Une tâche d'encre sur nos âmes

J'estime que cette longue absence mérite mes plus plates excuses accompagnées de quelques explications:
Mon ordinateur est tombé en panne il y a quelques mois de cela, tout mon travail (c'est à dire, ce chapitre-même, en plus d'une ébauche de quasiment tout les autres) ont été perdus et bien plus encore. (J'ai vraiment trouvé que ma vie était pourrie à ce moment là). Il m'a fallu attendre quatre bons mois pour en racheter un. (Il me fallait un performant, et ceci coûte la peau du ***). Bref, mon nouveau pc acheté, je n'ai pas eu le courage de reprendre cette fiction. (Honte à moi). Il m'a fallu donc attendre cette semaine pour finalement me décider à la poursuivre. J'ai écrit ce chapitre avec autant de convictions qu'il m'était possible d'avoir, mais bon... ça fait quand même un bout de temps que je n'ai pas écrit.

Disclaimer: L'intrigue à moi, tout le reste à JK Rowling.

Genre: Romance

Rating: K

'*'

Chapitre 6: L'impardonnable

Tom se leva brusquement et se tourna vers la porte que Lucius venait de refermer derrière lui. Le craquement sonore qui s'ensuivit indiqua que s'il voulait lui régler son compte, le Seigneur des Ténèbres devrait attendre qu'il rentre du travail. Et puis, il avait une prophétie à ramener.

«Narcissa!» appela alors le lord.

La femme de Lucius, alertée par le ton empli de colère du maître, se précipita vers les escaliers et les descendit à toute vitesse pour le rejoindre.

-Oui, maître? demanda t-elle sans chercher à masquer son inquiétude.

-N'ai crainte, Narcissa, seul ton mari peut se faire du soucis.

S'il cherchait à la rassurer en disant cela, il faisait vraiment fausse route, mais Narcissa savait bien qu'il voulait juste lui apporter quelques tourments. Elle hocha néanmoins la tête.

-Mène-moi à Karkaroff, ordonna Tom, qui ignorait où ses mangemorts avaient bien pu le ranger.

-Bien, répondit Narcissa d'une voix faible.

Elle traversa la salle à manger, Tom sur ses talons. Ce dernier essayait d'ordonner ses pensées.

Son moment de faiblesse et de sympathie s'était produit malgré lui. Une force, tout sauf malsaine, s'était emparée de lui quelques instants et l'avait empli d'une sorte de bonté qui ne lui ressemblait guère... et il savait qui en était responsable. Le processus s'était déjà mis en marche et Ginny avait fait sa première tentative de prendre possession de son corps. Il pesta intérieurement: tout se passait de travers, il aurait dû séparer son âme dès le début. Il ne savait plus vraiment ce qu'il fallait faire: devait-il mettre un terme à son pacte avec Ginny? Devait-il tout arrêter? Etait-ce trop risqué de continuer? Mais peut-être n'était-il pas trop tard?

Il décida de tenter le tout pour le tout. Il allait séparer son âme dans les plus brefs délais et verrait ce qu'il se produirait ensuite.

Tom suivit Narcissa dans une pièce qui semblait servir de débaras: des vieux meubles y étaient entreposés et la poussière dessus laissait entendre que cela faisait des semaines qu'un elfe de maison n'y était pas entré. La sorcière pointa sa baguette sur une tapisserie d'un vert crasseux que Tom jugeait affreuse: la broderie s'enroula alors sur elle même, révélant une petite entrée.

-Quelle planque subtile! ironisa Tom, j'attendais mieux de la part des Malefoy.

Narcissa ne releva pas. Elle s'avança dans l'entrée puis descendit un escalier aussi sombre qu'étroit. Tom constata alors qu'elle tremblait.

Elle s'arrêta devant une porte en bois massive.

«Il est là» dit-elle simplement

Tom sortit sa propre baguette de sa poche et ouvrit la porte. Il entra dans le sous-sol sans une once d'hésitation et balaya la petite pièce du regard. Il aperçut alors une silhouette recroquevillée sur elle-même près du mur. Il illumina la pièce de sa baguette et s'en approcha pour mieux l'apercevoir. Karkaroff paraissait vraiment mal en point: Amaigri par la faim et très certainement par la peur, d'immenses cernes alourdissaient ses yeux et son teint était si blafard que Severus en aurait rougi de jalousie.

Karkaroff, qui avait gardé les yeux clos, les ouvrit en entendant le bruit d'un pas léger s'approcher. La lumière que produisait la baguette de Jedusor l'aveugla, si bien qu'il plaça une main devant ses yeux.

«Qui est-ce?» demanda t-il avec un lourd accent bulgare

Tom abaissa légèrement sa baguette. Un peu plus habitué à la lumière, Karkarof retira sa main. Il fut alors très surpris de voir un adolescent lui faire face.

«Tu m'as l'air à ta place, ici, Igor» constata le Seigneur des Ténèbres d'une voix douce.

Karkaroff écarquilla les yeux, comme s'il comprenait quelque chose.

«Maitre? Maitre!» demanda l'ancien mangemort, semblant soudainement pris de folie.

Karkaroff se leva maladroitement. Ses yeux grands ouverts, comme s'ils cherchaient à sortir de leur orbite. L'ancien serviteur boita vers Tom mais s'arrêta lorsque ce dernier pointa sa baguette vers son front.

«Maitre! je vous en prie... je vous en prie!»

«Je ne suis pas venu marchander, Igor» rétorqua Tom.

Le jeune lord resta figé quelques secondes, la baguette pointée sur le visage de Karkaroff. Cela faisait plus de cinquante ans qu'il n'avait pas tuer. Il en avait même oublié la sensation que procurait le fait de commetre un meurtre. Et alors qu'il s'apprêtait à lancer le sortilège de mort, un sentiment d'appréhension s'empara de lui: l'appréhension du débutant, brève, légère, mais bien présente. L'instant passa.

«Avada Kedavra!»

Karkaroff fut projeté en arrière, mort avant même d'avoir touché le sol. Tom resta immobile une demi-seconde, pour essayer d'exploiter les émotions qu'il ressentait en cet instant... mais rien. Il ne ressentait absolument rien. Ni pitié, ni regret, ni tristesse, ni colère, ni même de la joie. En fait, ce premier meurtre le laissait indifferent.

Tom hocha alors la tête, satisfait et se retourna pour quitter la pièce. Il remarqua que Narcissa n'avait pas bougé de l'embrasure de la porte.

Elle avait observé la scene sans perdre une miette. Peut-être avait-elle tenté de percer à jour une faiblesse du Seigneur des Ténèbres? Après tout, il était si jeune...

Et si elle avait remarqué son hésitation? Sa légère crainte? Tom espérait que ça ne soit pas le cas. En passant devant elle, il lui glissa froidement: «Amène le corps dans ma chambre.»

Un murmure lui répondit:« Oui, Maitre. »

Le lord remonta silencieusement les marches et retourna dans sa chambre. Il s'empara directement du journal et l'ouvrit.

« Ginny »

« Réponds immédiatement »

« J'ai bien l'intention de te sortir d'ici, alors ne me fais pas perdre mon temps »

A quoi bon? Monstre, n'envisage même pas de me venir en aide.

« Tu es vraiment la fille la plus niaise que je n'ai jamais rencontré de ma vie »

Crois-moi, elle ne sera pas très longue.

Tom se figea quelques instant. Il detestait les mauvais présages, même s'il sortait de la bouche de la dernière des idiotes.

« C'est bon, je ne t'asservirai pas. Tu sortiras d'ici libre comme l'air. Contente? Maintenant, reprenons là où nous nous étions arrêtés »

Je ne te fais pas confiance.

Et elle avait bien raison! Tom n'avait pas pensé une seule seconde ce qu'il avait écrit. De toute manière, il ne pourrait pas la laisser repartir tranquillement chez elle après lui avoir révéler ses plus noirs secrets.

« Pour une fois, tu devrais. Quel intérêt trouverais-je à m'encombrer d'une idiote telle que toi? Et puis, tu as vraiment l'intention de rester là? Crois-moi, tu vas vite te lasser... »

Pas de réponse.

« Ne souhaites-tu pas revoir ta famille? Retourner à Poudlard? Reprendre une vie normale? Penses-y! »

Pourquoi vouloir tuer les né-moldus?

Voilà une attitude plus réfléchie! Le temps que Tom lui avait laissé pour réfléchir avait aussi dû jouer en sa faveur. Il n'avait pas l'intention de mentionner l'incident qui s'était produit dans la matinée. Il savait parfaitement que Ginny avait tenté d'accaparer son esprit et cela, soit dans un acte desespéré, soit dans le but de lui jouer des tours. Alors, à quoi bon en parler? En attendant que le corps de Karkaroff soit amené dans sa chambre -Narcissa semblait décidée à vouloir prendre son temps-, Tom décida d'en révéler un peu plus sur lui même.

Il n'était plus vraiment effrayé car il venait de prendre conscience que s'il séparait son âme en deux, il était totalement impossible pour celle de Ginny de prendre la place des deux à la fois. C'était logique.

« Ce sont des sous-races, des êtres qui ne méritent pas de porter une baguette magique. »

Pourquoi cette intolérance? Tu te poses en défenseur des sang-purs alors que tu ne l'es pas toi-même!

Faire abstraction de cette dernière remarque lui coûta un effort surhumain.

« A mon tour de te poser une question: pourquoi les sorciers s'évertuent à maintenir l'existence de leur monde secret? »

Pour ne pas effrayer les moldus et pour... je ne sais pas.

« Tu n'y es pas du tout. As-tu entendu parler des sorcières de Salem? »

Oui.

« Vois-tu? Tu déplores mon intolérance mais les moldus non plus ne supportent pas la différence, ils se font même la guerre entre eux pour ça! L'ethnie, les orignes, la couleur de peau... Ils accaparent ce monde et nous, on doit se cacher de cette racaille? C'est nous qui devrions avoir le monopole sur cette race de faibles, de lâches! »

Tu les mets tous dans le même sac!

« Effectivement. Pourquoi aurait-on pitié d'eux alors qu'il s'acharneraient à éliminer ceux qu'ils prennent pour nos semblables? Il est grand temps de rétablir l'ordre dans ce monde. Supprimer les lois de protection du secret du monde magique, reconvertir les sang-de-bourbes et moldus en ce qu'ils auraient dû être depuis le départ: des moins-que-rien, des elfes de maisons. Les éliminer, dans l'idéal. »

Tu traites tout les moldus de la même façon, mais il y en a pleins qui sont au courant de l'existence de notre monde! Les moldus ayant des enfants sorciers, par exemple! Sans compter un grand nombre de sorciers qui se marient avec les moldus -Tom grimaça en songeant à ce mélange de races qu'il jugeait absolument répugnant - Et la grande majorité de ces moldus entretiennent des relations amicales avec le monde des sorciers. Je suis même certaine que tu en avais vu au Chemin de Traverse, lorsque tu y étais allé.

Selon Tom, être contrainte de rester coincée dans un journal était vraiment une expérience bénéfique pour elle. Depuis qu'elle y était, elle avait assez changé. Elle ne tenait plus le discours de petite fille et s'appropriait même de mieux en mieux l'art de la rhétorique... même s'il lui restait encore un long chemin à parcourir.

«Tu approuves le mélange des races tandis que je ne peux le tolérer. Je ne laisserai pas les sorciers à la botte des moldus. Et ce ne sont pas les idéaux d'une gamine laxiste qui m'empêcheront de le faire. »

C'est pourtant impossible. Tu n'es pas le seul sorcier à avoir essayé. Entre Grinderwald et celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, l'un n'est plus que l'ombre de lui-même et l'autre est mort.

Tom esquissa un sourire. Elle se trompait lourdement. Mais il n'avait pas l'intention de le lui dire: même si avoir une crise cardiaque était impossible étant donné l'endroit où elle était, il n'allait pas prendre le risque de provoquer un malheur similaire. Il préférait faire cela en douceur. Le mieux serait que, au bout d'un certain temps, elle se rende compte elle-même qu'il était Lord Voldemort.

On toqua à la porte.

« Oui? »

Narcissa fit son entrée. Le masque neutre qu'elle s'efforçait d'afficher n'arrivait pas à dissimuler la crainte qu'elle ressentait vis-à-vis de son maitre. Le corps de Karkaroff, en lévitation, entra à son tour dans la pièce, avec lenteur, et tomba lourdement en son centre.

-Tu as été longue, fit remarquer Tom, quand je donne un ordre, on ne va pas siroter son thé avant de l'exécuter.

Narcissa s'inclina prestement:

-Cela n'a rien à voir maitre, marmonna t-elle, la lèvre tremblotante.

C'était vrai qu'elle avait trainé en route, mais c'était plus par peur que par paresse. Elle venait de voir le Seigneur des Ténèbres exécuter de sang froid un ancien serviteur, quelque chose qu'elle n'avait pas vu depuis des années et pensait d'ailleurs ne jamais revoir. C'est avec les jambes vacillantes qu'elle avait monté les escaliers, emportant un cadavre derrière elle.

-Va t-en, ordonna t-il sèchement.

A peine avait-il terminé sa phrase que Narcissa avait déjà entamé sa course vers la sortie: Tom en aurait presque rit. Il délaissa le journal et se leva.

Sans trop savoir pourquoi, c'est avec prudence et lenteur que le lord s'approcha du corps de Karkaroff. Alors qu'il observait le corps sans vie du traitre, un sentiment étrange s'empara de lui. Léger, quasi inéxistant, mais pourtant bien présent. Il ne saurait le définir... En fait, il avait l'impression de sentir son propre coeur s'alourdir, ce qui était étonnant: ce dernier se manifestait normalement jamais, si bien qu'il avait fini par en oublier l'existence. Qu'était-ce, ce sentiment étrange? Cette incertitude... et cette question, flottant dans l'air, qu'il ne s'était jamais posé auparavant:

"Ai-je bien fait?"

Etait-ce du... remord? Non! C'était impossible! Il n'en avait jamais épprouvé! Il n'en connaissait même pas la définition!

Et Ginny, dans cette affaire? Oui! Ce sentiment venait de cette idiote! Tom la maudit intérieurement et, sans hésiter une seconde de plus, rompit l'espace qui le séparait du cadavre et s'abaissa à son niveau.

Il pointa sa baguette sur la poitrine de Karkaroff et s'immobilisa. Par le meurtre, son âme avait été fissurée. Pour la séparer complètement, il avait besoin d'un sortilège. Court, pas vraiment compliqué à retenir ni à énoncer mais d'une puissance effarante, qui engendrait une douleur longue, atroce, au delà de l'imagination... Il avait déjà vécu cela auparavant, il savait ce qui l'attendait: de longues souffrances que l'esprit humain ne pouvait comprendre ou envisager s'il ne les avait pas déjà ressenti. Pour certains, la mort en aurait été préférable - Un Avada Kedavra avait le mérite d'être rapide- mais pas pour lui. Il voulait triompher d'elle.

"Nex potestas dat"

Une douleur surgit de sa propre poitrine. Il était en train de l'accomplir: cette acte contre nature... contre la mort. Cette dernière détestait être défiée, et elle avait de bonnes armes pour se défendre: la douleur se propagea, semblant partir de coeur pour parcourir tout son corps, s'insinuant dans ses veines, le sang, la lymphe, remontant jusqu'à son cerveau-même.

La mort semblait se manifester face à lui, voulant le dissuader de poursuivre sa besogne, lui intimant de ne pas aller plus loin. Une grande souffrance l'assaillait. Horrible, certes, mais pas insurmontable. Il tint alors sa baguette à la verticale, laissant l'extrémité touché son propre menton.

"Secretae animae jubeo. Ea exemptum" acheva t-il d'une voix haletante.

Ce n'était pas une séparation de l'âme. C'était un déchirement, une explosion. La douleur s'intensifia au point même que y placer des mots pour la définir ne ferait qu'en limiter le sens. Un doloris était une parti de rigolade à côté, et Tom n'avait pas besoin de subir ce sortilège pour le savoir. Il fut pris d'incontrôlables convulsions et tenta de poser ses deux mains au sol pour éviter de s'effondrer, mais elle cédèrent avant même qu'il n'aie eu le temps de s'appuyer dessus. Aucun hurlement ne franchit ses lèvres, non pas que l'envi de s'égosiller de bon coeur lui manquait, mais il n'en avait tout simplement pas la force. En fait, il essayait seulement de respirer.

Tremblant, étalé par terre, le front contre le sol, il toussait, haletait, crachait du sang et tentait vainement d'inspirer l'air qui lui manquait atrocement. Assailli par des lames de couteaux surgissants de partout, lacérant son corps. Ecrasé par des massues, broyant son crâne. Brûler par les flammes, léchant chaque parcelle de sa peau... Il avait l'impression de subir tout les châtiments possibles et imaginables. Ne pouvant plus en supporter d'avantage, il perdit connaissance...

L'évanouissement ne lui procura même pas le soulagement qu'il attendait, en fait, il se réveilla au bout de vingt minutes. Son état ne semblait pas prêt de vouloir s'améliorer, d'autant plus que les minutes lui apparaissaient comme des heures.

Il se souvenait de la première fois où il avait séparé son âme. Il se souvenait qu'il en avait longtemps souffert, il fallait être fou pour accepter de subir cela une nouvelle fois et, certainement, il l'était.

Tom souhaita de tout coeur s'évanouir à nouveau pour ne se réveiller qu'au petit matin, mais son esprit ne semblait pas vouloir le laisser s'en tirer aussi facilement, préférant le garder totalement conscient. Conscient de ce qu'il se passait, conscient de la douleur, conscient de la gravité de son acte. Douleur inhumaine pour erreur inhumaine.

Séparer son âme allait à l'encontre de toute les lois, à l'encontre de la mort, à l'encontre de la vie, à l'encontre de l'humanité. Il méritait cette douleur: A défaut de ne pas en éprouver de remords, il fallait bien un autre moyen pour lui faire à jamais garder son acte abominable en mémoire.

Il avait tant de mal à respirer que des larmes lui montèrent aux yeux. Pendant des heures, il resta allongé ainsi, tremblant, suffoquant de douleur. Et plusieurs fois, il songea que peut-être il n'en réchapperait pas: quelle ironie ce serait... mourir pour l'immortalité!

Arriva le moment où il trouva la force et le courage de se relever; il ne savait pas si le mal qui l'assaillait avait diminué ou si tout simplement il s'y était un peu accoutumé. Tom tituba alors jusqu'à son lit et dégringola dessus. Il invoqua mentalement tout les grands mages -Merlin, Morgane, Salazar Serpentard et toute une longue liste incluant même Godric Griffondor- pour qu'ils l'aident à sombrer dans les douceurs de l'inconscience, du sommeil. Mais cela était vain et d'autant plus provocant: lorsque l'on commet un acte aussi inhumain que de déchirer son âme, on ne peut se permettre de salir leur nom.

De toute façon, Tom s'en fichait royalement de ce qu'il valait mieux faire ou ne pas faire. Il était à l'agonie et la seule chose qui lui importait était de survivre.

Combien de minutes, combien d'heures était-il resté étendu ainsi? Tom ne le savait pas vraiment mais la pièce plongée dans le noir indiquait que le soleil s'était couché.

Il ne criait pas, ce n'était pas encore dans ses cordes. Seules de longues plaintes faibles et quasi inaudibles s'échappaient de ses lèvres. Des plaintes qui, d'ailleurs, illustraient si bien la peine qu'il ressentait que même Ginny aurait eu pitié de lui. Pitié de ce fou qu'il était, pitié de ce qu'il s'obligeait à subir.

'*'

Tom ouvrit les yeux. Il ne se souvenait même pas s'être évanoui de nouveau. La douleur en son corps avait diminué; il avait plutôt l'impression d'avoir des courbatures un peu partout. En revanche, sa tête était lourde. Lorsqu'il se redressa, il eut l'impression d'effectuer un plongeon dans le vide. Il demeura longtemps en position assise pour s'habituer à ce nouveau mal.

Le lord ne devait néanmoins pas trop perdre de temps: ses mangemorts étaient sûrement en train d'attendre sa venue dans le salon Malefoy et il ne devait surtout pas se présenter à eux de manière pitoyable. Le soleil était levé mais Tom n'avait pourtant aucune idée de l'heure.

Sortir du lit fut une autre paire de manche: se déplacer sur le côté ne fut pas trop difficile. En revanche, prendre appui sur ses pieds lui sembla impossible. Ses jambes n'avaient pas la force de supporter son poids et Tom se fit violence pour les y contraindre.

Il tituba hors de la chambre, courbé, proche d'un plongeon en avant. Dès qu'il mit le pied dehors, il fit de grands effort pour se redresser. Sa tête bouillonait encore, non remise de la précédente douleur -qui persistait toujours d'ailleurs, mais d'une intensité bien moindre-. Il essaya de se donner une allure mais on voyait bien que malgré ses efforts, il ne marchait pas droit. Il descendit les escaliers sans tomber, ce qui était un point positif, puis rentra dans le salon où ses mangemorts l'attendaient. -Il ne le savait pas, mais cela faisait plusieurs heures, étant donné que la réunion était prévue dans la matinée-

Ils parlaient... ou plus justement: ils murmuraient entre eux. Mais leurs voix résonnaient dans la tête de Tom comme une symphonie mal orchestrée.

Fort heureusement, ils ne mirent pas longtemps à voir que le Seigneur des Ténèbres était présent. Les conversations s'évanouirent quasi-instantanément, au plus grand soulagement de Tom.

Ils semblaient tous interloqués de l'apparence de leur maitre: il affichait un air exténué et la paleur de son teint avait atteint son paroxysme. Son aura s'était affaibli et sa posture laissait entendre que tenir debout ne lui était pas naturel.

-Maitre... vous allez bien? demanda Malfoy, qui avait entreprit de sécher le travail pour cette fois.

Il avait parlé d'une voix douce, mais Tom avait l'impression de l'avoir entendu hurler.

"Quelle question! Tu vois bien que ce n'est pas le cas."

C'était un tableau affichant une tête aussi blonde que celle de Malefoy -probablement un ancêtre- qui venait de parler et sa voix résonna dans la tête de Tom en un écho paraissant infini. Jamais aucun tableau n'avait parlé en sa présence, et celui-là avait attendu que le lord confonde les chuchotis avec des concerts de rock pour se manifester! Le lord ne put s'empêcher de porter une main contre sa tempe, les yeux rougeoyants.

-Malefoy, dit-il à voix basse mais qui n'en dissimulait pas moins toute sa rage, dis à ton tableau que s'il ne la ferme pas, je le brûle. -il s'interrompit quelques secondes avant d'exiger:- La prophétie?

Lucius se mordit la lèvre inférieur et se tordit les mains dans tout les sens. Sa femme, à côté de lui, se doutait tout aussi bien de ce qui l'attendait.

-Je ne l'ai pas...

-Tu ne l'as pas, répéta Tom d'une voix douce, essayant d'oublier les tambourinements dans son crâne.

Il pointa sa baguette sur son serviteur.

Lucius s'inclina si bas qu'on aurait cru qu'il cherchait à faire de la concurrence à Dobby.

-Pardonnez-moi, maitre! Mais laissez-moi m'expliquer, par pitié...!

Pour faire bonne mesure, Tom lui envoya un doloris digne de ce nom. Bien que son état physique était diminué, il était ravi de voir que ce n'était pas le cas de ses compétences magiques: le mangemort se contorsionna en hurlant de douleur, mais Tom ne fit pas durer le sortilège longtemps. Car, non seulement l'entendre hurler plus longtemps empirerait ses propres maux, mais en plus, les explications qu'il avait à lui fournir l'intriguait.

-Vous n'avez pas perdu la main, maitre, commenta Rowle d'un ton détaché.

-C'est vrai, approuva Tom , et tu en feras l'expérience bien assez tôt, tu peux me croire.

Face à la menace, Rowle mit un temps fou pour déglutir, si bien que lorsqu'il y parvint, Malefoy s'était déjà redressé:

-Je l'ignorais mais...

Toujours pas remis du choc, il prit une grande inspiration avant de poursuivre:

-Seul celui qui est... concerné par la prophétie peut... s'en emparer... -il reprit deux grandes bouffés d'air- Macnair avait réussit à... s'introduire au département des mystère mais...

-Il est à Sainte-mangouste, acheva Nott, prenant Malefoy en pitié.

Tom haussa un sourcil. Alors comme ça, il n'y avait que Potter ou lui qui avaient la possibilité de s'en emparer... Il y eut un bref silence.

-On pourrait tenter de mettre Potter sur le chemin de cette prophétie, suggéra finalement Avery avec bon sens, il doit bien y avoir un moyen d'attiser sa curiosité et faire en sorte que...

-Non, c'est bon, coupa Tom d'une voix sec, je m'en occuperais. Je ne suis pas boiteux, que je sache. (Il retint un sourire en prenant conscience de sa dernière phrase, qui n'était qu'une semi-verité pour l'intant)

Les mangemorts lui lancèrent un regard stupéfait: boiteux ou pas, Lord Voldemort n'était pas du genre à accomplir les sales besognes habituellement destinés aux serviteurs. Il n'empêche que ce jeune homme, actif et entreprenant, faisait bonne figure avec cette innovation...

-La sécurité est doublée depuis l'incident avec Macnair, déplora Narcissa

Le Seigneur des Ténèbres planta son regard dans ceux de Mrs Malefoy. Un regard rougeoyant, empli de haine, qu'elle ne put soutenir longtemps: elle détourna la tête, gênée. Tom retrouvait ses principes d'intimidation intactes depuis cinquante ans, ce qui était une bonne chose.

-Il en faudra plus pour m'arrêter, siffla t-il.

Le visage de Narcissa, toujours tourné sur le côté, emit un faible acquiescement.

-Je disait donc, reprit-il en abordant un masque neutre -pour ne pas dire cordial-, que je me rendrais au ministère moi-même. Lucius, tu m'y accompagneras.

L'interpellé s'inclina pour montrer son accord, non pas qu'il pouvait en faire autrement, mais le Seigneur des Ténèbres appréciait qu'on lui réponde.

-Nous aurons besoin de Polynectar... Severus?

-Il doit m'en rester quelques échantillons dans mon bureau.

-Carrow et Avery, j'aimerais que demain matin, Moroz et Funestar ne puissent se rendre à leur lieu de travail. Stupé... quoi que non, ramenez-les ici. Severus, tu disposes d'une heure pour nous ramener tes échantillons, pas une minute de plus, sinon tu sais ce qu'il t'attend. -Tom fit un signe de tête très significatif vers Malefoy-

Severus hocha la tête et transplana. Tom comptait couper court à la réunion: tout ce qu'il souhaitait, c'était retourner se coucher au plus vite.

-Tiens-toi près pour la mission de demain, Lucius. Les autres: quartier libre jusqu'à nouvel ordre, dit le lord en se retournant pour quitter la pièce.

Les mangemorts poussèrent un soupir de soulagement lorsque la porte se referma derrière lui.

'*'

-Le Seigneur des Ténèbres a assassiné Igor.

Dumbledore ne réagit pas vraiment. Seuls ses yeux laissaient entrevoir une légère tristesse.

-Je le soupçonne d'avoir créer un nouvel horcruxe, poursuivit Rogue, qui n'avait pas l'air de regretter Karkaroff pour le moins du monde.

-C'était inévitable... soupira Dumbledore

-Et il compte se rendre au ministère pour dérober la prophétie.

Le directeur tiqua.

-Il compte s'y rendre... lui-même? s'enquit-il avec surprise.

-Oui, il sera accompagné de Malefoy. Que faisons-nous?

Dumbledore se leva et fit les cent pas.

-Que voulez-vous que nous fassions? Si nous avertissons le ministère, ils nous prendront pour des fous. Si je m'y rends moi-même, il saura que c'est toi qui m'as prévenu.

-Ce n'est qu'un enfant, il n'a pas les compétences magiques de son futur! tenta de le raisonner Rogue, nous pourrions aisément l'arrêter. Il ne sera accompagné que de Malefoy!

Dumbledore réflechissait.

-Justement, je préférerais le jeune Jedusor plutôt qu'un Lord Voldemort en puissance.

-Personnellement, je ne préfère aucun des deux...

-Nous savons que Voldemort avait fait de son journal un horcruxes. Et s'il en dissimulait d'autres? Tant qu'il vous fait confiance, nous avons une chance de le découvrir, expliqua Dumbledore, si nous le tuons, il reviendra peut-être par le biais d'un autre horcruxe. Et nous auront probablement moins de chance car il l'aurait crée à une période avancée de sa vie. A seize ans, il représente un danger bien moindre. Ses actions sont limités en raison de certaines lacunes dans des connaissances en magie qu'il n'avait pas encore acquises à ce stade de sa vie. S'il veut la prophétie... soit, qu'il la prenne. Elle ne lui sera pas d'une grande aide.

-Après cela, il cherchera par tout les moyens à s'en prendre à Potter.

-Je pense que c'est déjà le cas, Severus...

'*'

Le lendemain

Tom se leva avec moins de difficulté que la veille. Sa tête était toujours lourde, mais au moins, il l'a soutenait avec plus de facilité. Il ouvrit sa porte au moment même ou Lucius s'apprêtait à toquer.

-Vous tombez bien maitre, Moroz et Funestar sont dans le salon, inconscients. Le polynectar nous attend également.

Tom ne sut jamais si Rogue l'avait rapporté dans le temps imparti et, de toute façon, il s'en fichait royalement. Il suivit son serviteur jusqu'au salon, où les mangemorts étaient réunis au grand complet, ce qui étaient anormal, vu qu'ils avaient quartier libre. Mais Tom n'était pas vraiment étonné: les serviteurs étaient tous curieux et avides de voir ce qui allait se passer. Ils remarquèrent que le lord avait retrouvé de sa superbe.

Les deux employés du ministère étaient étendus par terre, entre le fauteuil et la table basse. Ils étaient tout sauf agréables à regarder, ce qui ne gêna pas Tom plus que ça, puisque c'étaient ces apparences qui allaient servir ses intérêts.

Rogue s'approcha des deux nouveaux arrivants et leur tendit le polynectar.

-Les cheveux sont déjà dedans, les informa t-il

Tom prit le verre et le but d'un trait tandis que Malefoy, moins téméraire, n'en prit que la moitié à petites gorgées.

-C'est dégueulasse, fit ensuite Lucius en grimaçant, le verre toujours dans la main.

Sa femme répondit à sa vulgarité par un rugissement indigné.

-Désolé Cissy, mais c'est le seul mot qui convient.

-J'approuve, avoua Tom en appuyant une main sur sa propre gorge.

Il ne grimaçait pas, mais ses sourcils froncés et le pli amer de sa bouche étaient suffisants pour montrer son dégoût. Les mangemorts regardaient la scène avec surprise et essayaient à grand peine de ne pas s'en amuser.

Comme si Tom n'avait pas déjà assez souffert, la transformation ne se fit pas dans la joie et la bonne humeur: elle venait appuyer sur toutes les courbatures de son corps, les rendant presque aussi vives que la veille. Il prit soin de ne laisser aucun son sortir de sa bouche, ni de se courber de douleur, et allait ainsi à l'encontre de ce que son esprit lui hurlait de faire. Malefoy, pourtant plus disposé à subir la transformation sans trop de peine, ne fit pas preuve de la même retenue: il était plié en deux et avait appuyé ses mains sur ses genoux, son visage ne faisant pas trop d'effort pour dissimuler l'épreuve à laquelle il était soumis.

Heureusement, cette situation ne dura pas.

La douleur passée, Lucius se redressa en soupirant de bonheur et jeta un coup d'oeil à son maitre... qui était à présent blond. Il avait effectivement pris l'apparence de Funestar, dont les traits assez réguliers n'en faisait pas un bel homme pour autant, d'autant plus qu'une cicatrice courrait le long de sa joue.

Lucius ne se trouvait pas en meilleur état: Moroz était un homme brun et dégingandé, avec un long visage fin, un long nez crochu et des petits yeux rentrés.

-Lucius, tu es laid, ne put s'empêcher de commenter Tom avec amusement.

Les mangemorts rirent, Lucius inclus.

-Vous ne resplendissez plus vraiment également, maître, se permit d'ailleurs de plaisanter Malefoy-Moroz avec léger sourire

Même s'il avait raison et que Tom avait hoché la tête, les mangemorts ne prirent pas le risque de rire à nouveau (ce qui fut très difficile pour la plupart d'entre eux).

Avoir cet aspect aurait même pu couvrir le lord de ridicule s'il ne dégageait pas cette même prestance. En effet, Il émanait une aura à la fois malveillante et fascinante de cette apparence banale, exactement la même que lorsqu'il avait sa véritable apparence.

Les serviteurs observaient leur maitre avec fascination: jamais ils n'avaient imaginé que le lord partirait en mission lui-même au ministère, d'autant plus avec l'apparence d'un homme aussi... ordinaire que l'était Funestar.

Tom faisait tout cela car il s'était vite rendu compte que l'on était mieux servi que par soi-même, comme l'avait prouvés les précédents échecs de ses serviteurs... mais aussi pour montrer à tous qu'il méritait sa place de leader et que rien ne lui faisait peur ou ne l'impressionnait.

En effet, son futur-lui avait dû gravir les échelons, montrer à tous qu'il était le meilleur, qu'il se devait d'être chef. Il s'était imposé en tant que figure emblématique de puissance dont on en était même venu à en craindre le nom.

Cependant, il était revenu avec son visage d'adolescent, du haut de ses seize ans, et avait l'impression de devoir accomplir le même cheminement que son futur-lui. Même si sa position de maitre était déjà atteinte: il se devait de leur prouver qu'il la méritait toujours, que sa jeunesse n'entrait pas en contradiction avec sa grande puissance. Le lord ne devait donc surtout pas rater cette mission, au risque de voir son image dévalorisée... surtout qu'elle n'était pas d'une difficulté renversante!

-On y va, déclara t-il.

'*'

Fin du chapitre! Si mes souvenirs sont bons, celui que j'avais écrit auparavant était plus long. :/