Voilà, dernière Moisson avant ma pause ! Savourez-là ! :P Bon, je dois prévenir tout de même, il faut vraiment prendre cette tribut au second degré, mdr. Elle a été créée par la sympathique Historiapassiona, j'ai bien hâte de savoir ce que vous penserez d'elle ! ^^

Merci beaucoup à tous ceux qui ont reviewés, ça fait extrêmement plaisir. À chaque fois je suis impressionnée par le nombre que je reçois. Je ne peux croire ma chance d'avoir des lecteurs si fidèles X).

Solene : Merci de ta review ! Mais attention, faut pas me dire que tu attendras un siècle pour la suite, je pourrais te prendre au pied de la lettre :P Au Québec les appartements ne sont pas répertoriés au mètre carré mais au nombre de pièce. Donc un 4 et demi à 4 pièces + une salle de bain. Voilà :) Dommage que tu n'aimes pas trop Aleksei, mais je peux comprendre. En effet, il est un peu comme un carrière. Bon mais après, sera-t-il capable de tuer une gamine de 12 ans, ça reste à voir. Merci des encouragements !

Merci bien sûr à Woo pour sa correction géniale, je crois que je ne pourrai jamais être assez reconnaissante par tout ce qu'elle m'a appris me permettant d'améliorer mon écriture (je saaaais, encore une phrase hyper longue mdrr). Et bien entendu, merci à Jay qui me fouette toutes les cinq minutes pour que j'écrive et que me complimente exagérément afin que je ne déprime pas.

Bonne pause de Châtiés à vous tous, et j'en retrouverai certains sur le groupe FB en attendant (oui, oui, placement de produit ici) ! Bonne lecture !


MOISSON DU SECTEUR HUIT

Une insouciante commère


Lynder Scullane, 18 ans, Secteur 8

Un cri de frustration m'échappe et je jette le haut bleu au sol, où il va rejoindre la bonne moitié de ma garde-robe. Je donne rageusement un coup de pied dans la pile et Mops jappe, confortablement installé sur mon lit.

– T'as vu ma robe, toi ? Je l'ai achetée la semaine passée exprès pour la Moisson !

Mon chien aboie joyeusement et je le fusille du regard.

– Tu trouves ça drôle, hein ? Tu pourrais m'aider à chercher peut-être !

Je passe une main énervée dans mes cheveux noirs aux pointes violettes, me rendant compte qu'ils ne sont pas encore attachés. Essayant de me calmer, j'attrape ma brosse et entreprends de les coiffer en un lâche chignon afin de dompter mes boucles.

– Tu sais quoi ? Je parie que c'est Aghna. On dirait que c'est sa mission de me pourrir la vie à longueur de journée ! Ce je donnerais pas pour être fille unique…

Je me remets à fouiller parmi le bazar de ma chambre, mais rien n'y fait, la robe est introuvable. Finalement, je me résous à aller voir ma sœur. Elle a pris la mauvaise habitude de me piquer des vêtements depuis quelques mois. Je ne comprends vraiment pas ce qui lui prend, ce n'est pas comme s'ils sont à sa taille. Bon, c'est vrai que je suis un peu plus en chair que la moyenne. J'ai pris du poids pour suivre la mode d'une actrice, et ma mère a refusé de me faire enlever la graisse quand celle-ci s'est terminée. Depuis je tente désespérément de revenir à ma taille de guêpe par des moyens plus conventionnels. Mais Aghna est une vraie boulette. Elle n'arrive même pas à rentrer dans mes pantalons.

Encore en sous-vêtements, je me dirige vers la chambre de ma petite sœur à grands pas, ouvrant en volée la porte. Elle est devant le miroir, ma robe rose pâle à moitié enfilée. Celle-ci lui donne d'ailleurs d'horribles bourrelets, et le zip n'est même pas encore remonté.

– Je le savais ! dis-je en me précipitant sur elle. Enlève-la tout de suite, tu m'entends ? ELLE EST À MOI !

– L-lynder…

Sa voix tremble et des larmes lui montent aux yeux, mais rien de cela ne m'attendrit. Peut-être les premières fois, mais maintenant ça suffit !

– Arrête de me voler mes trucs, tu m'entends ?! T'arrives même pas à rentrer dedans en plus ! Je t'avais dit que c'était ma robe pour la Moisson, mais no-o-o-on, t'as pas pu t'empêcher !

– Je suis d-désolée, ok ? Elle était t-tellement jolie… j-je voulais juste… C'est toujours toi qui a les plus b-beaux vêtements… Je f-faisais que l'essayer, c'est t-tout ! se défend-elle pitoyablement, essuyant sa morve avec la manche de ma robe.

– ARRÊTE DE LA SALIR ! Et puis ça te va vraiment mal, ok ? Alors bat les pattes et rends-là moi… maintenant !

Je hurle, hors de moi, et elle sanglote de plus belle. Je sais que je passe pour la vilaine grande sœur en ce moment, mais je jure que je fais des efforts. Elle est juste… tellement énervante !

– Ferme-la, Lynder ! crie Ide, la benjamine, de l'encadrement de la porte. Et venez au magasin toutes les deux, papa est trop soûl pour servir les clients. Encore.

Je fusille mes deux sœurs du regard, puis me tourne résolument vers Aghna d'un air menaçant.

– Je te préviens. Si cette robe n'est pas sur mon lit, intacte, quand je reviens… Je vais te trucider. Tu m'entends ?

Elle hoche faiblement la tête et s'empresse d'enlever le vêtement tant bien que mal alors que je m'apprête à quitter la chambre. Je discerne alors un bruit de déchirure et m'immobilise, écarquillant les yeux.

– Dis-moi… Dis-moi que ce n'est pas ce que je crois…

– Lynder… je… Je suis d-désolée ! s'affole ma sœur alors que je me retourne lentement.

Le flanc de ma jolie robe porte maintenant un énorme trou. Je l'arrache de ses mains violemment.

– TU VAS LE PAYER ! JE TE JURE QUE TU VAS LE PAYER UN JOUR ! TU PERDS RIEN POUR ATTENDRE !

Ramenant ma main vers l'arrière, je m'apprête à la gifler de toutes mes forces. Elle se couvre le visage avec un mouvement de recul. Avant que je ne puisse passer à l'acte, Ide me prend par la taille pour me tirer vers l'arrière.

– ÇA SUFFIT VOUS DEUX ! vocifère-t-elle.

Elle me traîne hors la pièce alors que je continue d'envoyer des insultes en direction d'Aghna. Ma plus jeune sœur me pousse dans ma chambre et ramasse une robe au hasard dans ma pile de vêtements.

– Habille-toi vite, j'ai besoin d'aide en bas, siffle-t-elle avant de partir.

J'inspecte ma tenue ruinée et me permets un cri de rage auquel Mops répond par un jappement. Je pourrais la réparer si j'avais plus de temps, mais elle ne sera jamais prête pour la Moisson. Dire que j'ai passé deux jours complets à chercher la robe parfaite. Elle est prévue non seulement pour la cérémonie, mais aussi pour la fête organisée ce soir en l'honneur des Jeux. J'attends cette occasion depuis des mois ! Et maintenant je vais devoir porter un vieux truc dépassé. Tout le monde va rire de moi !

Continuant de marmonner dans ma barbe, je finis par enfiler une autre robe, sensiblement dans les mêmes tons que la première, mais dont les motifs sont si… vieillots ! J'applique ensuite un fond de teint léger, plutôt fière de ma peau caramel et de mes adorables taches de rousseur. Je me contente de mascara et d'un eyeliner bleu marine autour de mes yeux bruns, puis je m'installe à côté de mon chien pour mettre mon vernis à ongles noir.

Quand je suis fin prête, je me rends dans la boucherie. Je croise Aghna en chemin et lui montre mon majeur sans rien dire. J'ai assez hurlé pour la journée et elle ne mérite même pas ma rage. Ide, qui est en train d'enrouler un morceau de viande pour un client, lève les yeux au ciel en voyant mon geste.

– Occupe-toi de papa, dis-je à Aghna.

Elle acquiesce faiblement et rejoint notre père qui est effondré sur le comptoir au milieu des assiettes de viandes renversées. Quand elle l'attrape sous les bras pour le sortir de là, il grogne avec mécontentement. Un soupir m'échappe. Il est un bon père, mais depuis la rébellion, son verre de bière après une longue journée de travail s'est transformé en plusieurs à toutes heures du jour. Avant, ma mère, mes deux sœurs et moi aidions à gérer la boucherie dans nos temps libres. Maintenant, nous devons tout faire à sa place. Et bien sûr, nos chiffres d'affaires en ont lourdement souffert. Heureusement, j'ai réussi à cacher notre situation financière à mes amis, mais qui sait pour encore combien de temps ? Ça va être la honte quand ça sera connu !

Je ramasse les dégâts de mon père, prenant soin à ne pas me salir, et jette un coup d'œil impatient à l'heure. Vivement que ce soit la Moisson et que je puisse échapper à ma famille. Si seulement je pouvais vivre ailleurs… Je ne serai jamais prise au sérieux en étant la fille d'un boucher !

– Lynder, chérie, tu ne croiras pas ce que j'ai entendu ce matin ! s'écrie ma mère en se précipitant vers moi.

Derrière elle, je peux voir Solenia, notre voisine, sortir avec un sac d'épicerie à la main. Je fais signe à ma mère de continuer, excitée de savoir ce qu'elle a appris. Elle et moi sommes friandes de commérages. Et puis, c'est important d'être au courant des dernières nouvelles si on ne veut pas être ridiculisées par notre ignorance.

– Et ça recommence… soupire Ide en disparaissant dans la chambre froide.

– Elle s'est encore faite une liposuccion cette semaine ! commente ma mère à propos de notre voisine. Elle en fait toutes les semaines, je te jure !

– À croire que son mari ne suffit pas à éliminer sa graisse.

Ma mère s'esclaffe et je fais de même sous le regard morose d'un homme qui vient d'entrer dans le magasin. Je lui fais signe d'attendre et il croise les bras, mécontent.

– Alors en fait, Solenia vient de me dire que Georgine s'est faite une teinture afin de séduire Gregor.

– Quelle couleur ?

– C'est ça l'horreur ! En bleu canard ! Tu imagines la honte ?!

– Mais c'est horrible ! C'est la couleur de la saison passée ça !

– Exactement !

Le client toussote bruyamment, essayant d'attirer notre attention. Je le fusille du regard. Il ne pourrait pas être patient un peu ? On parle de choses importantes ici !

– Oh, et sinon, Roban est totalement fauché ! Tu as vu sa femme un peu ? Elle porte des tenues d'il y a trois mois ! Un vrai scandale ! À partir de maintenant, je vais devoir l'éviter comme la peste !

– Sérieux ? Sa fille va à mon école en plus. Faut que je prévienne mes amies, qu'on l'invite pas à la fête de ce soir.

– Je vous rappelle qu'on est fauchées nous aussi, intervient Ide d'un air exaspéré. Et pourriez-vous servir notre pauvre client oui ! Non mais c'est pas vrai… Vous savez quoi ? Je pense que je me porterais volontaire aux Jeux rien que pour être débarrassée de cette famille de dingues !

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J'aperçois mes amies au loin et commence à me détacher de ma famille subtilement, en particulier d'Aghna et de mon père qui a encore la bouteille à la main. Celle-ci m'attrape le poignet d'un geste brusque et lève vers moi un regard anxieux.

– Tout va bien aller Lynder, hein ?

– De quoi tu parles ?

– On ne va pas être tirées au sort… n'est-ce pas ?

Un petit rire nerveux m'échappe et je l'oblige à me lâcher. C'est bien le genre de ma sœur de s'inquiéter pour un rien.

– On risque rien, voyons. Comme si on allait être choisies… Quoiqu'avec ta malchance légendaire, qui sait, dis-je d'un ton moqueur.

– Tu n'as pas peur ? réitère-t-elle faiblement.

– De quoi ? Des gros méchants Districts ? Grandis un peu, Aghna.

Elle baisse les yeux, l'air blessée, et j'ai un pincement au cœur. Je sais que je suis horrible avec elle, mais je lui veux encore pour l'incident de ce matin, et puis… Pourquoi elle cherche du réconfort avec moi, aussi ? Elle devrait aller vers notre père, il l'adore après tout. Bien plus que moi, en tout cas.

– On se voit plus tard, ok ?

Je suis adresse un petit sourire, espérant que ça la rassure un minimum. Ensuite, je fais un salut de la main à ma famille, puis pars rejoindre Kara qui est déjà en ligne pour l'enregistrement. Ma meilleure amie m'adresse un grand sourire et nous discutons quelques minutes, jusqu'à ce que nous puissions enfin aller dans la section des dix-huit ans. Du coin de l'œil, je peux voir Ide parmi les quatorze ans et Aghna avec les seize ans.

Si cette dernière prenait un peu plus soin de son apparence… Si elle essayait d'être à la mode un minimum… Je ne l'ignorerais pas autant. C'est juste que… Les filles à l'école se moquent de moi quand elles apprennent que c'est ma sœur, et je déteste ça. Au moins, Ide est jolie ! Bon, elle est un peu bizarre, à toujours grimper dans les arbres, et parfois elle agit comme un garçon. Mais elle a beaucoup d'amis, et…

Peut-être que je devrais aider Aghna plus souvent, après tout. Elle n'y connait rien à la mode, mais il suffit de lui apprendre. Bonne idée, tiens. Dès demain, je vais m'y mettre. Et puis elle arrêtera peut-être de me voler mes trucs, aussi.

– Jolie robe, me raille Felice, une amie autant qu'une rivale. Il me semble que tu l'as portée l'année dernière, non ?

Je grince des dents, réfléchissant à une bonne excuse pour ne pas me ridiculiser.

– Oui ! C'est en hommage à la guerre qu'on a perdu. Tu sais, vu que je la portais le soir avant le combat final et tout… Je me suis dit que ce serait symbolique.

– T'aurais dû me le dire, j'aurais fait pareil ! s'exclame Kara. C'est super comme idée !

– Et c'est pour la même raison que t'es encore grosse ? rétorque Felice avec un sourire mauvais.

Les filles autour de nous gloussent et je me sens rougir. Prenant une inspiration, je hausse les épaules en espérant paraître désinvolte.

– C'est quoi le problème d'avoir un peu de chair ? Je me sens bien dans ma peau, moi. Tu (ne) trouves pas que c'est plus honteux de ressentir le besoin de modifier son corps juste pour être à la mode ? C'est tellement superficiel de faire ça !

– Exactement ! me défend Kara, qui pourtant sait très bien pourquoi je n'ai toujours pas fait de liposuccion.

Le sujet est heureusement dirigé ailleurs peu de temps après, et je me permets un soupir soulagé. Kara mentionne l'inquiétude de son fiancé à l'idée qu'elle se fasse tirer au sort. Lui n'est pas éligible puisqu'il a vingt ans, mais il le regrette car il dit qu'à cause de cela il ne peut pas la protéger. Les filles se moquent et la taquinent. Il est inquiet pour rien. Nous sommes des milliers de filles dans ce tirage. Comme si l'une de nous allait être choisie !

Et puis, les Hunger Games sont une occasion de célébrer. Les meilleures fêtes sont toujours durant cette période. Comme celle de ce soir, par exemple. Ce sont les soirées à ne pas manquer au risque de détruire sa vie sociale pour au moins le restant de l'année. Bien sûr, que ce soit des enfants du Capitole est triste, mais… En un sens, c'est un honneur de participer aux Jeux, non ? C'est l'occasion d'être célèbre, de porter de magnifiques vêtements, d'être acclamé par toute la nation… Pas que je veuille être tirée au sort, mais… Il n'y a pas de quoi en faire tout un drame, il me semble.

– On va s'éclater ce soir, s'exclame Felice, me sortant de mes pensées. Mon copain a réservé plusieurs DJ et…

– On parle de moi ? demande le copain en question, Sab, en l'enlaçant par derrière.

Elle glousse et l'attrape par la nuque pour l'embrasser. Un bref sentiment de jalousie me traverse. J'aimerais tant être dans une relation… Et pas avec n'importe qui, non plus.

– Hey Nita ! Encore en train de lire ? s'écrie Sab.

L'interpelé relève la tête de son livre avec surprise et mon groupe ricane de façon à peine masquée. Je ris nerveusement, mal dans ma peau. Je sais que lire est mal vu de nos jours, mais… Nita est spécial. C'est lui qui m'a fait connaître les classiques. Grâce à lui, je sais apprécier la lecture. Mes amis sont vraiment immatures, parfois. S'ils l'étaient moins… Je pourrais peut-être avouer à Nita que je l'aime et sortir avec lui… S'il m'accepte.

Mais en ce moment, je ne peux pas. Car je deviendrais probablement une paria.

En fin de compte, j'imagine que c'est moi qui suis immature. Incapable d'avouer mes sentiments, incapable de m'affirmer. Je dois toujours inventer des mensonges afin de rester populaire. Parfois je me demande pourquoi je me donne autant de mal…

Je le fais, c'est tout.

Nous continuons de parler de la fête, anticipant tout ce qui s'y passera, quand Alkyone Pekk est amenée de force sur la scène. Après un moment, elle réussit à se libérer des Thraxs sous nos yeux ébahis et procède à son habituel manège pour se nettoyer de tout microbes.

Elle n'a pas pratiquement pas changé depuis aussi longtemps que je me souvienne, sauf pour quelques rides ici et là. Elle porte toujours de larges vêtements blancs qui la recouvrent complètement, sauf la tête, ainsi qu'une grosse écharpe, des gants et un masque chirurgical sur la bouche et le nez. Sa paranoïa la pousse aussi à enlever tous les poils de son corps, y compris les cheveux et les sourcils.

– Alors… Le tirage. Oui, oui…

Elle s'éponge le front et se dirige directement vers le grand bol de verre à la surprise de tous. N'est-elle pas sensée se présenter d'abord ? Ainsi que le mentor… Et lire les règlements… Et le traité de paix… J'échange un regard consterné avec Kara, qui finit par hausser les épaules. Peu importe, le plus vite toute cette mascarade sera terminée, le plus vite nous pourrons fêter.

Elle plonge la main parmi les milliers de papiers blancs avec une grimace dégoûtée et en attrape un. Bien malgré moi, je réalise que je retiens mon souffle alors qu'elle le déplie lentement pour lire le nom.

– Le tribut féminin est Lynder Scullane !

J'entends les hoquets abasourdis autour de moi et lève des yeux incompréhensifs vers l'hôtesse. Elle a les bras croisés et parcourt la foule d'un regard impatient. Je m'avance d'un pas, puis d'un autre. Est-ce que… Est-ce vraiment en train d'arriver ? J'ai été tirée au sort ? Moi ?

Les autres jeunes s'écartent de moi comme si j'avais une maladie extrêmement contagieuse. Je fronce les sourcils et lisse inconsciemment ma robe, puis vérifie que ma coiffure est en place. La situation me semble si irréelle…

– NON ! PAS MA FILLE !

Je me retourne en entendant la voix tonitruante de mon père. Il titube vers moi, mais des Thraxs l'encadrent déjà, bloquant son chemin. Je me dirige vers lui comme par réflexe, souhaitant plus que tout me réfugier dans ses bras. Il est mon père… Il peut me sauver, il peut tout arranger. Pendant quelques secondes, je suis de retour à l'enfance, quand il était mon héros. Quand j'acceptais toutes ses paroles comme les plus véridiques qui soient.

Sauf qu'il ne peut rien régler. Il empeste l'alcool, ses yeux sont vitreux… Incapable de se défendre contre les Thraxs, il s'effondre lamentablement au sol. Je détourne la tête et grimpe sur l'estrade sans plus attendre. Rien ne peut me sauver. Et surtout pas mon père.

Alkyone pose sur moi ses étranges yeux bleus, presque blancs, prenant soin de ne pas m'approcher. Je fixe mes souliers et me mords l'intérieur des joues. Dix minutes plus tôt, je me moquais de ceux qui avaient peur de participer aux Jeux. Quelle hypocrite je fais. Je suis terrorisée.

– Au tour des garçons.

Elle tire le nom d'un garçon, mais j'écoute à peine. Les émotions tourbillonnantes, je tente tant bien que mal de m'accrocher au moment présent, de garder le contrôle. Tout ira bien. Je vais porter de merveilleux vêtements. Être célèbre. Rencontrer des personnalités importantes des Jeux. Comme Caesar Flickermann, Alexander, Lateefah…

Mais tout ça ne veut rien dire si je meurs !

Les larmes me brûlent les yeux mais je les retiens. Je dois être forte. Mes sœurs, mes parents, mes amis… Ils me fixent tous. Je dois être forte !

– Je me porte volontaire !

Un garçon aux cheveux bleu nuit sort de la section des dix-sept ans. Il est intercepté par un autre jeune, et j'observe l'échange avec fascination, heureuse d'être distraite de ma panique. Mais finalement, il monte me rejoindre sur la scène, l'air plus sérieux que jamais. Il est… menaçant. Avec de multiples cicatrices sur le corps, un regard de prédateur, des muscles bien visibles…

Pourquoi s'est-il porté volontaire ? Qui voudrait participer de plein gré à cette horreur ?

Parce que maintenant je comprends. Maintenant je réalise. Les Hunger Games sont une abomination. Une exécution voilée sous de belles paroles et des montages excitants.

Nous nous serrons la main. Ses paumes sont chaudes, et leur callosité à quelque chose de rassurant, elles me rappellent celles de mon père. Sans m'en empêcher, je m'accroche à lui alors que je sens mes jambes me lâcher. Mes sanglots éclatent enfin. Je me réfugie dans ses bras, oubliant la peur que j'ai ressentie envers lui à peine quelques secondes plus tôt.

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Des Thraxs doivent intervenir pour me séparer de l'autre tribut. Ils me jettent dans la petite pièce servant aux adieux sans ménagement. J'ai enfin arrêté de pleurer, mais quand j'aperçois mon reflet dans un miroir, j'ai une grimace d'horreur. Mon maquillage a coulé le long de mes joues, mon nez est rouge, mes yeux gonflés, ma coiffure à moitié défaite… J'ai déjà eu meilleure mine.

Kara est ma première visiteuse. Elle me serre contre son cœur comme si j'allais disparaître à tout moment et me murmure des conseils que je peux à peine comprendre au milieu de ses sanglots. Avant de partir, elle me donne une petite broche en forme de système solaire que je reconnais immédiatement. C'est Nita qui me l'a offerte quelques mois plus tôt comme cadeau d'anniversaire.

Je la glisse dans une poche de ma robe en remerciant ma meilleure amie, la gorge nouée. J'espère que ce n'est pas la dernière fois que je la vois.

Ma famille vient ensuite. Mon père est absent, probablement comateux quelque part, mais ma mère me témoigne assez d'amour pour les deux. Elle m'encourage faiblement mais semble à peine convaincue de ce qu'elle dit, et je ne peux empêcher les larmes de couler.

Je tente de rassembler mes pensées. Regardant Aghna droit dans les yeux, je lui dis qu'elle peut prendre tous mes vêtements si elle le veut. Que je suis désolée d'avoir été une si mauvaise sœur. Qu'elle est belle. Quant à Ide… je me contente de la prendre dans mes bras et la laisse sangloter contre mon cou. C'est la première fois qu'elle se montre affaiblie devant moi et ça m'émeut de plus belle. Elle s'est toujours comportée comme l'aînée de nous trois alors qu'elle est la plus jeune.

Ma mère doit l'arracher à moi quand c'est l'heure de partir tant elle refuse de me quitter. Seule dans la pièce, je prends de grandes inspirations. J'étais si excitée ce matin…

Avec un simple petit papier… Ma vie entière est bouleversée.