Deux jours passèrent, et il n'était toujours rien arrivé. Enfin, Anders n'avait rien fait plutôt, car pour ce qui était de la ville, Kirkwall ne savait pas rester tranquille.
Hawke avait reçu un message d'Orsino, et s'était retrouvé à démanteler un réseau de mages et templiers cherchant à faire sortir d'autres mages du cercle. En soit, le Héraut aurait pu les soutenir, mais user de la magie du sang et enlever sa sœur pour le faire chanter n'était pas à son gout.
Au moins Bethany n'avait rien, et il avait pu passer du temps avec elle avant qu'elle ne doive retourner auprès des gardes des ombres.
Quand le guerrier eut enfin du temps libre, il en profita pour rendre visite à Fenris. Il aurait préféré que l'elfe emménage chez lui, mais il semblait s'être attaché au vieux manoir qu'il occupait. Depuis qu'il avait retrouvé sa sœur, tué Danarius et appris la vérité sur ses marques, l'ancien esclave était devenu plus distant que jamais, même avec Hawke.
Cela lui avait fait de la peine, au début, mais il comprit qu'il valait mieux lui laisser du temps, c'est pourquoi le Héraut l'avait laissé tranquille, partant même en mission sans lui. Cependant, Hawke n'était pas réputé pour sa patience, et il en avait assez d'attendre.
Entrant dans le manoir, il le traversa avant d'arriver devant la porte de la pièce où l'elfe avait élu domicile. A peine eut-il frappé que l'autorisation d'entrer lui fût accordée.
Fenris était assis devant la cheminée, un livre à la main. Il avait fait beaucoup de progrès, et pouvait lire et écrire presque sans problèmes désormais.
« Je ne dérange pas, j'espère » demanda le brun, un léger sourire sur ses lèvres
« Non, je m'attendais à votre visite, pour tout vous dire, vous êtes incapable de laisser quoique ce soit tranquille plus de deux jours »
L'elfe s'était levé du banc et avait servi deux verres de vin Tévintide. Quand il s'approcha de son hôte pour lui en donner un, celui-ci ferma sa main sur la sienne et se pencha pour l'embrasser.
« Vous avez un don pour changer de sujet » dit le tatoué
« Et sans dire un mot en plus ! »
« Ne vous attendez pas à plus d'éloges de ma part » répondit Fenris avec un léger sourire « Que puis-je faire pour vous ? »
« Quand sommes-nous arrivés au point où je ne peux plus vous rendre visite sans que vous pensiez que je veux quelque chose ? Je voulais juste voir comment vous alliez »
L'elfe soupira et retourna s'asseoir sur le banc, suivi de son amant qui se mit à côté de lui
« On apprend à vivre avec notre passé. Je savais que le mien me poursuivait, mais je ne m'étais pas vraiment préparé au moment où il me rattraperait. Quoi qu'il en soit, je ne peux pas suffisamment vous remercier d'avoir été à mes côtés toutes ces années. Même quand je vous ai repoussé, même quand je suis parti après avoir passé la nuit avec vous…mais vous m'avez pardonné, alors que j'ai mis trois ans à revenir auprès de vous, et vous m'avez soutenu à tout moment. Jamais je ne serais capable de rembourser ma dette envers vous »
Hawke bu une gorgée du vin écarlate puis posa son verre avec un air amusé
« Non, en effet, vous ne serez jamais capable de me rembourser » Dit-il en se rapprochant encore puis il glissa sa main sur l'entre-jambe de l'elfe et entama de lentes caresses « Mais vous pouvez toujours essayer »
« Mais vous n'allez pas me donner ça » dit Varric à Anders qui tenait un coussin dans ses mains. L'objet était vieux mais joliment brodé d'un motif floral. Pas vraiment quelque chose que l'on s'attendrait à trouver chez le mage
« Vous avez été un ami fidèle, et je veux vous faire un cadeau. Ma mère l'avait confectionné pour moi, mais je veux qu'il vous revienne »
Au même moment, Hawke entra dans la clinique, l'air guilleret et sifflotant
« Gardez votre oreiller, Blondie, et rêvez que vous tuez des templiers quand vous poserez la tête dessus » répondit simplement le nain avant de sortir, laissant l'apostat avec le Héraut
Anders observa un instant son ami, il avait l'air particulièrement heureux, avec un large sourire jusqu'aux oreilles
« Inutile de vous demander d'où vous venez » lui dit le guérisseur, se doutant bien qu'il avait dût passer un moment chez Fenris « Et je dois vous dire que votre visite tombe bien »
« Si c'est encore une histoire d'ingrédients, je m'en vais » répliqua le guerrier d'un ton faussement méfiant, mais son expression changea quand il vit l'air grave du mage
« Non, je…voulais juste vous remercier d'avoir été là toutes ces années, de m'avoir soutenu et de m'avoir fait confiance, alors que je ne l'ai pas toujours mérité »
« C'est…gentil, mais pourquoi me dites-vous cela ? »
Le blond ne répondit pas tout de suite, comme s'il pesait ses mots avec attention
« Vous savez aussi bien que moi que nous nous approchons de la fin. Je me suis battu pour quelque chose qui a plus d'importance que moi, que vous, que n'importe qui. C'est une œuvre qui requiert des sacrifices »
« Anders, que voulez-vous dire ? »
« Les templiers vont recevoir ce qu'ils méritent » tout d'un coup, la voix de l'apostat devint plus grave, et les marques bleu lyrium apparurent. C'était Justice qui parlait désormais « Ils seront noyés dans un torrent de flammes et ressentiront la douleur qu'il ont causée, leurs corps et âmes seront brisés, c'est une guerre qui s'annonce, et nous la gagnerons, ils vont enfin avoir une vraie raison de craindre les mages ! »
Hawke ne dit rien, il savait que provoquer l'esprit n'était pas une bonne idée, et aussi soudainement qu'il était apparu, Justice se retira, laissant place à un mage désorienté.
« Que…que s'est-il passé ? » demanda-t-il
« Vous ne vous en souvenez plus ? »
« Non…cela arrive de plus en plus souvent, quand Justice apparaît, c'est un trou noir pour moi. J'ignore ce qu'il dit ou fait pendant mon absence, et cela me fais peur. Je ne le contrôle plus alors qu'il devient de plus en plus puissant »
« Il n'y a jamais eu de potion permettant de vous séparer de lui, n'est-ce pas ? »
« En effet, mais vous le saviez déjà, pas vrai ? et vous n'avez rien dit, vous m'avez quand même aidé, prouvant bien que je ne mérite pas la confiance que vous m'accordez »
« Anders, je suis votre ami, alors dites-moi, que va-t-il se passer ? »
« Vous en avez déjà suffisamment fait, je ne peux pas vous impliquer d'avantage. Si quelqu'un doit tout perdre »
Sur ces derniers mots, l'apostat sortit de la clinique, mettant un terme à la conversation. Le Héraut comprit qu'il n'obtiendrait pas plus de réponses de la part d'Anders et sortit à son tour. L'apostat avait déjà disparut dans les ruelles de Sombrerue de toute façon, le guerrier repartit donc en direction de la Hauteville.
Il sentait mal la suite, c'était inéluctable, et il avait quelque peu encouragé la rébellion à venir. Cela allait être sanglant, c'était sûr. S'il ne savait toujours pas ce que le guérisseur préparait, il savait qu'Anders comptait mourir pour son œuvre.
La machine était lancée, et le dénouement serait pour bientôt. Peut-être plus tôt qu'il ne l'eut crû, même, car quand il rentra chez lui, une lettre trônait sur son bureau, le somment d'aller à la Basseville
