Nouveau chapitre, comme vous pouvez le constater ! *après m'être faite harcelée comme c'est pas possible pendant 3 jours* *pleure de soulagement* La deuxième et dernière partie de la parade. J'espère qu'elle sera à votre goût ! :)
Merci à tous pour vos fantastiques reviews. Et je sais que la question de sponsor était difficile, merci d'y avoir participer sérieusement X) (bon, à part une certaine Zod'a... mais on lui pardonne, elle n'a pas votre intelligence) Je vous promets que des questions du genre seront rares, j'étais juste curieuse de voir ce que vous en penseriez. D'ailleurs, la réponse est que les thèmes représentent le Capitole par rapport aux districts, et la façon dont les habitants de la ville se voient par rapport aux autres. Voilà voilà. *mes explications sont nulles, toutes mes excuses... vu que les thèmes ont été décidés y'a 6-8 mois de cela, c'est un peu flou dans ma mémoire* L'idée sera un peu plus expliquée dans le chapitre. Mais sincèrement, toutes les théories étaient super intéressantes et auraient été possibles, je crois. (sauf celle concernant ma vie sexuelle, nan mais, u_u)
Solène : Mais si ma théorie fonctionne ! C'est justement parce que j'écris lentement que je veux poster dès que j'ai fini ! *sifflote* Merci de ta revieeeeew ma Leeloo d'amour ! On va découvrir les costumes de Cleo et Alice dans ce chapitre, faut pas s'inquiéter ;) Pour Esedra et Aeder... wais, y'a vraiment des stylistes cons parfois. Pour Leonie, c'est sûr que le pdv de Louarn en donne une perception différente, mais je crois aussi réellement que Leonie est quelqu'un de très froid quand elle n'est pas avec ses proches. Vu qu'on ne l'avait vu qu'avec sa famille, on voit maintenant une autre facette d'elle :) Bon, et puis Louarn lui tape sur les nerfs, aussi. Et Skyler est sensée être une dominatrice, pas une pute ! è_é Le pauvre Etan... il aurait le coeur brisé s'il t'entendait ! mdr Pour le sexe... tu sais bien que j'écris pas de lemons... et la fic est en rated T, donc... voilà. Désolée de détruire les rêves des autres, hein. Ton point pour la question est pris en note, mais je ne réponds JAMAIS aux menaces ! T'auras pas double de points comme ça hein ! Pff... ET J'ÉCRIS, TABARNAK ! (oui, je fais ma québécoise)
Lyamm : Merci de ta revieeew ! :D Et pour la faute... bah tu sais, y'a des gens qui disent rubic, d'autres rubik, d'autres rubix... je sais plus, moi ! è_é (non mais sérieux, c'est gentil de souligner les fautes, ça aide toujours) Ta théorie pour la question était intéressante n'empêche :O Ton point est pris en note ! :3
Nmalia : Ooooh, Drew est aimééééé ! *attention, il rougit !* XD Merci de ta review et des encouragements ! X) C'est vrai que la motivation est parfois assez chiante à trouver, mais bon. Je fais comme je peux ^^' Ton pris a été pris en compte ! :D
Merci à ma super-merveilleuse-ultra-cool bêta d'opinion, Ljay, comme toujours. :D
Question 03 : Quel costume vous a fait le plus réagir, et de quelle façon ?
Enjooooy ! Et n'oubliez pas de laisser une petite review pour mettre du soleil (oui, bon, j'en ai déjà en masse cet été mais... un peu plus, un peu moins...) dans ma vie ! J'ai besoin de bronzer !
PARADE
Garder la tête haute
Lynder Scullane, 18 ans, Secteur 8
Les portes de la gare s'ouvrent silencieusement et je retiens mon souffle malgré moi. À l'extérieur, je peux entendre une clameur, un bourdonnement de voix qui s'entremêlent. L'un des assistants m'a dit que des gens de tous les districts se sont déplacés pour l'événement.
Un frisson me parcourt et je baisse les yeux quelques secondes, essayant de me reprendre en main. Je n'ai pas à être nerveuse. J'ai été à des tonnes de fêtes avant, j'ai même participé à quelques défilés avec des amies pour des charités. Il suffit de sourire et tout ira bien.
Mon souffle se coupe à cause de ma robe qui m'enserre un peu trop la taille. Dans l'espoir de cacher ma rondeur, je crois. Je dois avouer que mon costume me va à merveille. Enfin quelque chose qui va bien en cette horrible journée.
Je plonge curieusement un doigt dans le chocolat qui coule le long de ma robe et le porte à ma bouche. C'est délicieux. L'or de ma tenue brille sous les lumières de la gare, et les friandises s'entrechoquent dans un bruit de froissement de plastique. Mon ventre gargouille malgré moi et je me sers à nouveau du chocolat qui sort de mon chapeau pour descendre en petites rivières jusqu'au bas de ma robe, en forme de bassin.
– C'est parti, marmonne Aleksei à côté de moi, me faisant sursauter.
Je risque un coup d'œil dans sa direction et ne peux empêcher le mouvement de recul devant son air meurtrier. J'ai cru que je pourrais peut-être lui faire confiance, suite à la moisson. Après tout, il m'a laissée pleurer dans ses bras et m'a réconfortée tant bien que mal. Mais les assistants de notre styliste m'ont ramenée à la raison.
Un volontaire aux Hunger Games n'aura jamais de bonnes intentions. Il veut participer à cette horreur, à ce massacre. Ça veut dire qu'il est prêt à tuer, à trahir, à manipuler… Ça veut dire qu'il est dangereux. Que je dois rester aussi loin de lui que possible.
Et c'est ce que je vais faire.
Au moins, j'ai eu plus de chance que lui côté costume. Pour représenter la frugalité, il a une tenue blanche chiffonnée et salie de poussière. Dessus sont accrochés des fruits et légumes difformes, plein de moisissures, masqués par de la terre et de la boue. Sans parler des morceaux de viande en décomposition et des poissons loin d'être frais. En plus de cela, ses bras et ses jambes sont peints comme si lui-même est en train de moisir. L'odeur qu'il dégage est loin d'être alléchante.
Notre charriot s'ébranle enfin et je m'accroche de justesse aux rebords. Un nœud se forme dans mon ventre et je prends une grande inspiration. J'entends alors des exclamations fuser devant nous et tourne mon regard dans la direction du grabuge.
– Qu'est-ce que… dis-je, abasourdie.
– Pas con pour se faire remarquer, remarque Aleksei d'un ton grognon, comme s'il est déçu de ne pas y avoir pensé lui-même.
Un garçon vient de grimper à bord du charriot du secteur Trois à la dernière minute, échappant aux Thraxs rouges de colère. Je tente de croiser les bras mais en suis incapable à cause de mon costume. Alors c'est ça. Les Jeux ont commencé. Déjà, les autres tributs établissent des stratégies, tentent de s'attirer des sponsors, de se trouver des alliés…
Immédiatement, je me sens épiée par tous. Je dois paraître bien ridicule, la grosse pour représenter la gourmandise. Ils me croient sûrement faible et idiote. Une pauvre fille du Capitole, incapable de faire quoi que ce soit. Pas comme mon partenaire de secteur. Le volontaire, le gars grand et fort, plein de cicatrices et de muscles.
Je serre les poings et me redresse. Je ne dois pas me laisser abattre ainsi. J'ai assez pleuré ce matin.
Notre charriot passe enfin les portes de la gare. Le bruit à l'extérieur est assourdissant, et le soleil couchant m'aveugle pendant de brèves secondes. Quand je peux enfin y voir clair, il n'y a qu'une marée d'habitants qui s'étend à perte de vue. Aux fenêtres, aux balcons, dans les ruelles et trottoirs… Ils sont partout. Tous les yeux rivés sur moi, sur nous tous. Les vingt-quatre pauvres petits tributs.
Mes jambes fléchissent légèrement mais je m'accroche à la barre devant moi et me force à rester droite. Aleksei croise les bras et fusille la foule du regard. J'aimerais faire comme lui, en ce moment. Habituellement, durant les parades, les tributs sont traités comme des célébrités.
Sauf que les gens ne nous acclament pas, ici. Ils nous huent, se moquent de nous, de nos costumes, nous jettent des insultes à la figure comme si c'est parfaitement dans leurs droits. Comme si c'est normal. Comme si nous le méritons.
Je me recroqueville sur moi-même. Des larmes me piquent les yeux. En regardant l'un des nombreux écrans qui ont été accrochés sur les murs des immeubles, je peux voir que les autres tributs semblent tout aussi interloqués. L'image s'arrête sur la fille du Six, qui hurle des insultes en retour.
Les seuls qui semblent s'attirer la moindre sympathie sont les plus jeunes. La fillette du Cinq, le garçon du Onze, la petite du Douze… Tant mieux pour eux, j'imagine. Après tout, dans l'arène, ils seront grandement désavantagés.
J'imagine que c'était le plan des Juges. Si nous avions défilés dans le Capitole, nous aurions été accueillis comme des rois et reines, comme des héros. Ils veulent nous ridiculiser, nous rappeler que nous sommes inférieurs maintenant. Des moins que rien.
L'une des roues du charriot s'accrochent sur un obstacle et je me prends presque une débarque, me retenant de justesse mais finissant par terre. Du chocolat déborde de ma robe, et recroquevillée à sol, cachée de la vue des spectateurs, j'hésite à me relever.
Qu'est-ce que ça change, de toute manière ? Au moins, ici, je suis invisible. Se trouver des sponsors ? Ha ! Comme si quiconque des districts voudraient nous aider dans l'arène !
Aleksei se penche légèrement vers moi et je m'aplatis un peu plus. Il fronce les sourcils.
– Quoi ?!
– Je voulais juste t'aider à te relever… chuchote-t-il.
Je secoue la tête de droite à gauche. Que me veut-il, à la fin ? Pourquoi est-il gentil avec moi ? Nous savons parfaitement qu'il n'hésiterait pas une seule seconde à me tuer dans l'arène. Peut-être veut-il que je lui serve de bouclier ? De chaire à canon ? Après tout, je ne pourrai probablement servir à rien d'autre… Aux yeux des autres tributs, du moins.
– Je préfère rester ici, dis-je enfin devant son regard appuyé.
Il arque un sourcil mais hoche la tête, reportant son regard vers l'avant. Cachée ainsi, je me sens complètement ridicule. Mais j'ai beau essayer, je suis incapable de me relever. Je… j'ai peur. De la foule, des jugements, d'être rabaissée à une moins que rien par des gens que je ne connais même pas.
Je suis faible, hypocrite, superficielle… Tout ce que vous voulez. Mais j'ai ma fierté, et il n'est pas question que je participe au jeu des Juges. Que je les laisse m'humilier ainsi.
Un haut-le-cœur me traverse. J'ai l'impression que le chocolat de la robe me remonte à la gorge, comme un cadeau empoisonné de notre styliste. À quoi ça sert d'avoir un magnifique costume dans une telle parade ?
Je me plie en deux, enfouis mon visage dans mes mains. Je déteste les Hunger Games. Mais surtout, je déteste les districts.
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Alvaro Jimenez, 16 ans, Secteur 12
– Je ne dirai pas que je m'y attendais, mais c'est pas vraiment une surprise non plus, dis-je en m'accotant à l'arrière du charriot.
Lythenia reste silencieuse, le regard enflammé et le corps rigide. Nous continuons d'être attaqués verbalement par la foule et je baille malgré moi. La journée a été longue et cette parade est interminable. En plus, sourire et agiter les bras ne sert à rien dans cette situation. Nous ne pouvons qu'attendre calmement que ça passe.
Afin de m'amuser un peu, je me penche brusquement vers Lythenia avec des grognements plein de menace. Elle se tourne vers moi d'un coup et me frappe le tibia. Sautillant sur place, j'éclate malgré tout de rire. Cette fillette n'arrête pas de me surprendre.
– Ben quoi, j'essayais juste d'être dans mon personnage… Pas besoin d'user de la violence, vaut mieux garder tes forces pour l'arène.
Elle me fusille du regard et croise les bras. Puisque le thème de notre secteur est la vie et la mort, notre styliste, une bonne femme un peu idiote, a décidé de nous déguiser en zombies. J'ai l'impression que quand les districts ont choisi ces thèmes, ce n'est pas exactement la représentation qu'ils en cherchaient. D'après ce que j'ai entendu dire durant l'après-midi, ils voulaient montrer le contraste entre le Capitole et les districts. Prouver que nous avons perdu tout ce que nous possédions auparavant, et cela par notre faute.
En même temps, ils auraient dû choisir des stylistes un peu plus talentueux s'ils voulaient que ce soit réalisé correctement.
Ma partenaire de secteur se met soudain à marmonner tout bas. Je penche la tête vers elle, mais je n'arrive pas à distinguer ce qu'elle dit. Quand elle réalise que je l'espionne, elle se hisse sur les rebords des charriots.
– Hey ! C'est dangereux !
Elle tourne la tête vers moi, et à ma grande surprise, me tire la langue. Puis elle saute sur les liens qui relient le charriot au cheval. En un rien de temps, elle a grimpé sur le dos de l'animal et s'y installe confortablement. Je reste ahuri quelques secondes.
Elle est définitivement intéressante. Toutes les caméras sont maintenant concentrées sur elle, au grand malheur des quelques tributs qui tentaient encore d'attirer l'attention des spectateurs.
Je me demande ce qu'il se passe dans sa tête. Un moment elle semble parfaitement calme et en contrôle, presque invisible, et l'autre elle se met à sauter partout, ou à se parler toute seule… Mais peu importe. Elle est trop jeune pour le genre d'allié que je recherche.
Je reporte mon attention sur les autres tributs. Autant les observer pendant que j'en ai l'occasion. La façon dont ils réagissent dans cette situation devrait me donner une bonne idée de leur potentiel. J'ai un plan en tête, mais pour le mettre à exécution, je ne peux pas me permettre de me tromper.
En fait, c'est oncle Timo qui me l'a suggéré durant les adieux. Et qui serais-je pour ignorer ses conseils ? Après tout, ce n'est pas pour rien qu'il est à la tête de la famille.
J'observe les écrans, essayant de repérer les tributs les plus intéressants. Déjà, j'élimine tous les quatorze ans et moins. J'ai besoin de quelqu'un qui pourrait probablement se faire inviter dans n'importe quelle alliance, mais aussi qui n'a aucun scrupule à trahir quand c'est le temps. Ou à tuer.
J'imagine que pour cela, les volontaires sont les plus intéressants. Pas la petite fille de Snow, car les Juges ne la laisseront jamais sortir en vie de l'arène. Son partenaire de secteur semble fort, et sûr de lui, mais… Il me répugne un peu, va savoir pourquoi.
La mannequin du Deux est probablement trop une princesse, pas intéressant. Le gars peut-être… à retenir. La fille du Trois s'est portée volontaire, de ce qu'on m'a dit, mais elle est trop frêle. Le garçon du Dix est… trop imprévisible, après ce qu'il vient de faire. Je pourrais le garder à l'œil, mais je ne crois pas que ça fonctionnerait.
Les deux du Quatre me semblent proches, trop risqué. Le gars du Cinq semble vraiment protecteur de sa partenaire, donc ça ne fonctionne pas. Les deux du Six sont des volontaires et en plus paraissent ne pas du tout s'entendre, d'après les remarques cinglantes que j'ai entendues plus tôt… Définitivement intéressant.
Le garçon du Sept est trop petit, et la fille n'a pas du tout observé les autres tributs, donc je ne crois pas qu'elle veuille une alliance. La fille du Huit, à oublier. Mais le gars est volontaire et de ses cicatrices, je dirais qu'il s'y connait en combats. À retenir.
Les deux du Neuf me semblent un peu trop timides, trop effacés. La volontaire du Onze pourrait être intéressante, mais peut-être pas assez sûre d'elle.
Quoiqu'il en soit, je dois faire mon choix ce soir au plus tard. Je regarderai les moissons, ça devrait m'aider à prendre une décision. Si mon plan fonctionne, les autres tributs ne comprendront jamais ce qui leur sera tombé dessus.
Ma sœur m'a dit que je devrais prendre mes propres décisions, maintenant. Que c'est peut-être ma dernière chance de le faire. Mais je sais que je ne suis pas le plus malin qui soit. Je préfère encore suivre les ordres d'oncle Timo. Il m'a toujours sorti des pires emmerdes, ce n'est pas les Hunger Games qui vont changer cela.
– Confortable, Lyth ? dis-je avec un grand sourire en direction de ma partenaire de secteur.
Elle ne prend même pas la peine de se retourner, faisant comme si elle ne m'a pas entendu. Elle caresse la croupe du cheval et un bout de peau synthétique se détache de son bras avec un bruit de succion.
– Tu te décomposes, ma vieille !
Elle se raidit mais garde les yeux résolument à l'avant. Je ne sais pas pourquoi, mais j'aime bien l'énerver. C'est probablement idiot. Après tout, c'est déconseillé de se faire des ennemis quand ceux-ci ont l'occasion de te tuer. Mais je n'y peux rien… J'ai besoin de distraction. Réfléchir trop longtemps me donne mal à la tête, et j'ai l'impression que je vais devoir faire beaucoup de cela dans les prochains jours.
La fille du Onze se retourne en entendant mes antiques et je lui adresse un clin d'œil. Elle rougit et reporte son attention vers l'avant. Adorable. Je dois avouer que je préfèrerais une fille comme alliée. Et puis, ça donnerait plus de possibilités aussi.
On verra bien.
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Glenn Azeran, 17 ans, Secteur 6
– Ils vont se la fermer un jour ? grince Nausika
Je soupire, secouant la tête. C'est long, c'est chiant, et plus le temps passe, plus j'ai envie d'étriper les habitants du district. Quoi, parce qu'on vient du Capitole on est superficiels, idiots et narcissiques ? Comme s'ils sont mieux que nous, sales hypocrites. Ils se croient tellement supérieurs parce qu'eux ont souffert soixante-quinze ans d'Hunger Games. C'est pas comme si c'est moi qui les ai instaurés, les Jeux !
C'est long, merde. J'espère que ça finit bientôt. Y'en a marre de rien foutre, debout dans notre charriot comme des imbéciles. Je peux savoir pourquoi j'ai été assez con pour me porter volontaire ?
Bon, Raton-laveur me provoquait, mais… J'aurais dû utiliser mon cerveau, pour une fois ! Mais non, faut toujours que je me précipite tête baissée ! Mes amis étaient tellement en colère. Et mes parents… Même s'ils sont souvent absents, je sais qu'ils tiennent à moi. J'ai foncé dans la cage aux lions comme le premier des demeurés et maintenant je suis pris au piège.
Je dois subir les insultes, les regards haineux de ma partenaire de secteur… Mes moindres faits et gestes épiés par tout Panem.
Je sais pas quoi faire. Franchement, j'avais jamais réalisé à quel point les Hunger Games étaient compliquées. Suffit pas défoncer des têtes dans l'arène. Non, faut une stratégie, faut avoir un bon costume, faut se trouver des alliés, faut prouver ses forces sans tout révéler…
J'ai fait une énorme connerie. Et je suis pas certain de pouvoir me sortir de celle-ci.
Usa est passé me voir durant l'après-midi. Il… non, c'est elle maintenant, hein ? Elle a vraiment changé La dernière fois que je l'avais vu, c'était il y a cinq ans. Elle était encore un homme à l'époque. Ça fait bizarre. C'est mon frère – ma sœur –, mais on se connait à peine. J'aurais bien aimé l'avoir comme styliste. Même si on est presque des inconnus, elle reste ma famille et ça a quelque chose de réconfortant ici.
En plus, je sais qu'elle est excellente dans son métier. Mais bon, au moins, je suis tombé sur un styliste plutôt bon aussi. Son concept pour le costume est bien réalisé, en tout cas. Même si ça ne m'enchante pas exactement, Nausika et moi sommes habillés en un couple de mariés, tout en blanc. Elle porte même le voile qui lui recouvre la moitié du visage – ce qui n'est pas plus mal, ses cicatrices sous les yeux me donnent des frissons.
Vu que notre secteur représente la pureté versus la souillure, le styliste nous a expliqué que nos vêtements se désintègreront en une consistance noire et visqueuse tout au long de la parade, jusqu'à complètement disparaître. Et en dessous, nous portons des tenues noires rappelant celles que portaient Peeta et Katniss durant leur première parade. Question de faire plaisir aux districts, j'imagine.
En tout cas, c'est plutôt sympa comme costume.
Mes amis me manquent déjà. Qui aurait cru que j'étais un vrai pleurnichard, hein ? Bien sûr, je ne l'avouerais jamais à voix haute. Qui sait ce que cette pimbêche de Nausika trouverait à dire. Mais c'est vrai, ils me manquent. Ils ont toujours été meilleurs que moi pour prendre des décisions, pour me guider…
Et puis, mon mentor a l'air complètement dingue. Il n'a pas arrêté de me lancer des clins d'œil. C'est dégoûtant. Il est gay ou quoi ? Et ne parlons pas de mon hôtesse qui pleure comme une madeleine. Jamais vu un truc pareil.
J'entends soudain des exclamations de surprise et relève la tête. Cherchant à comprendre ce qu'il se passe, je me tourne vers Nausika. Elle a une expression répugnée sur le visage. Suivant son regard, j'aperçois enfin ce qui fait réagir si fortement. Les deux tributs du Quatre sont en train de s'embrasser.
– Sérieusement ? dis-je, ahuri. C'est une agence de rencontre les Hunger Games ou quoi ?
Déjà, y'a eu la fille du Trois et le gars du Dix qui se sont fait les gros yeux, maintenant eux… Si ça se trouve, tout le monde va finir en couple avant l'arène, à copuler comme des lapins. En espérant que les deux du Cinq ne seront pas ensemble, parce que ça ferait franchement pédophile.
Je risque un coup d'œil à Nausika… Elle et moi…. Non, jamais. J'en frissonne rien que d'y penser. Je parie qu'elle est sado en plus.
Et les deux continuent de s'embrasser. Super. Allez vous prendre une chambre, quoi.
– Hey ! s'exclame soudain Nausika.
La foule devient aussitôt silencieuse et je comprends pourquoi. Quelqu'un vient de lancer un œuf sur la robe de Nausika. Elle tremble presque de colère, le visage rouge. Le temps semble s'arrêter, tous interloqués par un tel geste.
Puis nous sommes bombardés. C'est comme si les spectateurs viennent de perdre le contrôle total. Je m'accroupis dans le charriot, espérant me cacher des projectiles salissant. Tomates, œufs, légumes et fruits pourris, même des sceaux d'eau et de l'encre.
Ils sont venus préparés.
– ARRÊTEZ ! hurle Nausika, hors d'elle.
Je ricane devant son allure complètement ridicule. Du jus rouge dégouline sur ses cheveux et elle tente de se dépêtrer de son voile qui empeste l'œuf pourri. Avec un soupir, je finis par attraper son poignet pour la tirer vers moi quand un jet d'encre manque de l'aveugler.
– Lâche-moi ! Pas question que je me cache de ses trouillards !
– Fais pas l'idiote ! Tu sers juste de cible de service là, et c'est pas comme s'ils vont se calmer, dis-je d'un ton exaspéré.
Mais elle reste obstinément debout. Je soupire longuement. Je dois l'imiter maintenant, n'est-ce pas ? Après tout, qu'est-ce que les gens penseront si la fille affronte les projectiles mais que le gars se cache comme un lâche ? Et de toute manière, depuis quand je fais preuve d'intelligence, moi ?
Je me lève donc bien haut. Quelques autres tributs ont gardé le dos droit aussi, comme la petite fille de Snow et son partenaire de Secteur, ainsi que la mannequin du Deux. Le garçon du Dix renvoie projectiles sur projectiles en direction de la foule.
La fille du Quatre lève le menton fièrement alors que son amoureux tente de la tirer au fond du charriot. La fille du Sept est aussi debout, tout autant que le garçon du Huit et celui du Neuf. Tous les autres se sont soigneusement mis à l'abri du grabuge.
J'attrape une tomate au vol, et après inspection, croque dedans avec un grand sourire. Nausika jure à côté de moi. Elle hurle soudain de rage et passe une jambe par-dessus le rebord, prête à sauter au bas du charriot.
– T'es folle ou quoi !? dis-je d'une voix affolée, passant mes bras autour de sa taille pour la retenir.
– LE CONNARD M'A JETÉ DES ASTICOTS ! crie-t-elle en tentant de se libérer. ATTENDS QUE JE L'ATTRAPE !
– Arrête, tu vas te faire tuer si tu vas dans la foule maintenant !
– LÂCHE-MOI !
Ramenant ses mains vers l'arrière à l'aveuglette, elle me griffe méchamment la gorge et la nuque. Je grogne de douleur mais tiens bon. Des Thraxs débarquent afin et grimpent sur le charriot, la prenant de mes mains. L'un d'eux fait partir les chevaux au galop, et je réalise qu'ils ont fait pareil avec tous les autres tributs.
Nausika se tourne vers moi, une lueur meurtrière dans les yeux.
– Tu vas me le payer, siffle-t-elle. Personne ne me dit quoi faire. Personne, tu m'entends ?!
Je le sens mal, là.
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Aïvy Kirane Snow, 18 ans, Secteur 1
– Eh bien, c'était inattendu, grommèle Ycare en retirant un morceau de fruits de ses cheveux. Je t'aide ?
Je penche obligeamment la tête vers lui mais rien ne se passe.
– Alors, tu fais quelque chose dans le siècle qui vient ou… ?
– J'ai changé d'idée. Je veux pas te donner de fausses idées. Après tout, faire ami-ami avec toi équivaut presque à une peine de mort, non ?
– De quoi tu parles ?
– Voyons, Aïvy. Je croyais que tu étais plus intelligente que ça. Penses-tu réellement que les Juges te laisseront sortir en vie de l'arène alors que tu es la petite fille de Snow ?
Je le fusille du regard, serrant les poings, mais reste silencieuse. Bien sûr, je sais que je suis désavantagée par rapport aux autres tributs. Mais si je perds espoir, c'est fini. Même si je ne m'étais pas portée volontaire, j'aurais quand même été dans les Jeux. Alors autant rester optimiste.
Je peux le faire. Je peux survivre. Il faut que je survive.
– D'ailleurs, reprend Ycare en se penchant vers moi. J'ai jamais pu te supporter, toi avec tes grands airs et ton amour idéaliste pour le Capitole. Ton grand père était un connard assoiffé de pouvoir et je te plains de ne pas t'en rendre compte.
– La ferme !
– On s'énerve ? Pas capable d'accepter la réalité, hein ? Alors continue donc de vivre dans ton monde imaginaire, princesse.
Je sais… Je sais que les districts… peut-être qu'ils ne méritaient pas de subir les Hunger Games durant soixante-quinze ans. Peut-être qu'ils auraient dû en être libérés plus tôt… Mais tout le monde reporte la faute sur mon grand-père… Alors qu'ils aimaient les Jeux. Ils ne voulaient pas que ceux-ci prennent fin… Mon grand-père, il n'était tout puissant comme les districts veulent le faire croire. Il devait respecter les choix de ses habitants, il devait s'occuper de ceux-ci comme il le pouvait. Je me souviens comme il m'avait raconté que les Hunger Games permettaient beaucoup d'emplois, que sans ceux-ci, les gens se retrouveraient sans revenus, sans fierté…
C'est peut-être horrible à dire, mais les Jeux étaient nécessaires pour le fonctionnement du Capitole. Mon grand-père faisait comme il pouvait avec ses obligations. Ce n'est pas lui qui a créé les Hunger Games. Il a dû faire des décisions difficiles durant son régime, mais n'est-ce pas pareil pour tous les dirigeants ?
Moi, tout ce dont je suis certaine, c'est qu'il était un grand-père extraordinaire.
– C'est toi qui comprends rien… dis-je enfin d'un ton bien trop pitoyable à mes propres oreilles.
– Si tu veux… Mais laisse-moi t'avouer un petit secret, Aïvy Kirane Snow, murmure-t-il en se penchant encore plus. Aucun tribut ne voudra s'allier à toi, et ils seront probablement bien heureux quand tu mourras. Ça leur fera un adversaire de moins, après tout. Et franchement, qui regrettera un Snow ? Moi, je me régalerai du spectacle.
Je détourne les yeux, retenant mes larmes de frustration. Je sais que personne ne veut s'allier avec moi. Avant la parade, j'ai essayé de parler avec quelques tributs, mais ils ne voulaient rien savoir. Je les comprends.
Mais peu importe. C'est mieux si je suis seule, après tout. Comme ça, je ne mets personne en danger, et il y a moins de chance que je sois forcée à tuer.
Des Thraxs referment enfin les portes de la gare derrière le secteur Douze, les derniers arrivés. Tous les tributs descendent lentement au sol, se secouant pour retirer les saletés qu'ils ont reçues. Je fais de même, masquant à peine ma grimace de dégoût. Et après, les gens disent que les districts sont mieux que le Capitole ?
Au moins, mon costume était déjà bien monstrueux avant que la foule ne perde la tête. L'idée de notre styliste était assez ingénieuse, en fait. Notre corps était couvert de cornes, crocs, écailles et autres trucs pas très alléchants, qui se sont détachés lentement durant la parade. En dessous, je porte une jolie robe dans les tons dorés et argents soulignant bien les formes de mon corps. Le styliste a voulu montrer que nous étions naturellement beaux… ou un truc du genre. Je dois avouer que je n'ai pas vraiment écouté.
Mon attention est attirée par les tributs du Neuf qui brillent comme mille feux. Il me semble qu'ils ne portaient que des tenues noires toute simples au début de la parade, mais maintenant ils sont presque aveuglants. Une jeune femme leur apporte deux couvertures donc ils se servent pour camoufler la lumière.
– Bienvenue au district Un, chers tributs, tonne une voix féminine.
Je relève la tête, reconnaissant la présidente de Panem, Alma Coin. Elle se tient sur une estrade confectionnée à la va-vite, l'expression toujours aussi sévère et pourtant morne. Je me fais violence pour rester immobile.
C'est elle qui a ordonné l'exécution de mon grand-père… Qui a décidé de faire des Hunger Games avec les enfants du Capitole… qui…
Je ferme les yeux, prenant une grande inspiration. Je commets la même erreur que je condamne chaque fois qu'on parle de mon grand-père. Coin n'est pas la seule responsable. C'est elle, ses conseillers, les anciens vainqueurs des Jeux, les habitants des districts aveuglés par la rancune…
C'est… c'est peut-être la faute de Panem en entier, finalement. Mais que ce soit vrai ou non, ce n'est pas important. Si je dois choisir entre le bien-être du Capitole et celui des districts, mon choix est fait sans hésitation.
– Désolée pour ce petit… désagrément durant la parade, commence Coin d'une voix ferme. Dès votre retour au Capitole, vous serez confinés au centre d'Entraînement. Rien de ce genre ne se reproduira à nouveau.
Elle commence alors un discours sur les raisons de ces Jeux, à quel point ils sont vitaux afin que Panem puisse se reconstruire sur de bonnes bases. Plus elle parle, plus je sens la rage montée. C'est n'importe quoi, ça sonne simplement que des excuses. Puisqu'ils trouvent que les Jeux étaient un traitement si horrible, n'est-ce pas totalement hypocrite de leur part de nous les faire subir aussi ?
Comme si faire les mêmes erreurs que par le passé peu permettre de partir sur de bonnes bases. Idiot, tous autant qu'ils sont.
Je cesse bientôt de l'écouter. J'ai d'autres choses plus importantes à planifier. Par exemple, comment m'assurer que les Juges pourront me laisser survivre à l'arène ? Peut-être en faisant croire que je suis inoffensive ? Que je n'ai aucune intention de suivre les idéaux de mon grand-père ?
Mais qui y croirait ? Et l'idée de mentir, même si c'est pour sauver ma vie, me répugne.
Je crois que je vais avoir besoin de beaucoup de chance, si je ne veux pas mourir.
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Rosaphyr Archer, 14 ans, Secteur 10
– Je vous souhaite de joyeux Hunger Games, termine la présidente avant de s'éloigner avec son escorte de Thraxs.
La gare se met immédiatement à bourdonner de conversations. Seule, je m'appuie contre mon charriot, encore secouée par la parade. Je me suis sentie tellement impuissante. Comme avant, dans ma famille. La petite martyr incapable de se défendre, incapable de s'affirmer.
J'ai honte. Quand les gens ont commencé à nous jeter des trucs, je me suis cachée alors que d'autres sont restés fièrement debout. J'aurais dû faire comme eux… La Rosaphyr libre aurait fait comme eux. Pourquoi suis-je si faible ?
– Prête à enlever ton costume ? me dit une voix masculine, me sortant de mes pensées.
Laercyn me regarde d'un air placide. Je remarque que les autres stylistes ont envahi la gare, rejoignant leurs tributs. Je hoche faiblement la tête. Il se met à me tourner autour avec une grimace.
– Mon beau costume, complètement ruiné. Ces gens des districts n'ont décidément aucun savoir vivre. Pour une fois que j'étais réellement satisfait du résultat, en plus. Ta crinière noire complétait parfaitement la tenue.
Je hausse les épaules. C'est vrai que je me sentais jolie dans le costume, mais je ne peux pas dire que son sort m'importe. Le styliste effleure les ailes noires accrochées dans mon dos et soupire.
Pour représenter la décadence, il a décidé de m'habiller en ange déchu. Il m'a donc vêtue d'une belle robe blanche en dentelle, m'a artificiellement blanchi la peau, a ajouté des lentilles rouges et les ailes. Alors qu'Eodhan semblait plutôt ridicule en roi, je crois que ça m'a donné un air… mystérieux et élégant.
– Si ça avait été une parade normale, tu aurais été dans les favoris, continue de se plaindre Laercyn. Tant pis. On se reprendra aux entrevues. Au moins, celles-ci se feront bien au Capitole.
J'acquiesce d'une petite voix. J'ai hâte que cette journée se termine et que je puisse enfin être seule. Je me sens… épuisée. Autant physiquement qu'émotionnellement. Et je veux prendre une douche. Poser la tête sur un confortable oreiller… Peut-être m'assommer avec un film.
L'hôtesse m'a dit que les quartiers des tributs sont très confortables. Autant en profiter à fond. Je n'ai connu que le grenier, après tout. Le minuscule lit aux inconfortables ressors, les planchers grinçant et pourris, les cafards, souris et rats, le toit qui fuit quand il pleut…
Quand j'y pense, j'ai vraiment eu une vie misérable. En même temps, c'est tout ce que j'ai connu. Je m'y étais habituée. Peut-être qu'être dans le confort aura l'effet inverse et que je me sentirai mal ? Ça serait vraiment ironique.
– Bon, je retourne dans le train, déclare Laercyn. Trouve ton partenaire de secteur puis viens m'y rejoindre. Nous partons dans quinze minutes pour le Capitole et je dois vous enlever vos costumes avant d'arriver.
Il s'éloigne d'un pas rapide. Du coin de l'œil, j'observe quelques stylistes qui discutent cordialement avec leurs tributs, qui leur donnent des conseils et les rassurent. Le mien est si froid et distant…
Une main se pose sur mon épaule et je sursaute violemment. Me retournant d'un bond, je croise les bras quand je reconnais Eodhan. Il affiche un sourire hésitant et penche la tête.
– Ça va ? demande-t-il d'un air penaud.
Je l'ignore, lui tournant à nouveau le dos, mais il se place devant moi immédiatement.
– T'es en colère ?
– Non ! dis-je d'un ton un peu trop précipité à mon goût.
Il sourit de plus belle, amusé, et je baisse les yeux avec frustration.
– Je suis désolé, ok ? J'ai juste… J'ai reconnu une vieille amie, tu sais, et… Je doute que tu comprennes, mais je me suis promis quand j'ai été tiré au sort que je ne jouerai pas le jeu… donc j'ai sauté sur l'occasion de faire des emmerdes… Sérieux, je suis désolé, Rosaphyr.
– Je suis pas en colère !
– Sauf que… tu l'es… rétorque-t-il doucement.
– Non. Je m'en fous. Tu fais ce que tu veux. On est ennemis, non ? Je m'attendais pas à mieux, alors oublie.
– On n'a pas à être ennemi, glisse-t-il. Je dis pas qu'on doit être alliés, mais j'ai pensé qu'on s'entendait plutôt bien cet après-midi, alors… J'ai pas réfléchi au fait que tu te retrouverais seule sur le charriot. C'était mal de ma part. Mais… je ne te veux pas de mal, Rosaphyr…
– J'ai pas besoin de toi ! J'avais pas besoin de toi sur le charriot, et j'aurai pas besoin de toi à l'avenir ! Laisse-moi tranquille !
Relevant la tête, je l'affronte du regard, bouillonnante de rage. Comme si j'allais lui faire confiance. Il est comme ma famille, comme les autres jeunes à l'école. Ils font semblant de se préoccuper de moi, mais en fin de compte tout le monde me trahit. Même Sancus, le seul ami que j'ai jamais eu… Il m'a laissée au Capitole sans un regard en arrière, il n'a pas tenu sa promesse de me sortir de là.
Je ne peux compter que sur moi-même. Ça a toujours été comme ça et ça ne va pas changer. Eodhan vient de me le prouver. Il a fait comme s'il m'aimait bien, comme s'il voulait se rapprocher de moi. Il m'a donné des encouragements pendant les préparations, il m'a dit de ne pas être nerveuse pour la parade… qu'au moins on serait deux…
Et après, il a embarqué sur le charriot du Trois et il m'a laissée pour compte.
– D'accord, dit-il enfin, les épaules basses. C'est compris. Je le mérite, j'imagine. Mais sache quand même que si tu changes d'avis à un moment, que tu as besoin d'un coup de main… Tu peux venir me voir.
– Je changerai pas d'avis !
Il hoche la tête et sourit, puis s'éloigne en direction du train. En chemin, il adresse un salut de la main enthousiaste en direction de la fille du Trois, qui se contente de l'observer en silence, les sourcils froncés. Je la fusille du regard malgré moi. Si ce n'était d'elle, peut-être qu'Eodhan aurait pu…
Non, non. Oublie, Rosa. Tu ne peux faire confiance à personne, d'accord ? Personne. Ils veulent tous ta mort ici, souviens-t-en. Tous. Mais tu ne vas pas mourir.
Les Hunger Games sont ma seule chance d'être libre, de me débarrasser de ma famille. Pas question de la manquer. Je vais leur montrer à tous. Rosaphyr Archer n'est plus la petite esclave obéissante.
Je vais gagner les Jeux. Ou en tout cas, je vais me battre pour cela de toutes mes forces. Jusqu'à la mort… n'est-ce pas ?
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Drew Linasy, 16 ans, Secteur 5
– Quel désastre, mais quel désastre ! se désespère Minnie. Mes pauvres chéris, comme vous avez dû souffrir ! Les gens des districts ne savent donc pas apprécier l'art ? C'est d'une tristesse, tout ça !
Faisant les cent pas, notre styliste rondouillarde passe une main dans ses cheveux blonds. Les plumes accrochées à son derrière m'effleurent le visage et j'éternue malgré moi. Siam retient un gloussement et je lui jette un regard faussement énervé. Au moins, Minnie a le don de nous faire rire. C'est bien sa seule utilité.
Cicero, l'un des assistants, m'aide à enlever mon costume de clown avec des gestes sûrs, ignorant sa patronne. Siam, quant à elle, est assistée par les deux jumelles, Ravenna et Perra.
On ne peut pas dire que Minnie ait usé d'une très grande imagination. Un clown pour représenter les couleurs et un mime pour ce qui est décoloré. Au moins, le costume allait plutôt bien à Siam, contrairement au mien. Ravenna nous a avoué que notre styliste a la réputation de toujours faire les pires vêtements. Sur le coup ce n'était pas rassurant.
– Je n'arrive tout simplement pas à y croire ! On en parlera encore dans dix ans de cette journée ! Mais qu'ont-ils fait de mes magnifiques costumes ! Et vous, mes enfants… Vous avez dû avoir si peur ! Oh, j'en suis toute chamboulée !
Je lève les yeux au ciel. Notre styliste est complètement ridicule. C'est ce moment que choisit le train pour se mettre en marche, mettant fin au monologue de Minnie. Au grand soulagement de tous.
Cicero me passe un peignoir que j'enfile rapidement. Qu'est-ce que je ne donnerais pas pour une douche en ce moment… Et dire que ce n'est que le premier jour des avant-Jeux. Je n'ai pas hâte à la suite.
D'abord les entraînements… Je n'ai encore aucune idée de ce que je vais y faire. Ma seule vraiment force est probablement mon endurance, vu que j'ai pris l'habitude de courir tous les matins depuis deux ans. Mais sinon… je n'y connais aux plantes, ou aux techniques de survie, ou… Rien à rien, quoi.
Au moins, je peux me consoler en me disant que c'est probablement pareil pour les autres tributs. Pas de carrières au Capitole. Ça a quelque chose de rassurant. Rien que l'idée de me retrouver face à une meute de carrières dans l'arène me donne envie de vomir.
Je me demande comment les alliances vont se former, cette année. Par amitié, ou en montrant ses capacités durant les entraînements, ou… Je devrais attendre d'en parler avec notre mentor. Elle s'y connait probablement mieux, elle pourra nous donner de bons conseils.
En tout cas, comme première impression des autres tributs, c'était bizarre. Normalement, on peut se faire une idée de qui est intéressant ou non selon leur popularité durant la parade, mais là… Je ne sais pas trop quoi tirer de ce qu'il s'est passé.
– Madame Babcock ? intervient poliment Cicero à l'adresse de notre styliste.
– Quoi ? Quoi ? s'affole celle-ci alors que son chapeau emplumé lui glisse du crâne.
– Il y a une réunion d'urgence avec la présidente…
– Oh ! C'est vrai ! Bon, veuillez m'excuser les enfants. Prenez donc une douche en attendant, vous empestez !
Je me redresse à cela et hoche la tête. Enfin ! Elle quitte la pièce en trombe, suivie de ses assistants qui nous saluent cordialement. Je me tourne vers Siam. Elle me sourit timidement.
– Tu as compris ce qu'elle a dit ? dis-je en langage des signes.
– Je lis sur les lèvres, je te rappelle, rétorque-t-elle à voix haute.
Je souris à mon tour et lui indique l'une des salles de bain. Elle s'y glisse immédiatement pressée de retirer les morceaux de fruits et légumes collés sur sa peau. Je prends la deuxième et grogne de soulagement quand l'eau tombe sur mon dos.
Je n'avais pas réalisé à quel point j'étais tendu. En même temps, après s'être fait insulté et attaqué, ce n'est pas étonnant. J'envie presque Siam et sa surdité, au moins elle n'a rien entendu.
Je crois que nous avons tous les deux eu assez peur. Quand les foules deviennent hors de contrôle… Qui sait ce qui aurait pu nous arriver si les spectateurs avaient décidé de nous attaquer pour de vrai. Ça aurait pu être très dangereux. Je ne sais pas ce qui est passé par la tête de la présidente et des Juges mais… l'idée de faire la parade dans le district Un était vraiment idiote.
Une vingtaine de minutes plus tard, je sors enfin de la douche, complètement propre. Siam me rejoint un peu plus tard. J'imagine que laver ses longs cheveux prend plus de temps.
Nous nous observons en silence quelques secondes, ne sachant trop quoi se dire. Finalement, Siam ouvre la bouche avec hésitation et je l'encourage d'un mouvement de tête.
– Pourquoi…
Elle s'interrompt, cherchant ses mots.
– Pourquoi es-tu si gentil avec moi ? finit-elle par demander.
– Parce que ?
Elle fronce les sourcils et me regarde d'un air mauvais. Je lève les mains en signe de paix et ris nerveusement. Mais devant son expression toujours aussi sérieuse, je passe une main dans mes cheveux et hausse les épaules.
– Je sais pas. Ça me semble… C'est… Comme si c'est ce que je dois faire, tu sais ? Ce qui est bien de faire. Je pourrais comploter, établir des stratégies, trouver les bons alliés… Mais j'aime pas vraiment les Hunger Games, et j'ai peur que ça me… que… Disons… que je me perde. Probablement pas très clair, hein ?
Elle tourne la tête de gauche à droite vigoureusement.
– Tu as peur de devenir un monstre, résume-t-elle en langage des signes.
Je hoche la tête, croisant les bras.
– C'est un peu ça, oui.
– Et tu es gentil avec moi… parce que tu as pitié ? Ou parce que je suis un moyen de garder ton humanité ? La petite fille sourde qui ne peut rien faire par elle-même… C'est sûr que tu vas te sentir noble si tu t'occupes de moi, conclut-elle sombrement.
Je sursaute malgré moi. Je ne m'attendais pas à ce qu'elle soit si directe.
– N-non ! Enfin… je… C'est vrai que j'ai eu pitié… Peut-être que ça me donne un sens de… de responsabilité, tu sais ? Je veux pas… paraître noble ou un truc du genre. Juste… J'avais envie de t'aider, alors je l'ai fait. Je peux pas dire que j'y ai réfléchi plus que ça.
– Mais concrètement, qu'est-ce que ça veut dire ? Dans l'arène, je veux dire, spécifie-t-elle devant mon air perdu.
– Bonne question, dis-je avec un petit rire. J'imagine que… je te propose une alliance ?
– Même si je ne peux rien t'apporter ? Que je ne suis qu'un poids lourd… une handicapée ?
– Tu serais… mon soutien moral. Ma raison de rester en vie, de me battre dans l'arène.
– Et de ne pas devenir un monstre.
– Oui.
– Et qu'est-ce qui me dit que tu ne vas pas me trahir ?
– Rien… Comme rien ne me dit que tu ne vas pas te servir de moi puis me tuer pendant mon sommeil.
– Vrai, sourit-elle doucement.
– Alors ?
– Alors c'est d'accord. Nous sommes alliés, dit-elle à voix haute.
