Bonjour bonjour les gens... *se cache derrière un gros rocher qui traîne par là* Je suis... vraiment... vraiment... vraaaaaaiment désolée du retard de ce chapitre ? TT^TT Surtout que... j'apporte une mauvaise nouvelle avec moi. Mais commençons par la bonne, parce que comme ça je retarde le moment où vous allez tous me taper dessus.
J'ai enfin trouvé un appartement ! \o/ Un joli 4 1/2 bien éclairé, propre, dans des couleurs chaudes, pas d'insectes qui se promènent sur les murs... Bref, il est génial ! :)
La mauvaise nouvelle, maintenant... Comme vous avez pu le constater, je n'arrive pas exactement à respecter mes promesses, je poste sans arrêt mes chapitres en retard et tout... En fait en ce moment j'ai de la difficulté à écrire. Ça ne veut pas venir et c'est vraiment hyper frustrant. Il ne me reste plus que 6 Moissons à écrire (la suivante est presque terminée). Après avoir posté la tribut féminine du 8, j'ai décidé d'aller en pause quelques temps. Je préfère cela à vous faire miroiter de nouveaux chapitres qui n'arrivent que deux semaines plus tard, au moins ainsi vous savez qu'il n'y a pas besoin d'attendre. Je vous rassure, ma pause durera MAXIMUM un mois, et j'espère idéalement que ce sera juste deux semaines. J'ai juste... Besoin de me changer les idées, pour quelques temps. Je vais revenir en force, en forme, afin de terminer ces Moissons et de passer aux choses sérieux. *me taper pas trop trop fort, s'il vous plaît*
(pour résumer, je poste encore un chapitre après celui-ci, puis je pars en pause)
Merci à tous pour vos reviews et vos encouragements. Même si vous m'insultez avec cette annonce, sachez que je vous aime tous énormément quand même, et je me trouve chanceuse d'avoir des lecteurs si encourageants et compréhensifs (et même si vous ne l'étiez pas je vous aimerais quand même, parce que je suis masochiste comme ça... euh... o0).
Solene : Merci de ta review ! :) Et je suis bien d'accord, il manque de connards dans les tributs, mdr. En même temps, même quand on m'en donne j'arrive à faire ressortir leurs bons côtés. Je suis de la philosophie qu'il y a du bien en tous... Même si parfois c'est tellement profondément enfoui qu'on ne le trouve plus. Et sinon, contente que tu aimes Esedra ! :D
Merci à Woo et à Ljay pour leur aide et soutien continuel, je suis vraiment heureuse de vous avoir dans ma team de Châtiés *cœur*
Ce tribut est la création d'Exogeneis. J'espère qu'il vous plaira. Il a du caractère, en tout cas. :3 L'hôtesse a été faite par moi, et le mentor par Kyoko Mukuro :)
Bonne lecture !
MOISSON DU SECTEUR HUIT
Un avide combattant
Aleksei Mandrake, 17 ans, Secteur 8
Je retiens à peine mon sourire, malgré la douleur sourde de mes jointures. Mon poing entre à nouveau en contact avec la joue de mon adversaire et il recule de plusieurs pas, restant de justesse sur ses pieds. Je lui fais un signe de la main, l'encourageant à relancer l'offensive. Ma respiration est laborieuse. Une goutte de sueur me tombe dans l'œil et je m'ébroue, baissant ma garde juste assez pour qu'il m'envoie un coup au ventre. Mon souffle se coupe et je me plie en deux. Le temps semble ralentir. Les cris d'encouragement sont comme un bruit de fond, couvrant à peine le bourdonnement du sang qui bat dans mes tempes.
Je ferme brièvement les yeux, appuyant mon bras sur le grillage qui compose la cage. Quelqu'un me pousse dans le dos, me forçant à me redresser. J'ignore tous mes muscles qui crient à la torture et regarde le garçon qui me fait face. Il est un peu plus grand que moi, et plus large, mais j'ai la rapidité et l'expérience de mon côté.
Il tente une nouvelle attaque que j'esquive facilement, lui mettant un crochet du droit dans la mâchoire. Sa tête s'en va vers l'arrière et il s'effondre comme une poupée de chiffon, inconscient. Je lève les deux bras, victorieux, et me dirige vers la porte qui vient d'être débarrée afin de me laisser sortir. Un garçon se glisse à l'intérieur pour aider mon adversaire, qui papillonne déjà faiblement des yeux.
Deux autres challengers s'introduisent dans la cage pour un nouveau combat. Quelques personnes viennent me féliciter chaudement et je souris malgré la boule qui me monte à la gorge. Je suis déçu que Lysandre ne comprenne pas mon envie de sensations fortes. Il trouve que c'est trop dangereux. Il y a quelques années, un gars est mort en se battant, et mon frère est persuadé que c'est ce qu'il va m'arriver une de ces nuits.
On me laisse enfin tranquille et je m'assieds sur un banc de fortune, relevant mon tee-shirt avec une grimace pour examiner les dégâts. Une myriade de couleurs commence déjà à se former sur ma peau hâlée. Quelqu'un me passe une bouteille d'eau et une serviette décrépie. Vidant le liquide sur ma tête, j'essuie la crasse et la sueur après avoir ébouriffé mes cheveux bleu nuit.
– Tu envisages toujours de te porter volontaire demain ?
Je me retourne brusquement vers la voix, apercevant deux jeunes d'environ mon âge tranquillement adossés contre le mur poussiéreux de l'entrepôt. Celui de droite, aux piercings innombrables, hoche vigoureusement la tête.
– C'est l'occasion rêvée d'atteindre la gloire, non ? Pas possible que je la manque. C'est la seule édition qui se passera dans le Capitole, après les Jeux seront terminés. Je me lance.
– Et tes parents, ils en pensent quoi ?
– C'est mon père qui me l'a proposé en premier. Tu sais à quel point il est fan. Il ne pourrait pas être plus fier de moi. Et toi, tu vas tenter ton coup ?
– Ma copine me tuerait, rigole celui de gauche, une vraie armoire à glace.
Terminant de me nettoyer à la va-vite, je m'avance vers eux et ils me jaugent du regard, Piercings croisant les bras.
– Tu veux notre photo ?
– Vous parlez des Hunger Games ?
– Ouais, ça te dérange peut-être ? rétorque Glaçon.
– Non, c'est juste… Je pensais pas qu'on avait des volontaires dans le Capitole… Vous croyez qu'il risque d'y en avoir beaucoup ?
– Comment veux-tu qu'on le sache ?
– Je sais pas… Peut-être que vous avez entendu d'autres gens en parler…
Je force un sourire avenant sur mon visage pour détendre l'atmosphère, mais Piercings ne fait que froncer davantage les sourcils. Les pensées tourbillonnantes, je finis par me retirer sans qu'ils ne m'aient donné plus d'information. En quittant l'entrepôt précipitamment, je bouscule une mince jeune fille à la longue chevelure blanche et à la peau bleue. Elle m'accorde à peine un regard, continuant son chemin avant je ne puisse m'excuser.
Je passe une main nerveuse dans mes cheveux et me dirige vers ma maison. Je ne sais plus trop quoi penser. L'idée m'est venue quelques fois de me porter volontaire, mais avant la rébellion c'était une impossibilité. Puis les Districts ont annoncé qu'il y aurait de toutes dernières Hunger Games, et… J'ai envie d'y participer. Je sais que c'est dangereux, que les chances de survie sont minimes, que c'est une expérience qui nous change du tout au tout, mais…
J'en ai quand même envie. Il ne m'était jamais venu à l'esprit que je n'aurais peut-être même pas l'occasion de le faire. Que quelqu'un pourrait se porter volontaire avant moi, détruisant toutes mes chances.
J'ai longuement hésité. Lysandre et Noah ne me le pardonneraient jamais. Ni mes parents d'ailleurs. Même s'ils aiment les Jeux, ça m'étonnerait qu'ils prennent ma décision avec bonne humeur. Je devrais rester auprès de ma famille. De mon frère et de ma meilleure amie. Non ?
Levant les yeux vers le ciel étoilé, je laisse la légère brise souffler sur mon corps meurtri avec délice. Rationnellement, je sais que me porter volontaire est une mauvaise idée. Mais… Je vais le faire. Ma décision a été prise il y a des mois de cela, et ce ne sont pas quelques volontaires qui me feront douter. Il suffira d'être le plus rapide.
Je me glisse silencieusement dans ma maison, ne voulant pas réveiller les parents, et passe par la salle de bain pour me nettoyer de façon plus efficace que tout à l'heure. La porte grince en se refermant derrière moi et je grimace, m'immobilisant. La chambre de Lysandre est juste à côté.
Je prends une lingette désinfectante et l'applique sur la coupure à ma paupière, épongeant le sang du même mouvement. J'entends déjà le sermon de Noah demain matin. Je trace une vieillie cicatrice sur ma tempe. Je crois bien que j'ai failli donner une crise cardiaque à Lysandre avec celle-là. Elle saignait énormément et il était persuadé que j'étais mourant. Il faut dire, ce n'était pas la seule blessure que j'avais.
Enlevant mon haut, j'étale généreusement un baume sur mes bleus afin d'accélérer la guérison. J'en mets particulièrement sur mon tatouage de tigre, à mon flanc gauche, où j'ai reçu trois coups de poing consécutifs. J'ai parfois l'impression qu'il est un aimant à blessures.
La porte s'ouvre soudain en grand et Lysandre entre sans plus de cérémonie, me fusillant de ses yeux bleus clairs, aussi vifs que les miens. J'attrape une serviette, espérant cacher mon torse avant qu'il ne voie tous les ecchymoses même si je sais que c'est peine perdue.
– T'y es encore allé !
– Et toi tu m'as encore attendu. Va donc te coucher, frérot. À quoi ça sert de te faire un sang d'encre toutes les nuits ?
– Si tu arrêtais d'aller à ces combats débiles, je n'aurais pas à m'inquiéter ! m'accuse-t-il en croisant les bras. Tu peux pas faire de la boxe ou du karaté comme tout le monde ?
– On a déjà eu cette conversation… dis-je en soupirant.
Ses traits s'adoucissent et il s'appuie contre le lavabo, m'observant en silence pendant un long moment. Je me gratte la nuque, puis remets nerveusement mon tee-shirt oublié sur le sol.
– C'est juste… je comprends pas, Aleksei… Pourquoi… Est-ce que tu dois faire ça ?
Je prends une grande inspiration et baisse les yeux.
– Je… je l'ignore.
Un grognement incrédule lui échappe et il détourne la tête, à nouveau en colère. J'aimerais tant m'expliquer, mais je suis incapable de mettre des mots sur la sensation que le danger de ces combats illégaux me procure. Quand l'adrénaline court dans mes veines, et que j'ignore si le prochain coup sera le bon, s'il me sera fatal, ou si mon attaque fonctionnera et que je serai vainqueur. Pendant ces quelques minutes, parfois même quelques secondes à peine, j'ai l'impression… d'être en vie. Vraiment en vie. J'ai l'impression que… je ne suis pas là pour rien. Que j'ai une raison d'exister.
J'ai découvert l'existence de ces combats il y a quelques années par un ami. À l'époque, j'étais plein de rage à peine contenue. C'était l'occasion idéale pour me défouler, à la place d'attaquer les imbéciles de mon école et de me retrouver en détention tous les soirs de ma vie.
J'ignore pourquoi j'ai autant besoin de sensations fortes. C'est ainsi, c'est tout.
Finalement, je hausse les épaules, poussant Lysandre afin de quitter la minuscule salle de bain. J'ouvre la porte de ma chambre mais me retourne avant de disparaître à l'intérieur, cherchant mes mots.
– Je suis désolé, Lysandre. Tu sais que je déteste t'inquiéter. Mais… j'ai besoin de le faire. Sinon…
– Sinon quoi ? m'interrompt-il rageusement.
– Je… j'ai l'impression que je vais exploser.
– Juste ça !
– Aussi simple que ça, plutôt. Je peux pas faire autrement, Lysandre.
Il plisse les yeux, puis baisse les épaules avec découragement et s'enferme dans sa chambre sans un mot de plus. Je regarde la porte fermée, la culpabilité me rongeant de l'intérieur.
Demain, je vais me porter volontaire aux Hunger Games. Parce que sinon… je le regretterai toute ma vie.
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– J'ai hâte de voir qui seront les tributs cette année ! s'excite ma mère en déposant une assiette devant moi.
Lysandre lève les yeux au ciel, mais notre père acquiesce. Dans ma famille, les Hunger Games sont appréciés. Un peu moins du côté de mon frère, mais pour les autres… Et puis, vu nos ascendances, que les enfants du Capitole soient les tributs ne nous dérange pas tant que ça.
L'un de nos ancêtres était un ancien vainqueur des premiers Jeux. À cause de cela, même si nous avons une plutôt bonne vie ici, les autres habitants n'hésitent pas à nous rappeler que nous avons du sang des pouilleux des Districts dans nos veines. Depuis la rébellion, en particulier, j'ai essuyé nombre d'attaques-surprises. Lysandre aussi, mais les connards ont appris à se tenir loin de lui car ma vengeance est bien pire quand on s'en prend à mon petit frère.
J'imagine que c'est la raison pour laquelle je me suis lancé corps et âmes dans les combats illégaux. Trop de frustration par rapport à ce traitement injuste… L'impression de n'appartenir à rien. Ni au Capitole où on me croit inférieur, ni aux Districts que je n'ai jamais vécu… Au moins, au milieu de la nuit, sous les acclamations des autres jeunes, j'ai l'impression d'avoir ma place. De la mériter amplement.
Et… si je gagne les Jeux… plus personne ne pourra me regarder de haut.
Je secoue la tête afin de revenir au moment présent, et enfourne une bouchée de mon plat.
– J'ai entendu dire qu'il y aurait des volontaires… dis-je d'une voix désinvolte, m'attirant tout de même un regard suspicieux de la part de Lysandre.
– Ce n'est pas si étonnant, commente mon père. Les jeunes connaissent bien les Jeux ici, et l'idée de gagner doit être alléchante. Surtout que c'est la dernière édition. J'espère qu'il y en aura, en tout cas. Ça va rendre tout ça plus intéressant. On ne veut pas se retrouver avec seulement des fillettes pleurnicheuses.
– Encore avec tes propos machos, le critique ma mère en soupirant.
– Si vous pouviez… Vous vous porteriez volontaires, vous ?
J'ai envie de me frapper le front. Bravo la subtilité ! Réfléchir avant de parler n'a jamais été mon fort. Retenant ma respiration, je lance un regard furtif en direction de Lysandre. J'espère ne pas lui avoir mis la puce à l'oreille. Il est trop perspicace pour son bien.
– Quelle question ! Bien sûr que non ! Il faut savoir se battre, et connaître les techniques de survie… Ce serait du suicide ! rigole gentiment ma mère.
– Mais tous les autres tributs seraient dans la même situation, non ? Puisqu'il n'y a pas de carrières ici…
Mon père se gratte le menton, pensif.
– Au moins nous avons un avantage dans notre famille, puisque nous venons de la lignée directe d'un vainqueur. J'imagine que ce ne serait pas impossible de gagner. Suffit d'être assez intelligent et fort, suppose-t-il finalement.
– Où tu veux en venir avec ça ? questionne Lysandre en plissant les yeux.
– Rien… Je me demandais, c'est tout. Vu que d'autres gars en parlaient à côté de moi, hier, dis-je en haussant les épaules.
J'évite le regard de mon frère, me concentrant sur mon plat. Je sais qu'il a déjà ses doutes, mais ce n'est pas comme s'il peut m'arrêter. Ma décision est prise, et il n'est plus question de faire marche arrière. Je sais que ce sera difficile, que je pourrais mourir. Mais si je gagne… Je ne peux même pas imaginer l'euphorie que ce sera.
J'aurais réellement accompli quelque chose de ma vie.
Nous continuons le repas tranquillement, puis c'est l'heure de se rendre à la Moisson. Nos parents nous souhaitent bonne chance et partent rejoindre les autres adultes. Je me mets en file avec Lysandre, puis nous allons dans nos sections respectives, moi parmi les dix-sept ans et lui parmi les seize ans. Avant de nous séparer, j'applique une courte pression sur son épaule, essayant de lui faire comprendre que tout ira bien. Pour lui, du moins.
Noah me rejoint, se faufilant à travers la foule. Elle porte une robe noire et blanche qui va parfaitement avec ses yeux gris et ses longs cheveux ébène. S'arrêtant devant moi, elle me fait un léger sourire.
– Prêt pour l'exécution ? me demande-t-elle par signes, s'attirant les regards moqueurs des autres jeunes autour de nous.
Noah est née muette, et malgré le statut haut placé de ses parents dans la société, elle n'a jamais pu être guérie. À cause de cela, elle vit dans la persécution constante. J'imagine que c'est pourquoi nous sommes devenus amis, Lysandre, elle et moi. À l'école, nous étions les trois rejets, les trois souffre-douleurs. Bien que je ne sois pas sûr que Noah ou moi le soyons vraiment. Les gens apprennent bien vite qu'il ne faut pas se moquer de nous. Elle sait se défendre aussi bien, sinon mieux, que moi.
– Serait-ce une note d'inquiétude que je détecte ? lui dis-je, taquin.
Elle me lance un regard appuyé, puis hausse les épaules, esquivant ma question.
– Tu as de nouvelles blessures, commente-t-elle. Encore tombé sur un pigeon enragé ?
– Ne rit pas, ces trucs peuvent être meurtriers quand ils le veulent !
– Comme le piège à rat qui a failli te crever l'œil il y a trois semaines ?
– Absolument !
Elle lève les yeux en ciel, sachant très bien que ce ne sont que des mensonges. Comme toujours. Lysandre lui a tout raconté il y a longtemps, bien sûr, mais elle attend que je lui dise de moi-même… ce que j'évite consciencieusement. Mon frère est bien assez pour les remontrances.
– Au moins tes excuses sont originales, consent-elle avec un sourire moqueur.
– Qui a dit que c'était des excuses ?! Qui a osé !
Elle me frappe l'épaule, me faisant grimacer. Elle est malheureusement tombée sur une ancienne blessure.
– Si tu te fais tirer au sort aujourd'hui, tu n'auras pas fière allure, rigole-t-elle.
Mon cœur se serre à son commentaire. Peut-être que… Je devrais au moins la prévenir. Après tout, elle ne pourra pas m'en empêcher, contrairement à Lysandre qui pourrait me menacer de se porter volontaire avant moi. Ça serait bien son genre.
– Noah, je… J'ai quelque chose à te dire… c'est important.
Elle hoche la tête, curieuse, et le devient encore plus quand je me mets à parler en langage des signes. Je décide d'aller droit au but. Ça ne sert à rien de danser autour du pot. Prenant une grande inspiration, je la regarde droit dans les yeux.
– J'ai décidé de me porter volontaire.
Elle ne réagit pas, trop abasourdie. C'est ce moment que choisit l'hôtesse pour attirer notre attention vers la scène, alors qu'elle y est transportée par deux Thraxs, se débattant et hurlant de toutes ses forces. Je la reconnais immédiatement, car ça doit faire une quarantaine d'années qu'elle est l'hôtesse du District Huit. Alkyone Pekk, l'une des personnalités les plus connues des Hunger Games.
Les Thraxs la déposent brutalement au centre de l'estrade et une assistance accourt pour lui insérer un micro portatif autour de l'oreille. Elle secoue la tête tant bien que mal, des larmes roulant le long de ses joues et les yeux écarquillés de terreur.
– Ça suffit ! gronde l'un des Thraxs en levant une main comme pour la frapper. Faites votre travail !
Elle se recroqueville sur elle-même et gémit pitoyablement.
– J'ai compris… J'ai compris, alors… Lâchez-moi… je vous en prie… Trop… trop de microbes…
Les deux hommes s'écartent un peu, restant tout de même dans les parages au cas où elle tenterait de s'enfuir. Elle sort immédiatement une seringue de son petit sac à main et se l'enfonce dans la cuisse sans plus de cérémonie. Elle entreprend ensuite de se vaporiser copieusement d'un produit inconnu, puis de s'essuyer les mains et le visage avec un tissu nettoyant.
La foule ne réagit pas à cela, moi inclus. Après tout, c'est un fait connu qu'Alkyone est une hypocondriaque. Elle a continué d'être hôtesse simplement parce qu'elle ne pouvait trouver de travail nulle part ailleurs, après sa crise de folie il y a trente-cinq ans. Si je me souviens bien, elle a failli mourir d'une maladie attrapée dans l'un des Districts et depuis elle est toujours persuadée d'avoir tel ou tel symptôme grave.
Alkyone prend plusieurs profondes inspirations, essayant visiblement de se calmer. Noah me tire alors le bras brusquement, me forçant à la regarder.
– Ne fais pas ça ! m'implore-t-elle, me rappelant ce que je viens de lui annoncer. Lysandre ne te pardonnera jamais, et moi non plus !
– Je dois le faire, lui dis-je, dégageant mon bras. Tu comprends pas, c'est… J'en besoin de le faire, Noah. Je suis désolée, ok… je n'ai pas le choix.
– Espèce de débile mental ! Tu sais parfaitement que tu as le choix ! Tu as toujours été trop borné pour ton bien. Écoute-moi pour une fois, veux-tu ? Je…
Elle s'interrompt, les larmes aux yeux. Je crois bien que c'est la première fois que je la vois pleurer, et ma volonté vacille sous son regard suppliant.
– Je ne veux pas te perdre, finit-elle par dire, s'emparant de ma main.
– Je sais… Tu ne…
– La tribut féminin est Lynder Scullane !
Je relève la tête avec surprise. Je ne m'étais même pas rendu compte que la Moisson avait commencé. Je croyais pourtant que l'hôtesse devait lire le Traité de Paix… et montrer une vidéo… Je n'ai même pas eu le temps de m'inquiéter pour Noah. Elle est saine et sauve, au moins.
Une jeune fille légèrement enrobée sort du rang des dix-huit et s'apprête à grimper sur la scène quand un homme se précipite vers elle, créant une véritable agitation. Il est immédiatement bloqué par les Thraxs, mais il tente tout de même de tituber vers l'avant, implorant qu'on relâche sa fille.
Il finit par s'effondrer au sol et la tribut se détourne, les larmes aux yeux. Elle se place bravement aux côtés d'Alkyone, qui prend soin de ne pas la toucher, allant même jusqu'à s'écarter avec peu de subtilité.
– Au tour des garçons, grince l'hôtesse en se dirigeant vers le grand bol de verre.
Je regarde autour de moi, anxieux. J'essaie de repérer les garçons qui semblent prêts à se porter volontaires. Je dois être le plus rapide, c'est moi qui dois être choisi ! Je ne peux pas laisser cette occasion m'échapper, c'est ma seule chance !
Noah me frappe l'épaule violemment, essayant d'attirer mon attention. Du coin de l'œil je peux voir qu'elle tente de me parler par signe, mais je l'ignore. Je ne peux pas la laisser me faire hésiter. J'ai pris ma décision et je ne changerai pas d'avis.
Je n'écoute pas le nom qui est tiré au sort. À ma droite, j'ai l'impression de voir un garçon qui s'avance d'un pas. Un autre volontaire ? Je lève la main, le cœur battant la chamade.
– Je me porte volontaire !
Les têtes se tournent vers moi. Si ce n'était pas mon moment de gloire, je crois que je rirais de leurs expressions ahuries. J'ai réussi, j'ai été le premier à le faire. Je vais participer aux Jeux ! Je me dirige vers l'estrade à grands pas, passant le père de la tribut. Il empeste l'alcool et un Thrax est en train de le tirer hors du chemin avec un grognement.
– Non !
Je reconnais immédiatement la voix. Lysandre. Il est sorti de sa section et se tient devant moi, les épaules rentrées et le visage livide. Il n'y a qu'avec moi qu'il montre ce genre d'expression, lui qui est habituellement si calme et réfléchi.
– C'est moi qui me porte volontaire ! contredit-il en levant le menton.
Je fronce les sourcils et le repousse vers les autres seize ans, mais il refuse de bouger, les jambes bien campées au sol.
– Il raconte n'importe quoi, c'est moi le volontaire, dis-je en grinçant des dents.
– Quoi, t'as le droit de le faire mais moi non ?!
– Ferme-la, Lysandre ! Tu sais très bien que tu n'aurais aucune chance de t'en sortir !
– Comme si tu étais mieux ! se moque-t-il.
Je secoue la tête et pose une main sur son torse, le fixant droit dans les yeux.
– Je dois le faire. Je vais le faire, ok ? Laisse-moi… Laisse-moi y aller, frérot.
– Alek… me supplie-t-il, incapable d'en dire plus.
Je me détourne et monte sur la scène, rejoignant l'hôtesse qui a un visage de glace. Elle ne semble même pas surprise de ce qu'il vient de se passer. Ma partenaire de Secteur par contre m'observe avec une lueur d'incompréhension dans les yeux. Alkyone nous présente officiellement au Secteur, puis nous demande de nous serrer la main. Elle a une moue dégoûtée en voyant le contact et s'écarte encore plus de nous.
– Dommage, moi qui croyait qu'on aurait deux volontaires pour le prix d'un, ricane une voix derrière moi. Plus on est nombreux, plus on saigne, n'est-ce pas ?
En tournant la tête, je ne vois rien et suis obligé de baisser les yeux pour apercevoir le petit homme – un nain, en fait – qui semble presque jubiler sur place. L'hôtesse annonce la fin de la cérémonie, mais la fille ne lâche toujours pas ma main, me broyant presque les os.
– Cette idiote ne m'a pas introduit, dit le nain de haut – ou de bas, vraiment. Je suis Tyrion Zwerg, votre mentor.
Lynder se met brusquement à sangloter, s'accrochant à ma main qu'elle n'a toujours pas lâchée. Je tente de la secouer, mais rien n'y fait. Elle se lance dans mes bras, me serrant de toutes ses forces, et le nain se met à rire, apparemment amusé de toute la situation.
Des Thraxs s'approchent afin de nous escorter et je suis obligé de traîner l'autre tribut avec moi en soupirant. Je ne regrette pas mon choix, et j'ai hâte de me lancer dans l'arène, mais je me sens aussi un peu… perplexe.
En même temps… Je me retrouve avec une pleurnicharde dans les bras comme ennemie mortelle, un nain comme mentor et une hypocondriaque comme hôtesse. Qui ne le serait pas ?
