin tout tracé. Celui de la haine, de la conviction d'une ridicule supériorité de leurs valeurs, de leur intelligence, de leurs droits. Comment Lammina appelle-t-elle ça ? Ah oui, l'ethnocentrisme.
L'autre jour, Lorik m'a avoué être honteux de venir des Districts, alors que c'était avant sa plus grande fierté. Moi, je n'ai pu que demander si quiconque peut être fier de ses origines, désormais.
Au moins, nous sommes maintenant tous égaux dans l'idiotie.
Je me relève enfin. Ma mère aimerait qu'on se voie un peu avant la Moisson, car elle doit partir immédiatement après. En tant que cadreuse des Hunger Games, elle s'absente toujours durant cette période. Je me souviens lui avoir reproché son travail, un jour. Elle a fait une crise de nerfs, me criant que je n'avais pas le droit de la juger, qu'elle faisait cela pour moi. Que sans ce métier, nous serions pauvres, qu'elle n'avait pas le choix, si mon père n'était pas mort alors que je n'étais qu'un bébé elle aurait pu avoir une bien meilleure carrière.
Autant dire que je me la suis fermée après cet épisode.
C'est Lorik qui m'accueille quand j'arrive à la maison. Sa frange lui tombe dans les yeux et je l'écarte avec un sourire, ma main frôlant son menton mal rasé. Parfois je me demande vraiment ce que je ferais sans lui. Il est arrivé chez nous il y a deux ans. Il vivait auparavant dans le District Neuf, mais après avoir pris le blâme pour un vol que son petit frère avait commis, il est devenu un Muet et ma mère l'a récupéré – pour ne pas dire acheté.
Je dois avouer que ça ne s'est pas très bien passé entre nous au départ. À l'époque, j'étais un grand amateur des Hunger Games et il haïssait absolument tout ce qui venait du Capitole. Mais maintenant, et bien…
Il approche son visage et dépose un bref baiser sur mes lèvres.
– Ta mère t'attend, m'indique Lorik dans la langue des signes.
Nous l'avons appris ensemble, afin de mieux communiquer. Il insistait que ça ne le dérangeait pas que je sois le seul à parler – et il faut avouer que je suis plutôt bavard – mais j'avais envie de savoir ce qui se passait dans sa tête, et l'écrire à chaque fois prenait du temps. Il est plus rapide à l'apprentissage que moi, car j'hésite encore, parfois, sur ce que tel geste signifie, alors que lui n'a plus aucune difficulté.
– Je vais prendre une douche vite fait et je suis prêt !
Je le pousse à l'intérieur et m'empare de sa main pour le traîner jusqu'à la salle de bain adjointe à ma chambre.
– Tu vas m'aider n'est-ce pas ? Lammina m'a dit que c'est ce que les servants faisaient avant, pour leur maître. Ils les assistaient à se déshabiller, et…
Je m'interromps, voyant son regard se durcir, et m'excuse immédiatement.
– C'était idiot, désolé… Je ne parlais pas de toi… Tu sais que je ne te considère plus comme notre esclave, hein ? C'est fini ce temps-là, tu es libre. Je dis tout ce qui me passe par la tête, je te jure… Faudrait que j'ai un collier de chien qui m'électrocute chaque fois que je dis une connerie...
Il se raidit encore plus, lâchant ma main.
– Quoi ? Qu'est-ce que j'ai… Oh, est-ce que… On t'a jamais mis de collier, si… ? Euh…
Il éclate alors de rire, secouant la tête de gauche à droite. Je le frappe au torse, affichant un sourire soulagé. Je déteste blesser Lorik. Sa vie a été si difficile, et je suis encore étonné qu'il ait choisi de continuer à vivre avec nous suite à la rébellion. Apparemment, le reste de sa famille est morte dans les bombardements, mais je croyais tout de même qu'il serait retourné vivre dans les Districts. L'idée me crevait le cœur, mais peu importe son choix je l'aurais respecté.
– Imbécile, se contente-t-il de dire quand son rire se calme enfin.
– Tu peux répéter ? Je suis pas certain de reconnaître ce signe…
– La ferme, Drew.
Et juste comme ça, tout mauvais sentiment est effacé. Il touche mes deux grains de beauté sous l'oreille gauche – j'ignore pourquoi, mais il semble obsédé par eux – et me déshabille lentement. Je m'assure de retourner la faveur, et bientôt nous sommes nus sous la douche. C'est dans ce genre de situation que je suis content d'avoir une salle de bain au deuxième étage. Ainsi, ma mère n'entend rien du rez-de-chaussée.
Ou en tout cas, elle fait semblant de ne rien entendre. La plupart du temps.
Après la douche, nous nous rendons dans ma chambre encore nus. Lorik rit de moi silencieusement alors que j'arrange soigneusement mes cheveux en mohawk devant le grand miroir accroché à gauche de mon lit. Ils sont courts derrière la nuque et au-dessus des oreilles, bien que pas rasés, et plus volumineux, ainsi que légèrement bouclés, au centre.
– Ris donc, va. J'ai droit à ma minute en tant que Capitolien !
Je lui tire la langue, et c'est ce moment que choisit ma mère pour ouvrir la porte de ma chambre en grand. Je me précipite vers mes vêtements, essayant de m'habiller aussi vite que possible et ne réussissant qu'à m'emmêler les jambes jusqu'à m'écraser sur mon lit.
Lorik se plie en deux, lui ayant profité de mon moment coiffure plus tôt pour se recouvrir, et ma mère se contente de lever un sourcil, une main sur la hanche.
– Je te rappelle que tu es sorti de mon ventre, Drew. J'ai tout vu de toi.
Je lui lance un regard noir, arrivant enfin à enfiler mon pantalon.
– Techniquement, moi aussi j'ai tout vu de toi… Est-ce que je te dis que tu peux te promener nue dans la maison quand tu veux ? C'est si compliqué de cogner à la porte ?
– Quoi, et manquer toute l'action ? raille-t-elle avant de reprendre son sérieux. Je dois y aller. Je sais que nous étions sensés nous rendre à la Moisson ensemble, mais apparemment il leur manque un caméraman pour le Secteur Huit et j'ai été convoquée.
– Tu ne peux pas refuser ?
– Tu sais bien que non.
Je soupire et m'approche d'elle, la prenant dans mes bras. Elle sursaute mais retourne bien vite le geste, me serrant fort contre son cœur. J'ai l'impression que je n'ai pas eu un tel contact avec elle depuis bien longtemps.
– Bonne chance maman. Je sais que ça ne va pas être facile.
– Bonne chance à toi aussi. Ne fais pas l'imbécile en te faisant choisir, veux-tu ?
– Hé ! C'est pas comme si j'ai un choix, c'est un tirage au sort je te rappelle !
Elle sourit et me relâche, puis se tourne vers Lorik.
– Prends soin de lui. On sait tous à quel point il a en besoin.
Il hoche gravement la tête et je m'offusque à nouveau, agitant la main devant leurs yeux.
– Je suis juste là ok ? Et je peux parfaitement m'occuper de moi-même, merci bien !
– Bon, j'y vais ! s'exclame-t-elle, ignorant complètement mon intervention. Et quand je reviens dans trois semaines, j'espère que vous aurez enfin officialisé votre relation. Ce n'est pas comme si je ne vous entendais pas toutes les nuits…
Après un dernier clin d'œil, elle sort en sifflotant, et on entend la porte d'entrée se refermer derrière elle. Lorik et moi échangeons un regard embarrassé, et finalement je hausse les épaules. J'imagine qu'éventuellement, il faudrait mettre un titre à notre relation. Mais en attendant, je suis heureux qu'il soit simplement à mes côtés.
Finissant de m'habiller, l'imminence de la Moisson me revient en tête et je regarde le soleil encore levant par la fenêtre.
– C'est une belle journée pour que le Capitole subisse son châtiment, dis-je sombrement.
.
.
.
– Drew ! crie Lammina, faisant de derniers saluts à sa famille avant de me rejoindre.
Elle s'arrête devant moi, tournant sur elle-même pour que j'admire sa jolie robe bleue qui accompagne bien ses longs cheveux noirs aux mèches violettes. Je la complimente, mais elle reprend vite son sérieux et ses yeux noirs non-altérés – comme les miens qui sont naturellement gris – se posent sur moi.
– Lou a pleuré toute la matinée. Elle est convaincue que quelqu'un qu'elle connait va être tiré au sort, m'explique-t-elle d'un air anxieux en parlant de sa petite sœur.
– Je suis sûr que ça se passera bien. On est quoi, quinze, vingt milles jeunes dans notre secteur ?
– Dix-sept mille et trois cent vingt-quatre, répond-elle immédiatement.
– Toi et ta mémoire infaillible.
Je lui ébouriffe les cheveux et elle grimace, me tirant la langue. Elle salue ensuite Lorik, qui se tient derrière nous. Même s'ils passent beaucoup de temps ensemble par mon intermédiaire, ils ne sont pas très proches. Lorik a beaucoup de difficulté à s'ouvrir quand ça concerne quelqu'un du Capitole, même avec Lammina qui pourtant lui a toujours montré du respect.
J'entends alors des éclats de rire et me retourne, étonné d'une telle démonstration de bonne humeur en cette journée qui renverra chez eux vingt-quatre familles en deuil. Je ne suis pas surpris de voir Frionel au milieu de ce groupe. Il est en train de discuter vivement avec d'autres jeunes, et des échanges de monnaie se font de main en main.
Des paris, bien sûr. On pourrait croire qu'ils n'auraient pas lieu quand la Moisson concerne les enfants du Capitole, mais non. Pour eux, les Jeux restent tout aussi excitants.
Je serre les poings et Lorik pause une main sur mon épaule pour me calmer.
– Nous passions tout notre temps ensemble, tu t'en souviens Drew ? lâche Lammina, la voix hésitante. Tu sais, il me manque parfois. C'est dur de voir ce qu'il est devenu…
– Je m'en fous de ce qu'il devient. Il ne me manque pas, dis-je catégoriquement, croisant les bras.
Frionel était peut-être mon meilleur ami avant, mais après qu'il ait usé de violence contre Lorik, ça a été la goutte de trop. Il n'a pas voulu accepter que je cesse d'aimer les Jeux et que je me lie d'amitié avec un Muet. Un gars comme ça, je n'en veux pas comme ami.
Mais malgré moi, je continue de l'observer. Il est plus grand que moi, maintenant. Ce mois-ci – car il change régulièrement son apparence - sa peau est mate et il a créé des dessins tribaux dans ses courts cheveux. Ses yeux rouges se tournent dans ma direction, et pendant un moment nous nous regardons en silence, puis un sourire moqueur s'étale sur ses lèvres.
– Si c'est pas mon bon ami Drew Linasy ! Qu'est-ce que t'as à me fixer comme ça ? Ton Muet te satisfait plus ? Tu veux un morceau de ça aussi ? nargue-t-il en se désignant. Parce que je peux te dire tout de suite, mon corps n'est pas ouvert à ceux qui couchent avec l'ennemi, mon vieux.
Ses amis s'esclaffent et je fais un pas vers l'avant, mais Lorik me retient par la taille.
Lammina traverse le petit groupe s'arrêtant juste devant Frionel, l'air furieuse.
– Leur parle pas comme ça, connard ! As-tu oublié que vous étiez amis avant ? Je pensais que tu valais mieux que ça !
Une expression qui s'apparentant à du remord passe sur le visage de Frionel, mais il se reprend vite et hausse les épaules avec désinvolture.
– Quoi, je faisais que poser des questions à un ami à qui j'ai pas parlé depuis longtemps. C'est totalement légitime…
– Tu… !
– Lammina, laisse tomber, dis-je en lui faisant signe de nous rejoindre. C'est peine perdue avec lui.
Elle lui lance un dernier regard meurtrier avant de s'éloigner, et nous nous mettons vite en file pour enregistrer nos noms. Lorik nous souhaite bonne chance par signes, puis s'éloigne, les mains dans les poches et les épaules basses. Même s'il ne l'a pas dit, je sais qu'il est inquiet pour moi.
La Moisson commence peu de temps après. Vultra Briln, l'hôte à l'affreuse peau verte, nous souhaite de joyeux Hunger Games dans un enthousiasme aberrant et je n'ai qu'une envie : le frapper. Il présente la mentor, Maret Finley, une femme dans la mi-soixante aux courts cheveux blancs et à la maigreur alarmante. Elle porte une longue robe noire qui fait ressortir ses tristes yeux gris, et a aux pieds de petites sandales roses.
– Maintenant mes amis, c'est le moment que nous attendons tous. Êtes-vous aussi excités que moi ?! s'égosille Vultra en levant les bras.
Lammina lève sa main à ses lèvres, rongeant nerveusement son ongle, et je peux voir les autres jeunes de mon groupe d'amis être tout aussi tendus. Je me mets à taper du pied inconsciemment, plus stressé que je ne l'ai été depuis longtemps.
Peu importe qui, du moment que ce ne soit pas Lammina…
Enfin non, pas peu importe… Évidemment, ça serait mieux que personne ne soit tiré… Ce n'est pas comme si Lammina ou moi valons mieux que les autres rassemblés aujourd'hui… Sauf peut-être Frionel et ses amis. Eux méritent d'être choisis… En même temps, qui suis-je pour juger…
– Siam Capicolla !
Mon souffle m'échappe et je ferme les yeux brièvement. À côté de moi, Lammina pose une main sur son cœur. Mais le soulagement est de courte durée quand je vois la tribut une question qui monte sur scène après avoir été interpellée une deuxième fois. Car c'est une minuscule fillette de douze ans.
La tête basse, elle reste complètement immobile, les mains dans le dos et les yeux collés sur ses souliers. Vultra n'appelle même pas pour des volontaires et j'ai soudainement envie de le rouer de coups. Lui et tous les autres habitants du Capitole. J'ai envie de secouer mes voisins, de crier à l'injustice… Quelque chose ! Comment se fait-il que personne ne se révolte ?!
Mais je ne fais rien.
Un lâche. Je ne suis qu'un sale lâche.
– Au tour des garçons maintenant !
Je n'ai même pas le temps de m'inquiéter, car il attrape un papier à toute vitesse, sur la pointe des pieds pour que sa main se rendent à l'intérieur du grand bol, et lit le nom avec un sourire triomphant.
– L'heureux élu est Drew Linasy ! Monte me rejoindre, mon brave ! encourage-t-il joyeusement.
Lammina s'accroche à la manche de mon tee-shirt, paniquée, mais je n'y accorde pas la moindre attention. C'est mon nom qu'il vient de prononcer avec son accent trop fort du Capitole ?
Mais… mais moi j'avais compris… Les fautes du Capitole, les horreurs que nous avons commises… Je ne soutenais plus les Jeux… J'avais honte de mon propre peuple…
Je… Je ne mérite pas cette punition… si ?
Je me secoue et force Lammina à me lâcher, puis m'avance vers la scène d'un pas chancelant. Vultra me lance un sourire éclatant et lève mon bras dans un signe de victoire qui ne veut absolument rien dire, puisqu'il n'y a aucune chance que je gagne les Jeux.
– Félicitation à Drew Linasy et Siam Capicolla, représentants du Secteur Cinq ! Une main d'applaudissement pour les encourager ?
Et voilà. Le jury s'est énoncé. La condamnation est officielle.
.
.
.
Siam est encore évanouie, la tête sur les genoux de notre mentor. Vultra babille gaiement, ne semblant pas dérangé qu'on ne participe absolument pas à la conversation. Il ne cesse de répéter à quel point nous devrions être fiers d'avoir été choisis, et que nous ferons de merveilleux tributs… Bla, bla, bla.
Je serre le petit carnet relié de cuir dans mon poing en regardant les rues du Capitole qui défilent par la fenêtre. Lorik me l'a donné durant les adieux. Avant que nous n'apprenions la langue des signes, c'est ainsi que nous communiquions. Ce carnet est rempli de souvenirs de discussions privées, et je sens que je vais en avoir besoin alors que je quitte ma maison et mes êtres aimés pour probablement la dernière fois de ma vie.
Lammina n'a fait que pleurer, s'accrochant à moi et me disant qu'elle va me soutenir de tout son être, qu'elle va tenter de trouver des sponsors… « Quelque chose ! » a-t-elle finalement crié avec désespoir.
Même Frionel est venu me voir. Il se tordait les mains d'abord, s'avançant vers moi avec hésitation. Puis d'un coup, il est tombé à genoux devant moi et m'a demandé pardon. Je ne savais pas trop quoi lui dire, mais étant un condamné à mort, j'ai raisonné que garder rancune était un peu trop enfantin. Il a éclaté en sanglot dans mes bras, disant à quel point je lui avais manqué, qu'il a confiance que je peux sortir vainqueur…
J'ai été plutôt soulagé quand je me suis enfin retrouvé seul. Mais… j'aurais bien aimé voir ma mère une dernière fois.
Je crois que je devrais être plus émotif que cela, en ce moment. Ou que je devrais m'évanouir, comme Siam. En parlant d'elle…
Elle gémit doucement, entrouvrant un œil pour aussitôt le refermer. Maret s'empare de ses mains, lui murmurant des mots réconfortants, mais la fillette n'en semble que plus affolée car elle ouvre les yeux à nouveau et se redresse, l'air paniquée.
– Siamon ? marmonne-t-elle d'une voix perdue.
Maret secoue la tête et Siam se met soudain à parler en langage des signes devant l'air effarée de la mentor et de Vultra. Elle demande où elle est, et où est son frère. Elle n'est pas muette, pourtant, puisqu'elle vient de parler…
– Ha ! s'exclame Vultra en levant un petit cahier de note triomphalement. Elle est sourde !
Maret attrape les mains de Siam, essayant d'attirer son attention afin de la calmer. Avant même de réaliser ce que je fais, je me lève et me place à côté d'elle aussi, lui parlant maladroitement dans l'alphabet des signes, n'étant pas habitué à l'utiliser.
– Tu as été tirée au sort pour les Hunger Games, t'en souviens-tu ?
Elle secoue la tête, les larmes aux yeux.
– On est en chemin vers le centre d'Entraînement. Tu t'es évanouie durant les adieux et…
– Non ! dénie-t-elle en reculant, le dos contre la fenêtre.
– Je suis désolé. Vraiment, vraiment désolée… Il est trop tard… pour voir ta famille…
– NON ! crie-t-elle cette fois. Non, non, non…
Sans même y penser, je l'attrape et la serre contre moi, l'empêchant de me frapper avec ses bras. De gros sanglots la traversent, et je me rends que je pleure moi aussi. Je me mets à la bercer gauchement et mon regard croise celui empli de tristesse de Maret.
Nous allons être dans les Hunger Games.
