Bonjooooour ! Nouvelle Moisson \o/ Je sais, je suis en retard encore...Veuillez accepter mes plus humbles excuses. Ljay m'a même attaqué au martinet pour me rappeler de poster. (À MonsterMaster : Les excuses ne s'adressent pas à toi, tu m'insultes trop souvent ! :P mdr) Sinon, j'ai toujours pas d'appart, maaais les choses avancent bien, je suis pas trop inquiète. Du coup je peux me concentrer sur l'écriture à nouveau :) Et puis c'est ma semaine de relâche, pas d'école pour les deux prochaines semaines ! :D (puisque vous m'avez dit que ça ne dérange pas si je raconte ma vie... je m'en donne à cœur joie XD)
Merci à tous pour vos merveilleuses reviews, et vous noterez que cette fois j'ai pas répondu à la dernière minute pour la plupart ! Je m'améliore ! XD. (bon, je sais, y'en a encore qui était dernière minute, mais... euh... désolée ? ^^')
Hana : Hello ! Merci de ta review ! ^^ Tout d'abord... C'est vrai que tuer Shay aurait été une solution parfaite, mdr. C'est un peu douteux qui tu y aies pensé. Mais je crois que Nausika a perdu tout espoir que Cray pourrait un jour l'aimer. Bon, mais par contre, je tiens à spécifier que oui, elle voulait aller dans les Jeux pour se débarrasser de Cray, mais ce n'était pas la raison principale, et même s'il n'avait pas dit qu'il se serait porté volontaire, elle l'aurait quand même fait. On peut la voir comme une carrière dans sa manière de penser, en fait. C'est pour elle qui façon d'avoir la gloire et de se débarrasser de sa famille. Et de Cray aussi, pourquoi pas. D'une pierre trois coups, dans ce cas-ci. XD (je ne dénis pas qu'elle est une malade, par contre. Pour ça, elle l'est à fond XD)
Solene : Merci de ta review ! X) Oui, je crois en effet que Nausika est folle... mais heureusement pour elle est elle aussi très intelligente. En tout cas, j'ai hâte de la faire évoluer :3 Quant à Uglies... vu que je ne connais pas, c'est probablement la créatrice qui s'en ait inspirée ? Et merci des encouragements !
Et merci à Woo, qui malgré ses exams et, vous savez, sa vie en général, a pris le temps de corriger mon chapitre. C'est vraiment très apprécié. Merci aussi à Ljay qui m'a encouragée à écrire alors qu'elle était à moitié nue dans une cabine d'essayage d'un magasin de lingerie parce que je bloquais, mdr.
Ce tribut a été créé par Rob26. Ça m'a pris un moment à l'écrire parce que je n'étais pas totalement sûre de le cerner, mais il était vraiment amusant à faire. Je ne sais pas si le résultat final est bien, j'espère ! ^^' Le mentor a été fait par MonsterMaster (en passant Monster, j'ai utilisé le mini-dialogue que tu m'avais donné, avant que tu cries au copyright mdr) et l'hôtesse par LilyLunaLove. :D Je tiens à vous prévenir, ce chapitre est... sur un ton différent des autres. Faut croire que j'avais envie de changer un peu la donne XD.
La prochaine Moisson est en cours d'écrire, je vais tenter de la poster aussi vite que possible, promis !
Bonne lecture à tous ! Et laissez-moi une petite review, question de me rassurer que j'ai pas fait n'importe quoi. :)
MOISSON DU SECTEUR SEPT
Un sombre artiste
Aeder Lydrin, 16 ans, Secteur 7
J'appuie les mains sur mes oreilles en grognant, essayant de comprendre ce qui vient de me réveiller. Je reconnais alors la voix tonitruante de ma tante, et marraine, qui chante une vieille ballade à tue-tête dans la pièce d'à côté. Je me redresse difficilement, devant repousser Esha qui s'était lovée contre mon ventre et Malik qui utilisait mon pied comme oreiller. Mes amis commencent eux aussi à se remuer et à se détacher les uns des autres.
– Debout les enfants ! C'est une nouvelle journée qui débute ! s'exclame ma tante en s'introduisant dans ma chambre.
Elle se dirige vers la fenêtre et ouvre en grand le rideau, provoquant une série de gémissements par nous tous, excepté Solale que rien – et nous avons tout essayé – ne peut réveiller tant qu'il ne souhaite l'être.
Je suis le premier sur mes pieds et je ramasse les bouteilles vides dans la pièce avant de rejoindre ma tante dans la cuisine. Elle m'adresse un sourire lumineux. Elle porte sa robe de chambre verte et ses cheveux sont encore mal coiffés.
– Bien dormi ? me demande-t-elle en me tendant une tasse de café que j'accepte avec reconnaissance.
– Autant qu'on le peut quand on partage un lit à cinq personnes. Et que ma marraine adorée m'a réveillé à cinq heures du matin.
– Ce n'est pas comme si c'est la première fois, répond-elle sans s'excuser. Et puis j'avais cru comprendre que tu voulais faire du body painting avec tes amis.
Je hoche la tête et me laisse tomber dans le grand sofa rose qui nous sert de siège pour la table à manger, étant lui-même un cercueil blanc renversé. La première fois que mes amis ont vu l'appartement de ma tante, ils sont restés bouche bée pendant de longues minutes. Elle en fait sa fierté d'être le plus excentrique possible, et cela se traduit dans toutes les sphères de sa vie, incluant ses meubles.
Esha sort de ma chambre en se massant les tempes. Elle s'arrête devant nous et s'étire longuement, agitant ses ailes de papillon greffée dans son dos.
– J'ai trop bu hier, marmonne-t-elle en s'affalant à mes côtés.
– Le meilleur remède pour ça est un petit cocktail ! Je vous fais ça tout de suite.
– Lila-Rose, tu es ma sauveuse ! complimente Esha en tournant des yeux pleins d'admiration vers ma marraine. Si seulement mes parents étaient aussi géniaux…
– Je suis sûre que tes parents sont de charmants personnages ! réplique Lila de derrière le minibar. Il suffit de discuter avec eux pour que tout problème soit réglé.
– Ha ! J'aimerais voir ça !
Malik et Pherin nous rejoignent enfin, portant plus ou moins la même misérable expression d'un lendemain de veille. Ils s'installent autour du cercueil tant bien que mal, se chamaillant pour avoir l'énorme coussin jaune au logo « J'aime qu'on m'écrase ». Lila-Rose nous apporte les cocktails, ainsi que des crêpes qu'elle a préparées le soir d'avant.
– Et Solale ? s'enquiert Esha, s'attirant des regards moqueurs.
Les deux flirtent ensemble depuis plusieurs mois déjà sans que rien de sérieux ne se soit passé, bien que Solale ait greffé des ailes d'abeille dans son dos dans un espoir de se rapprocher d'elle.
– Qu'est-ce que tu crois ? rétorque Malik en arquant un sourcil.
– Il dort encore ! nous exclamons-nous en cœur.
– Alors, comment s'est passé le tournoi d'impro hier ? demande ma tante en déposant quatre cocktails devant nous.
– C'était complètement raté, on a fini en dernière place, dis-je d'une voix plate.
– Non ! s'attriste-t-elle un se mettant en tailleur à côté de nous.
– Non, c'est une blague. On a eu la troisième place.
– Ouf, tu me rassures. T'es toujours en train de plaisanter ! me sermonne-t-elle.
Je hoche la tête, mon visage de marbre.
– En fait on a gagné la première place. Pherin s'est mise en décolleté pour avoir le vote des hommes.
Lila-Rose plisse les yeux alors que mes amis se retiennent de sourire difficilement.
– Tu mens encore, finit-elle par dire.
– Non, vraiment, on a eu la première place en égalité avec une autre équipe.
– Aeder !
– On a gagné haut la main, intervient Pherin, prenant pitié de ma tante.
– Évidemment, opine Malik. Y'a pas meilleurs que nous.
– Ça va l'orgueil ? se moque-t-elle, alors qu'Esha s'éclipse avec peu de subtilité pour aller réveiller Solale.
– Plutôt oui.
Nous continuons à discuter, chassant le mal de tête de la buverie d'hier en ingurgitant un peu plus d'alcool. En nous voyant, qui pourrait se douter que c'est le matin de la Moisson ? C'est ainsi que nous fonctionnons. Bien que nous soyons tous inquiets du tirage, il n'est pas question de se morfondre et de déprimer. Les moments difficiles sont les plus propices pour fêter. C'est notre philosophie.
Et puis nous méritons bien de nous amuser, après notre victoire incontestable d'hier. Nous sommes officiellement la meilleure troupe d'improvisation jeunesse de la ville, maintenant. Après quatre ans à en faire ensemble plusieurs fois par semaine, j'espère bien que nous le sommes !
– Alors Dali, m'interpelle Esha en me sortant de mes pensées. Tu me fais quoi comme body painting ?
– J'ai quelques idées, dis-je tranquillement.
– Oh, moi aussi j'en veux ! me supplie Pherin, bientôt imitée par les autres garçons.
– Tu es populaire cher neveu, commente Lila en se dirigeant vers le minibar pour nous préparer de nouvelles boissons.
Je rigole et me rends dans ma chambre pour récupérer mon matériel. Je dessine depuis que je suis tout petit. Il fallait bien que je m'occupe d'une façon ou d'une autre puisque mes parents étaient toujours absents et que mon grand frère alternait entre m'ignorer complètement et me martyriser. Quand je suis venu vivre chez Lila-Rose – enfin, quand mes parents m'y ont laissé pour quelques semaines à cause de problèmes financiers pour ne jamais me reprendre – elle m'a initié au body painting, que son copain de l'époque pratiquait.
Depuis, j'en fais assidûment, principalement sur moi-même. Presque tous les matins, en fait. Plutôt que de me teindre la peau d'une certaine couleur, je peux dessiner des motifs selon mon humeur, me créer des vêtements – toujours au-dessus de la ceinture – et tout simplement laisser aller mon imagination. Et parfois, comme aujourd'hui, je décore aussi mes amis.
D'où mon surnom, Dali. Il n'est pas un peintre connu au Capitole, puisqu'il vient de l'ancien monde, mais j'ai une grande admiration pour lui. Il m'a souvent inspiré pour certains de mes concepts.
– Je veux un truc coloré, me commande Esha en lissant ses délicates ailes.
– Comme toujours, dis-je en souriant.
Je sors ma tablette et prends une photo 3D de mon amie, puis dessine ce que j'ai en tête sur le modèle. Je décide d'aller dans les tons jaunes et oranges, agrémentés de petites lianes noires rappelant la nature. J'ajoute des paillettes, de minuscules motifs fleuris… Je me laisse aller, participant de temps à autre à la discussion enflammée de mes amis.
Quand j'ai enfin fini, je fais signe à Esha, qui se déshabille sans gêne, ne gardant que ses sous-vêtements. Ma troupe dort régulièrement chez moi depuis des années, nous avons tout vu les uns des autres. Je programme ma création dans la machine que ma marraine m'a achetée comme cadeau d'anniversaire il y a trois ans.
Elle ressemble à un genre de douche opaque où nous pouvons entrer les tubes de peinture. L'intérieur est constitué d'innombrables jets qui recopient le dessin sur le corps de la personne. Esha s'installe à l'intérieur et j'enclenche le processus. À peine dix minutes plus tard, mon amie ressort, peinturée de la tête aux pieds.
–Elle a l'air d'une fée, commente Rhys, l'air impressionné.
Pherin saute sur place, excitée que ce soit enfin son tour. Rien qu'à la regarder, j'ai déjà une bonne idée de ce que je veux faire. Je commence à dessiner, faisant les délimitations de chaque partie en noir, et mettant l'intérieur en couleurs vives – jaune, violet, vert, orange, bleu, rose… J'essaie de donner un genre de relief au tout, faisant un jeu de lumière et d'ombre, puis annonce que c'est prêt.
Quand Pherin sort de la machine, je lui demande d'attacher ses longs cheveux roses en deux couettes hautes et souris, satisfait du résultat.
Ça va beaucoup plus vite pour les gars et moi-même, car j'avais déjà préparé des dessins à l'avance il y a quelques semaines que nous n'avions pas utilisés. Nous sommes beaucoup plus sombres que les filles, et Pherin n'hésite pas à le remarquer en disant que nous ne sommes pas assez courageux.
Solale se retrouve avec des traits noirs de formes celtiques, recouvrant tout le haut de son corps. J'y ajoute un effet ombrageux, comme s'il était tapissé de cendre, et le tout s'agence parfaitement avec ses ailes transparentes. Pour Malik quant à lui, j'essaie quelque chose d'un peu plus compliqué pouvant aller bien avec sa carrure imposante et son côté malicieux. Je teins sa peau en noir, puis je dessine une gueule de monstre grande ouvert utilisant la moitié de son visage et son cou. Quand il a les yeux et la bouche fermé, il semble prêt à nous avaler.
Quand c'est enfin mon tour, je commence par raser mes courts cheveux noirs – comme je dois le faire tous les deux ou trois jours – de façon stratégique afin de donner des motifs tribaux. Puis je saute dans la machine et en ressors avec une peinture style futuriste, dans les tons dorés, mauves, gris et noirs, qui s'agencent parfaitement avec mes anneaux d'acier implantés tout le long de ma colonne vertébrale.
– Tu pourrais te faire de l'argent avec un tel talent, tu sais ? s'exclame Esha en s'admirant dans un miroir.
– Voyons les enfants. Les artistes sont faits pour crever de faim ! contredit Lila-Rose en sortant de sa chambre, habillée et maquillée à la perfection.
– Tu en sais quelque chose, dis-je en levant un sourcil moqueur.
Elle me fait un clin d'œil, passant une écharpe de plumes bleues autour de son cou afin d'appareiller sa longue robe blanche à paillettes. Ses cheveux roux sont attachés en un complexe chignon et elle a appliqué un lourd maquillage autour de ses yeux anis – trait de famille que je possède aussi.
Si ses vêtements ne parlent pas pour eux-mêmes, ma marraine est une actrice, bien qu'elle soit moindrement connue. Elle a tout de même un meilleur revenu que mes parents, raison pour laquelle je vis encore chez elle. Quoique Zeo, mon grand frère de vingt-et-un ans, ne cesse de me répéter que c'est parce que nos parents l'aiment plus lui que moi, et que c'est pourquoi ils ne m'ont jamais repris chez eux.
J'ai appris à ignorer mon frère. Plus ou moins.
– Je crois que je suis soûle, rigole Pherin en s'appuyant sur moi.
Je hoche vaguement la tête, la remettant sur ses pieds. Je me sens moi-même un peu étourdi. Rien de grave, je suis encore en contrôle, mais assez pour que l'idée de l'imminente Moisson ne me déprime plus. Ça fait du bien.
D'ailleurs… Je lance un coup d'œil à l'horloge digitale pour me rendre compte qu'elle va commencer dans trente minutes. Attirant l'attention de mes amis, je leur fais part de l'information.
– Prêts pas prêts, on y va ! s'écrie Malik en se précipitant au-dehors, nous obligeant à le suivre.
Nous déambulons dans les rues du Capitole avec bonne humeur et recevons les regards désapprobateurs des passants. Malik s'amuse à en effrayer quelques-uns en s'élançant vers eux brusquement, leur montrant la gueule béante du monstre que je lui ai dessiné.
Finalement, nous arrivons sur le lieu de la Moisson. Les Thraxs sont partout, et je dois retenir Pherin par la taille quand elle se met dans la tête d'en insulter un. Il croise les bras et avance d'un pas menaçant, nous surplombant.
– Tu fais pas peur, espèce de… de… gros lard ! crie mon amie.
Je la tire vers l'arrière en m'excusant pendant que Malik et Solale se plient en deux de rire. Lila-Rose bat des cils, espérant calmer l'homme avec son charme de diva. J'entraîne mes amis vers la ligne d'enregistrement, mais l'attente est trop longue et nous nous impatientons.
– On devrait faire un spectacle d'impro ! propose Esha avec excitation, sautillant sur place.
– Quoi ? s'étonne Solale.
– T'as vu la gueule que tire tout le monde ici ? Faut mettre un peu de joie dans la vie des gens, ça sert à rien de se morfondre, n'est-ce pas ? C'est pas comme si la situation va changer. Alle-e-ez, on a déjà les costumes parfaits ! nous supplie-t-elle en faisant ses yeux de chien battu.
– Je suis pas sûr que ce soit une bonne idée, les Thraxs risquent de…
– Allez Aeder, on peut pas faire ça sans toi ! m'interrompt Pherin en s'accrochant à mon épaule. Tu imagines toujours les meilleurs sketchs !
Les autres me regardent tous avec espoir et je soupire longuement. Ils savent bien que je ne peux pas leur dire non. Je suis en général le plus rationnel du groupe, et d'ailleurs ils se moquent souvent en disant que je détruis tous les stéréotypes des artistes. Mais bien malgré moi, ils arrivent quand même à m'embarquer dans toutes sortes de situations rocambolesques. Je n'ai jamais très bien compris pourquoi ils tiennent autant à moi, j'ai pourtant l'impression d'être bien moins intéressant qu'eux.
– Ok, ok… Je suis partant.
Esha lance un petit cri d'excitation et Pherin me saute dessus, me faisant reculer de plusieurs pas en riant. Nous quittons la file – de toute manière ce n'est pas comme s'ils vont commencer la Moisson sans nous – et ma marraine nous aide à dégager un large cercle afin d'avoir la place de faire notre spectacle. Esha s'accroupie devant une gamine qui semble avoir douze ans et lui fait un grand sourire.
– Qu'est-ce que tu aimes faire le plus au monde ? demande-t-elle gentiment.
La petite regarde sa mère comme pour vérifier qu'elle a le droit de répondre et celle-ci hoche la tête, les sourcils froncés.
– Les montgolfières… mais maman dit qu'on n'a plus le droit d'en faire…
– Merci ma jolie. Regarde-nous bien, on va te redonner le sourire ! l'encourage mon amie avant de nous rejoindre. Alors, on a notre thème. Des idées ?
Au bout d'une minute nous avons un numéro de prêt et nous nous mettons à la tâche avec enthousiasme. Les gens s'amassent autour de nous, riant et applaudissant au fur et à mesure. Du coin de l'œil je peux voir quelques Thraxs qui s'approchent pour essayer de ramener un peu d'ordre. Même si ce n'est pas dit officiellement, s'amuser lors de la Moisson est probablement interdit. C'est sensé être une punition, après tout.
Mais justement, si on la prend avec le sourire, n'est-ce pas le meilleur moyen de se rebeller contre les Districts ? Parce que plus on montre de la souffrance, plus ils sont satisfaits.
Alors je mets toute mon énergie dans le spectacle, heureux des rires, heureux de la fillette qui a perdu sa mine terrorisée, heureux de passer ces moments avec mes amis. Si l'un de nous est tiré au sort, au moins notre matinée ensemble aura été mémorable.
Un vieux monsieur lance des pièces de monnaie à nos pieds, applaudissant avec enthousiasme.
– Magnifique, magnifique ! nous complimente-t-il joyeusement.
Il semble près des quatre-vingt-dix ans, les cheveux blancs dégarnis et les sourcils broussailleux poivre et sel au-dessus d'yeux bleus décolorés. Ses vêtements simples cachent à peine sa maigreur et il tremble rien qu'à l'effort de se tenir debout.
– Mr. Hammer ! Mr. Hammer, où êtes-vous ?!
Une jeune femme, dans le début de la trentaine, se fraie un chemin à travers la foule, encadrée de Thraxs. Ses yeux s'illuminent quand elle voit le vieil homme et elle s'arrête devant lui, les mains sur les hanches.
– La Moisson va bientôt commencer, vous devez venir avec moi !
– Moisson ? C'est déjà ce temps de l'année ? Où sont les champs ?
Elle lève les yeux au ciel, exaspérée, mais semble soudain se rendre compte de tous les gens qui nous entourent.
– Je peux savoir ce qui se passe ici ? Pourquoi tous ces jeunes ne sont-ils pas dans leurs sections ?! Comme si on avait besoin de délinquants qui se croient comiques à déranger la cérémonie ! On fait exprès pour me mettre sur les nerfs aujourd'hui ou quoi !? continue-t-elle de s'énerver gesticulant en direction des Thraxs.
Ceux-ci font apparition, dispersant la foule, et je tente de me faire petit, espérant qu'ils se contenteront de nous envoyer dans la file.
– Non ! s'exclame le vieillard en pointant une main tremblante vers nous. Ils n'ont pas fini leur spectacle !
– Spectacle ? interroge la femme en levant un sourcil.
– C'est le meilleur que j'ai jamais vu de ma vie !
– C'est parce que vous ne vous souvenez d'aucun spectacle que vous avez vu, Mr. Hammer ! Je vous en prie, pour juste deux petites secondes, pourriez-vous être à vos affaires ?!
– Appelle-moi donc Arzen, ma chérie.
– D'accord, Arzen… Suivez-moi, voulez-vous ?! J'ai une Moisson à animer je vous rappelle !
– Bien, bien, Madeline.
– Mon nom est Abigail !
– C'est bien ce que j'ai dit, Adelize…
Les deux s'éloignent, continuant de se chamailler, et les Thraxs nous font signe d'aller nous enregistrer. Pherin soupire avec désappointement mais nous obtempérons sans rechigner. Heureusement, aucun d'entre nous n'a dû prendre de tesserae. J'ai entendu dire que dans les Secteurs plus pauvres certains en ont eu besoin. Je n'ai donc que quatre papiers portant mon nom dans le tirage. J'aimerais mieux zéro, mais ce n'est pas comme si j'ai le choix.
Nous nous rendons dans la section des seize ans, et au milieu de tous les jeunes qui semblent si tendus et effrayés, je me sens automatiquement plus inquiet. Tout d'un coup, le poids de la situation me pèse sur les épaules et je triture machinalement l'un des anneaux de ma nuque pour me calmer. Esha et Solale sont enlacés et Malik se balance d'un pied à l'autre, forçant un sourire sur son visage.
La jeune femme de tout à l'heure, Abigail, se place au centre de l'estrade. Elle semble énervée et elle n'arrête pas de taper du talon. Finalement, un caméraman lui fait signe que c'est l'heure et elle s'éclaircit la gorge, attirant notre attention.
– Bonjour à tous en cette journée de Moisson. Mon nom est Abigail Smith et je vais être votre hôtesse pour cette cérémonie. Derrière moi se trouve le mentor du Secteur Sept, Arzen Hammer, dit-elle calmement en pointant le vieil homme qui nous applaudissait quelques minutes plus tôt.
Il relève la tête avec surprise et fait une petite courbette. Elle nous lit le Traité de Paix ainsi que les règles des Hunger Games, mais elle semble distraite. À chaque dix ou vingt secondes, elle fixe une femme de son âge d'un air suppliant, mais celle-ci se contente de secouer la tête négativement. Finalement, c'est le temps du tirage.
– Les filles d'abord, n'est-ce pas ? rit nerveusement l'hôtesse en s'avançant vers le grand bol de gauche.
Elle plonge la main et Pherin m'attrape le bras brusquement. Je suis incapable de détacher les yeux du lent mouvement de la femme. Ça ne sera pas Pherin ou Esha… n'est-ce pas ?
Elle saisit un papier et commence à le remonter, mais soudain elle l'échappe avec une expression de surprise.
– Les résultats sont sortis ?! s'exclame-t-elle en fouillant dans sa poche.
Elle en sort un petit écran qu'elle allume précipitamment sous les murmures interloqués de la foule. Elle le regarde intensivement pendant de longues secondes, et finalement elle ferme les yeux, posant une main sur son cœur.
– Elle est saine et sauve… Oh… Merci… Merci, merci, merci.
– Mrs. Smith ! intervient un Thrax en faisant quelques pas dans la direction de l'hôtesse.
Celle-ci sursaute et replace l'écran dans la poche de sa robe, reprenant son calme.
– Veuillez me pardonner. Et bien Secteur Sept, il semblerait qu'il y ait eu deux volontaires dans le Secteur Six ! Toute une compétition cette année ! Ma fille était éligible voyez-vous…
Elle rit doucement, un sourire soulagé sur le visage. Deux volontaires du même Secteur ? Qu'il y ait un seul volontaire est étonnant, mais deux ? Ce n'est pas comme si nous avons des carrières au Capitole…
– Où en étions-nous déjà ? Ah oui !
Elle plonge brusquement la main dans la boule de verre et en ressort un petit papier tout aussi vite. Je n'ai même pas le temps de m'inquiéter pour mes amies qu'elle a lu le nom.
– Esedra Vayni !
Ça prend quelques instants, mais enfin une fille sort de ma section. Je ne peux la distinguer clairement qu'une fois qu'elle est sur l'estrade. Ce que je remarque le plus d'elle sont les tatouages dorés et bleus en forme de torsades et aux aspects tribaux sur les pommettes, poignets et au creux du cou qui contrastent avec sa peau chocolatée. Elle se tient droite, l'expression impassible, mais je peux deviner la panique qui habite son regard un peu vide.
Je me demande ce qui lui passe par la tête. Est-elle persuadée qu'elle est condamnée, ou pense-t-elle avoir une chance de gagner ? Je secoue la tête, me concentrant sur ce que l'hôtesse dit. Elle s'est avancée vers la boule de droite et s'apprête déjà à tirer un papier. Je retiens mon souffle, bloquant toutes les pensées affolées qui me traversent l'esprit à l'idée que ce soit mon nom qu'elle lise.
La panique s'arrête d'elle-même quand c'est bel et bien mon nom qui est prononcé. Aeder Lydrin. C'est bien moi.
C'est… bien moi.
– Aeder Lydrin ? répète l'hôtesse d'une voix un peu énervée.
Elle s'énerve ? Vraiment ?
– Allez Aeder, on n'a pas toute la journée ! Viens nous rejoindre en avant !
Un rire interloqué m'échappe, mais il meurt sur mes lèvres aussitôt qu'il est sorti. J'ai été tiré au sort pour les Hunger Games.
Je me dirige vers l'estrade, évitant de regarder mes amis. J'ai l'impression que si je le fais je risque de m'effondrer. Une fois à côté d'Esedra, je mets les mains dans mes poches, fixant mes pieds avec désespoir.
Qu'est-ce que… Je me demande ce que je devrais penser, en ce moment ? Si je devrais être atterrée, ou affolé, ou enragé… Je l'ignore. Quelle est la bonne réaction, dans ce genre de situation ? Si on tente de fuir, on passe pour un lâche, mais si on ne le fait pas, si on ne tente aucunement de se révolter, c'est aussi un peu comme dire que l'on accepte notre punition, non ? Qu'on accepte de se faire sauvagement tuer par des jeunes qui pourraient possiblement être nos voisins. Ça veut dire qu'on accepte que ce sera diffusé à travers la nation au complet. Ça veut dire… Qu'on est un lâche, en quelque sorte. Non ?
Alors… comment suis-je sensé réagir ?
Abigail me demande de serrer la main de ma partenaire de District et je le fais machinalement, sans même lever les yeux. J'ai l'impression que je devrais… réagir. Sauf que… Sauf que je n'en ai pas l'énergie.
Car quoique je tente, je finirai quand même dans l'arène.
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Les adieux se font comme dans un rêve. Ma marraine est la première à venir me voir. Elle me fait promettre de tout faire pour gagner. Elle me dit qu'elle m'aime, qu'elle croit en moi. Que je dois rester moi-même, quoiqu'il arrive – peu importe ce que ça veut dire…
Puis c'est au tour de mes cinq amis. Ils pleurent, ils me serrent dans leurs bras, ils me souhaitent bonne chance… Les trois minutes passent si vite que j'ai à peine le temps de réaliser que c'est peut-être la dernière fois que je les vois. J'ai l'impression que j'aurais dû leur donner des conseils de vie, que j'aurais dû… Je ne sais pas, juste… Leur donner un bon dernier souvenir de moi.
Mais je ne peux que regarder la gourmette à mon poignet, le mot « AMITIÉ » engravé dessus – dont nous avons tous une copie – et espérer qu'ils me donneront la force de revenir.
Même mes parents et mon frère viennent. Je prends mon père et ma mère dans mes bras et leur murmure que je les aime, parce que dans un sens c'est vrai. Ils sont ma famille, après tout. Je comprends pourquoi ils m'ont laissé chez ma marraine, bien que ça m'ait pris longtemps à le digérer.
Mon frère par contre, je lui donne un coup de poing. Je n'avais jamais rien fait d'aussi satisfaisant.
Finalement, les Thraxs viennent me chercher et m'embarquent dans un luxueux véhicule noir. Esedra grimpe en face de moi, et nous échangeons un long regard, ne sachant quoi nous dire.
Est-elle celle qui me tuera ? Ou le contraire ?
Nous traversons les rues si familières du Capitole en direction du centre d'Entraînement où notre styliste nous préparera à la parade et… je ne peux m'empêcher de me demander si je n'ai pas un peu trop bu ce matin et… si tout cela n'est en fait qu'un rêve.
J'aimerais tant que ce soit le cas.
