L'auberge du Pendu. Un des pires endroits de Kirkwall, certainement.

Exultant de saleté, de violence, de perversion, empestant l'alcool et la sueur, chose qui devait être l'ingrédient principal des boissons servies dans ce dépotoir humain, d'ailleurs. Il y avait de la poussière dans tous les coins, un certain nombre de traces douteuses sur les murs, et une faune locale hargneuse dont l'intelligence ne dépassait pas celle d'un Genlock.

Ce lieu n'était décidément pas l'endroit de prédilection de Sebastian. Pour quelqu'un qui passait la majeure partie de son temps à la Chantrie, il fallait remercier les capacités de persuasion de Hawke pour le voir au Pendu.

Il était tout de même simple d'y passer du bon temps, Hawke savait s'entourer de compagnons agréables. Le prince s'était lié d'amitié avec Fenris, qui avait découvert en lui un havre paisible, et l'archer l'avait en quelques sortes pris sous son aile, voulant le voir revivre, lui donner de l'espoir pour le futur bien qu'il savait pertinemment que Hawke s'en était également chargé, mais d'une manière bien différente sur laquelle le chantriste choisissait de ne pas faire de commentaire, sans pouvoir s'empêcher de désapprouver une telle relation, c'était après tout contraire au dessein du Créateur.

Il évitait en général les autres amis de Hawke, mais avait tout de même une certaine affection pour Merrill, bien que sa magie du sang soit extrêmement dérangeante, et un grand respect pour Aveline, dont la force physique, et de caractère étaient assez remarquables. Et dans ce groupe, il y en avait un en particulier, un que le prince ne pouvait que détester.

Le regard perçant de Sebastian se tourna vers le mage assis à l'autre bout de la table.

Mal rasé, ses cheveux blonds ébouriffés et maladroitement attachés, et ses yeux sombres…c'est bien ce qu'il détestait le plus chez lui. Ces iris qui criaient les idéaux d'Anders, déversant une haine totale envers les templiers, le cercle, et la chantrie, étaient blasphématoires de par leur seule existence.

S'il était vrai que le prince exilé ne s'entendait pas à merveilles avec le reste du groupe, il su toujours comprendre leur présence aux côtés de Garrett Hawke. Le mage renégat en revanche, non.

Cet homme refusait le Créateur, refusait la chantrie, et ne connaissait que des idées arrêtées au possible, incapable d'imaginer un seul instant être en tors, et était un danger permanent pour tous ceux à sa proximité à cause de l'abomination qu'il était.

Il avait déjà prouvé avoir du mal à contrôler cet esprit de justice et continuait cependant à clamer la justesse de ses idéaux.

Quelle arrogance

Rien que de le voir rire à une autre blague douteuse de Varric, insouciant, comme s'il pouvait se permettre de s'amuser le dégoutait. Il ne méritait que l'apaisement, mais par amitié pour Hawke, l'archer ne s'était jamais permis de faire cette remarque, simplement de le mettre en garde à plusieurs reprises, ce que le guerrier avait tôt fait d'ignorer, apparemment.

Décidant qu'il ne valait mieux pas perdre sa soirée à observer un homme qu'il haïssait tant, il se retourna vers Fenris, continuant leur conversation, et ratant ainsi le regard tout aussi haineux d'Anders qui lui était adressé.

L'ancien garde des ombres, s'étant senti observé, n'avait en rien manqué cette accusation silencieuse. Il savait bien ce que Sebastian pensait de lui, et ce n'était un secret pour personne qu'il le détestait tout autant.

Cela l'écoeurait de le voir, paradant dans son armure blanche immaculée, cheveux nettement rabattus vers l'arrière, port altier, et citant le cantique de la lumière à tout bout de champ. Mais ce qui le rendait plus malade encore, c'était que cet homme, qui avait toujours eu ce qu'il voulait, prince, puis protégé par la chantrie, se permettait de condamner les mages, sans même connaître l'oppression. Pour le mage, le massacre de toute la famille de l'archer n'arrivait pas à la cheville du drame que vivaient ses comparses, la mort était omniprésente, la clinique de l'apostat en était la preuve. Et où était la miséricorde du Créateur, que Sebastian défendait si ardemment, quand il voyait le nombre de miséreux qui venaient frapper à sa porte, parfois même mourir sur sa table d'opération. Il était comme tous les autres dirigeants qui ne voyaient en la présence des mages que de vulgaires animaux cherchant à être matés.

Quelle arrogance

Il faisait partie de ceux à qui Anders aurait volontiers envoyer se faire apaiser, histoire de leur faire comprendre et ressentir la peur constante des mages d'être privés de leur volonté, simplement car ils étaient nés différents des autres.

« Arrêtez de le transpercer de votre regard comme ça, Blondie » dit Varric, interrompant les pensées du mage « Dites-vous que vous feriez du mal à un beluga fraichement pomponné »

Cette phrase ne put laisser Anders sans réaction, et il éclata de rire à cette comparaison, imaginant le prince transformé en baleine. Le nain savait tirer les gens de leur mauvaise humeur, il fallait le lui accorder.

Un autre homme n'avait pas manqué l'échange meurtrier de regards, et quand il vit l'autre Féreldien se tenir les côtes tant il riait, il laissa un soupir de soulagement s'échapper. Hawke aimait avoir tous ses compagnons à la même table, il était après tout attaché à chacun d'eux, pour des raisons différentes, mais il savait également que cela signifiait courir le risque d'avoir un bain de sang.

S'il était vrai que Fenris et Anders avaient cessé de se disputer violement à la moindre occasion depuis que Hawke s'était rapproché de l'elfe, ce dernier avait même cessé de désigner Anders par le terme « mage » pour utiliser son prénom à la place, il n'en allait pas de même pour Sebastian et le guérisseur, qui faisaient preuve d'une animosité assez incroyable dès qu'ils échangeaient ne serais-ce qu'un mot.

C'était d'ailleurs assez étrange de voir Sebastian s'énerver. D'habitude très calme et souriant, la simple présence d'Anders est bien ce qui le mettait le plus rapidement dans une colère noire.

Mais ce soir, ils ne s'étaient contentés que de simples regards haineux, heureusement. Le patron de l'auberge n'aurait pas à les virer de l'établissement cette fois-ci.

Jusqu'à l'aube, le groupe joua aux cartes, bu, ri, sans incident meurtrier.