S'il était en effet ravi de savoir l'attaque terminée, Anders était bien plus préoccupé par son « tête à tête » avec Sebastian.

Le mage se précipita vers sa clinique et ferma la porte à double tour une fois à l'intérieur. Il ne parvenait pas à comprendre ce qui venait de se produire, et avançait dans la pièce sans vraiment savoir ce qu'il faisait. Arrivé dans sa chambre, il s'assit sur son lit, le regard perdu dans le vide encore sous le choc de ce qu'il s'était passé.

Le fait d'avoir vu le prince s'inquiéter à son sujet, et, de ce qu'il avait pu reconstituer des évènements quand Justice avait pris le dessus, de savoir qu'il s'était battu pour l'aider à reprendre le contrôle de son corps était effarant.

Il lui fallait concevoir que l'archer était capable de compassion envers lui. Voilà quelque chose qu'il n'aurait jamais pu imaginer, et pourtant…il y avait une certaine logique, vis à vis du comportement récent du chantriste.

Mais là encore résidait tout un questionnement, pourquoi un homme qui le haïssait avec une passion infinie se mettait à l'éviter, puis avait risqué sa vie pour l'aider, pour ensuite finir avec une inquiétude sincère ?

Anders n'arrivait pas à savoir ce qui avait amené Sebastian à modifier son attitude, cela le perturbait beaucoup, mais bien moins que le réconfort qu'il avait ressenti tout à l'heure.

Le regard de l'archer était chaleureux et rassurant, comme un baume apaisant la douleur d'être possédé par Justice.

C'était une douceur inconnue pour l'apostat, et se sentait l'envie de la retrouver. Envie de sentir à nouveau une proximité qui balayait son sentiment de solitude. Car le fait de voir Sebastian quand il avait repris ses esprits lui donnait l'impression qu'il ne combattait plus Justice seul.

Anders devait bien admettre qu'entre l'esprit et lui, c'était passé au stade de confrontation, il devait se battre jour après jour pour ne pas le laisser prendre le dessus n'importe quand. Mais la présence de l'archer était comme un calme survenu au milieu d'une tempête sans fin.

Il sentait d'ailleurs son cœur battre plus fort quand il repensa à Sebastian, assis sur lui, tenant ses épaules, et exprimant son soulagement rassuré.

Le guérisseur n'arrivait pas à expliquer pourquoi le prince lui avait fait cet effet, mais il se demanda alors si lui aussi ne pouvait pas tenter de le comprendre, comme Sebastian avait apparemment compris ce qui torturait Anders.

Il se sentait déchiré entre sa haine et cette envie de se sentir consolé, peut-être même protégé par l'archer. Une chose était sûre, il avait besoin de quelques réponses, et le seul capable de les lui fournir était Hawke.

Anders attendit quelques jours, le temps que la ville se remette quelques peu de l'attaque, puis il se rendit au domaine Amell dans la Hauteville, espérant que Hawke serait présent. Tandis qu'il avançait dans les rues de Kirkwall, il put constater l'étendue des dégâts causés par les Qunari, mais fort heureusement, c'était principalement matériel. Beaucoup avaient survécu, cependant, regarder une mère pleurer son fils n'est jamais beau à voir, et le mage détournait le regard dès qu'il voyait le deuil sur le visage d'un passant.

Quand on est guérisseur, on ne peut ramener les morts, et cela donne toujours un sentiment d'impuissance face à ceux qui ne demandaient qu'à vivre leur vie, jusqu'à ce qu'on leur arrache sans raison valable.

L'apostat se senti soulagé quand il atteint enfin le porte du domaine de son ami, et il frappa quelques coups secs pour ensuite être accueilli par Sondal qui lui ouvrit avec le sourire. Anders avait toujours eu de l'affection pour le nain, son innocence était touchante. Il entra, et aperçu Hawke à son bureau, occupé à trier un tas monstrueux de lettres.

« J'imagine que depuis l'attaque, tout le monde à quelque chose à vous dire ou à vous demander » commença le mage, faisant se retourner le guerrier. Celui-ci arborait une expression mêlant agacement et fatigue, ce qui fit rire le blond qui pouvait presque imaginer le nuage noir au dessus de la tête de Hawke

« Vous n'avez pas idée de toutes les bêtises qu'on peut vouloir me raconter, un vrai cauchemar! Mais vous ne seriez pas là pour m'aider à faire le tri, dites? » Répondit-il, avec une touche d'espoir sur la fin de sa phrase

« Je ne crains de vous décevoir, mon ami, ma présence ici est toute autre »

« Dans ce cas vous serez mon excuse pour faire une pause, si je continue à lire bêtement tout ce courrier, je vais finir par me pendre avec un de mes lacets » alors qu'il avait dit ça, le Héraut s'était dirigé vers la bibliothèque, suivi de l'apostat

« J'aimerais vous demander quelque chose à propos de Sebastian »

Hawke ne lui répondit pas, mais Anders senti un choc soudain. Un livre lui avait été jeté dessus, et quand il leva les yeux pour comprendre ce qui venait de se produire, il vit son ami, un autre livre dans la main, prêt à lancer celui-là aussi

« Ah non! Vos problèmes avec Sebastian m'agacent, je ne veux pas en entendre parler, vous m'avez tous les deux gonflé avec tout ça suffisamment longtemps et je ne veux pas-»

« Non! Vous ne comprenez pas! » Coupa le mage avant de recevoir un deuxième tome dans la figure, celui-ci plus épais, et le lanceur avait déjà saisi un nouveau projectile « Inutile de vous énerver, je veux vraiment vous poser une question, vous pouvez poser le livre » Mais Hawke le regarda avec méfiance et incertitude. Il allait falloir négocier un peu

« Je peux vous assurer que je ne veux pas lui casser du sucre sur le dos » reprit Anders, mettant ses mains en avant pour montrer qu'il n'allait pas répliquer à l'attaque des pages reliées « posez ce livre, Hawke, faites-moi confiance » Doucement, le guerrier s'approcha d'une table. « Une simple conversation, sans que le ton monte » Et il posa enfin le livre!

L'apostat avait l'impression d'avoir réussi à apprivoiser une araignée géante et laissa échapper un soupir de soulagement, surtout quand il regarda le livre en question. C'était le code de la garde civile. Autrement plus douloureux qu'un conte érotique de Varric ou un manuel sur l'entretien d'une charrette.

« Bon, si vous le dites, que voulez-vous me demander au juste? » Hawke avait reprit son air enjoué habituel

« Je me demandais comment il pouvait encore croire au Créateur, alors qu'il ne peut que constater que malheur dans cette cité »

« Alors je m'attendais à tout sauf à ça, je dois vous le dire. Mais pourquoi vous intéressez-vous soudainement à sa foi? »

« C'est...compliqué. Pourrions-nous nous en tenir à ma question? » Anders s'était montré hésitant, il ne savait pas s'il devait tout dire à Hawke, mais préféra finalement le tenir en dehors des détails. Et son interlocuteur, qui semblait comprendre, hocha doucement la tête, et invita l'apostat à s'asseoir sur un des fauteuils devant la cheminée avant de prendre place sur le second

« Vous savez, je ne suis pas croyant moi-même, mais je ne suis pas surprit par ceux qui le sont, leur foi est compréhensible »

« Mais Sebastian côtoie la mort et le désespoir tous les jours, surtout à vos côtés, euh, sans vouloir vous offenser »

« Oh, s'il ne fallait que cela pour m'offenser, j'aurais décimé la moitié de la ville, ne vous en faites pas. Mais pour ce qui est de notre chantriste attitré, je pense qu'au contraire, je le respecte bien plus dans sa croyance parce qu'il voit la réalité de la vie, contrairement à tous ceux qui restent dans la Chantrie. »

« S'il voyait tout ce qui se passe dans la Basseville, je doute qu'il reste du même avis »

« Pas moi. D'après lui, le Créateur ne nous as pas abandonné. Ce que je pense qu'il veuilles dire par là est que ce n'est pas parce qu'on ne Le voit pas de notre vivant ne signifie pas qu'Il ne sera pas présent dans la mort »

« Et à quoi bon? Si nous devons passer une vie de souffrances pour avoir le privilège de le voir, je trouve que cela contredit ce que la Chantrie nous dit de lui »

« Ce n'est pas comme cela que le voit Sebastian. Certes, nous avons la souffrance, le mal. Mais aussi la bonté, il y a bien des gens comme vous prêts à aider les autres, parfois en donnant plus que ce qu'ils possèdent, c'est une force humaine, et, d'après les croyants, une preuve de la présence du Créateur. Peut-être aurait-Il pu nous donner une vie simple, et le Bonheur, mais serions-nous vraiment des humains? Après tout, si nous n'avions pas le malheur, nous ne connaitrions pas la joie, il n'y a nul bien sans mal. Nos qualités et nos défauts font ce que nous sommes, et c'est alors l'espoir qui prône, celui que nous saurons révéler le meilleur de nous même, et nous relever malgré toutes nos épreuves, après tout, l'Homme vit encore, et rebâtit toujours. »

« Est-ce donc là ce que voit Sebastian? Derrière toute cette souffrance, une opportunité de se surélever? »

« C'est un peu ça je pense. Pour lui, Il est toujours là, pour tous, même les plus mauvais. Tout le monde peut devenir meilleur. D'après moi, Sebastian croit plus en l'Homme qu'il ne croit au Créateur » Cela avait du sens, et expliquerait pourquoi l'archer avait eu ce revirement de comportement envers le mage. Il devait avouer qu'une telle force de croyance était admirable, tant elle devenait rare. Continuer à croire en l'humanité semblait impossible, et pourtant...Sebastian commençait-il à croire en lui? à croire qu'Anders aussi pouvait se relever?

Le mage ne répondit pas à la dernière phrase de Hawke, trop occupé à relier les informations reçues aux événements passés. Le Héraut attendit un moment, puis voyant que son ami était plongé dans ses pensées, se leva de sa chaise et se dirigea hors de la pièce.

« Je suis fier de vous, Anders, fier de vous voir poser des questions intelligente au sujet de Sebastian » lança le guerrier avant de repartir trier son monticule de lettres, mais l'intéressé ne l'avait même pas entendu.

Anders ne voulait pas aller parler à Sebastian, il était trop peu sûr de ce qu'il attendrait d'une conversation avec l'archer. Mais cela suffisait pour le moment, il s'était découvert un nouveau respect pour le chantriste, et s'il n'avait toujours rien à lui dire, il se savait capable de la côtoyer sans ressentir l'envie de le brûler vif; enfin, si Justice le voulait bien