Le prince resta près de l'autel un bon moment, le regard dans le vide, repensant encore à ce qu'il avait lu dans le journal d'Anders.
La grande prêtresse avait remarqué le comportement étrange de Sebastian et s'approcha de lui, aussi doucement qu'à l'habitude.
« Quelque chose vous trouble mon enfant ? » entama-t-elle, sortant l'archer de sa torpeur pensive.
« Grande prêtresse, je me posais une question. »
« Je vous écoute, Sebastian »
« Les actes d'un homme peuvent-ils être justifiés par un objectif ? »
« Voilà qui est assez vague » répondit Elthina « Qu'est-ce qui vous fait demander cela ? »
« Rien en particulier, un simple questionnement. Si un homme fait quelque chose qui devrait être impardonnable, et à l'encontre des lois du Créateur, afin d'atteindre un dessein plus grand, peut-on comprendre ses actes ? » La vieille femme savait que le prince ne souhaitait pas révéler l'origine de sa question, mais n'appuya pas dessus
« J'imagine que vous parlez de quelqu'un qui ne serait pas croyant, car n'importe quel fidèle saurait qu'il ne faut pas contrer Sa volonté, quel qu'en soit le but. »
« Le fait de ne pas croire l'excuse-t-il pour autant ?»
« Excuser un crime n'est pas une option, Sebastian. Si un homme fait du mal dans un but personnel, alors il ne peut être approuvé, l'orgueil crée les démons les plus puissants pour une bonne raison, c'est le pécher ultime, car sans lui, jamais l'Homme n'oserait commettre les autres. Sachez surtout qu'on ne peut forcer la croyance, vous le savez mieux que n'importe qui, n'est-ce pas ? Mais ceux qui se sont détournés de Lui n'en sont pas moins Ses enfants, la loi du Créateur est la même pour tous, y compris pour ceux qui ne Le voient pas»
« Cependant, Grande prêtresse, si son objectif n'est pas égoïste, et qu'il connaît l'horreur de ses actes mais qu'il agit pour le bien d'une majorité, peut-on lui pardonner et accepter ses choix ? Tout est-il réellement bien ou mal, n'y a-t-il pas de demi-mesure ?»
« Cautionner et pardonner sont deux mots bien différents. Le pardon est la plus grande des vertus, et une des plus grandes forces que l'on puisse posséder, car il n'est pas aisé de pardonner le mal, cependant cela ne veut pas dire que vous acceptiez l'acte en lui-même. Cautionner un agissement, c'est accepter qu'il soit commis, de ce fait vous en approuvez pleinement l'auteur » Elthina s'interrompit un moment, laissant Sebastian dans un instant de réflexion avant de reprendre « Sachez cependant que nous pouvons tous trouver la rédemption. Même ceux qui semblent perdus dans la brume désolante des ténèbres peuvent retrouver la lumière, qu'ils le sachent ou non, le Créateur n'abandonne pas Ses enfants. » Et avec ces derniers mots, elle s'en alla, jugeant qu'il valait mieux laisser l'archer penser à la conversation.
Le pardon est en effet la plus grande des vertus, mais Sebastian ne pouvait pas prétendre pouvoir l'accorder à Anders, ni même vouloir. Mais ce dernier avait droit à la rédemption, comme tous.
« Au moins, vous êtes facile à trouver, c'est sûr »
Le chantriste fut interrompu dans sa réflexion par Hawke, qui se tenait à côté de lui avec son sourire habituel, et extrêmement contagieux, forçant le coin des lèvres du prince à se lever
« Cela rend les choses plus simples, n'est-ce pas ? Comment allez-vous, mon ami ? » Répondit-il
« Bien, merci, mais je suis là en mission importante, vous devez venir avec moi » continua le guerrier, prenant un air grave. Sebastian fronça les sourcils
« Que se passe-t-il ? Est-ce grave ? »
« Oui, vous êtes resté cloîtré ici trop longtemps, vous devez venir avec moi au Pendu, nous nous y retrouvons tous pour quelques parties de cartes et un grand nombre de tournées » Hawke avait reprit son air guilleret, soulageant le prince, mais celui-ci n'était pas enjoué à l'idée de voir tous les compagnons de Garrett, surtout un certain mage à qu'il n'était pas encore prêt à faire face
« Je ne préfère pas vous suivre, je…euh, ne me sens pas très bien voyez-vous » mais le mensonge de Sebastian était moins discret qu'un ogre en pleine charge, faisant lever un des sourcils de Hawke comme un automatisme
« Menteur, et je n'ai jamais dit vous laisser le choix » Le guerrier saisi le bras de l'archer, et le traîna hors de la Chantrie sous le regard amusé d'Elthina
Quand les deux hommes entrèrent dans l'auberge du Pendu, le reste du groupe, déjà assis autour de leur table habituelle se tourna vers eux.
« Je vous félicite sur votre prise, Hawke, le beluga est un animal rare à pêcher par ici » Dit Varric en plaisantant, recevant en retour un regard agacé de Sebastian qui en avait assez d'entendre toujours la même comparaison. Mais il oublia vite ce qui venait d'être dit quand il aperçu Anders, assis à sa place habituelle à l'autre bout de la table
Le mage s'était figé à l'arrivée du prince. Il le fixait, s'attendant à entendre une accusation publique d'un instant à l'autre. Nerveusement, il détourna les yeux, se disant qu'il serait bientôt rejeté, voire pire, mais n'étais-ce pas tout ce qu'il méritait ?
Mais Sebastian s'assit, et commença à parler avec Fenris, ignorant l'apostat. Et il attendit. Toute la soirée, il tentait de se préparer au moment où éclaterait la vérité, mais elle ne vint jamais. L'archer ne disait rien, ne faisait aucun commentaire, ni même regardait Anders d'un œil assassin.
Pourquoi ne disait-il rien ?
Quand la nuit fut tombée depuis un moment, le groupe se dissout petit à petit, chacun regagnant son domicile peu à peu, et le prince n'avait toujours rien dit.
Il ne restait plus qu'Anders, Fenris, Hawke et Sebastian désormais, et tout semblait normal.
Comment pouvait-il ne rien dire ? N'importe qui aurait déjà crié sur tous les toits qu'un apostat avait abusé de lui, attirant encore plus l'attention des templiers, l'isolant, car aucun compagnon sain d'esprit ne resterait à ses côtés après cela et lui assurant l'exécution.
Etait-il si attaché au masque qu'il portait au point de cacher ce genre de souillure ? C'en devenait pathétique, et encore plus détestable. Et s'il s'affirmait pour une fois ? Incapable de reprendre son titre, et incapable d'admettre que ses vœux de chasteté ont été compromis ? Anders commençait à s'énerver, oubliant même la chance qu'il avait que Sebastian se taise.
Hawke avait remarqué que quelque chose était étrange chez le mage, plus que d'habitude, mais le cadre ne se prêtait pas à une conversation privée, donc il essaya plutôt d'égayer le visage sombre du blond, mais celui-ci n'était aucunement réceptif à ses tentatives.
Finalement, le guerrier abandonna, décidant de rentrer chez lui, fatigué et quelques peu agacé. Fenris comptait s'en aller lui aussi, mais il était hésitant quand à laisser les deux derniers seuls. Refusant de se prendre la tête, et espérant qu'ils étaient assez adultes pour ne pas s'étriper au milieu du Pendu, il suivit Garrett et sorti à son tour.
Ni Sebastian, ni Anders ne dirent quoi que ce soit pendant un moment, jusqu'à ce que le prince se lève
« Je vais m'en aller moi aussi » annonça-t-il simplement avant de passer la porte de l'auberge.
Le mage resta assis, réfléchissant un peu avant de se redresser précipitamment et marcher rapidement dans la même direction que l'archer.
Une fois dehors, il le chercha du regard et l'aperçu au loin. Discrètement, il le suivit, et quand Sebastian passa devant une ruelle sombre, Anders accéléra, lui agrippa le bras et l'entraîna entre les bâtiments, ignorant la surprise et les contestations de l'homme en armure blanche.
« Qu'est-ce que vous faites, lâchez-moi ! » cria le prince, qui redoutait une réitération des évènements passés. Mais l'apostat l'entraînait toujours dans l'obscurité « Si vous ne-» Il ne put finir sa phrase, car Anders avait couvert sa bouche de sa main
« Taisez-vous » lui grogna-t-il avant de lui lâcher le bras « vous allez me dire immédiatement quel est votre problème » Puis il laissa tomber la main qui empêchait Sebastian de s'exprimer
« Que voulez-vous dire ? » demanda-t-il, d'un ton plat et inexpressif, certain qu'il ne subirait pas la même agression que la dernière fois
« Après ce que je vous ai fait, vous vous taisez ? Quel genre d'être pathétique êtes vous pour ne pas révéler aux autres ce que je vous ai fait ? C'est si important de préserver votre image d'homme pur et pieu que vous vous laissez faire ? » Répondit le guérisseur en étouffant du mieux qu'il le pouvait l'agressivité de sa voix pour ne pas être entendu par d'autres
« Je ne me laisse pas faire, ni attache une telle importance à mon image, j'ai simplement fait le choix de ne rien dire. Je ne m'attend pas à ce que quelqu'un comme vous comprenne, pas tant que vous vous obstinerez à renier le Créateur »
« Cela n'explique rien du tout, et ne venez pas encore asséner vos foutues leçons de foi dont je n'ai que faire ! Je ne vous respecte pas, je vous méprise, mais jamais je vous aurait cru si stupide, est-ce donc si simple d'abuser de vous ? Piètre prince que vous faites, je comprend mieux pourquoi vous ne cherchez pas à reprendre votre trône, à vous abaisser devant l'abus, vous décimeriez votre propre peuple » Anders s'énervait de plus en plus, rageant de la passivité de Sebastian
« Voici la preuve que vous devriez balayer devant votre propre porte avant de blâmer les autres. Vous qui ne vous contrôlez même pas, au risque de mettre d'autres mage en dangers dans vos élans de folie destructrice. Sachez simplement que j'ai eu le temps de réfléchir, nous pouvons en rester là. Ou plutôt, nous devons en rester là »
« Réfléchir ? Et à quoi ? Vous étiez prêt à presque tout pour m'empêcher d'agir, et d'un coup cela n'a plus d'importance ? Faible que vous êtes, si c'est si simple, je ne vais pas me priver » Et d'un mouvement rapide, Anders se rapprocha du prince, lui saisi la tête, et l'embrassa à pleine bouche. Immédiatement, sa langue s'introduisit entre les lèvres de Sebastian, qui ne se débattit, pas même quand le mage pressa son corps contre le sien.
Puis, il arriva ce que l'apostat n'aurait jamais pu concevoir, l'archer lui rendit son baiser. Cela pris quelques secondes pour qu'Anders se rende compte de ce qui était en train de se produire, et quand ça le heurta enfin, il fit un bond en arrière, haletant, les yeux écarquillés. Il aurait bien voulu dire quelques chose, et tentait de construire une phrase, mais seuls des balbutiements se firent entendre.
Sebastian lui-même avait l'air étonné, incapable de comprendre pourquoi il avait répondu au baiser. Il porta ses doigts à sa bouche, comme s'il n'enregistrait qu'à l'instant la sensation des lèvres du mage sur les siennes.
Ne trouvant rien à dire, Anders recula lentement et sorti de la ruelle, précipitant soudainement son pas une fois dans la rue principale et partit vers Sombrerue.
Sebastian regagna la Hauteville, plus abasourdi qu'après son viol dans la grotte, car là, il y avait bien plus à remettre en question. Oui, Anders avait à nouveau abusé de lui, en quelques sortes, mais cette fois, il avait non seulement aimé, encore une fois, mais il avait surtout répondu.
Qu'est ce qui ne va pas chez moi ?
Il n'imaginait pas que l'apostat se posait exactement la même question. Quand il eut enfin atteint sa clinique, il s'affala sur la première couchette qu'il vit. Il commençait sérieusement à se craindre lui-même, pourquoi toute sa rage se déversait-elle sur Sebastian ? Tout aurait pu en rester là, mais ce désir de confrontation commençait à devenir plus que dangereux, et il ne parvenait pas à se contrôler. Mais pourquoi Sebastian ? Anders lui-même n'arrivait pas à comprendre son acharnement envers l'archer, s'il avait pu passer outre ses différents avec Fenris, pourquoi pas lui ?
Quoiqu'il en soi, le mage ne voulait pas recroiser l'archer, et il oeuvra à ça très finement, car pendant les jours qui suivirent, le prince n'aperçut pas même l'ombre de l'apostat
