Bonjour mes choupinous ! X) Comment allez-vous ? Comme promis, je poste deux chapitres en même temps ! (et non seulement ça, mais j'en poste deux encore ce samedi !)
Merci à tous infiniment pour vos reviews ! Sans vous, ce projet de fic n'aurait jamais eu lieu :) Et j'aurais probablement abandonné l'écriture des moissons il y a un bon bout T_T Donc MERCI, sachez que vous êtes appréciez.
Solène : Seulement 2 semaines ! Ma "pause" non prévue était seulement de 2 semaines ! TT^TT Merci quand même de me pardonner *cœur*
Et d'avoir laissé une review *double cœur* Et sinon, j'espère bien être capable de faire évoluer Cleo de façon intéressante *-* Surtout qu'il me ressemble énormément question caractère T_T Ça fait un peu bizarre, mdr.
Dixie : Yoh la fille qui a oublié de signer ! :P Merci de ta review X) Moi aussi j'adore son grand-père, il a l'air super sympathique :3 Et parlant de photos de grand-frère... En fait c'est drôle parce que je me suis inspirée d'un truc similaire qui est arrivé avec mon demi-frère, mdrr. Sinon, pour ses chances de survie... Je crois que tu pourrais être surprise :) Elle en a plus dans le ventre qu'elle n'en a l'air.
Oceane246 : Nouvelle fan ! \o/ Ça fait trooop plaisir à attendre, tu n'as pas idée *-* Merci d'avoir laissé une review, je suis contente que tu aimes Châtiés aussi. Et vraiment désolée de ne pas avoir fait gagner Eta =/ Je ne pouvais pas faire plaisir à tout le monde ^^' Quant à écrire un roman... j'ai en effet un projet de trilogie, mais je veux continuer d'améliorer mon écriture avant de m'y mettre sérieusement X) En tout cas, tes favoris sont pris en note ! Je ne peux rien te promettre, mais je retiens. :)
Merci bien entendu à Woo et Ljay pour leur travail de bêta magnifique ! X) (ainsi qu'à Solène, qui est maintenant ma nouvelle bêta !)
Cette petite tribut a été créé par Carnivore-Encore. Elle n'est pas joyeuse, je dois vous prévenir, mais je crois qu'elle vaut la peine d'être connue. :) L'hôtesse a été créée par moi, et le mentor, je crois que vous allez le reconnaître. ;)
Bonne lecture, et n'oubliez pas de donner votre avis sur mes tributs chéris siouplaît ! *cœur*
MOISSON DU SECTEUR DIX
Une idéaliste enfermée
Rosaphyr Archer, 14 ans, Secteur 10
« La liberté est une sensation. On peut parfois l'atteindre, enfermé dans une cage comme un oiseau. » de Camilo José Cela.
Je recule de quelques pas, vérifiant le résultat final. La citation que je viens d'écrire sur le mur se perd au milieu des nombreux autres extraits, parfois mes propres écrits, parfois ceux trouvés dans divers livres que j'ai lus. Je me laisse lentement tomber au sol, et couchée sur le dos, j'observe ma chambre.
D'ici, je ne peux pas tout distinguer, mais j'arrive à lire des phrases ci et là. Certains recoins sont plongés dans le noir, et ça ne fait que me rappeler l'absence de fenêtre dans cette sordide pièce. Au moins, les oiseaux peuvent voir à travers les barreaux de leur cage.
Je croyais que les Districts m'apporteraient ma liberté tant désirée. À la place, ils nous punissent tous sans distinction, que nous soyons réellement coupables ou non. Les Hunger Games sont bien mérités, sans aucun doute. Mais je m'attendais à mieux de la part des Districts. Eux qui clamaient haut et fort vouloir la liberté, l'égalité… Si c'est réellement ce qu'ils prônent, alors ils m'auraient sortie de ma famille adoptive dès la guerre terminée.
La maison est encore silencieuse, mais je sais que Fama, ma mère adoptive, va bientôt m'ordonner de préparer le repas. Avant cela par contre… Vali, mon frère adoptif, va me rendre visite. Il ne suit jamais un horaire précis, mais chaque fois, je peux sentir quand il viendra. C'est un frisson dans ma nuque. Un battement de cœur irrégulier. Une sale impression, tout simplement.
Je ferme les yeux alors que la petite porte de ma chambre s'ouvre doucement. Il jure en se cognant la tête au cadre. Ma respiration s'accélère légèrement alors qu'il se couche à côté de moi, sans rien dire. Si seulement j'avais une fenêtre… Je pourrais m'échapper dans les nuages, m'envoler au loin et ne plus jamais revenir.
Sa main passe au-dessus de mon bras puis s'arrête sur mon ventre. Il pianote sur ma peau lentement et je retiens le haut-le-cœur qui me traverse. Une larme glisse sur ma joue et se perd dans le creux de mon cou.
Il touche mon sein, encore si peu développé. C'est pourtant ce qui a d'abord attiré son attention, m'a-t-il avoué le premier soir où il s'est glissé dans ma chambre. Heureusement, il se contente de toucher pour le moment. Mais plus les semaines avancent, et plus je redoute chacune de nos rencontres.
Cette fois-ci sera-t-elle la bonne ? Se déshabillera-t-il ? Me forcera-t-il à toucher son membre ? À le prendre en moi, comme dans cette histoire érotique que j'ai lue ? Il paraît que la première fois est douloureuse.
Pourquoi… Pourquoi n'y a-t-il personne pour me sauver ? Pourquoi suis-je si faible ? Incapable de m'affirmer, incapable de me défendre. Incapable, incapable, incapable.
Sa main se glisse sous ma culotte…
Et soudain il hurle. Nous sommes tous les deux debout. Il se tient la main, la mienne est vaguement douloureuse, comme si je viens de l'utiliser pour quelque chose de forçant. Je fronce les sourcils, perdue.
– SALOPE ! TU VAS ME LE PAYER ! vocifère-t-il.
Ses doigts sont tordus et il grogne de douleur, faisant un pas menaçant vers moi. Fama fait irruption dans la pièce en même temps. Elle prend à peine le temps de constater la situation, parcourant la pièce d'un rapide coup d'œil. Puis elle prend son élan et m'assène une gifle. Ma tête bascule vers l'arrière et je m'accroche à mon petit bureau pour ne pas tomber.
– Qu'est-ce que tu as fait, hein ?
– R-rien ! dis-je dans un pitoyable balbutiement.
– Elle m'a cassé les doigts ! grince Vali. On faisait juste parler tranquillement et… et… Elle est complètement folle !
– N-non !
Je secoue la tête, de plus en plus perdue. Mais le doute s'installe en moi. Ce n'est pas la première fois que j'ai une perte de mémoire. Que je reprends conscience, ayant oublié parfois des heures de temps. C'est presque toujours dans mes moments les plus vulnérables.
Je… je ne comprends pas ce qu'il m'arrive… Est-ce que je deviens vraiment folle ?
– Va voir un médecin ! aboie Fama à l'intention de son fils.
Il s'échappe sans demander son reste. Elle se tourne vers moi, le regard menaçant, et je me recroqueville contre le bureau, espérant presque pouvoir disparaître dans l'un des tiroirs.
– On en reparlera après la Moisson. Tu prends tes grands airs depuis la rébellion, hein petite ? Te fais pas de faux espoirs, personne ne va venir à la rescousse d'une minable vermine comme toi. Que je ne te vois plus traiter l'un de mes enfants ainsi, tu m'entends ?
Je hoche la tête faiblement, les mains tremblantes.
– Bien. Maintenant, va préparer à manger.
Elle sort de ma chambre en coup de vent et je soupire de soulagement. Je déteste ma vie. Ma mère m'a abandonnée quand j'étais toute petite, et cette famille m'a adoptée peu de temps après pour bénéficier de la pension alimentaire. J'étais l'enfant la plus docile de l'orphelinat, et c'est exactement ce qu'ils voulaient. Depuis, je suis leur une servante.
Au moins, Sancus était là avant. Il était le Muet de la famille. Un peu plus vieux que moi, il a lui aussi grandi ici. Mais suite à la rébellion, il a déménagé dans un des Districts. Il m'a promis qu'il viendrait me chercher, mais je n'ai aucune nouvelle de lui depuis. Comme ma mère, il m'a abandonnée. Je n'en vaux pas la peine, il faut croire.
Si j'avais été Muette, moi aussi j'aurais été libérée. Je maudis mes ascendances, parfois.
Je renifle bruyamment et me rends dans la cuisine. Thrud, la sœur aînée de la famille, ricane en me voyant.
– Encore en train de pleurnicher, hein ? Tu devrais te trouver chanceuse d'avoir un toit sur la tête, à la place de te plaindre sans arrêt.
– T'as pas entendu ? intervient Skhadi, qui a un an de moins que moi. Elle a brisé les doigts de grand-frère.
– Vraiment ? Ha ! Pas si mauviette que ça finalement ! On devrait se battre ensemble un de ces jours, la pleurnicharde. J'aurais plein de trucs à t'apprendre.
Je coince mes mains derrière mon dos pour cacher leur tremblement et hoche docilement la tête. Ce qu'elle veut dire, c'est qu'elle veut tenter de nouvelles techniques de combat sur moi. Elle a une fascination morbide pour les Hunger Games et se prend parfois pour une carrière. Un entraînement avec elle serait l'occasion rêvée pour elle afin de me blesser.
– C'est pas drôle ! réplique Skhadi en me fusillant du regard. Elle devrait apprendre où est sa place ici. Si elle osait me toucher, je te jure que je me plaindrais aux autorités. J'aimerais tellement la voir en prison…
– Quoi, et perdre notre servante ? Déjà qu'on n'a plus le Muet… Il est pas question que je me mette à cuisiner !
– Bon point, ricane la plus jeune.
Les deux sœurs quittent enfin la pièce en continuant à parler de moi comme si je n'étais pas là. Je peux immédiatement respirer plus tranquillement et commence à préparer le repas. Je me perds dans mes pensées en même temps, ces gestes étant devenus si familiers qu'ils ne requièrent aucune concentration.
Parfois, je me demande ce que Vali me trouve. À l'école, je l'ai vu traîner avec des filles bien plus belles que moi. Je suis plus petite que la moyenne et toute menue, avec des formes discrètes. Loin des poitrines volumineuses que je vois parfois.
C'est vrai que mes yeux sont plutôt beaux, tantôt d'un bleu électrique et tantôt couleur de l'océan, selon l'éclairage. Mes cheveux par contre sont une énorme masse noire et bouclée rarement coiffés qui m'arrivent au milieu du dos. Sancus disait que j'avais un visage d'ange avec une crinière de sorcière. Je ne vois pas où est le visage d'ange. Et puis le comble, ce sont les taches de rousseur qui recouvrent mes joues et mon horrible nez en trompette.
– Je me demande ça va être comment des Jeux avec les jeunes du Capitole, dit Skhadi alors que je dépose les plats sur la table.
– Ça devrait être bien plus excitant qu'avec les morveux tout maigres des Districts ! tonne Thrud en éclatant de rire.
– Et selon les rumeurs, l'arène va être magnifique, intervient Fama. J'ai discuté avec le gérant du magasin de souvenirs des Hunger Games… vous savez, celui à trois coins de rue d'ici…
– Je croyais que toutes ces boutiques avaient fait faillite… questionne Erra, son mari.
– Oh, il a toujours su bien gérer son argent, chéri. En tout cas, il m'a dit qu'il fallait s'attendre à quelque chose de grandiose. L'équipe des Haut-Juges est absolument extraordinaire, il n'y a pas moyen qu'ils ratent leur coup.
– J'ai trop hâte ! s'excite Skhadi en enfournant une bouchée de la salade de fruits.
– Moi je pense que je vais me porter volontaire, annonce Thrud avec un énorme sourire.
– Oh, ma belle ! Quelle fantastique idée ! Tu t'entraînes depuis si longtemps en plus ! roucoule Fama.
Je retiens une grimace au petit nom qu'elle donne à sa fille. « Belle » est l'adjectif que je donnerais en dernier pour Thrud. C'est à peine si on peut deviner qu'elle est une fille. Mais peu importe. Je retourne dans la cuisine et m'appuie contre le comptoir. Je prends le bol de céréales que je m'étais gardé de côté et commence à manger silencieusement.
Ça serait génial si Thrud se portait réellement volontaire. Un tyran de moins dans la maison.
La sonnerie de la porte d'entrée retentit, et Fama m'ordonne d'aller ouvrir. Je repose mon bol à regret, ayant à peine pris deux bouchées. Ouvrant la porte, je tombe nez à nez avec Nergal, le meilleur ami de Vali. Il sursaute en me reconnaissant et m'adresse un vague sourire en croisant les bras.
– H-hey, Rosaphyr… Vali est là ?
Je secoue la tête, la gorge nouée. La dernière fois que je l'ai vu, il me faisait du chantage. C'était… Il y a deux jours de cela ? Il m'a coincée dans la salle de bain alors que je faisais le ménage et m'a annoncée qu'il savait pour Vali. Pour les attouchements et tout. Et que si je ne le laissais pas s'amuser avec moi aussi, il dirait à tout le monde que je couche avec plein de gars, et que j'aime ça violent.
Je ne me souviens même plus comment la conversation s'est terminée. Quand j'ai repris conscience, j'étais dans mon lit et c'était deux heures plus tard.
Parfois, je me fais vraiment peur.
– Il… a eu un accident, dis-je finalement d'une petite voix. Il est allé voir un médecin.
– Ah… Je… j-je le verrai plus tard, alors, balbutie-t-il en passant une main dans ses cheveux. À… à la prochaine, Rosaphyr.
J'opine, complètement perdue. Si je ne connaissais pas la personnalité de Nergal, je croirais qu'il a… peur de moi ? Il détale sans demander son reste et je referme la porte. Quand je retourne dans la cuisine, Fama est là, mon bol dans les mains.
– Tu oses manger alors que tu as cassé les doigts de mon fils ? siffle-t-elle rageusement.
– J-je…
– Je ne veux pas d'excuses ! Que je ne te vois pas manger ne serait-ce qu'une miette jusqu'à ce que je te dise que tu en as le droit !
J'acquiesce, n'ayant pas trop le choix. Répliquer ne fait qu'empirer la situation avec Fama. Et plus elle s'énerve, plus les punitions sont graves.
– C'était qui à la porte ?
– Nergal, dis-je dans un murmure.
– Ah, quel gentil garçon celui-là !
Elle retourne dans la salle à manger. Je l'entends demander à Thrud de prévenir Vali de la visite. Je m'appuie au mur en fermant les yeux.
En fait, ça serait bien si la famille au complet se retrouvait dans les Hunger Games. Ça, c'est un spectacle que je ne manquerais pour rien au monde.
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La Moisson a lieu sur l'ancien terrain d'une usine de confettis. Malgré moi, un frisson me parcourt à la vue de ce lieu où sont morts une dizaine d'employés durant les bombardements. Il n'y a pas eu tant de pertes que ça pour le Capitole durant la Rébellion, mais nous sommes parfois rappelés de celles-ci. Surtout quand nous passons près du camp de réfugiés.
Je me glisse dans les rangs des quatorze ans, la tête basse et le dos courbé. Personne ne me porte attention et je vais dans le fond, presque contre la barrière de fortune. Les seize ans sont derrière moi, et je crois apercevoir Nergal et Vali au loin. Ce dernier à un plâtre à la main, et je ne peux retenir un sourire satisfait. Même si je ne me souviens pas de l'avoir fait, ça fait du bien de le voir puni pour ses actes.
Ils nous passent le film de propagande des Jeux en attendant de pouvoir commencer. Quand c'est enfin terminé, je reporte mon attention sur la scène. Un homme et une femme montent les marches et se mettent tranquillement en place.
Je reconnais l'homme, qui doit maintenant être dans la mi-cinquantaine. Son fameux cache-œil noir – car il a toujours refusé de se faire implanter un œil à la place – le rend facilement repérable. Wren Keene, fidèle à lui-même, a toujours ses cheveux courts et noirs, bien qu'ils commencent à grisonner. Il se tient vers le fond de la scène d'un air détendu, un sourire aux lèvres. Il semble toujours de bonne humeur, lui.
La femme aussi m'est familière. Dans la mi-quarantaine, elle est hôtesse depuis une bonne vingtaine d'années. Elle s'occupait aussi du District Neuf, avant. À croire qu'ils voulaient continuer de travailler ensemble. Malgré sa taille d'un bon mètre soixante-quinze, sans compter ses bottes de cuir à talons, elle est un peu plus petite que Wren. Elle a une coupe de cheveux similaire à celui-ci, sauf pour les mèches rouges et bleues qu'elle arbore.
Elle porte ses habituels vêtements sombres qui font très masculins, ainsi qu'une veste de cuir élimée. À l'oreille gauche, au nez et à l'arcade sourcilière, elle a mis de nombreux anneaux. Croisant les bras, elle toise la foule de ses yeux noir d'encre.
– Bonjour à tous, mon nom est Azure Olwin et je suis l'hôtesse du Secteur Dix. Derrière moi se trouve le mentor, Wren Keene, commence-t-elle de sa voix rayée par le tabac.
Il incline la tête avec bonne humeur, son unique œil chaleureux.
– Je n'ai pas envie de jouer la mascarade, continue-t-elle, surprenant tout le monde. Ces Hunger Games sont une horreur, et nous le savons tous. Mais nous n'avons pas un choix là-dedans. Je tiens à partager mes condoléances avec les deux familles qui seront touchées par cette tragédie aujourd'hui. J'espère que le sacrifice de ces vingt-quatre tributs sera assez pour faire réaliser aux Districts la faute qu'ils sont en train de commettre.
Des Thraxs s'avancent vers elle avec des airs menaçants, mais Wren leur fait signe de la laisser continuer. Il semble amusé. Azure remarque le mouvement et un minuscule sourire se dessine sur ses lèvres.
– J'ai donc décidé de ne pas lire le Traité de Paix, qui n'est qu'une montagne de bêtises, conclut-elle. Passons au tirage.
Je digère ses paroles, complètement d'accord avec elle. Si je me souviens bien, elle a toujours eu ce genre d'attitude envers les Jeux, bien que pas aussi ouvertement. Sinon elle aurait été renvoyée. J'imagine qu'elle n'a plus rien à perdre, maintenant.
Elle plonge la main dans le grand bol de verre et en sort rapidement un papier. Je triture mon tee-shirt, le cœur battant la chamade. Mes parents adoptifs ont pris des tesserae en mon nom, il y a quelques mois. Tout pour se faire plus d'argent. J'ai dix-huit papiers là-dedans.
– Rosaphyr Archer.
Je relève la tête. À l'intérieur de moi, une véritable tempête d'émotions me traverse. La peur panique de mourir. La résignation que c'est mon destin, que le pire m'arrive toujours. La colère que les Districts me fassent subir un tel sort, mais aussi… la détermination.
J'avance vers l'estrade d'un pas sûr. Mes mains tremblent, mais mon souffle est calme. Azure me regarde droit dans les yeux d'un air sobre. Elle me salue de la tête et je retourne le geste machinalement.
– Tiens-toi droite, me murmure-t-elle avant de demander pour des volontaires.
Je redresse les épaules et fixe un immeuble au loin. Bien sûr, personne ne se propose pour prendre ma place, et certainement pas Thrud. Elle doit être aux anges à l'idée de me voir dans les Jeux. Comme le reste de ma famille adoptive, d'ailleurs. Ou devrais-je dire, mes maîtres ? Après tout, je suis clairement leur esclave.
– Le tribut masculin est Eodhan Atkins ! prononce l'hôtesse d'une voix claire.
Il y a un long silence, puis soudain du mouvement dans la section des dix-huit ans. Un Thrax traîne un garçon sur la scène en le tenant par la nuque. Je le regarde s'avancer, surprise. Il ne semble pas se débattre, alors pourquoi l'escorter ?
Il n'est pas très grand, peut-être un mètre soixante-douze ou treize. Son visage semble lui donner à peu près mon âge, mais son corps est musclé comme celui d'un adulte. Sa peau est d'un noir d'encre, parcourue de tatouages tribaux, bourgognes ou bronzes, des pieds à la tête. Ses cheveux rouges aux mèches argentées sont un mohawk composé de dreadlocks attachées en un petit chignon. Les côtés de son crâne sont complètement rasés.
Il a un drôle de rictus, un mélange de sourire et de grimace. J'entends un cri et aperçois une fille sortir de la section des dix-sept ans. Elle est rapidement interceptée par des Thraxs, mais ça ne l'empêche pas de hurler à pleins poumons.
– NON ! VOUS POUVEZ PAS ! C'EST UNE INJUSTICE ! IL… IL EST MÊME PAS… !
Elle est coupée dans son élan par un Thrax qui l'assomme sans plus de cérémonie. Elle s'écroule au sol et se fait immédiatement traîner hors du chemin. À côté de moi, le garçon s'avance d'un pas mais est immédiatement retenu.
Azure semble à peine décontenancée. Elle a probablement dû faire face à des tonnes de situations de ce genre.
– Bravo à nos deux tributs, Rosaphyr Archer et Eodhan Atkins ! proclame-t-elle.
Elle nous demande ensuite de nous serrer la main. Eodhan me tend la sienne, son regard croise le mien. Ses yeux sont de couleur argentée, étincelants. Mais ce qui me prend par surprise, c'est son œil gauche dont la pupille est en forme de « X ».
Notre Secteur nous applaudit avec un enthousiasme contenu. Je peux voir qu'Eodhan tremble, mais j'ai l'impression que c'est plus de rage que de peur. Quant à moi, par contre… Un sentiment de calme immense m'envahit. Je fronce les sourcils et tente de comprendre ce qu'il m'arrive. Parce que… Ce n'est pas une réaction normale, n'est-ce pas ?
Alors que ma participation aux Hunger Games vient d'être confirmée, je me sens… libre ?
Oui, libre. Parce que maintenant… ma famille ne peut plus m'atteindre. Je risque peut-être de mourir, mais au moins… ça ne sera pas sous leur joug.
Je baisse les yeux sur mon unique tatouage au creux du poignet, un oiseau bleu nuit en train de s'envoler. Mon espoir de liberté. Si je gagne les Jeux… tous mes rêves seront enfin exaucés.
