Yoooo all my lovely readers ! X) Joyeuses pâques ! (oui, je suis au courant que je suis en retard). Je suis désolée de poster le chapitre seulement maintenant, particulièrement vu que la correction du chapitre a été hyper rapide et efficace (merci Woo ! *cœur* Tu es la plus meilleure qui soit ! (oui, je vous sors des expressions québécoises, mouahaha !). En fait je voulais répondre aux reviews avant de poster, raison du retard, mais... Je n'aurai tout simplement pas le temps, donc je poste quand même. Un grand grand MERCI à tous pour vos reviews, vous êtes de vrais anges et c'est un plaisir pour moi de vous lire à chaque fois. Je vous aime tous éperdument ! :3
Cette tribut est la création de Kayla7. De ce que m'ont dit mes deux bêtas, elle est assez touchante :) En tout cas, j'ai aimé l'écrire.
La prochaine Moisson est heureusement déjà écrite et n'attend que la correction, alors normalement elle sera postée dans 3 ou 4 jours :) Et j'ai déjà commencé la rédaction de la suivante.
Je tiens aussi à signaler que Ljay a commencé à poster un spin-off de sa fic Delirium, et sincèrement je crois que ça vaut le coup d'œil. Ça porte sur les 69e HG, donc pour ceux qui sont en manque de violence, ça devrait être pas mal XD. Elle se nomme L'honneur d'un guerrier.
Bonne lecture à tous ! (et comme toujours, une review est infiniment appréciée !)
MOISSON DU SECTEUR SEPT
Une calme survivante
Esedra Vayni, 16 ans, Secteur 7
C'est la douleur à ma jambe qui me réveille. Encore et toujours. Je m'assieds brusquement, portant les mains à ma cuisse gauche pour la masser. Mes doigts caressent la peau abîmée et les contours du trou maintenant recousu depuis longtemps. Les médecins disent que c'est psychologique, qu'il n'y a aucune raison médicale pour que j'aie encore mal.
Ils peuvent bien me donner le pronostic qu'ils souhaitent, ça ne change rien au fait que je dois me lever à toutes heures de la nuit afin de calmer mes muscles récalcitrants. Je fais les cent pas dans ma chambre, pétrissant ma peau par intermittence. Je grince des dents, retenant mes larmes. J'aimerais avoir une nuit complète, pour une fois.
Je me replace dans mon lit, essayant de calmer ma respiration. Mes yeux se posent automatiquement sur la photo de mon père à ma droite. Il a Seta – alors tout bébé – dans un de ses bras, et tient de l'autre ma main dans la sienne. Il est souriant. Moi aussi. Je crois que je ne souris plus beaucoup, maintenant.
Bien malgré moi, les souvenirs me submergent. Je ferme les yeux et pose la main sur ma blessure. Je suis tombée quand la balle m'a traversée. J'ai crié en même temps que le rebelle. Lui de victoire, moi de souffrance, de détresse. Mon père s'est retourné, m'a attrapée par la veste pour me relever. Je n'avais plus de force, plus d'énergie, plus d'espoir. Les bombes explosaient un peu partout, c'était la panique totale.
Beaucoup de parties du Capitole sont restées intactes durant la Rébellion, mais pas notre coin. Pas notre maison. Maman et Seta étaient déjà parties s'installer chez Mop, mon grand-frère. Mais moi j'avais refusé, ne voulant quitter avec mon père.
Et à cause de cela, il est mort. En essayant de me protéger, de me permettre de fuir. En remplissant son rôle de père.
Je me souviens des flammes, des étincelles, des coups de feu, de la cendre, du sang… Et de son expression figée dans la mort. On parle peu des pertes du Capitole depuis la Rébellion. Mais… il y en a eu. Si peu, et pourtant… Beaucoup trop.
Je finis par me recoucher mais reste incapable de m'endormir, la tête bourdonnante de sombres pensées.
Finalement mes yeux se ferment, alors que le soleil commence à peine à se lever, et j'entre dans un sommeil léger. Ce sont les bruits venant de la cuisine qui me réveillent cette fois. Je réalise qu'il est déjà neuf heures et sors du lit précipitamment. Je prends une douche rapide, passe une brosse dans mes longs cheveux noirs, et lisse les plumes colorées qui sont greffées sur le haut de ma tête. J'en accroche d'autres comme boucles d'oreille et applique du eyeliner doré pour faire ressortir mes yeux verts. Finalement, j'enfile ma combi-short violette, exécutant tout cela en un temps record. À mon cou se trouve mon pendentif en forme de loup qui ne me quitte jamais, cadeau de mon ami d'enfance, Edin.
Un grognement m'échappe quand j'arrive dans la cuisine et réalise que Seta a une assiette devant elle. Je peux déjà entendre le sermon que je vais recevoir. Ma petite sœur me sourit et je m'approche d'elle pour déposer un baiser sur son front.
– Bien dormi ?
– Mieux qu'hier, m'avoue-t-elle. Seulement un cauchemar cette fois.
– Toujours le même monstre ?
Elle hoche la tête, baissant les yeux, et je soupire. Je me prépare mon propre plat, puis m'assieds à ses côtés. À sept ans, c'est étonnant qu'elle continue de croire à des monstres imaginaires. Je crois que c'est à cause de la Rébellion. Elle est beaucoup plus fragile depuis. La mort de notre père a été un coup dur, et de plus notre mère qui auparavant s'occupait d'elle à temps plein a dû se trouver un travail en tant que décoratrice d'intérieur afin de subvenir à nos besoins.
Nous vivons encore chez Mop, dans un minuscule appartement, en attendant d'avoir les moyens de déménager. Mon frère n'est presque jamais à la maison, il dort chez sa petite amie, ne faisant que passer prendre quelques vêtements tous les deux ou trois jours. Et heureusement, car sinon je devrais partager ma chambre avec lui. Ce n'est pas une perspective qui m'enchante.
– Esedra ! Enfin debout, je vois ? s'exclame ma mère en ramassant sa tasse de café sur le comptoir.
– Désolée maman, je n'ai pas vu l'heure.
– Je croyais pourtant t'avoir dit de t'occuper de Seta ce matin ! J'ai une rencontre avec une importante cliente avant la Moisson, je n'ai pas le temps !
– Je suis désolée, ok ? Vraiment, dis-je en baissant les yeux.
– Esedra… Tu sais comme c'est difficile pour moi en ce moment… J'ai besoin de pouvoir te faire confiance… continue-t-elle d'une voix fatiguée.
– Je sais. Je ferai plus attention, c'est promis.
– Maman ! Soit pas méchante avec Ese ! Je peux m'occuper de moi-même, j'ai sept ans maintenant ! me défend Seta en levant des yeux pleins de défi vers notre mère.
– Chérie, arrête de défendre ta grande sœur, veux-tu ? Elle sait qu'elle est dans le tort. Tu es trop jeune pour comprendre, c'est tout.
– Je suis pas trop jeune ! Je déteste quand tu dis ça !
– C'est beau, Seta. Continue de manger.
Je lui souris et caresse ses longs cheveux bruns avec affection. Ma mère soupire, déposant sa tasse vide dans l'évier.
– Bon, je file. Occupe-toi de ta sœur jusqu'à la Moisson, ok ? On s'y rejoint.
Elle commence à s'éloigner, mais se retourne au dernier moment, me regardant avec hésitation.
– Et bonne chance, me murmure-t-elle lentement, comme si ça lui coûtait de me le dire.
Je hoche la tête en lui faisant un petit salut de la main, et elle est partie. Je me remets à manger en silence pendant que ma petite sœur me raconte son cauchemar, la confrontation vite oubliée. Je suis habituée aux reproches de ma mère, mais je ne peux m'empêcher de m'en vouloir à chaque fois. Déjà que c'est de ma faute si mon père – son mari – est mort, mais en plus je ne suis même pas capable de la supporter correctement à la maison. S'il n'avait pas tenté de me protéger quand j'ai reçu la balle, il serait toujours en vie. Là, avec nous. Si j'avais été intelligente et que je m'étais enfuie avec ma mère et Seta, il s'en serait sorti.
C'est de ma faute. Je comprends qu'elle m'en veuille encore. Quoique je fasse, elle ne pourra jamais me pardonner. Et elle a bien raison. Moi non plus, je ne me pardonne pas.
– Esedra ! Tu m'écoutes ? geint Seta en tirant sur mon poignet.
Je secoue la tête et me tourne vers elle. Elle a les sourcils froncés, et je constate qu'elle est encore en pyjama. Je lui dis d'aller se changer pendant que je fais la vaisselle et elle file immédiatement dans sa chambre, fière de pouvoir accomplir cette tâche seule.
Quand elle revient, la cuisine est en ordre. J'ai même eu le temps de nourrir les nombreux animaux qui habitent notre maison et dont j'ai entièrement la charge, puisque c'est moi qui tenais à les sauver de la vie difficile dans les rues du Capitole. Je tends la main à ma petite sœur pour qu'elle s'en empare, ce qu'elle fait joyeusement.
– On a un peu de temps à perdre avant la Moisson. Un endroit où tu aimerais aller ?
– Le parc ! suggère-t-elle avec un grand sourire.
– Montre-moi le chemin alors, princesse, dis-je en fermant la porte d'entrée derrière nous.
Qu'elle nous guide est un bon moyen pour m'assurer qu'elle ne risque pas trop de se perdre si jamais elle échappe à mon attention. Qui sait ce qu'il peut advenir, après tout. Mon père faisait cela avec moi, quand j'étais petite.
Quand nous arrivons au parc, il est vide. C'est la première fois que je le vois ainsi, il est normalement très populaire car beaucoup de familles avec de jeunes enfants habitent dans notre coin. J'imagine que peu de parents sont dans l'état d'esprit d'amuser leurs petits ce matin. Seta semble déçue, mais elle hausse les épaules et grimpe sur la balançoire, me faisant signe de lui donner un élan.
– Aujourd'hui c'est une journée spéciale, hein ? me demande-t-elle innocemment, continuant d'aller d'avant en arrière.
– Oui, très spéciale.
– Triste ?
– Aussi.
– Autant que quand papa est mort ?
Mon cœur se serre à sa question et je m'assieds dans la balançoire à sa gauche, cherchant mes mots.
– Moins triste pour nous, mais aussi triste pour deux autres familles.
– Mais nous, on ne va pas être tristes ?
– On va peut-être l'être.
– Pourquoi ? continue-t-elle de me questionner, les sourcils froncés.
– Parce que je pourrais être choisie et… Mais tu n'as pas à t'inquiéter, Seta. Même si je suis tirée au sort, je reviendrais après deux petites semaines. Je suis invincible, tu savais pas ?
– Choisie pour les Hunger Games ? Des amis à l'école ont dit qu'on revient jamais, quand on participe.
– Pas toujours. Pas moi. Moi, je vais revenir. Ok ?
Elle hoche sagement la tête, l'air pensive.
– Pourquoi les Districts sont méchants avec nous ? Mon éducatrice a dit que c'est les Districts qui font ça.
– Les Districts… On les a beaucoup fait souffrir, tu vois ? Alors, ils veulent nous faire comprendre leur douleur.
– Mais… moi je comprends pas…
– C'est… Tu sais, comme la fois où Benji t'a volé ton pain, et que le lendemain tu lui as pris le sien.
– Oui, parce qu'il l'a fait en premier alors qu'il avait pas le droit.
– C'est pareil entre le Capitole et les Districts. On leur a fait quelque chose de mal, alors ils ont décidé de nous le faire subir aussi.
Elle hoche sagement la tête, les sourcils toujours froncés.
– Alors… Est-ce que ça veut dire qu'ils ont raison ? De faire les Hunger Games ?
Je me mords la lèvre inférieure, ne sachant trop quoi lui répondre. De mon point de vue, les Districts ont tort. Mais si j'avais vécu dans leurs souliers, ce n'est probablement pas ce que je penserais, non ? Pourtant… Ils m'ont déjà pris mon père. N'est-ce pas assez ?
Finalement, je regarde ma petite sœur dans les yeux, soupirant.
– Je ne sais pas, Seta. Je ne sais pas, mais… Je ne crois pas qu'ils aient raison.
– Pourquoi ?
– Parce que toi et moi… Nous ne leur avons rien fait.
– C'est vrai ça ! s'indigne-t-elle. Alors pourquoi on est punis aussi ?
– Parce que la vie est injuste, parfois.
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– Il était temps, je commençais à m'inquiéter, aboie ma mère quand nous arrivons enfin à notre lieu de rencontre.
Elle s'empare de la main de ma petite sœur, lui faisant signe de la suivre. Mais avant de s'éloigner, elle passe doucement une main sur mon bras, comme pour m'encourager silencieusement, incapable de me témoigner en paroles son inquiétude. Mais rien que ce geste est bien assez et je serre les poings, affichant une expression déterminée.
Seta me fait un petit salut de la main et je lui réponds par un faible sourire. Malgré notre conversation, je ne crois pas qu'elle comprenne bien le danger dans lequel je pourrais me retrouver si je suis tirée au sort.
Je me mets en file et m'enregistre, regardant les cinq papiers portant mon nom s'éloigner dans les mains d'un Thrax pour être déposés dans l'une des grandes boules de verre. J'ai une forte envie de courir jusqu'à lui et de renverser le contenant afin d'éparpiller les milliers de papiers qui s'y retrouvent. Mais pourquoi retarder l'inévitable ?
Je vais dans le rang des seize ans, cherchant mes amis des yeux. Enfin j'aperçois la peau orange d'Iwien et me fraie un passage à travers la marée de jeunes, criant son nom. Son visage s'illumine en me reconnaissant et elle me serre dans ses bras à m'en broyer les os.
– Iwi… respirer c'est important pour ma survie…
– Pardon, s'excuse-t-elle avec un clin d'œil. Je suis contente que tu sois là, je commençais à m'ennuyer.
– Tu te rends compte que c'est la Moisson, j'espère ? C'est pas trop l'occasion pour s'amuser.
– Mais oui maman… se moque-t-elle. Tu sais bien que je souris quand je suis stressée, c'est pas nouveau.
– Je sais, dis-je dans un soupir.
– Oh, tout à l'heure il y avait un groupe qui faisait de l'improvisation à côté de la scène ! C'est fou, hein ? Ils étaient plutôt bons en plus.
– De l'impro ? Ici ?
– Oui ! Les Thraxs les ont vite dispersés, mais c'était plutôt sympa. Un peu d'humour aujourd'hui ça ne peut pas faire de mal, non ?
Je hoche la tête, fronçant les sourcils. J'adore Iwien, elle est vraiment une amie géniale, mais parfois j'ai l'impression que nous ne sommes pas sur la même longueur d'onde. Pas comme Edin. J'aimerais l'avoir à mes côtés pour la Moisson, mais malheureusement il vit dans mon ancien quartier, un autre Secteur. S'il me voyait, il saurait exactement quoi me dire pour me remonter le moral. Au moins il n'est pas seul dans sa section, puisqu'il a sa petite amie. J'espère que les deux seront sains et saufs.
Je croise les bras, tendue. J'aurais aimé avoir eu le temps de prendre une marche dans la forêt avant cette cérémonie. Question ne me détendre un peu. Habituellement je le fais tous les matins, mais à cause de la Moisson j'ai été trop pressée par le temps.
L'hôtesse s'éclaircit la gorge dans son micro, attirant l'attention de tous. Ses longs cheveux blancs sont lissés et décorés de diverses fleurs exotiques qui encadrent bien son visage angélique. Elle a appliqué une tonne de mascara afin de faire ressortir ses grands yeux multicolores, et sa peau est orange, d'un ton plus discret que celui d'Iwien. Pour compléter son look, elle porte une jolie robe bleue ainsi qu'une veste saumon plutôt simple.
Elle tape du talon impatiemment et se présente elle et le mentor d'une voix énervée. Celui-ci semble complètement perdu, les yeux posés sur le seul nuage qui habite le ciel avec une fascination anormale. Je plains les tributs de notre Secteur, il ne sera probablement pas d'une grande aide.
L'hôtesse, Abigail, nous lit le Traité de Paix distraitement, s'interrompant à intervalle. Puis finalement, c'est le tirage. Iwien m'attrape la main d'un geste nerveux, et je peux sentir mon cœur battre la chamade. Je suis des yeux la main de l'hôtesse alors qu'elle prend un papier.
Mais soudain, elle le laisse retomber dans la boule de verre, écarquillant les yeux.
– Les résultats sont sortis ?!
Elle sort un petit écran de la poche de sa veste qu'elle observe quelques secondes d'un air concentré. Puis elle pose une main sur son cœur, son soupir soulagé audible à travers le micro.
– Elle est saine et sauve… Oh… Merci, merci, merci !
Un Thrax la ramène à l'ordre d'une voix sévère et elle se secoue, expliquant que sa fille était éligible dans le Secteur Six. Je comprends son inquiétude, mais j'ai l'impression d'avoir eu une crise cardiaque. Dire que je vais devoir revivre ce moment atroce où elle tire un nom…
– Esedra Vayni !
Je redresse la tête, interloquée. À côté de moi, Iwien gémit, me lâchant la main comme si je l'avais brûlée. Je me mords la lèvre et serre les poings, essayant de calmer ma respiration. J'ai l'impression que tout se met à tourbillonner autour de moi, les visages pleins de pitié des jeunes se superposent les uns après les autres. J'avance d'un pas, puis d'un autre... Je n'entends plus rien, et j'arrive à peine à distinguer où je dois me rendre.
Calme-toi, Esedra. Calme-toi. Tu ne peux pas montrer ta peur. Tu ne peux pas…
Seta.
Seta regarde. Elle est dans la foule. Tu ne dois pas l'inquiéter. Tout va bien. Un pied devant l'autre, comme ça… Allez, tu peux le faire ma vieille. Ça ne peut pas être pire que la mort de ton père.
Je m'arrête enfin devant Abigail. Elle étire ses lèvres dans un sourire exagéré et me félicite, me présentant au reste du Secteur avec un enthousiasme aberrant. Je la fusille du regard. Si elle avait pris le premier papier, je ne serais probablement pas tribut. Si elle avait respectée les règles de la cérémonie, j'aurais pu rentrer chez moi ce soir et ne jamais voir les larmes sur le visage de ma petite sœur.
À cause d'elle… je vais… mourir ?
– Au tour des garçons maintenant ! s'exclame-t-elle d'une voix faussement joyeuse. Et l'heureux élu est… Aeder Lydrin !
Rien ne se passe et des murmures commencent à être échangés dans l'assemblée.
– Aeder Lydrin ? répète Abigail.
Elle semble énervée et j'ai envie de la gifler. Comment ose-t-elle s'impatienter à la condamnation d'un enfant. Parce que c'est ce que nous sommes tous. Des enfants.
Mes mains se mettent à trembler et je croise les bras, espérant le cacher. Je me mords la lèvre de plus belle et du sang envahit ma bouche. J'ai envie de vomir. Je n'ai que seize ans. Je suis une enfant. Mon père est mort, j'ai reçu une balle dans la jambe… N'ai-je pas assez souffert ?
– Allez Aeder, on n'a pas toute la journée ! Viens nous rejoindre en avant !
Un garçon sort enfin du rang des seize ans. Il s'avance, les yeux baissés, les mains dans les poches. Sa peau est peinturée de couleurs sombres, presque menaçantes. Quand il se place à côté de moi, j'aperçois la multitude d'anneaux argent qui sont attachés les uns en dessous des autres en une ligne tout le long de sa colonne vertébrale, ainsi que les symboles tribaux dessinés dans ses très courts cheveux.
Tout comme moi, il n'a aucune expression sur son visage, se contentant de regarder le sol obstinément. Quand je dois serrer sa main, je ne peux empêcher le frissonnement qui me parcourt. Il est l'un de mes adversaires. Bientôt, je devrai me battre à mort contre lui dans l'arène…
– Bravo à nos deux braves tributs du Secteur Sept, Esedra Vayni et Aeder Lydrin !
De faibles applaudissements, quelques sifflements… Je croise à nouveau mes bras, lève le menton…
Je ne le laisserai pas gagner. Je ne laisserai personne d'autre que moi gagner. Quoiqu'il m'en coûte.
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Iwien est la première à me visiter. Elle s'accroche à mon cou, pleurant avec désespoir. Je reste stoïque, ne sachant trop comment réagir. Je me sens engourdie, comme dans un mauvais rêve. Elle me murmure de tout faire pour gagner, que je suis sa meilleure amie et qu'elle ne m'oubliera jamais. De ses paroles, je n'arrive pas à savoir si elle croit que j'ai des chances de gagner ou si elle m'a déjà enterrée.
Je hoche la tête, passe mes bras autour de son dos. J'acquiesce à tous ses conseils, aussi débiles qu'ils soient, et finalement elle quitte la pièce. Mes vêtements sont mouillés de ses larmes et je retiens les miennes tant bien que mal.
Mes visiteurs suivants sont ma mère et Seta. Celle-ci se précipite vers moi et je m'agenouille, cherchant quoi lui dire, comment la rassurer.
– Tu te souviens ce que je t'ai dit au parc, n'est-ce pas ?
– Que toi tu vas pas disparaître, répète-t-elle, les yeux rouges.
– Exactement. Alors n'ai pas peur, ok ?
– Est-ce que tu vas rejoindre papa ?
Mes mains se mettent à trembler et j'agrippe ses épaules, secouant la tête.
– Non. Non, Seta, c'est promis que non. Ouvre la télévision ce soir, tu verras, c'est là que je serai. Et dans deux ou trois semaines, je vais être de retour. C'est promis.
– Vraiment ? me demande-t-elle en tendant son petit doigt.
– Promis, dis-je en l'attrapant du mien, le serrant de toutes mes forces pour sceller la promesse.
J'entends un sanglot et lève les yeux. Ma mère a une main devant sa bouche, à quelques mètres de nous. Je lui adresse un petit sourire et elle hoche la tête, ne faisant aucun geste pour s'approcher.
– Seta, laisse-moi une minute avec ta sœur, murmure-t-elle enfin.
Je dépose un baiser sur le front de Seta et elle passe ses petits bras autour de moi brièvement avant de sortir. Ma mère et moi nous regardons en silence, et finalement je me lève, ouvrant la bouche.
– Maman, je… je suis désolée, pour papa, c'est…
– Ce n'est pas de ta faute, m'interrompt-elle en prenant une grande inspiration, s'avançant d'un pas. Ce n'est pas… C'est moi qui suis désolée. J'aurais dû le réaliser plus tôt. J'ai été horrible avec toi cette dernière année. Esedra… ma chérie… Ne nous abandonne pas, d'accord ?
Elle s'approche encore et caresse ma joue d'un geste bienveillant. Les larmes coulent librement sur son visage et elle plonge ses yeux dans les miens, essayant de me témoigner son amour sans pouvoir y mettre des mots. Puis brusquement, elle est partie.
Mon dernier visiteur, à ma grande surprise, est Edin. Dès qu'il apparaît dans mon champ de vision, je me jette sur lui en pleurant à chaudes larmes. Il est la seule personne à qui je suis capable de montrer mes moments de faiblesse. Il est mon confident, mon meilleur, le seul qui me comprenne mieux que moi-même… Je ne croyais pas que je le verrais avant de partir.
– Iwien m'a appelé, m'explique-t-il en me serrant dans ses bras. Qu'est-ce qu'on va faire avec toi, hein, Esedra ? Toujours à attirer les malheurs.
Un hoquet amusé me traverse et je souris contre son torse, fermant les yeux.
– J'ai peur.
L'aveu m'arrache un sanglot et je le serre plus fort, espérant qu'il puisse absorber ma détresse, espérant qu'il puisse m'engloutir et me cacher aux regards de tous afin que j'échappe à mon sort.
– Je sais, répond-il simplement. Je sais.
On s'assied au sol, blottis l'un contre l'autre. La seule chose qui a changée avec ses Jeux, c'est que nous avons droit à un peu plus de temps pour dire nos adieux. Quelle gentillesse de la part des Districts, n'est-ce pas ?
– Je crois en toi, Ese. Tu es une survivante. Ne perds pas espoir, tu m'entends ?
Je hoche la tête et m'écarte légèrement pour le regarder dans les yeux.
– Tu regrettes de ne pas avoir pris une dernière marche dans la forêt, hein ? dit-il d'une voix légère.
J'acquiesce doucement.
– Tu me connais bien.
– Si ça se trouve, l'arène sera une forêt, ricane-t-il.
Je ris, le frappant à l'épaule.
– C'est vraiment pas le genre de blague à faire dans cette situation !
– Dis la fille qui en rit.
Nous échangeons un sourire et continuons de parler de tout et de rien, parce qu'il sait parfaitement que c'est ce dont j'ai besoin en ce moment, jusqu'à ce qu'un Thrax nous signale que le temps est écoulé. Edin se lève lentement et dépose une légère bise sur ma joue.
– Courage, Esedra. Tu peux le faire. Qu'est-ce que de minables Hunger Games pour Esedra Vayni ?
Je lui tire la langue, le poussant hors de la pièce, puis je prends une grande inspiration. Je peux le faire. Je dois le faire. Les Districts ne se débarrasseront pas de moi si facilement.
