Et comme promis, voici le nouveau chapitre ! (et accrochez-vous, parce qu'à partir de maintenant, tous les chapitres seront environ de cette longueur !)
Rludine : Premièrement... j'ai du mal à prononcer ton pseudo, mdrr. Mais sinon, merci de ta review ! Je te promets que s'il reste des places, tu es la première sur la liste pour faire un tribut ! :) Et... wais non, je vais devoir tuer les tributs, toutes mes condoléances. *essuie une petite larme* My cute little babiiiiiiiiies *oui, cela inclue même Ycare* ! Pourquoi suis-je si sadique ?! TT^TT
Merci à mes bêtas d'amour, Solène et Ljay Odair, pour leur merveilleux travail ! *cœur*
Le prochain chapitre est en cours d'écriture, je mets la date de sortie sur mon profil dès qu'elle est décidée ! Et n'oubliez pas de laisser une petite review pour me donner votre avis X) Bonne lecture !
Le système de sponsors s'applique à partir de maintenant. Si vous ne vous souvenez plus des règles, il suffit d'aller voir le premier chapitre. S'il vous reste encore des questions après cela, n'hésitez pas à demander ! Aussi, parce que quelqu'un l'a demandé en review et que ce serait une bonne précision à faire : Vous pouvez sans aucun problème répondre à plusieurs questions dans la même review. Il n'est pas obligatoire de laisser une review à chaque chapitre (mais toujours apprécié :P). Pour le prix des objets à envoyer dans l'arène, il se peut qu'il change dépendant du nombre de sponsors qu'il y aura.
Question 01 : Si vous étiez un tribut, quel hôte voudriez-vous avoir dans votre équipe, et quel autre ne voudriez-vous absolument pas avoir ?
Trajet en train
Un voyage en compagnie des hôtes
Alexander Moenkhausia, 28 ans, Secteur 1
– C'était truqué, n'est-ce pas ?
Alexander tourne un regard surpris vers Giuseppina et affiche un innocent sourire. Celle-ci plisse les yeux, énervée par sa nonchalance continuelle. Si seulement elle pouvait comprendre que sourire est le meilleur moyen d'obtenir tout ce que l'on veut. De ce que ses contacts lui ont dit, la mentor tentait réellement d'aider les tributs qu'elle avait à charge, mais arrivait rarement à leur envoyer des parachutes à cause de son attitude désagréable.
Heureusement, il est là pour remédier à ce problème maintenant. Avec son charme, aucun sponsor ne pourra leur résister.
– Quoi donc ? demande-t-il finalement avec un petit soupir.
– Ne faites pas l'innocent ! Vous alliez tirer le nom de la petite-fille de Snow !
– Je ne vois absolument pas de quoi vous parlez, lui répond-il calmement avec un éclatant sourire. Et puis, peu importe maintenant, n'est-ce pas ? Puisqu'elle s'est portée volontaire !
Le fusillant du regard, elle s'appuie contre le cuir de l'élégant siège et se renferme dans un silence obstiné. Alexander hausse les épaules avec désinvolture, puis ouvre la portière du véhicule pour accueillir leurs protégés. Ceux-ci se glissent à l'intérieur, peu préoccupés par toutes les caméras braquées sur eux.
– Prêts pour l'aventure ? s'enquiert l'hôte avec enthousiasme.
Ycare lui répond avec aisance, et les deux discutent tranquillement durant le trajet. Alexander ne peut que constater qu'il fera un excellent tribut. Attirant, bon locuteur, capable de contrôler ses émotions… Il ne reste plus qu'à déterminer s'il peut aussi se défendre lors d'un combat.
La fille, par contre… Si c'était dans d'autres circonstances, il en aurait presque pitié. C'est courageux de sa part de s'être portée volontaire, mais elle n'a aucune chance de survie. Les Juges ne laisseront jamais la petite fille de Snow gagner les Jeux. Après tout, elle est bien la seule qu'ils voulaient absolument dans l'arène. Jusqu'à lui offrir un poste très intéressant dans le gouvernement lorsque les Hunger Games seront terminés, en échange d'un tirage truqué.
Alexander n'est pas friand de ce genre de mesquineries, mais comme sa mère lui a enseigné, le pouvoir ne s'obtient pas avec seulement de la bonne volonté. Il n'est pas question qu'il disparaisse de l'élite de Panem si facilement, peu importe ce qu'il doit accomplir pour achever son but.
Et malheureusement, cela inclut de n'aider Aïvy en aucun cas. Il devra donc tout miser sur Ycare. Mais rien qu'à voir le jeune homme, tranquillement installé en face de lui avec un petit sourire en coin… Alexander sait reconnaître l'aura d'un vainqueur.
Ils s'arrêtent enfin devant la gare, et des Thraxs se précipitent pour les encadrer. Giuseppina sort en premier, l'air pincé, et Alexander la suit de près. Avec un crissement de pneus, un autre véhicule noir s'arrête juste derrière eux. Une femme en sort, la mentor du secteur Deux, s'il se souvient bien.
– Le train ? On va pas au centre d'Entraînement ? questionne Aïvy d'une voix étonnée en sautant aux côtés de l'hôte.
– Vous ne saviez pas ? s'étonne-t-il en croisant le regard de Ciriaco par hasard. La parade a lieu dans le district Un !
.
.
.
Ciriaco Marnix, 48 ans, Secteur 2
Alexander lui adresse un chaleureux salut de la main, mais l'hôte l'ignore sans états d'âme, cherchant Tahliya des yeux. La mentor est déjà à plusieurs mètres devant lui, accompagnée d'Adonis Faulion. Ils sont amis d'enfance, si Ciriaco a bien compris. Il a une moue dépitée alors que les deux habitants des districts s'éloignent sans un regard en arrière.
Louarn le pousse d'un coup d'épaule afin de sortir du véhicule. Ciriaco soupire longuement, observant ses deux tributs du coin de l'œil avec déception. Que va-t-il faire de sa vie, maintenant que les Hunger Games se terminent ? Son seul vrai plaisir était ses courts séjours dans les districts, ainsi que faire la connaissance des tributs, les aider aux mieux de ses habilités…
Il est heureux de la victoire des districts, mais quel dommage qu'il doive aider deux enfants du Capitole !
– Qu'est-ce qu'on fout ici ? l'interpelle Louarn avec hargne.
Ciriaco lui jette un coup d'œil énervé. Ce petit connard ne trompe personne. Il est évident qu'il n'a fait que pleurer durant les adieux, et maintenant il veut se donner un front courageux ? En plus, c'est quoi cette horreur qu'il arbore collée au derrière ? L'hôte a beau être né au Capitole, il n'en comprendra jamais la mode.
– Nous sommes ici car nous devons prendre le train, explique-t-il enfin d'une voix morne.
– Mais pourquoi on prend le train ? La cérémonie d'ouverture a toujours eu lieu au Capitole !
– Et bien, cette année elle prend place dans le district Un. Content ? Maintenant suivez-moi, on n'a pas beaucoup de temps et votre styliste doit vous préparer… Dieu sait qu'elle a du pain du la planche, soupire-t-il.
Leonie lui lance un regard hautain alors que Louarn ronchonne en faisant claquer sa queue de reptile sur le ciment. Tahliya leur adresse un sourire encourageant de loin, engagée dans une sérieuse conversation avec son ami. Comme Ciriaco préférerait être avec eux ! C'est la première fois de sa vie qu'il hait son métier.
Il s'en fout de la survie des enfants du Capitole, lui !
– Vous avez des conseils à nous donner peut-être ? Vous êtes pas censés nous guider et tout ? intervient à nouveau l'énervant reptilien en se collant à ses côtés.
– Quoi, t'es pas capable de réfléchir par toi-même ? le coupe Leonie, les lèvres pincées.
L'hôte est heureux de constater qu'il n'est pas le seul horripilé par le gamin.
– On t'a pas parlé à toi, hein ! On est pas tous des mannequins dans la vie ! grogne Louarn. Alors, des conseils ?
– Suivez les directives de votre styliste sans rechigner, et ne me faites pas honte. J'ai une réunion pendant le trajet en train, alors pas de conneries pendant mon absence, oui ? Et surtout, surtout, ne tentez pas de vous enfuir, ajoute-t-il avec un regard pointu en direction du garçon.
– C'est tout ?
– Quoi, tu veux un câlin en plus ? Ou un biberon, peut-être ? lâche-t-il, de plus en plus exaspéré.
Leonie retient à peine son sourire goguenard alors que Louarn se contente de se taire, au grand soulagement de tous. Ils embarquent enfin dans le train, et Ciriaco les guide jusqu'au wagon aménagé en centre de transformation. Chaque secteur en a un d'assigné, où tout le travail des stylistes sera accompli.
– Bonjour mes chéris ! les accueille un homme faisant parti de l'équipe de préparation. Prêts à rayonner ?
– J'y vais, l'informe laconiquement Ciriaco.
– Va, va ! Ils sont entre de bonnes mains, lui répond chaleureusement l'homme, ses yeux gris scintillant.
– Peu importe, lâche l'hôte en s'éloignant sans un regard en arrière.
Il est pressé d'aller à la réunion et d'ainsi rencontrer tous les mentors. En chemin, il croise Isidore Montie, qui parle avec ses tributs, subtilement collée à Krasny. Ce n'est un secret pour personne, sauf le mentor en question, qu'elle en est amoureuse.
.
.
.
Isidore Montie, 31 ans, Secteur 3
– L'emploi du temps est simple. Votre styliste et son équipe de préparation vont s'occuper de vous durant le trajet afin de vous rendre présentables pour la parade. La durée du voyage n'est que d'une heure jusqu'au district Un, mais vous resterez dans votre wagon même arrivés à destination. Une fois prêts, les chariots vous attendront dans la gare pour vous promener à travers le district jusqu'à la place centrale, où la présidente donnera un discours. Puis c'est retour illico au Capitole.
La jeune hôtesse se tait enfin et lance un coup d'œil furtif en direction de Krasny. Il les suit dans son silence timide souvent pris pour la mauvaise humeur. Son inconfort en public ne fait que le rendre plus attendrissant à ses yeux. Si seulement il pouvait enfin remarquer les signes qu'elle lui envoie...
Elle tourne ensuite son attention vers ses deux protégés. Eux aussi sont extrêmement silencieux. Ils l'écoutent avec attention, mais ils ne disent pas un mot. Elle redoute le moment où elle devra s'enquérir de leurs habiletés. Ça risque d'être décevant. Krasny sera dévasté si ses deux tributs meurent encore. Le pauvre n'est jamais très doué pour donner des conseils, mais ça ne l'empêche pas d'y mettre tout son cœur.
Ils s'arrêtent enfin devant le wagon qui leur est assigné. Lullaby-Jay relève le menton fièrement et Arméthyste attrape son médaillon. Isidore se force à arborer un sourire rassurant tout en faisant coulisser la double porte.
– Ne vous en faites pas les enfants, Floran va bien prendre soin de vous. Il a une créativité débordante. Plein de talent, ce jeune homme ! s'exclame-t-elle d'une voix faussement enjouée.
Elle les pousse dans la pièce, s'assure que l'équipe de préparation est bien là, puis attrape Krasny par le coude pour l'entraîner au loin. Il lance un regard inexpressif par-dessus son épaule, et Isidore sait qu'il regrette de ne pas avoir donné ses propres encouragements.
– Ils s'en sortiront bien, lui chuchote-t-elle doucement. Ils sont tous les deux très mignons, avec un petit air d'aristocrate, non ? Bon, peut-être que cela énervera les habitants des districts, mais ils vont être adorés au Capitole !
Le mentor hoche sombrement la tête et se dégage de l'emprise d'Isidore. Celle-ci ne peut retenir sa moue contrariée. Ce n'est pas un secret qu'il est puceau, mais c'est fou à quel point il ne sait comment réagir aux moindres contacts physiques avec des femmes ! Même elle, alors qu'ils travaillent ensemble depuis quatre ans !
– Krasny, Isidore ! les interpelle une voix enjouée derrière eux.
Les deux se retournent alors que le styliste du secteur Onze accourt vers eux. L'asiatique affiche un large sourire, et immédiatement Krasny se détend. Un éclair de jalousie traverse Isidore, mais elle préfère se concentrer sur la joie de savoir que son amour a un si bon ami.
– Vous allez à la réunion ? demande Yoon jovialement.
Krasny se contente de hocher la tête, toujours aussi taciturne.
– Grosse journée devant nous, n'est-ce pas ? Je viens de visionner la moisson. Mes tributs sont un peu décevants, mais je crois avoir quelques idées intéressantes. Et puis j'ai une volontaire… comme vous d'ailleurs ! Trop intéressant !
– Espérons qu'elle ne l'a pas fait sur un coup de tête. Ce serait bien d'avoir un gagnant pour une fois, commente Isidore d'un ton pincé.
– Ah, certainement ! Mais je ne me laisserai pas vaincre si facilement !
Une coordinatrice passe la tête dans le couloir, pointant sa montre digitale.
– C'est l'heure de la réunion ?
– Oui. La Haute Juge va être présente, donc nous avons intérêt à ne pas être en retard.
– On se voit ce soir alors ! leur lance le styliste avec un clin d'œil avant de s'éloigner.
Alors qu'ils s'apprêtent à se remettre en chemin, Lateefah et Miro montent à bord du train juste devant eux. Ce dernier leur fait une petite courbette, continuant sa conversation avec la blonde. Isidore se masse le cou, fatiguée rien qu'à l'idée de passer la prochaine heure en compagnie de tous les hôtes et mentors.
S'il n'y avait pas Krasny à ses côtés, elle aurait arrêté son métier il y a bien longtemps.
.
.
.
Miro Underwood, 68 ans, Secteur 4
– J'ai un bon sentiment. Ces deux jeunes gens semblent être d'adorables personnages. Je suis certain qu'ils seront très populaires auprès de la population, et vous ?
Lateefah lève les yeux au ciel, accélérant le pas pour essayer d'échapper à l'hôte. Celui-ci la suit de près. Ils travaillent ensemble depuis de nombreuses années maintenant, puisqu'ils avaient le district Quatre auparavant. Miro sait qu'avec de la patience, il réussit toujours à faire une bonne équipe avec Lateefah. Elle lui répète sans arrêt le contraire, mais il sait qu'elle est simplement timide. Cette mentor est une femme absolument charmante.
– De plus, avez-vous remarqué l'aura sexuelle qui les entoure ? Je sens une histoire croustillante ! Les sponsors vont adorer ! Peut-être pourrons-nous en faire les nouveaux amants maudits ?
Il s'interrompt, les traits plissés par la tragédie de la situation. Quelle barbarie, ces Jeux ! D'envoyer ces enfants, ces petits anges si purs, dans une arène afin de les forcer à s'entretuer… Mais peu importe, il fera tout pour les aider, comme il l'a toujours fait ! Et puis, il est important de rester optimiste. Qui sait si la vue de ces pauvres innocents ne fera pas changer d'avis les districts. Plus ils apprendront à les connaître durant les avant-Jeux, plus ils réaliseront qu'ils font une erreur, n'est-ce pas ?
Et alors… Peut-être… Les Jeux seront-ils annulés.
Miro opine du chef avec vigueur. Il refuse de perdre espoir. L'humanité est une entité bien plus résiliente qu'elle n'en a l'air. Un jour, elle apprendra de ses erreurs et se repentira. En attendant, il a bien l'intention de partager son amour et sa positivité à tous. Son petit grain de sel dans un océan.
– Avez-vous une idée de stratégie déjà ? s'enquiert-il auprès de la mentor qui reste obstinément silencieuse. Peut-être leur proposer de se faire passer pour des amoureux, non ? Dire à quel point ils sont déchirés d'être dans les Jeux ensemble… Croyez-moi, je peux voir l'histoire qui transpire entre eux. Il faut exploiter cela !
– Après le coup dans les parties qu'elle lui a donné ? ricane Lateefah. Remarque, on peut toujours faire passer ça pour un moment de panique à l'idée de devoir le tuer. Sa manière à elle de se protéger dès le départ…
– Je suis si content qu'on s'entende ! s'exclame Miro avec un large sourire.
D'un geste enthousiaste, il l'attrape dans ses bras pour la serrer fort contre son cœur. Elle le repousse immédiatement d'un air irrité. Malgré qu'elle soit habituée à ses gestes d'affections, elle ne les apprécie pas plus que ça. À la désolation de Miro.
– Bas les pattes ! siffle-t-elle.
– Vous savez ma chère, de tels propos me blessent…
– Je sais, le coupe-t-elle. C'est bien le but.
Il pose une main sur son cœur, baissant les yeux au sol.
– Je n'aime pas cette tension que je peux sentir entre nous aujourd'hui. Comment puis-je y remédier ?
– En te la fermant, grogne-t-elle.
– Si c'est ce que vous souhaitez… Mais sachez que vos propos me semblent très secs. Ai-je fait quelque chose de mal ? Je n'aime pas les conflits, comme vous le savez si bien. Il me semble que rester silencieux n'est pas la solution.
– Ça l'est pour moi, rétorque-t-elle d'un ton pincé.
Avant qu'il ne puisse réagir, ils arrivent enfin devant le wagon où la réunion va se dérouler. Sans un regard de plus, Lateefah s'y glisse et il l'imite après un triste soupir. À l'intérieur se trouve une longue table où plusieurs mentors et hôtes ont déjà pris place.
Lateefah s'assoit tout au bout, aussi loin de Miro que possible. Alors qu'il se cherche une place, il se fait bousculer par Vultra qui lui lance un sourire éclatant en guise d'excuse. Prenant place, il croise les mains, pensif. Malgré la mauvaise humeur de la blonde, il sait qu'ils font une excellente équipe. Leurs tributs n'auraient pas pu tomber sur mieux.
Il fera tout pour les soutenir.
.
.
.
Vultra Briln, 36 ans, Secteur 5
– Vultra, quel plaisir ! s'exclame poliment Alexander alors que l'hôte à l'étrange peau verte prend place à côté de lui.
– C'est réciproque mon cher ! lui répond Vultra d'un ton chaleureux. Comment vous portez-vous ces derniers temps ? J'ai cru vous voir à une fête l'autre jour… où était-ce, déjà… ?
– C'était très probablement moi. Les soirées entre amis s'enchaînent depuis quelques jours, et j'ai l'immense plaisir d'être invité à nombre d'entre elles, sourit le bel hôte.
– Je n'en doute pas ! Quelle chance vous avez de vous occuper du secteur Un ! C'est celui que je voulais, mais il y a sûrement eu une erreur dans l'assignation, n'est-ce pas ?
Après tout, ayant deux hôtes célèbres comme parents, il a cela dans le sang. Personne ne peut être meilleur que lui dans ce métier ! Et personne n'a plus à cœur le bien-être de ses tributs que lui ! Mais peu importe, le secteur Cinq est très acceptable, et il a de grands espoirs pour ses deux protégés.
– Oui, oui, certainement, le rassure gentiment Alexander.
La pièce se remplit lentement alors que chacun prend place. Maret, la mentor du district Cinq, s'assied à côté d'eux, les écoutant en silence. Les deux hôtes continuent de discuter tranquillement de tout et de rien, un art qu'ils ont depuis longtemps maîtrisé. Vultra mentionne la parade avec excitation. C'est toujours son moment préféré quand les tributs pouilleux des districts se transforment en de magnifiques papillons admirés de tous.
Bien sûr, la situation est un peu différente cette fois-ci. Les enfants venant du Capitole, ils sont déjà très beaux. Ils connaissent la mode adéquate, savent comment s'habiller et se maquiller comme il se doit. Mais cela ne fera que les rendre encore plus parfaits grâce aux créations des stylistes. Oh, il frétille rien qu'à l'idée !
La petite Siam est si adorable, les sponsors se jetteront sur elle afin de soutenir cet ange. Et Drew a un petit côté viril et mature qui devrait en toucher certains. Sans oublier qu'il semble plutôt protecteur avec sa partenaire de secteur. Comme ce serait merveilleux s'ils s'alliaient !
– Vultra, mon ami, intervient Alexander alors qu'il se perdait dans son enthousiasme. Je dois tout de même le mentionner, quelle horreur pour la pauvre fillette de ton secteur, non ? On m'a dit qu'elle n'a pas pu dire adieu à sa famille car elle s'est évanouie ?
– Oh, oui ! s'écrie Vultra, attirant l'attention des autres autour d'eux. Quelle tragédie, tout de même ! Elle pleurait encore quand je l'ai laissée entre les mains de son équipe de préparation, la pauvre chérie.
– L'idée même de tributs venant de notre propre ville était difficile, mais de voir une gamine si fragile et innocente lancée dans l'arène… J'en ai des frissons, compatit Alexander.
– Oh, il ne faut pas être si pessimiste ! Je suis persuadé qu'elle est une force de la nature sous son visage angélique. Avec les bons conseils, peut-être sortira-t-elle vainqueur, même ! Oh, et saviez-vous qu'elle peut lire sur les lèvres ? C'est un talent parfait pour espionner durant les entraînements !
– Vultra ! l'interrompt Maret d'un chuchotement furieux.
– Quoi ? s'étonne-t-il innocemment.
– Mais enfin, taisez-vous ! Ne révélez pas les informations de nos tributs ainsi !
– Oh, ne vous en faîtes pas, ma chère, intervient Alexander avec un ton rassurant. Je n'utiliserai pas cela contre vos tributs, voyons.
Maret se contente de froncer les sourcils sous le regard perdu de Vultra. De quoi parlent-ils ? Il est sorti de ses pensées quand Neon éclate en sanglot à l'autre bout de la table. Mais pourquoi semble-t-elle si déprimée depuis l'annonce des Jeux ? N'est-ce pas une occasion de célébrer ? Comme ça l'a toujours été ?
.
.
.
Neon Caspia, 32 ans, Secteur 6
Miro trace des cercles rassurants sur son dos avec la paume de sa main, essayant de la consoler gentiment, mais rien n'y fait. Neon pensait qu'elle se ferait à l'idée, qu'éventuellement, elle arriverait à se calmer et à reprendre le contrôle. Mais rien n'y fait. Plus le temps passe, plus les Jeux se rapprochent, et plus elle est dévastée.
Elle ne comprend tout simplement pas. Pourquoi est-elle la seule qui semble si horrifiée de toute cette situation ? Les enfants du Capitole sont innocents ! Ils sont si jeunes, si faibles, si…
Et voilà, elle pleure de plus belle !
– Allons ma chère, reprenez-vous enfin, tente de l'encourager son bon ami Miro. Vous qui êtes pourtant si énergique d'habitude ! Votre bonne humeur est toujours ce qui me remonte le moral, durant les sombres périodes…
– Je n'y arrive pas ! C'est injuste ! Ces pauvres enfants ne méritent pas ce traitement ! Quand je les imagine avec une arme dans la main, ou alors à genoux en train de supplier pour leur vie… Oh, Miro, nous devons faire quelque chose ! Je ne pourrai jamais supporter ces Jeux !
Elle a soudain l'impression de suffoquer. Portant les mains à sa gorge, elle écarquille les yeux de terreur, son corps est pris de spasmes incontrôlables. Elle croit entendre Miro appeler à l'aide, mais sa vision est floue, tout lui semble si lointain… Alors que tout devient noir, une main appuie fermement sur sa nuque et force sa tête entre ses jambes.
– Elle a juste une crise de panique, maugrée une voix féminine au dessus d'elle. Dîtes-lui de respirer. Ça va passer.
– Inspire lentement, puis expire… lui chuchote Miro tout doucement.
Elle hoche faiblement la tête. Fermant les yeux, elle calme lentement sa respiration jusqu'à ce qu'elle ait repris le contrôle. La main sur sa nuque s'éloigne d'un geste sec et elle se redresse à temps pourvoir Lateefah reprendre sa place assise. Les larmes continuent de couler le long de ses joues – qui aurait cru qu'elle avait autant de liquide en elle – et elle renifle. Miro lui tend un mouchoir en tissu avec un petit sourire qu'elle accepte gracieusement.
– Ha ! Je dois travailler avec cette pleurnicharde ? se moque bruyamment Payne en face d'eux. Je plaindrais nos tributs, si ce n'est que… je m'en fous de leur survie ~ !
Neon ne peut retenir un hoquet choqué, et ses pleurs augmentent rien qu'à l'idée de voir ses protégés morts dans l'arène. Par sa faute. Car elle est incapable de se reprendre en main.
– Je croyais que tu serais content, Payne, intervient Lateefah d'un ton taquin. Tu as quand même eu deux volontaires.
– Est-ce que c'est de la jalousie que j'entends dans ta voix, Latee ? susurre-t-il avec un clin d'œil.
– C'est sûr que je pourrais les faire aller bien plus loin que toi dans l'arène, en tout cas.
– Qui sait, peut-être que cette fois je vais m'y mettre sérieusement, rétorque-t-il avec son habituel sourire carnassier. Après tout, le plus longtemps ils restent en vie, le plus ils souffrent ! Et si je réussis mon coup, peut-être que j'arriverai à les rendre fous avant même que les Jeux ne commencent ! Imagine le spectacle que ça risque de donner…
– Shh ! les interrompt Abigail alors que Lateefah s'apprête à répliquer. La Haute Juge arrive !
Payne tourne un regard goguenard en direction de Neon, posant l'index sur ses lèvres. Elle frissonne malgré elle. Il faut qu'elle se reprenne. Sinon, il va détruire Glenn et Nausika et elle n'aura rien fait pour l'en empêcher !
.
.
.
Abigail Smith, 31 ans, Secteur 7
Elle lisse soigneusement sa robe et ses cheveux, puis se redresse dans son siège dans la position la plus digne qu'elle puisse prendre. La double porte du wagon coulisse silencieusement, et la Haute Juge se glisse à l'intérieur, encadrée par un homme à la carrure imposante et à la peau noir de jais ainsi que deux Thraxs. Elle agite les mains et ces derniers ressortent immédiatement.
Elle s'assied élégamment, un chaleureux sourire aux lèvres, alors que l'homme reste debout derrière elle, les surplombant tous. La jeune femme commence par saluer chaque personne présente dans la pièce avec une politesse à couper le souffle.
– Bonjour à tous, dit-elle finalement. Comme vous le savez sûrement, je suis la Haute Juge de ces Jeux, Aurora Selkirk. Et derrière moi est mon fidèle serviteur, Kerberos.
Ce dernier réagit à peine, ne faisant que croiser les bras. Abigail déglutit nerveusement. Elle peut sentir l'air d'importance qui entoure ces deux là. Elle a entendu des rumeurs concernant l'arène. Il semblerait qu'elle est particulièrement sadique, que seul un esprit tordu aurait pu penser à une telle monstruosité. Et pourtant, cette femme si proprement habillée semble complètement innocente.
Encore une fois, Abigail est plus que soulagée de savoir sa fille chérie saine et sauve. Elle en faisait des cauchemars depuis des mois, rien qu'à l'idée que Mackenzie ne se retrouve dans l'arène.
– Je vous ai rassemblé ici afin que vous appreniez tous à faire connaissance, comme il est coutume, entame enfin la Haute Juge en déposant les coudes sur la table, les mains entrecroisées. Vous êtes essentiels au bon fonctionnement de ces Jeux, et je tenais à bien vous le rappeler. C'est à vous d'aider vos tributs, de leur trouver des alliances, des sponsors, ainsi que les meilleures stratégies possibles, afin que l'un de vos tributs gagne. Ces Hunger Games seront spectaculaires, et je compte sur vous afin d'accomplir cela.
Elle prend une pause, parcourant l'assemblée d'un regard perçant, puis elle s'appuie confortablement sur le dossier de son siège.
– De plus, j'aimerais rappeler que malgré votre travail conjoint, ce sont les mentors qui ont le dernier mot quant aux parachutes à envoyer dans l'arène. Sans l'accord du mentor, l'hôte ne peut en aucun cas envoyer un parachute.
Abigail lance malgré elle un regard désespéré en direction d'Arzen, le mentor de son district. Le vieillard a complètement perdu la tête, et elle ne voit pas comment elle pourra trouver des sponsors avec lui. Elle en vient presque à espérer que ses tributs meurent aussi vite que possible afin qu'elle puisse retourner auprès de sa famille et oublier toute cette histoire.
Mais évidemment, elle ne peut pas. Elle a toujours été une hôtesse hors pair, et ce n'est pas maintenant qu'elle va arrêter. Pour une fois qu'elle a des tributs civilisés ! Bien sûr, c'est une tragédie d'avoir les enfants du Capitole participer, mais elle ne peut s'empêcher de penser que cela devrait rendre les Jeux beaucoup plus intéressants.
Si seulement Arzen était un mentor compétent… Elle aurait peut-être pu faire gagner Aeder ou Esedra ! Peu importe. Elle peut s'occuper d'eux seule. Tant qu'ils suivent ses conseils, elle les aidera.
L'hôtesse est détournée de ses réflexions par un glapissement. Tournant la tête, elle arque un sourcil alors qu'Alkyone affiche une expression d'horreur absolue. Et puis quoi encore ? Ils sont dans une réunion importante ici ! Où sont donc ses manières ?
.
.
.
Alkyone Pekk, 58 ans, Secteur 8
Payne lui lance un sourire amusé pendant que la Haute Juge fait son discours. Et sans prévenir, il avance le bras et pose la main, paume première, sur la tête d'Alkyone. Elle ne peut retenir un cri de frayeur, reculant son siège vers la gauche dans un mouvement de répulsion.
Le sourire du jeune homme ne fait que s'élargir alors qu'elle fouille frénétiquement dans son sac pour en sortir son désinfectant. Elle l'étale immédiatement sur son crâne rasé, mais déjà les scénarios de toutes les maladies qu'elle vient peut-être d'attraper à cause des microbes du mentor lui montent à l'esprit. Elle retient les larmes qui menacent de couler, les lèvres tremblantes.
Tyrion éclate d'un rire bruyant, s'attirant le regard foudroyant d'Aurore. Il hausse les épaules avec nonchalance, levant le pouce en direction de Payne. Celui-ci fait un clin d'œil, mais Alkyone leur porte à peine attention.
Un frisson de dégoût la parcourt. Elle va mourir. Ces Jeux vont la tuer, à coup sûr. Elle se tenait en relative sécurité depuis la rébellion, barricadée chez elle, mais non. Il a fallu que de nouveaux Hunger Games soient votés et que les Thraxs la sortent de force de sa maison. Maintenant, elle doit passer tout son temps avec d'horribles gens porteurs d'on ne sait combien de microbes potentiellement mortels.
Sans parler de Tyrion, qui est si impropre qu'elle a envie de se rouler en boule dans une penderie. Aleksei, le tribut masculin, n'est pas bien mieux. La sueur qui perlait à son front durant le trajet en voiture a failli la faire s'évanouir de peur. Au moins, Lynder semble s'occuper correctement de son hygiène. Mais elle pleure beaucoup, et c'est du fluide en bien trop grande quantité juste à sa portée.
Elle est fichue. Elle va mourir, c'est sûr. Si ça se trouve, elle a déjà attrapé une maladie ! Sa peau lui semble un peu moite, et son battement de cœur est accéléré… Et puis, son foie est un peu douloureux, depuis tout à l'heure…
Oh, elle avait enfin pris sa retraite ! Après avoir été forcée de travailler pendant des années malgré avoir frôlé la mort de si près dans sa jeunesse en rendant visite à un district… Elle se croyait enfin libre… en sécurité !
– Bonne chance à tous, déclare la Haute Juge en la sortant de ses pensées. Et n'oubliez pas. L'hôte dont le tribut sortira vainqueur de l'arène aura droit à l'immunité de guerre permanente, peu importe sa participation aux Hunger Games auparavant. Les autres devront comparaître en cour afin de payer pour leurs crimes.
Comme si elle ne payait pas déjà assez en devant être hôtesse encore une fois, geint mentalement Alkyone. Mais elle veut cette immunité. Ainsi, elle n'aura plus jamais à sortir de chez elle par la suite !
Aurora se lève, faisant signe aux quelques autres qui l'imitent de se rasseoir, puis quitte la pièce sans un regard en arrière, suivie de Kerberos. Aussitôt, l'atmosphère dans le wagon semble beaucoup plus détendue. Alkyone passe nerveusement un tissu désinfectant sur ses mains, prenant soin de garder Payne dans son champ de vision. Celui-ci pianote sur la longue table et se met à siffloter gaiement.
Nastya se lève soudain d'un bond, faisant sursauter tout le monde. Alkyone touche sa voisine par accident, l'hôtesse du Dix, et entreprends son rituel de désinfection pour la énième fois.
Elle va mourir. Si ce n'est pas à cause d'une maladie, alors ce sera par une crise cardiaque.
.
.
.
Nastya Etin, 28 ans, Secteur 9
Kayla éclate de rire alors que Nastya la fusille d'un regard meurtrier. Comme elle aimerait pouvoir tuer rien qu'avec ses yeux, parfois ! Comment est-elle censée travailler avec la mentor alors que celle-ci s'amuse à poser un pied sur son entrejambe en plein milieu d'une réunion sérieuse ?! Quelle dévergondée !
– Oh, n'en fais pas toute une histoire, ricane Kayla en croisant les bras derrière sa tête avec nonchalance. Je croyais que tu aimerais ça, pourtant !
– A-aimer ça ? couine Nastya en écarquillant les yeux.
– Paraît qu'aucun homme ne t'a touchée depuis des années ? Et te connaissant, je doute que tu te fasses plaisir toi-même. Trop prude, hein ? Je voulais juste te rendre service ! conclut-elle avec un clin d'œil.
Bouillonnante de rage, Nastya se retient tant bien que mal d'aller gifler la mentor jusqu'à possiblement lui arracher la tête. Franchement, ça ne serait pas une perte pour Panem. Se détournant, elle respire longuement, les poings serrés. Elle a toute la durée des Jeux pour penser à une vengeance adéquate.
Personne ne l'humilie sans en payer le prix, et la catin des Jeux ne sera pas une exception !
– Excusez-moi, votre attention je vous prie… intervient alors Alexander avec un charmant sourire. Comme mademoiselle Selkirk nous l'a proposé, je crois qu'il serait une bonne idée de faire connaissance, et surtout de présenter nos tributs ? Je peux commencer si ça convient à tout le monde.
Nastya lui lance un regard mauvais, se renfrognant dans sa chaise. Il lui rappelle son ex qui l'a laissée il y a des années de cela. Un connard qui lui a brisé le cœur avec ses bonnes manières et son sourire trompeur. Plus jamais elle ne tombera dans le panneau. Les hommes comme Alexander, ils sont tous des menteurs et manipulateurs.
Il présente ses deux tributs, Aïvy et Ycare, donnant autant d'informations que possible sans révéler quoi que ce soit pouvant les mettre en danger. L'hôtesse tourne son regard vers le plafond, réfléchissant à ses propres protégés. Les deux lui semblent bien faibles et timides, ils lui ont à peine adressé la parole dans la voiture et ils sont loin d'être costauds. Ils n'auront aucune chance dans l'arène.
Et puis pourquoi s'est-elle retrouvée avec le secteur Neuf, aussi ?! Avec son talent, elle méritait un secteur bien plus haut placé ! Mais non, comme d'habitude, les gens ne la reconnaissent pas à sa juste valeur !
– Ça sert à rien tout ça, coupe Lateefah d'une voix ferme, attirant l'attention de tous. On devrait se reparler suite à la parade, quand nous connaîtrons la popularité des tributs et que nous aurons eu le temps d'établir une stratégie avec eux. En attentant, on ne peut qu'observer.
Elle se lève, imitée par quelques autres mentors et hôtes. Nastya ne peut qu'être d'accord. Elle décide de quitter le wagon à son tour afin de retourner auprès de ces tributs. La parade est toujours son moment préféré. Voir les stylistes à l'œuvre l'émerveille.
Dommage que ce soit la dernière édition des Hunger Games, sinon elle aurait enfin présenté son portfolio afin de devenir elle-même une styliste pour les Jeux. Ça a toujours été son rêve après tout. En attendant, elle est coincée comme hôtesse.
En chemin, elle bouscule Azure et ne peut s'empêcher d'avoir un regard hautain à la vue de cette hôtesse si peu féminine. Ne comprend-elle pas l'importance des apparences dans leur métier ? Comment une femme pareille a réussie à être hôtesse, elle se le demandera toujours.
.
.
.
Azure Olwin, 45 ans, Secteur 10
Devant l'air supérieur que lui donne Nastya, Azure arque un sourcil et lui fait gentiment un doigt d'honneur. Cette connasse se croit meilleure que tous pour absolument aucune raison. L'hôtesse affiche une expression outrée, mais déjà Azure lui tourne le dos. Elle ne vaut pas la peine de se prendre la tête.
Elle rejoint Wren, qui est en train de discuter poliment avec le pauvre Arzen. Celui-ci n'a plus toute sa tête, et Azure plaint ses tributs qui devront probablement se débrouiller seuls à cause de cela. Au moins, leur hôtesse n'est pas complètement incompétente.
– Alors, commence-t-elle en s'arrêtant à la gauche de Wren. On s'occupe de quel tribut ?
– J'aurais dit qu'avec ton passé criminel, tu serais bien pour prendre le gars en charge, mais…
– Oui, Rosaphyr semble trop inconfortable en ta présence, continue-t-elle pour Wren.
Il hoche la tête, et les deux échangent un regard inquiet. La petite n'est pas bien prometteuse pour l'arène. Il y a son âge, mais aussi sa maigreur et la lueur de peur qui semble gravé dans ses yeux en permanence.
– Je prends donc Eodhan, conclut Wren avec un soupir. Mais avec son statut de révolutionnaire qu'il refuse de cacher, j'ai peur qu'il ne puisse aller bien loin. Les Juges ne peuvent pas laisser un tel tribut gagner.
– Oui, oui, opine Arzen comme s'il comprenait parfaitement de quoi ils discutent, les faisant rire.
Azure soupire à son tour. Les rebelles, elle s'y connait. Elle-même a grandi dans une famille pauvre du Capitole, et pour survivre dans ce genre de condition, le meilleur moyen était de se joindre à une gang de rue. Ce n'est qu'à vingt-trois ans qu'elle a réussi à s'en détacher. Un peu perdue, elle s'est dit qu'aider les jeunes des Hunger Games était une bonne façon d'excuser ses actions passées.
Alors les délinquants qui envoient le monde entier se faire foutre comme Eodhan, elle connaît. Elle sait que la rage qui habite les gens quand ils se sentent impuissants peut être dévastatrice. Peut-être devrait-elle avoir une petite conversation avec lui, afin de l'empêcher de faire une erreur. Sa survie devrait tout de même passer avant sa philosophie.
– Si sérieuse, Azure, la taquine alors Wren.
Elle lui tire la langue, et d'un geste soudain, lui claque bruyamment les fesses. Il sursaute et lui lance un regard goguenard, l'attrapant par la taille.
– On sait jamais, non ? dit-elle enfin après deux minutes de chamailleries. On pourrait être surpris. Tout peut arriver, dans l'arène.
– Je suis bien d'accord avec ça, approuve Wren en la relâchant. Mais en fait, ce n'est pas le réel problème.
– Oui… Tout dépend de s'il a vraiment dix-neuf ans ou non… Car s'il ne ment pas, alors…
Les deux se taisent, n'osant pas le dire. Même si leurs tributs gagnent rarement, au moins ils peuvent toujours avoir le minuscule espoir que cela arrive. Mais si les Juges sont déterminés à tuer un participant, alors rien ne peut être fait.
– Vous parlez de votre petit délinquant ? lance Payne en s'introduisant dans la conversation comme si c'était tout naturel.
Derrière lui se tiennent Naïzer et Zephor, les mentors du Onze et du Douze, ainsi que Mitsu. Wren salue Naïzer et l'hôtesse poliment, mais ignore les deux autres avec qui il n'a jamais pu s'entendre.
– Qu'est-ce que ça peut bien te faire, Payne ? répond Azure d'un ton suspicieux.
– Oh rien. Juste que ça sert à quoi de parler stratégie pour lui ? Je veux dire, soyons francs. S'il a réellement dix-neuf ans, c'est une erreur des districts et ils ne peuvent pas laisser la population l'apprendre, donc il doit mourir. Mais s'il ment, alors il sera simplement méprisé par tous pour son immaturité, donc il n'aura aucun sponsor. Il est voué à mourir au bain de sang, quoi, termine Payne avec un énorme sourire.
Azure serre les poings malgré elle et fait un pas vers l'avant, déterminée à ce qu'il se la ferme. Mais avant qu'elle ne puisse agir, Mitsu place une main sur son bras et penche la tête comme pour lui intimer de se calmer.
.
.
.
Mitsu Calhan, 29 ans, Secteur 11
– Allons parler plus loin, oui ? Ils semblent avoir une conversation privée, intervient Mitsu d'un ton poli mais insistant.
Payne se lèche les lèvres et adresse un clin d'œil en direction d'Azure avant d'obtempérer, suivi des deux autres mentors. Les trois hommes reprennent leur discussion initiale à propos des Jeux. Payne et Naïzer se régalent à l'idée de faire souffrir leurs tributs, alors que Zephor se contente de hocher la tête de temps à autres, l'air morose.
– C'est le garçon surtout qui me plaît, commente Payne d'un air rêveur. La fille me semble déjà assez dérangée, elle n'a besoin que d'un petit coup de pouce. Mais lui, par contre… Oh, je vais me faire un plaisir de le briser.
– Les miens sont minables, se plaint Naïzer avec un large soupir. Ils sont déjà si pitoyables et désespérés… Ils vont mourir au bain de sang, ça ne fait aucun doute. Quelle déception ! Bon, je m'attendais à des tributs du genre, venant du Capitole, mais… Pff.
Mitsu sourit poliment et hoche la tête. Pour elle, peu importe. Elle fera son travail, mais ce n'est pas comme si elle ressentait une quelconque compassion. Le meilleur moyen de les aider est de bannir ses émotions. Elle est bonne à son travail. Depuis qu'elle a adopté sa persona de geisha, ils n'ont rien à redire sur sa performance. Et ses parents sont extatiques quand ils la voient à l'écran une fois par an.
Bien sûr, ce n'est rien comparé à sa jeunesse, où elle était une actrice connue de tous. Mais depuis son scandale, les caméras ne sont plus trop ses amies… Elle est hôtesse pour faire plaisir à ses parents, mais elle-même a horreur être le centre de l'attention.
Peut-être que les Jeux enfin terminés, elle pourra se trouver un métier tranquille loin des caméras. Elle a écouté les souhaits de ses parents bien assez longtemps. L'idée que ce soit enfin la dernière fois comme hôtesse l'emplit d'énergie. Et elle fera son travail à la perfection, comme toujours.
– En tout cas, mes tributs ne pourront pas compter sur mon aide. Les voir désespérer tous seuls dans leur coin, c'est ça que je veux. Ils méritent cette punition. Foutus habitants du Capitole, grogne Naïzer.
– Voyons, comme si vous accepterez vraiment de perdre les Jeux, le taquine Mitsu. Je croyais que la stratégie était votre passion ?
– Je dis pas si j'avais eu les deux volontaires… rétorque-t-il d'un ton bourru.
– Comme Lucky le dit si bien, la chance est de mon côté ! Et parlant de Kell, je viens d'apprendre qu'il est Juge cette fois. Vous imaginez sa… chance ? ricane Payne. Je me demandais justement pourquoi il n'était pas aux premières loges avec nous. Mais en fin de compte, il a une place encore plus privilégiée ! Ah, je suis parcouru de frissons rien qu'à l'idée de découvrir cette fameuse arène ~ !
Mitsu continue de les écouter d'une oreille distraite. Connaissant Naïzer, il aidera leurs tributs malgré lui. Il est incapable de ne pas participer. Même s'il veut voir les enfants morts, il ne pourra accepter de perdre contre les autres mentors.
Enfin. Quoiqu'il décide, elle fera son rôle, et c'est tout.
Après quelques minutes, Anthony les interrompt. Il vient chercher Zephor car le train arrive bientôt dans le district Un et il faut retourner auprès des tributs.
– C'est ça qu'un des types habillé en cuir m'a dit, en tout cas, bafouille-t-il d'un air perdu. D'ailleurs, vous savez où ils sont, mes tributs ? Je m'en souviens plus trop…
Zephor s'éloigne sans l'attendre de sa démarche maussade, et Anthony leur fait un petit salut de la main avant de le suivre. Mitsu regarde le jeune hôte partir d'un œil critique. Il fait presque pitié tellement il est mauvais à ce métier.
.
.
.
Anthony Andler, 25 ans, Secteur 12
– Alors, euh… C'est où qu'on va finalement ? s'enquiert timidement l'hôte, essayant de suivre les longues enjambées de Zephor.
Celui-ci se contente de lui lancer un regard mauvais avant d'accélérer encore plus. Ils passent à travers de nombreux wagons, tous occupés par une équipe de stylistes en train de préparer leurs tributs. Pour le moment, ils n'en sont qu'à mettre leurs tributs à « beauté zéro ». Le vrai travail commence une fois arrivés dans le district Un. Ou… un truc du genre.
Anthony hausse les épaules et se gratte la nuque. Vivement que toute cette histoire soit terminée et qu'il soit enfin libre. Il déteste ce travail. Beaucoup trop épuisant. Si seulement il n'avait pas perdu son pari ! Il était si sûr de lui, cette fois-ci ! Bon, c'est vrai que sacrifier dix ans de sa vie était un peu risqué, mais vraiment… On ne fait pas d'omelettes sans casser d'œufs !
Ses amis ont bien rigolé la première fois qu'il s'est retrouvé à l'écran, il y a trois ans. Il ne niera pas qu'il est plutôt ridicule dans ce métier, mais… c'est pas comme si ça l'intéressait, hein ? Et dire qu'il pensait s'être évité huit ans de honte avec l'Embrasement… Ben non, il doit encore être hôte une année de plus !
Franchement, Coin aurait pu s'abstenir de reconduire ce truc ringard et dépassé. Il en a marre de jouer le pot de fleurs sur scène, lui ! Ses tributs ont intérêt à crever vite parce qu'il ne va vraiment pas s'amuser en se frappant des cocktails et bavardages hypocrites pendant trois semaines. En plus, il ne peut même pas faire de paris officiels. Nul, quoi.
En parlant de tributs… Il lui semble que la styliste a parlé d'une stratégie à établir ? Se tournant vers le mentor, il tente d'afficher son sourire le plus avenant.
– Et sinon… c'est quoi le plan ? On n'est pas censés genre… avoir une stratégie ? Un plan parfait qui assure la victoire de nos tributs ? Genre leur donner une personnalité à suivre tout le long des Jeux pour tromper tout le monde… comme les agents secrets qui se créent une fausse identité pour atteindre leur but… J'adorais les films d'espionnage quand j'étais jeune, vous savez ? Mais j'ai jamais été très doué pour lire les gens et tout. Parce que c'est comme ça que ça fonctionne, non ?
Zephor le fusille du regard et il se tait malgré lui. Mais devant le silence de plus en plus lourd, il ne peut s'empêcher d'intervenir à nouveau.
– Donc… pas de conseils ?
Le mentor semble être pensif pendant quelques instants, puis soudain un petit sourire se dessine sur ses maigres lèvres. Anthony ne peut retenir un mouvement de recul devant cette expression plus que malsaine. Il lui fout la frousse, sérieux. Et puis c'est quoi cette idée de ressembler à un zombie ambulant ? Pourquoi c'est lui qui doit se taper le mentor le plus terrifiant ? Il aurait pas dit non à Lateefah avec sa beauté de femme mûre… Ou Giuseppina, la mentor du Un, qui semble avoir à peu près son âge…
Mais non. Faut qu'il aie Zephor, l'empoisonneur d'office qui ressemble à un mort-vivant prêt à lui bouffer le cerveau à tout instant.
– J'ai une idée géniale pour attirer les sponsors, lâche enfin le vieux en se frottant les mains.
Anthony a vraiment… mais vraiment un mauvais pressentiment. Il doute que le mentor veuille réellement aider les tributs. Il parierait même qu'il veut leur causer du tort. C'est bien ce que font les psychopathes, non ?
Oh, et puis il s'en fout. Toute manière, le plus vite les deux gamins meurent, le plus vite il sera libre de ses fonctions. Et puis il a hâte d'être à la parade. Il a fait un pari non-officiel avec un ami… Il va gagner à coup sûr cette fois, pas de doute ! Vaut mieux, parce que sinon… Les entrevues vont être humiliantes.
