Quand Hawke voulait passer du temps avec Fenris, il préférait en général rendre visite à son amant, la maison vide qu'il occupait s'avérait très utile quand ils voulaient avoir un peu de vie privée. Et ce jour là, c'était exactement ce qu'ils désiraient.

Après avoir envahi le domaine de la Hauteville de gémissements et cris de plaisir, les deux hommes s'étaient étendus sur le lit, tentant de reprendre leur souffle après avoir laissé leur côté sauvage prendre le dessus et avoir fait l'amour pendant des heures.

Hawke essuya un peu de sueur qui coulait sur son front et se tourna vers Fenris.

« Je ne vous ai pas fait mal tout de même » s'inquiéta-t-il, se souvenant d'un moment de perdition durant lequel il avait peut être un peu forcé. Le visage de l'elfe accueillit un léger rictus

«Vous ne pourriez pas me faire mal même si vous essayiez, Garrett, vous devriez le savoir depuis le temps »

« Que voulez-vous, j'ai dû être infirmier ou papa gâteau dans une autre vie, j'espère d'ailleurs que je n'en ferais jamais plus, je me vois mal donner le sein à Varric » Cette dernière phrase provoqua un rire assez audible chez son amant, chose très rare, mais imaginer une telle scène ne pouvait laisser qui que ce soit de glace.

Ils échangèrent quelques banalités, comme à leur habitude pendant quelques temps. Hawke chérissait ces moments pendant lesquels il voyait une facette de Fenris que personne d'autre ne connaissait. L'ancien esclave lui-même ne se sentait réellement à l'aise qu'auprès de son amant, et n'aurait jamais pensé se rapprocher autant de qui que ce soit.

Alors qu'ils parlaient de divers sujets, Fenris repensa à la dernière fois qu'ils s'étaient tous retrouvés à l'Auberge du Pendu

« Au fait » entama l'elfe « Avez-vous eu nouvelles de Sebastian ou Anders ? »

« Pas dernièrement, pourquoi cette question ? »

« Quand je suis parti du Pendu la dernière fois, il ne restait qu'eux, je me demandais s'ils s'étaient entretués » Hawke laissa échapper un léger rire

« Je sais en tous cas qu'ils sont toujours en vie, ne vous en faites pas, et ils ne se sont pas disputés ces derniers temps, enfin une bonne nouvelle de ce côté »

« Et cela ne vous semble pas étrange ? Que tout d'un coup ils s'ignorent alors qu'ils ne pouvaient pas se croiser sans s'insulter ? »

« C'est en effet étrange, mais je ne compte pas faire quoique ce soit. C'est plus calme dans le groupe, cela me suffit, comme vous me l'aviez dit » Il était vrai que Fenris était celui qui lui avait conseillé de ne pas intervenir, mais l'elfe n'était pas certain que laisser les choses telles quelles était une très bonne idée, quelque chose clochait.

Puis il repensa à son ami chantriste, qui, habituellement exprimait silencieusement sa désapprobation pour la relation homosexuelle entre les deux guerriers. Depuis quelques temps, il ne leur lançait plus ces regards sévères, ce qui avait déjà attisé la curiosité de l'homme tatoué « Si vous voulez vous mêler de ça, allez-y, mais faites attention, tout de même » continua Hawke avant de se tourner sur le côté pour dormir. Fenris réfléchi un moment, puis sentant le sommeil arriver, s'endormi à son tour, décidant qu'il irait voir Sebastian le lendemain

La Chantrie était calme, peu de gens étaient présents ce jour-là, sauf pour quelques sœurs et une poignée de fidèles venus prier, c'était essentiellement vide.

Fenris s'était habitué au lieu de culte, y ayant passé de longues heures avec Sebastian, découvrant une foi qui lui parlait plus qu'il ne l'aurait espéré. Même les sœurs avaient fini par bien le connaître, donc quand il demanda à l'une d'elles si le prince était présent, elle lui indiqua directement la chambre de celui-ci.

L'elfe toqua à la porte, et l'ouvrit quand un « entrez » se fit entendre.

Sebastian était assis sur son lit et lisait. Il avait l'air fatigué, des cernes avaient commencé à se dessiner sous ses yeux, mais il s'efforça de sourire quand il vit son ami entrer.

« Fenris, quelle bonne surprise ! » exclama-t-il faiblement « Je suis désolé de vous accueillir ainsi, je ne m'attendais pas à recevoir de la visite » En effet, le prince, habituellement vêtu de son armure, ou au moins de vêtements nets, arborait cette fois une tunique froissée, mise un peu n'importe comment, et un pantalon tout aussi plissé.

« Ce n'est rien, ne vous en faites pas, je voulais juste vous parler » L'archer ferma son livre et fit signe à l'elfe de s'asseoir en désignant une chaise dans le coin de la pièce.

« Tout va bien ? » demanda Sebastian tandis que son ami prit la chaise et la ramena vers le lit avant de s'asseoir en face de lui

« C'est plutôt à moi de vous demander cela » répondit-il simplement en regardant le prince droit dans les yeux. C'était quelque chose qui mettait facilement les gens mal à l'aise, cette façon que Fenris avait de ne pas détourner les yeux quand il parlait à quelqu'un, et pendant un instant, le chantriste crut que l'elfe savait tout « Cela fait des jours que personne ne vous as vu vous prendre la tête avec Anders, et me dire que vous avez simplement décidé de faire la paix est inutile »

C'était en effet inutile de mentir, Fenris le saurait immédiatement, mais le prince ne savait pas quoi lui répondre. Il ne voulait pas partager les évènements récents, cependant, il sentait qu'il avait besoin de partager autre chose, et l'elfe dût le voir, car il enchaîna avec une question

« Pourquoi Hawke et moi n'avons nous plus droit à vos regards désapprobateurs ? » Il demanda cela si directement que ça surpris Sebastian, qui fut pris de court, comme à chaque fois que l'elfe démontrait à quel point sa perspicacité était acérée. Celui-ci réfléchit un moment, détournant les yeux de crainte de dire n'importe quoi sous l'effet du regard perçant de Fenris avant de répondre d'un ton hésitant

« J'aimerais vous poser moi aussi une question » L'elfe hocha la tête l'incitant à continuer « Vous avez embrassé le Créateur et ses lois, mais vivez une relation avec un homme, comment cela ne peut-il pas contredire ce que vous croyez ? »

« Je ne vois pas en quoi je vais à l'encontre du Créateur, Sebastian. » L'archer allait rétorquer mais Fenris poursuivit « N'est-Il pas amour ? Le Créateur ne veut-Il pas que ce sentiment soit le plus fort de tous ? Si c'est bien le cas, alors, pourquoi serais-je honteux d'aimer un homme ? Peu importe que nous soyons du même sexe, tant que nous partageons quelque chose de sincère »

Les mots de l'elfe étaient choquants pour Sebastian, non pas parce qu'il justifiait une relation homosexuelle, mais parce qu'il avait entièrement raison. Le prince était si attaché à l'idée qu'un homme et une femme étaient les seuls composants normaux d'un couple, qu'il en avait oublié l'Amour, ce sentiment qui passait au dessus de tout, et qui ouvrait le cœur forçant l'honnêteté à transparaitre au grand jour. Peut-être la Chantrie, et Elthina ont pu lui montrer une facette de l'Amour, mais il ne l'avait jamais connu sous sa plus grande puissance

L'archer ne pouvait pas répondre à cela, il ne trouvait pas même de mots pour continuer la conversation, ses pensées obnubilées par l'idée que deux hommes pouvaient partager quelque chose sans que ce soit une hérésie. Ce ne serait donc pas une aberration qu'il ait aimé ce que l'apostat lui avait fait

« Est-ce donc cela qui vous perturbe en ce qui concerne Anders ? » dit Fenris, voyant que l'humain ne savait plus par quel bout prendre la discussion

« Non ! Absolument pas ! » Répliqua Sebastian, abasourdi que l'elfe puisse suggérer une telle idée « Croyez bien que mes sentiments envers le mage n'ont pas changé, je ne ressent que dédain et répulsion pour lui-»

« Vous le haïssez ? » coupa l'ex-esclave. Le prince n'aimait pas ce terme, mais il dût s'admettre que c'était bien là ce qu'il pensait, et hocha la tête.

Fenris soupira et se leva de son siège, comprenant qu'il n'arriverait plus à rien avec l'archer.

« Vous savez, voilà deux sentiments extrêmes, et étonnamment, malgré ce qui les sépare, ils ne sont pas si éloignés l'un de l'autre. Il est facile de les confondre » Et sur ces derniers mots, l'elfe sorti de la chambre, laissant Sebastian tout aussi confus qu'au départ.

Pourquoi Fenris insinuerait-il qu'il ait des sentiments pour l'apostat ? Cela paraissait absurde, mais plus il retournait l'idée dans sa tête, plus il se demandait si là n'était pas l'explication qu'il avait si longtemps cherché.

Serais-ce pourquoi il n'a rien dit à propos de son abus dans la grotte ? Ou du baiser ? Ou même de ce qu'il avait lu dans le cahier.

Ce journal avait eu l'effet d'une bombe pour Sebastian. Il avait vu ce qui hantait le mage, ce qui le rongeait, c'était comme s'il avait eu un aperçu de qui était réellement l'apostat. Quand il avait vu Anders au Pendu, il n'avait pas vu un criminel extrémiste, mais un homme. Juste un homme. Brisé, torturé par ce qu'il était lui-même, mais prêt à sacrifier son être pour un espoir de liberté.

Un sacrifice, comme celui qu'avait fait Andrasté.

L'incertitude l'envahit, il ne savait plus où situer le guérisseur, il ne savait plus rien, alors que tout était si simple auparavant.

Sebastian devait en avoir le cœur net, il s'habilla correctement, mit son armure, et sorti de la Chantrie, marchant d'un pas assuré vers les bas-fonds de la ville.

Tandis que le prince avançait dans les rues de Kirkwall, une odeur de souffre l'atteint, pour ensuite devenir une senteur de brûlé extrêmement forte. Quand il leva les yeux vers le quartier des docks, il ne vit qu'un mur de flammes s'élevant vers le ciel.