Bonjour le peuple ! Comment ça va la vie ?
Bon, je vais aller droit au but, mdr. Merci à tous très chaleureusement de vos reviews ! Ça fait toujours aussi plaisir ! :D
Oceane246 : Hey ! Merci de ta review ! X3 Dommage que Rosaphyr ne te plaise pas plus que ça, mais qui sait, peut-être que ça changera d'ici l'arène :) Quant à Eodhan, en effet il est malchanceux. Bon, en même temps, on pourrait aussi dire que c'est un peu de sa faute de refuser de se faire une carte d'identité, mdr. Il doit s'en mordre les doigts :P
Et merci à Woo et Ljay qui sont des correctrices de tonnerre ! X)
Cette tribut vient de MonsterMaster, n'hésitez donc pas à taper dessus ! (meuh non, je blague, elle est attachante la gamine (de 17 ans)). L'hôtesse et le mentor viennent tous les deux de moi. :)
Bonne lecture !
MOISSONS DU SECTEUR ONZE
Une craintive soldate
Skyler Berg, 17 ans, Secteur 11
Je m'écrase tête première sur le sol boueux et ferme la bouche de justesse pour ne rien avaler. Ma paume tombe directement sur le piège et un glapissement de douleur m'échappe.
J'ai envie de pleurer. Mes muscles sont endoloris, je tremble de partout, j'ai mal à la tête, au cœur, à l'esprit… Je préfère rester couchée dans la saleté et la vermine que de me relever pour affronter mon père. Il aboie ses ordres, et malgré le bourdonnement dans mes oreilles, j'arrive à l'entendre.
– NÈGRE ! hurle-t-il, son mot clé pour ordonner à ses deux molosses d'attaquer.
Ces derniers grognent et je glisse dans la boue pour me mettre debout et courir. Ren est loin devant moi et me lance un sourire goguenard. J'entends un hurlement et me retourne. L'un des chiens a plaqué Mila au sol. J'aimerais l'aider, mais la règle de mon père est simple ; chacun pour soi, notre survie passe toujours avant celle des autres.
Je continue donc ma course, grimpe le mur de fortune créé exactement pour cette occasion. Je dois ensuite ramper sous des filets, m'emparer d'un fusil à peinture et tirer sur le mannequin. À force de m'entraîner ainsi depuis deux ans, je vise juste deux fois sur trois. Bien sûr, Ren a un meilleur score. Comme d'habitude.
Des sanglots retentissent dans mon dos. Mila geint, avachie au sol. L'un des molosses lui lèche la joue, mais ça ne la calme aucunement. Notre père s'arrête à côté d'elle, les bras croisés, loin d'être satisfait.
– Arrête de pleurer ! beugle-t-il de sa voix grave.
Mila pose ses deux mains noires de saletés sur sa bouche afin d'étouffer ses gémissements. Ses longs cheveux blonds cachent en partie son visage encore joufflu par l'enfance. Elle n'a que douze ans, mais il ne semble jamais le réaliser.
– Vous auriez pu faire mieux, grogne-t-il, me fixant en particulier. Skyler, c'était quoi cette chute merdique ?
– D-désolée…
Je baisse la tête et serre les poings, poisseuse de sueur et de boue. Je souffle pour déloger une brindille d'herbe sur mon nez. Je ne tremble pas, mais ça ne saurait tarder s'il continue de me faire des reproches. Je me déteste. Je suis incapable de lui tenir tête… Mais malgré mon mètre quatre-vingt de hauteur, je n'ai aucune chance contre lui. Il me surpasse largement, non seulement en grandeur, mais surtout en largeur. Moi je suis toute maigre, une vraie planche à balais.
Leevy… Ma grande sœur lui tenait tête. Elle était courageuse, et belle, et… Tellement meilleure que moi dans le rôle de l'aînée. Elle me manque. Je comprends pourquoi elle s'est enfuie, pourquoi elle ne peut jamais revenir, mais… J'aurais juste aimé qu'elle m'amène avec elle.
– Allez vous préparer pour la Moisson, crache notre père en s'éloignant.
Je me rends dans la salle de bain avec morosité, Ren et Mila non loin derrière moi. Je devrais être habituée maintenant. Depuis qu'il est revenu de son poste au District Onze en tant que Pacificateur, il nous entraîne comme dans le militaire. Lits de camps, entraînement aux fusils – même si suite à la rébellion ne se sont plus avec des vrais – parcours à obstacles, etc. Il nous réveille à l'aube tous les matins, et pendant trois heures, c'est un vrai enfer.
J'ignore pourquoi il fait cela, exactement. Peut-être sa rage envers moi. Après tout, il a dû s'enrôler chez les Pacificateurs pour payer mon opération. Petite, j'avais une malformation au cœur, et j'en serais morte sinon. Quand il est revenu du District, il… Il était bien pire qu'avant.
Nous prenons une douche chacune notre tour. Quand l'eau brûlante touche mes muscles épuisés, je gémis presque de plaisir. Mais j'ai peu de temps pour me laver, notre père a, bien entendu, mis une limite d'eau chaude que nous pouvons utiliser. Une fois cela terminé, je me glisse dans notre chambre commune pour m'habiller.
Je croise mon reflet dans le miroir et retiens une grimace de dégoût. Tout en moi est démesuré. Ma hauteur exagérée, ma maigreur, mon manque de forme féminine, mes cheveux trop blonds, courts et indomptables, mes yeux bleus globuleux qui me donnent souvent un air niais, mes taches de rousseur… Sans oublier mon teint cadavérique et les ecchymoses qui recouvrent mon corps à cause des entraînements.
Pas étonnant que les gens n'osent pas m'approcher.
Dans la penderie, les mêmes genres de tenues sont accrochées pour mes sœurs et moi. De larges pantalons noirs, des tee-shirts gris et des blousons kaki. Sans oublier les grosses bottes de cuir. Je termine d'enfiler celles-ci quand mon téléphone sonne. Je décroche sans attendre, il n'y a qu'une seule personne hors de cette maison qui connait le numéro.
– Leevy !
– Hey sœurette, murmure ma sœur. J'ai bien calculé j'espère ?
– Oui, pile à l'heure.
– Bien. Comment ça va ce matin ? Tu te sens prête pour la Moisson ?
– Ça ira.
– Et le Général ? questionne-t-elle avec une pointe d'inquiétude.
– Un peu énervé, mais rien de nouveau. Il… Il continue de demander de tes nouvelles… mais il ne sait rien, t'en fais pas.
– Merci, Skyler, souffle-t-elle. Je savais que je pouvais te faire confiance. Je suis tellement désolée de ne pas pouvoir être là aujourd'hui…
– N-non ! Non, ne t'en veux pas, je comprends. S'il t'attrape…
Leevy s'est enfuie il y a quelques mois avec son petit ami. S'ils voulaient être ensemble, ils n'avaient pas le choix. Notre père est très… intolérant. Milor est un noir, et ça ne lui plaît pas. Pas du tout. Tant et si bien qu'on craignait qu'il ne tue Milor. Il en serait capable, vraiment. Alors Leevy s'est enfuie avec l'amour de sa vie. J'ignore où elle vit, et c'est mieux qu'elle ne me dise rien. J'espère vraiment qu'elle pourra trouver le bonheur.
– Je sais, me coupe-t-elle tristement. Un jour… Je te jure, un jour je trouverai un moyen d'envoyer ce salaud en prison.
– M-mais… il est notre père, quand même…
– Skyler… soupire-t-elle. On ne lui doit rien, tu m'entends ? Il n'a pas le droit de traiter ses enfants ainsi, et il n'a pas le droit de te tenir responsable des décisions qu'il a prises de lui-même.
– Je plains maman, tu sais ? Je veux dire… Quand elle l'a épousé, il ne devait pas être comme ça. Sinon… Sinon, pourquoi elle serait tombée amoureuse…
– Ou peut-être qu'elle ne croit pas mériter mieux. Comme toi, Skyler. Tu mérites mieux que lui comme père. Tu devrais t'enfuir aussi. Je te prendrais chez moi quand tu veux !
– Et les autres ? Je ne veux pas…
Je me tais. Si je dis que ce serait les abandonner, Leevy s'en voudrait encore. Elle reste silencieuse quelques secondes aussi, puis se ressaisit.
– Ren ne vit que pour plaire au Général, ça ne la dérangerait pas. Moins on est, plus elle peut l'avoir pour elle-même. Et maman resterait aussi. Elle l'aime, aussi pathétique que ce soit.
– Et Mila ?
Elle soupire, et j'entends en bruit de fond Milor qui lui demande si tout va bien.
– Je sais, je sais… finit-elle par dire. Si seulement on avait des preuves qu'il nous bat ou un truc du genre… On pourrait s'en débarrasser pour de bon… Là on n'a rien, vu qu'il ne nous touche jamais lui-même…
Je ne sais pas quoi lui répondre. Je ne veux pas qu'il soit en prison. C'est à cause de ma maladie s'il s'est retrouvé chez les Pacificateurs, et dans le district Onze en plus. C'est ma faute s'il est devenu… ça. À l'autre bout du fil, Leevy soupire à nouveau.
– En tout cas. Prends soin de toi, sœurette. Et pour la Moisson… ne stresse pas trop, ok ? Ça passera vite, et il y a tellement de participants, en plus…
– Je m'inquiète pas. Merci Leevy… d'avoir pris la peine…
J'entends un hoquet derrière moi et me retourne d'un bond en échappant le téléphone. Ren me lance un regard triomphant et me pointe du doigt.
– Je le savais ! J'étais sûre que vous étiez encore en contact ! Attends que papa le sache, la raclée qu'il va te donner !
Elle se précipite hors de la chambre. Ça me prend quelques secondes pour comprendre l'ampleur de la situation. Si elle raconte tout à notre père, il va me forcer à tout dire ! Il va peut-être débusquer Leevy !
Je me mets immédiatement à courir, rattrapant en trois grandes enjambées ma sœur. Elle se dirige vers la cuisine, mais je lui attrape le poignet avant qu'elle ne l'atteigne.
– Lâche-moi, sale traître ! Papa t'a demandé tellement de fois…
– R-ren… Ne lui dis rien, s'il te plaît ! Il va t-tuer Milor ! Et p-peut-être même Leevy !
– Mais je m'en fous du nègre ! Qu'il crève ! Leevy est une idiote. Elle mérite d'être punie. Personne n'abandonne sa famille, c'est une règle d'or !
Elle se détache brutalement de mon emprise et sprint en direction de la cuisine. Je la suis de près, mais je sais qu'il n'y a rien à faire. Je dois me résigner. Nous débouchons dans la pièce juste à temps pour voir notre père gifler maman. Elle pose une main sur sa joue, les larmes aux yeux.
– Es-tu vraiment en train de me défier ? rugit-il, rouge de colère.
– S'il te plaît… elle… elle va mourir… sanglote maman en se recroquevillant.
– LA FERME !
Je me raidis et vois du coin de l'œil que Ren aussi. Elle fait souvent la fière, mais je sais qu'elle a peur de notre père, elle aussi. Un coup est si vite parti, après tout.
– Je ne changerai pas d'avis. C'est moi qui prends les décisions, dans cette maison, assène notre père en nous fixant les unes après les autres. Compris ?!
Je hoche faiblement la tête. Mila, qui se tenait dans le coin opposé, se jette soudain dans les bras de maman en sanglotant. Ren et moi échangeons un regard interloqué. Nous restons tous silencieux un long moment, puis il passe une main dans ses cheveux.
– Allons à la Moisson maintenant. Et toi, continue-t-il en pointant ma mère. T'as intérêt à rien dire.
Elle hoche la tête et risque un coup d'œil terrorisé dans ma direction. Je fronce les sourcils. Mais qu'est-ce qu'il s'est passé ? Il m'attrape brusquement par l'avant-bras pour me traîner hors de la maison, les autres non loin derrière nous.
Au moins, une bonne chose est sortie de tout ça. Ren n'a rien dit à propos de Leevy. Même elle sait que si elle révèle tout à notre père alors qu'il est dans cet état, il risque réellement de me tuer.
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Je me promène à travers la foule de jeunes la tête baissée et les épaules crispées. Chaque personne qui me bouscule me fait sursauter. Je déteste les rassemblements comme celui-ci. Tout le monde me regarde de travers parce que je suis trop grande, que mes yeux sont trop globuleux et que mes vêtements sont si peu à la mode.
À l'école, on m'appelle l'idiote du village, une vieille expression de l'ancien monde. Tout ça parce que je suis dyslexique. L'écriture et la lecture, ça ne fonctionne pas pour moi. Enfin… Il faudrait plutôt dire que rien ne fonctionne, dans ma vie. Je suis nulle dans tout ce que j'entreprends. L'idiote de l'école, la déception de ma famille, la grande sœur incompétente…
Les larmes menacent de déborder, mais je les retiens en enfonçant les ongles dans mes paumes. Je trouve enfin un endroit de la section des dix-sept ans moins paqueté. La place est déjà pleine et la Moisson devrait commencer d'un moment à l'autre. Je suis contente que Leevy ait dix-neuf ans, au moins elle n'est pas éligible.
– Bonjour à tous, et joyeux Hunger Games, commence une femme sur la scène, attirant mon attention. Puisse le sort vous être favorable. Mon nom est Mitsu Callan, je suis l'hôtesse de ce Secteur.
Elle doit être dans la trentaine, mais c'est difficile à distinguer avec tout son maquillage. Elle porte une magnifique tenue, très colorée. Ça ressemble à un peignoir, mais en beaucoup plus élaboré. La ceinture autour de sa taille est énorme et attachée en un nœud complexe dans son dos. À ses pieds, elle a des drôles sandales aux plates-formes très élevées. Ses cheveux d'un noir de jais forment une coiffure incompréhensible, ornés de toutes sortes de bijouterie. Et son visage… Elle ressemble à une poupée, tout simplement. Les lèvres rouges, la peau blanche, les joues rosies…
Elle se tient très droite, sans expression particulière, alors qu'elle récite le Traité de Trahison. Puis elle présente poliment le mentor, Naïzer Sharr. Celui-ci incline la tête avec un petit sourire en coin.
Je me mords l'intérieur de la joue alors qu'elle annonce le début du tirage. Je suis terrorisée. Leevy a beau m'assurer que tout se passera bien, on ne sait jamais. J'ai eu une malchance poisse toute ma vie, qui dit qu'elle ne s'appliquera pas cette fois-ci encore ? Et si jamais Mila ou Ren sont tirées au sort… Je devrai me porter volontaire, non ? Je suis leur grande sœur après tout…
Sauf que… Je… Je ne veux pas participer aux Jeux. Je ne veux vraiment pas.
Mitsu plonge la main et attrape un petit papier. Il y a en des milliers et des milliers dans le bol. Ça ne sera pas moi. Ni mes sœurs. Les chances sont si minimes !
– Adas Solis. Monte donc me rejoindre, chère.
J'expire soudain, et je sens mon corps entier se détendre. Ça y est, c'est fini. Je ne vais pas être tribut. Tout va bien. Une fille sort de la section des quinze ans. Elle semble terrorisée. J'ai pitié d'elle, mais je ne peux m'empêcher d'être satisfaite. Mieux elle que moi.
– MA FILLE SE PORTE VOLONTAIRE ! beugle une voix que je reconnaîtrais entre mille.
Je me retourne au quart de tour, les yeux écarquillés d'horreur. Mon père a réussi à se glisser parmi les jeunes, et bientôt son regard tombe sur moi. Je recule d'instinct, tremblant de tout mon corps. Il ne va quand même pas… non… Non, non, non…
– MA FILLE SKYLER BERG SE PORTE VOLONTAIRE !
Deux Thraxs l'interceptent, mais il les repousse facilement. Ce n'est pas pour rien qu'il n'a eu aucun mal à s'enrôler chez les Pacificateurs. Il est une vraie armoire à glace, et il sait se battre.
– SKYLER ! vocifère-t-il de plus belle en se dirigeant vers moi.
Je secoue la tête de droite à gauche. Il ne peut pas… Il n'est pas question…
– FAIS-LE, TU M'ENTENDS ?!
Il continue de me fixer avec insistance. Cette fois, les larmes débordent. Je serre les poings, baisse les yeux. Les autres autour de moi s'écartent.
– Alors… Y a-t-il une volontaire ? intervient la voix parfaitement calme de l'hôtesse. Sinon, j'aimerais continuer en paix, oui ?
Je redresse la tête. Son regard est toujours sur moi. Je peux y voir les menaces qui y dansent, si je refuse de suivre ses ordres. Et puis, pourquoi pas après tout ? Dans les Hunger Games, j'ai peut-être une minuscule chance de survivre, et sinon ma mort sera rapide. Avec mon père… Ma vie deviendra un vrai enfer si je ne le fais pas. Il ne me le pardonnera jamais.
Et… Et peut-être que comme ça… Il m'aimera enfin ?
Je lève lentement la main. Elle tremble violemment et je sais que tout le monde s'en rend compte. Mais je n'y peux rien. D'une voix chevrotante, le ventre noué, je prononce les mots qui me condamnent à participer aux Jeux. À mourir.
– J-je me porte v-volont-taire…
Une haie se forme pour me permettre de me rendre sur l'estrade. J'avance pas à pas, me maudissant tout le long. Idiote, idiote, idiote. Faible, lâche, impuissante… Leevy et moi on riait souvent que Ren était le parfait petit soldat, mais en réalité, c'est moi, le soldat. Incapable de m'affirmer, incapable de dire non. Je suis les ordres aveuglément, ayant trop peur des représailles.
Je me dégoûte.
Le reste de la cérémonie se passe comme dans un rêve. Un gamin maigrichon de treize ans est mon partenaire de Secteur, mais je lui porte à peine attention. J'ai envie de vomir, le soleil m'aveugle, la sueur perle sur mon front, mon ventre est si noué que j'en ai des crampes…
Ma main est plus que moite quand je serre celle du garçon. La sienne est froide et sèche. Des larmes perlent à ses yeux et il se détache aussi rapidement que possible. Mitsu annonce la fin de la Moisson. Encadrée par des Thraxs, je suis amenée vers une petite maison aménagée pour les adieux. En chemin, je vomis de la bile, n'ayant rien mangé depuis hier.
Je vomis à nouveau une fois dans une pièce aménagée austèrement. Rien ne sort cette fois, et je me retrouve accroupie au-dessus d'une corbeille à avoir haut-le-cœur après haut-le-cœur.
C'est ainsi que me retrouve ma famille quand elle arrive. Mon père me lance un regard dégoûté. Je n'ai même pas l'énergie de me relever. Ma mère et Mila pleurent abondamment, mais aucune des deux n'ose m'approcher.
Ren s'avance lentement, puis s'agenouille devant moi. Elle sort un petit mouchoir pour essuyer mon front en sueur.
– Je suis désolée, chuchote-t-elle, faisant dos à notre père. Je t'aime, tu le sais, hein ? Ne meurs pas, grande sœur.
Son visage se crispe, elle retient ses larmes tant bien que mal. Je hoche imperceptiblement la tête. Elle se relève et croise les bras, se plaçant à l'autre bout de la pièce.
– Ne nous fais pas honte, se contente de dire mon père.
Et comme une lâche, je hoche la tête. La bonne petite soldate jusqu'au bout.
Pathétique.
Ils partent peu de temps après. Je ferme les yeux. Je me sens vide. Complètement vide. Je n'ai même pas d'amis, ou de connaissance, qui voudrait me rendre visite. Seulement une famille de dingues qui ne m'aime pas tant que ça.
Mais à ma grande surprise, la porte s'ouvre à nouveau. Milor se glisse dans la pièce, la mine sérieuse. Je relève la tête, puis me remets sur mes pieds en tremblant. Il me rejoint en trois enjambées à peine et me soutient avec un doux sourire.
– Ta sœur m'envoie. Elle a trop peur de se faire prendre par votre père…
– Elle… elle sait d-déjà ?
– Elle est venue à la Moisson déguisée. Au cas où. Elle veut te dire… Te dire que c'est ta chance d'être libre. Que tu ne dois pas perdre espoir.
Je secoue la tête, de nouvelles larmes coulent le long de mes joues.
– C'est g-gentil de sa part, m-mais… J-je… Je suis pas assez f-forte…
– Tu es forte, m'interrompt-il fermement. Tu as une grande force enfouie en toi, il suffit de la trouver. Tu peux le faire, Skyler. Tu as un bon instinct de survie, tu es habituée aux conditions de vie difficiles. Tu es une survivante.
J'éclate en sanglots et m'effondre dans ses bras. Il caresse mes cheveux en chuchotant des encouragements. Quand finalement je me suis calmée, il me tend une lettre.
– De la part de ta sœur. Elle l'a écrit dès qu'elle a compris que tu étais tribut. Elle veut que tu l'ouvres juste avant d'entrer dans l'arène.
– M-mais ma dyslexie, j-je…
– Quelqu'un pourra la lire pour toi.
– M-merci… Dis… Dis à ma sœur q-que je l'aime.
– Promis. Courage, Skyler. On croit en toi.
Il s'éclipse peu de temps après. Une fois seule, un nouveau haut-le-cœur me prend. Je serre la lettre dans mon poing, et ferme les yeux en attendant que ça passe. Ils croient en moi. Ils croient en moi alors que je n'ai moi-même aucune confiance. Je ne dois pas les décevoir.
