3- Première rencontre officielle
Après plusieurs semaines aux frontières, les elfes étaient de retour à la cité. Haldir ne perdit pas une seconde et dès avoir remis son rapport au Seigneur, il se rendit chez lui pour se nettoyer et se rendre tout de suite après sur son balcon pour voir si celle qui faisait battre son cœur était là comme à son habitude. Il se surprit à sourire en voyant qu'elle était toujours là. Il prit une profonde respiration et chercha un moyen de l'aborder sans paraître trop entreprenant.
La première chose à faire était de se rendre à la rivière et il verrait ce qu'il pourrait faire. Il s'y rendit donc et s'arrêta à quelques pas d'elle. Il sourit en la regardant faire sa lessive. Il avait appris par quelques un de ses gardes qu'elle étudiait avec le guérisseur en chef afin de devenir son apprenti. Elle donnait beaucoup de son temps à ses études et s'occupait des menus travaux que personne ne voulait faire. Il ne pouvait qu'admirer son courage et sa détermination. Elle avait beaucoup de caractère selon certains de ses hommes.
Seulement, depuis qu'il la regardait, il avait remarqué qu'elle semblait fatiguée. Il n'osait pas intervenir, mais il ne pouvait pas la laisser s'épuiser comme elle le faisait. Puis, soudain, au moment où elle se levait pour quitter la rivière, Séphora fléchit les genoux. Ce ne fut pas long qu'il vînt au-devant d'elle pour lui offrir son aide.
- Vous ne devriez pas en faire autant, Lady Séphora, vous êtes en train de vous épuiser au travail et ce n'est pas le moment. Laissez-moi vous aider, si vous le permettez. Dit Haldir en prenant son panier.
Séphora lui sourit discrètement et lui dit en prenant un autre panier pour retourner à la maison des guérisons :
- C'est très gentil de votre part de m'aider, mais il faut comprendre que si je ne le fais pas, personne ne le fera. Il faut bien faire les petits travaux si nous voulons être près en cas de nécessité. Dit-elle.
- C'est un fait, mais il ne faut pas exagérer. Vous ne devriez pas en faire autant quand même… Regardez vos mains! Elles sont sèches et rouges par toute la lessive que vous faites. Ce n'est pas bon pour la peau, vous savez. Dit Haldir avec douceur.
Séphora rougit et baissa les yeux. Haldir sourit à sa gêne et déposa au sol son panier. Il prit celui de la jeune femme et le déposa par-dessus l'autre. Il prit les mains de Séphora dans les siennes et secoua la tête négativement. Il ne put s'empêcher de lui dire :
- Je vous regarde depuis longtemps et c'est la première fois que je vous vois aussi pâle et fatigué. Je vous le dis, vous en faites beaucoup trop. Il serait dommage qu'il vous arrive quelque chose. J'en serais triste même. Dit Haldir en portant ses mains à ses lèvres.
Séphora se tendit et sentit le piège qu'il lui tendait. Elle releva la tête fièrement et d'un geste brusque, elle retira ses mains des siennes. Elle lui dit alors plus froidement :
- Je vous remercie de vous inquiéter pour moi, Capitaine, mais je suis en mesure de prendre soin de moi toute seule. J'ignore le but de votre intervention, mais sachez que je n'ai besoin d'aide de personne… Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, je dois ramener cette lessive pour le séchage… dit-elle en reprenant les deux paniers pour reprendre la route de la maison des guérisons rapidement.
Haldir était sans voix. Il ne s'attendait pas à une réaction de sa part. Lorsqu'il vit la jeune femme être à bonne distance, il sortit de son mutisme et l'a suivi. Il ne s'arrêta que lorsqu'il fut près d'elle et lui dit :
- Lady Séphora, je ne voulais pas vous offenser en quoi que ce soit. Je vous vois travailler sans relâche et avec beaucoup d'attention et de patience. Seulement, je persiste à dire que vous en faites beaucoup trop. Je vous ai vue fléchir les genoux, ce qui m'indique que vous êtes épuisé. Ça me brise le cœur de vous voir forcer de la sorte sans prendre du temps pour vous reposer. Dit Haldir avec douceur.
Séphora le regarda avec surprise. Elle voyait dans son regard quelque chose de différent. Elle voyait ce genre de regard que dans les yeux de des amies qui sont amoureuses. Ses yeux à lui brillaient d'une façon qu'elle ne lui avait jamais vue, même quand il était avec une de ses nombreuses conquêtes. La peur s'empara d'elle et elle se mit à trembler nerveusement. Pour cacher son trouble, elle lui dit :
- Je vous remercie de votre sollicitude Capitaine, mais je n'ai pas l'habitude que l'on s'occupe de moi… vous n'avez pas à vous en faire pour moi. Je connais mes limites. Dit-elle en évitant son regard.
- Je suis certain que vous êtes en mesure de prendre soin de vous, mais je pense que vous oubliez parfois vos limites…
Séphora se sentit mal tout à coup. Sa présence le gênait plus qu'elle ne l'imaginait et elle n'aimait pas ce qu'il faisait naitre en elle. Elle ne se sentait pas prête à vivre quoi que ce soit en ce moment. Elle lui dit alors en baissant les yeux au sol :
- Veuillez m'excuser Capitaine, mais comme vous pouvez le constater, j'ai beaucoup de travail à faire et je ne peux me permettre de m'arrêter pour l'instant. Je dois vous quitter maintenant… Merci pour votre aide… Au revoir…
- Au revoir Lady Séphora, au plaisir de vous revoir… dit Haldir en la laissant partir.
Séphora lui fit un léger sourire et reprit la route de la maison des guérisons. Elle savait qu'il la suivait du regard et dut prendre sur elle pour ne pas se retourner pour le regarder. Elle savait que si elle le faisait, ce serait la fin pour elle. Elle était confuse dans le moment par ce qu'elle avait vu dans ses yeux. Elle se refusait de succomber à son petit jeu. Elle devait rester loin de lui le plus possible. Elle sentait qu'elle ne pourrait pas résister bien longtemps à son charme légendaire. C'était trop risqué que de rester dans son champ de vision. Elle n'avait plus le choix, elle devait quitter Caras Galladhon. Si elle se laissait aller à ses sentiments, elle en aurait le cœur brisé et elle le savait. Mais au fond de son cœur, elle se sentait flattée et heureuse qu'il lui porte un peu d'attention. Elle se surprit à sourire et même à sautiller comme une enfant.
Haldir la regarda aller vers la maison des guérisons et ne la quittait pas des yeux. Puis, il fronça les sourcils et sentit la présence de ses frères. Il dit alors d'une voix assez forte :
- Vous pouvez sortir de votre cachette, elle est partie.
Orophin et Rumil vinrent le rejoindre et Rumil lui dit :
- Tu as tout gâché n'est-ce pas? Dit Rumil tristement.
- Je n'ai rien gâché du tout… j'ai fait pire, je pense…, je lui ai fait peur. Dit Haldir en baissant les yeux.
- Oui, c'est ce que nous avons vu de notre poste d'observation. Mais ne désespère pas, rien n'est perdu. Au moins, elle ne t'a pas giflé. Dit Orophin.
Haldir sourit et soupira lourdement. Rumil lui dit alors pour lui remonter le moral :
- Allez vient! Je pense que tu as besoin de leçon de romantisme. Dit-il en entrainant son frère chez lui.
