Bonjour à tous, chers lecteurs ! Ça faisait un moment, mais me revoilà en force ! Et c'est le cas de le dire, puisque durant ma "pause", j'ai réussi à écrire toutes les Moissons ! X) Du coup, les chapitres vont déballer rapidement dès aujourd'hui. Et en fait je me demandais, avez-vous une préférence pour le rythme ? Je pensais tous les 2 ou 3 jours, mais j'aimerais bien entendre votre opinion. :)

Merci à tous pour vos généreuses reviews, pour vos encouragement, pour... Pour tous, quoi. JE VOUS AIME !

Chana : Hey ! Je suis toujours heureuse de faire la connaissance de nouveaux lecteurs :D Et que tu aies suivi Survivre aussi, vive les lecteurs fidèles ! \o/ Je te promets de continuer, j'ai bien l'intention d'écrire Châtiés jusqu'au bout :)

Solène : Yoh la mut ! ;) Merci de ta review, comme toujours ! :D Et merci pour les compliments, je suis hyper touchée que tu aies trouvé le chapitre de Lynder bien fait *-* Sinon, c'est vrai que le personnage en tant que tel à un côté insupportable, mais bon personnellement c'est ce qui me fait l'aimer encore plus XD (bon dans la vraie vie par contre ce genre de fille je déteste profondément). Pour les sœurs, je me suis inspirée de ce que mes amies m'ont racontées de leur propre relation avec leurs sœurs, donc voilà voilà, j'espérais que ça soit réaliste... Et moi aussi je plains Ide ^^'

Merci aussi à Woo, qui s'est mise à la correction furieuse des Moissons depuis trois semaines et qui fait un travail redoutable. C'est hautement apprécié, je tiens à le dire ! Et merci aussi à Jay, qui me pousse dans le cul, me fouette, maaaais ne me tue pas dans muts. Merci ma femme ! *coeur*

Ce tribut est... très spécial, XD. Il a été créé tablearepasser, et je crois qu'il vaut le coup d'oeil :3 Je tiens aussi à prévenir qu'il aborde le sujet des bébés médicaments de façon négative, mais je vous assure que j'en connais les bienfaits, que je sais que de nos jours ça ne fonctionne pas du tout comme ça, et que je respecte cette pratique. Dans le Capitole, disons que ça a tout simplement... dégénéré (comme tout, d'ailleurs). L'hôtesse est la création de Kayla7, et le mentor de Sorcikator ! :D

Bonne lecture à tous, en espérant avoir une petite review ? *gros yeux suppliants*


MOISSON DU SECTEUR NEUF

Un substitut émancipé


Alice Jokferdisch, 15 ans, Secteur 9

– C'est quoi vos rêves, au fait ?

Mes deux amis revêtent la même expression incompréhensive à travers l'écran, ce qui n'est pas rare en ma présence. J'ai la mauvaise habitude de changer de sujet comme bon me semble en oubliant de prévenir.

– Nos rêves ? demande enfin Tiny en replaçant une mèche de cheveux dans son chignon.

Je me sens rougir et hoche la tête timidement. Juan cache à peine son sourire en coin. Récemment, je n'arrive qu'à bafouiller quand Tiny me parle directement et il trouve cela hilarant.

– Oui, vous savez… Vu qu'on est sous le joug du Capitole… On ne peut plus vraiment espérer le même genre de vie qu'avant, non ? Est-ce que vos rêves ont changé, maintenant ?

– Moi c'est toujours le même ! s'exclame Juan, les yeux pétillants. Rencontrer la fille la…

–…plus belle du monde et la convaincre de te marier, l'interrompt sa sœur avec un profond soupir. On sait, on sait. C'est à peine la millionième fois que tu le dis, après tout. Et puis comment saurais-tu que c'est la plus belle fille, de toute manière ?

– Je vais le savoir, c'est tout !

– Tu rêves, frérot. Une fille comme ça ne voudrait jamais de toi.

– Oui, et tu fais quoi si elle a une personnalité merdique ? dis-je en riant.

Il nous foudroie du regard et croise les bras.

– C'est bien pour ça que c'est un rêve ! Et puis c'est quoi vous, d'abord ? Que je puisse me moquer aussi !

– Moi je veux juste… Avoir une grande famille, plein d'enfants et un mari aimant… souffle Tiny avec un petit sourire.

Je hoche la tête d'approbation alors même que Juan secoue l'index de gauche à droite en signe de désaccord.

– C'est ennuyant ça ! Faut espérer plus de la vie, voyons ! Qui sait, tu pourrais devenir la nouvelle présidente de Panem !

– Pas pendant que les Districts sont au pouvoir, en tout cas. Et y'a pas de mal à rêver de choses simples, tu sauras ! réplique-t-elle en croisant à son tour les bras. Au moins, moi ça peut se réaliser.

– Bonne chance pour trouver un mari qui supportera ton caractère ! ricane-t-il.

– Pas tous les hommes sont cons comme toi, tu sais ?

– Je crois… que n'importe qui serait chanceux d'avoir Tiny comme femme… dis-je d'une voix hésitante.

Les frangins se tournent vers moi. Juan l'air amusé et Tiny touchée.

– Merci Alec. Au moins toi tu sais comment parler aux filles. Tu devrais prendre exemple sur lui frérot, continue-t-elle en fusillant son grand frère du regard. T'aurais plus de succès comme ça.

– J'ai déjà en masse de succès, merci bien, affirme-t-il en tirant la langue.

Elle soupire en levant les yeux au ciel, puis ramène son attention vers moi.

– Et toi, c'est quoi ton rêve ?

– Vous allez rire…

– Raison de plus pour le dire ! renchérit Juan avec un sourire espiègle.

– Ferme-la imbécile, lui intime Tiny. On rira pas, c'est promis. Au pire je le frapperai s'il le fait. Ok ?

– J'aimerais… j'aimerais monter la plus belle horloge du monde. Une horloge géante qui arrêterait de tourner le jour où vous disparaîtrez de ma vie. Une horloge qui rallonge les moments de bonheur et accélère les moments de malheur…

Ma voix baisse progressivement jusqu'à ce que j'en sois à un murmure gêné. Je me tais, osant un coup d'œil vers mes amis. Ils me regardent solennellement et le silence continue de s'allonger. Soudain, Juan éclate de rire, mais je peux voir dans ses yeux qu'il est touché.

– T'es un vrai poète toi, sérieux, nargue-t-il gentiment.

– Oui, mais c'est notre poète, lui répond Tiny d'un ton affectueux.

– Hey, je suis pas votre jouet !

– T'es sûr de ça ? rétorque Juan d'une voix amusée.

– Alice ! m'appelle ma mère.

J'échange un regard affolé avec mes amis et éteins l'écran de mon ordinateur immédiatement. Puis je me lève et vais m'écrouler sur mon lit. Je m'empare d'un livre et ouvre une page au hasard. Elle fait irruption dans ma chambre sans même cogner à la porte. Je me tourne vers elle et tente un sourire qui disparaît aussitôt que j'aperçois ce qu'elle tient dans ses mains. Une robe.

– Regarde ce que j'ai trouvé dans le grenier ! N'est-elle pas parfaite pour toi ? Tu vas être la star de la Moisson !

Je me lève afin de lui faire face et elle me tend la tenue avec excitation. Retenant un mouvement de recul, je tente de prendre une voix aussi calme que possible.

– J'ai déjà choisi quoi mettre, maman. Mais c'est gentil de ta part d'avoir pensé à moi…

– Ne dis pas de bêtise ! Il n'y a rien de mieux que cette robe ! Essaie-la donc avant de refuser, oui ? Je suis certaine qu'elle va t'aller comme un gant.

Je me regarde dans le petit miroir de mon armoire et lève un sourcil malgré moi. Mon corps est clairement masculin, mes cheveux auburn, emmêlés, forment un nid d'oiseau sur mon crâne dans une coupe totalement masculine, et mon visage aux traits de lutin ne peut que rappeler un garçon.

Je serre les poings, frustré par la situation. Depuis la mort d'Alice, ma grande sœur, ma mère me prend pour elle à l'occasion. Jusqu'à officiellement changer mon nom d'Alec à Alice, et de parfois essayer de m'habiller comme une fille.

J'imagine que je ne peux pas vraiment lui en vouloir. Ma sœur était son entière existence. Elle ne pouvait tout simplement pas supporter sa mort. Mais après tout ce que ma mère m'a fait subir, je crois que j'ai le droit d'être reconnu en tant qu'Alec.

– Non vraiment, je sais déjà ce que je veux… dis-je en grinçant des dents afin de garder mon calme.

– Ça suffit ! Tu vas porter cette robe et c'est tout, Alice ! m'ordonne-t-elle d'un ton sec.

– JE NE SUIS PAS ALICE !

Je me mords la langue dès que les mots sont sortis. J'ai malheureusement de la difficulté à contrôler mes émotions. Elle sursaute et laisse tomber la tenue en portant les mains à sa bouche.

– Cesse de te moquer, veux-tu ? Ce n'est pas drôle ! rit-elle nerveusement en faisant un pas vers moi.

Ma frustration ne fait qu'augmenter. Parfois j'ai pitié d'elle, vraiment. Mais d'autres fois, je n'ai qu'une envie, c'est de la secouer pour qu'elle reprenne ses esprits. Comme aujourd'hui.

– Et toi arrête de vivre dans ton monde imaginaire. Alice est morte, maman ! Ça fait déjà quatre ans de ça, ok ? Elle est MORTE !

– NON !

Elle pose les mains sur ses oreilles et pousse un hurlement à déchirer les tympans.

– Pourquoi… pourquoi t'es pas mort à sa place ? sanglote-t-elle avant en s'effondrant au sol. Meurtrier ! Sale meurtrier !

Mon père arrive brusquement dans la pièce et s'agenouille à ses côtés pour l'aider à se relever.

– Qu'est-ce que t'as fait, encore ? aboie-t-il dans ma direction. Oh et puis je veux pas savoir. Attends-moi au salon, on doit parler.

Il sort sans plus attendre, sa femme dans les bras. Elle continue de pleurer à chaudes larmes, et je peux entendre qu'il tente de la rassurer d'une voix calme. J'attrape une veste, croisant mon regard ambre qui me rappelle celui d'Alice dans le miroir. Tout comme les taches de rousseur qui parsèment mon visage. Parfois, elle me manque. Elle ne m'en a pas voulu, quand elle est morte. Elle s'est même excusée pour tout ce que notre mère m'a fait subir. Elle était la seule qui me traitait avec respect dans cette maison.

Je vais dans le salon et observe la rue passante, anxieux. Je sais de quoi mon père veut me parler. Ça va être une conversation difficile. Pour la deuxième fois de ma vie, je vais devoir me tenir droit et refuser son ordre. Ça me rappelle il y a quatre ans, quand ma mère est tombée à genoux devant moi pour me supplier de sauver Alice. Dans les deux cas, ma vie est en jeu.

– Alec.

Je me retourne. C'est rare qu'il m'appelle ainsi, habituellement il me traite comme une fille afin de garder ma mère calme. Il a les bras croisés et s'adosse au mur en me regardant droit dans les yeux.

– Es-tu prêt à te porter volontaire aujourd'hui ? Ton entraîneur m'a dit que tu te débrouilles pas mal avec le stylet, maintenant.

Je secoue la tête, la gorge nouée. Allez mon vieux, tu peux le faire. Tu peux dire non. Tu as le droit de dire non.

– Je… j-je ne vais pas le faire, dis-je finalement d'une voix minuscule.

– Pardon ?

Il lève un sourcil, comme pour me mettre au défi de le dire à nouveau. Je croise les bras à mon tour et lève le menton.

– Je ne vais pas me porter volontaire pour cet abattoir ! Tu ne peux pas me forcer, ok ? C'est dans mes droits !

– T'as encore engagé un avocat ou quoi ? Tuer ta sœur n'était donc pas assez, maintenant tu n'as même pas le courage de participer aux Jeux ?!

Malgré moi, je baisse les yeux, blessé par ses propos. Dès qu'il en a l'occasion, il me lance à la figure que c'est par ma faute qu'Alice est morte. Parce que je n'aurais pas dû exister au départ. J'ai été confectionné simplement pour servir de donneur d'organes à ma sœur. Un bébé médicament, voilà ce que j'étais en naissant. Parce qu'elle avait toujours eu une constitution faible, que les médecins déclaraient qu'elle ne risquait pas de survivre les quinze ans… Alors, ma mère a eu l'ingénieuse idée de m'avoir. Et un an plus tard, me voilà au monde.

Mais il y a quatre ans, le cœur d'Alice a définitivement lâché. Et quand c'était l'heure d'enfin me sacrifier pour elle, raison de ma naissance, j'ai refusé. J'ai engagé un avocat, je me suis défendu en cour… Et elle est morte.

Les bébés médicaments ne fonctionnaient pas comme ça avant. C'était un truc bénéfique, qui permettait de sauver des vies. Du moins, c'est ce que j'ai entendu dire. Mais de nos jours, dans le Capitole, ça a dégénéré. Comme tout le reste, d'ailleurs. Les gens peuvent faire ce que bon leur semble, le gouvernement ne met plus aucune restriction nulle part. J'espère qu'au moins cela changera avec les Districts au pouvoir.

– Je ne le ferai pas !

– Je vois pas pourquoi tu en fais toute une histoire ! C'est un honneur de participer aux Jeux ! Nous serons célèbres grâce à toi ! C'est l'occasion rêvée de réparer les torts que tu as fait à cette famille, assène-t-il brutalement.

Je me mords les lèvres et reste silencieux, le défiant du regard. Il ne comprend donc pas ? Même si je me suis entraîné au stylet depuis un an à sa demande, il n'y a aucune garantie que je survivrai. Et puis je n'ai pas envie de tuer, pas envie de voir des gens mourir devant mes yeux comme Alice… Comment peut-il me demander de faire une chose pareille ?

Mais c'est bien le problème, n'est-ce pas ? Je n'ai jamais été important pour lui. Un bébé médicament. Un remplacement pour Alice. Un moyen d'atteindre la gloire. Alec, son fils, n'a jamais vraiment existé à ses yeux.

– Écoute-moi bien fiston, reprend-il d'une voix menaçante devant mon silence. Tu te portes volontaire ou tu es à la porte, tu m'entends ?!

Un rire m'échappe et il écarquille les yeux.

– Le choix n'est pas difficile, père. Vivre sans mes parents ou crever minablement ? Quel dilemme !

Je quitte la pièce, le bousculant au passage, et me glisse dans ma chambre en claquant rageusement la porte derrière moi. En quelques minutes à peine, j'ai rassemblé toutes mes maigres possessions et je les entasse dans un grand sac de sport. Je passe par la fenêtre et m'enfuis de la maison sans une once de regret. Ça fait bien longtemps que j'aurais dû faire cela.

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– Tu pars en vacances ? me salue Juan en se glissant dans la section des quinze ans, Tiny non loin derrière.

– Et toi tu as quinze ans maintenant ?

– D'âge mental, absolument, réplique-t-il en tirant la langue. Non, je voulais juste rassurer ma petite sœur un peu plus longtemps avant que la Moisson ne commence. Mais c'est quoi le gros sac ?

– J'ai fugué, dis-je, embarrassé.

– Fugué ?! s'exclame Tiny en m'attrapant le poignet. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Encore ta mère ?

– Un peu elle, un peu mon père… Vous savez comment c'est…

Mon rire nerveux meurt dans ma gorge devant leurs airs solennels.

– Tu peux dormir chez nous à partir de maintenant. Je suis sûre que nos parents n'y verront pas d'inconvénients, déclare Tiny d'une voix ferme.

Juan hoche vigoureusement de la tête et je leur adresse un sourire reconnaissant.

– Merci. Vraiment. Y'a pas meilleurs amis que vous.

– J'espère bien ! acquiesce Juan en riant.

Il ouvre la bouche pour en dire plus mais est interrompu par la vidéo de propagande des Districts. Il prend sa sœur dans ses bras et me donne une claque dans le dos avant de disparaître parmi les rangs des seize ans. Tiny s'empare nonchalamment de ma main et je maudis le soleil d'être si radieux car je ne peux absolument pas cacher mon rougissement.

Nous regardons le court métrage dans un silence de plomb, qui se termine sur l'emblème de Panem. L'air est lourd autour de moi, les expressions graves. J'ai entendu dire qu'il y avait des habitants du Capitole excités à l'idée de ces Jeux – comme mon père, par exemple – mais je ne vois que détresse dans le visage des jeunes, ici.

Une femme sur l'estrade toussote dans son micro pour attirer notre attention. Elle se présente en tant que Nastya Etin, hôtesse du Secteur Neuf. Très grande et très mince, elle ajoute même à cela des talons hauts qui la font surplomber la foule. Ses cheveux rouges sont immensément longs, ainsi que ses cils et ses ongles, lui donnant une apparence tout en démesure. Le visage inexpressif, elle récite le Traité de Paix d'une voix sèche.

Puis elle présente la mentor, Kayla Tenoportis. Son nom me dit quelque chose… Si je me souviens bien, elle était surnommée… Oui, voilà. La catin des Jeux, pour avoir couché avec deux tributs dans l'arène, un garçon et une fille, afin de les tourner les uns contre les autres et de sortir vainqueur. Et il me semble qu'elle se déclare ouvertement lesbienne et amateur des plaisirs de la chair.

– Il est maintenant temps de passer au tirage. Les filles d'abord, comme toujours.

L'hôtesse s'avance vers le bol de droite et plonge cérémonieusement le bras à l'intérieur. Tiny me broie pratiquement la main et je retiens mon souffle. Je ne peux pas la perdre. Je ne peux tout simplement pas.

– L'heureuse élue est Cleo Scarenheat !

Rien ne se passe pendant ce qui me semble une éternité, mais finalement une fille sort de ma section. Je ne la reconnais pas, mais ce n'est pas si étonnant, vu le nombre de jeunes rassemblés pour cette Moisson. Je ne remarque d'elle que ses longs cheveux argent, vifs et scintillants, qu'elle a attachés en une drôle de coiffure, qui je crois s'appelle des tresses africaines.

Elle rejoint Nastya sur la scène, et cette dernière appelle sans enthousiasme pour un volontaire. Elle respecte les ordres de la cérémonie à la lettre il semblerait. Une vague de tristesse me traverse pour Cleo, qui tente de garder une expression stoïque malgré la situation.

– Aux garçons maintenant.

Elle attrape rapidement un papier parmi les milliers qui trônent dans le grand bol de verre. Tiny s'accroche cette fois à mon bras alors que son regard cherche celui de son frère.

– Alice Jokferdisch ! Tiens… C'est bien un garçon, n'est-ce pas ? rit nerveusement l'hôtesse en relisant à nouveau le nom sur le papier.

Tiny a une exclamation d'horreur, plaquant ses mains sur sa bouche. J'échappe mon sac de sport et les jeunes autour de nous s'écartent. Des Thraxs commencent à se diriger dans notre direction et je m'avance de quelques pas. Tiny m'attrape le poignet, les larmes aux yeux.

– Ça va aller…

Je sais que ma voix tremble, mais je force tout de même un sourire rassurant. Elle se mord la lèvre inférieure et opine.

– Tu n'es pas seul Alec, ok ? murmure-t-elle en me relâchant.

Prenant une grande inspiration, je traverse la marée des quinze ans et rejoins ma partenaire de Secteur sur scène.

– Drôle de nom, me dit l'hôtesse, l'air soulagé que je sois bien un garçon.

Puis elle demande pour des volontaires à nouveau, mais bien sûr il n'y a aucune réaction. Je suis heureux de ne pas pouvoir distinguer mon père dans la foule. Il doit jubiler, le connard. Et dire que j'avais enfin réussi à me libérer de lui…

Malgré moi, mes poings se serrent de rage et je me mords la langue. Le goût du sang se répand dans ma bouche. C'est tellement injuste ! Avant de pouvoir m'arrêter, j'arrache le micro de l'oreille de Nastya, puis dis dans un murmure ce que je pense réellement de ces Jeux :

– Vous êtes aussi monstrueux que nos ancêtres à vouloir la mort de ceux qui n'ont pas choisis où ils sont nés. Honte à vous.

L'hôtesse me reprend immédiatement le micro d'un air irrité. Un silence interloqué accompagne ma déclaration. Cleo tourne vers moi un regard pensif, et c'est alors que je remarque le tatouage noir, tout en arabesques, qui lui fait comme un masque autour des yeux.

– Une main d'applaudissements pour nos courageux tributs, et puisse le sort leur être favorable ! conclue Nastya en ignorant mon intervention.

Quelle vie de merde.

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Quand Juan et Tiny se glissent dans la pièce des adieux, je murmure au Thrax que je n'accepte aucun autre visiteur. Ils sont les seuls qui comptent pour moi. Alors que Tiny me saute dessus pour me serrer contre son cœur, Juan laisse tomber mon énorme sac de sport à mes pieds avant de passer lui aussi ses bras autour de nous.

Après de quelques secondes – trop courtes à mon goût – nous nous écartons les uns des autres pour nous regarder sombrement.

– On t'a apporté tes affaires… commence Tiny d'une petite voix. Pour que tu puisses choisir ton souvenir.

– Je l'ai déjà, dis-je avec un sourire, indiquant les deux boucles d'oreilles à mon oreille droite.

La noire, cadeau de Juan, et l'argentée, venant de Tiny. C'est tout ce dont j'aurai besoin dans l'arène pour ne pas les oublier. Pour sentir leur soutien, même si je ne pourrai ni les voir, ni les entendre, ni les toucher. Malgré cela, avec ces deux objets, ils seront là. Dans mon cœur.

– Tu peux gagner, Alec, m'encourage Juan en y mettant toute sa conviction. Tu t'entraînes depuis un an, et tu es intelligent… Et tu es bon pour démonter des trucs électroniques… Tu… Tu peux revenir, tu m'entends ?

Je hoche la tête mais préfère rester silencieux. Je ne veux pas faire de promesse. Et puis… Même si je réussis bel et bien à survivre… Le prix de cela en vaudra-t-il la peine ? Mais… je sais que je dois quand même essayer.

Pour eux, qui verront mes moindres faits et gestes.

– Alec… On t'aime. Tu le sais ça, hein ? me demande Tiny en essuyant ses larmes.

– Je sais… Moi aussi, je vous aime. Vous allez me manquer…

– Fais pas ta mauviette voyons, c'est pour trois semaines maximum. C'est rien, trois semaines, rigole amèrement Juan.

– Rien du tout… dis-je dans un faible murmure.

Puis je prends une grande inspiration, les regardant alternativement dans les yeux.

– Si… si jamais… Ne regardez pas ma mort, ok ? Je… je veux pas que ce soit votre dernier souvenir de moi.

Juan renifle bruyamment et Tiny me prend à nouveau dans ses bras.

– C'est promis, chuchote-t-elle à mon oreille. C'est promis, alors… Alors arrange-toi pour ce que ce ne soit pas la dernière fois qu'on te voit.

– Je vais essayer, promis.

– C'est tout ce qu'on te demande, sourit-elle.

– Montre-leur qui est Alec. Pas Alice, par un Jokferdisch. Juste… Alec, précise Juan. Montre-leur… Que tu as le droit de vivre.