Chapitre 13

Sion 23 : 25

L'ocre des yeux d'Asami ne lâchaient pas Mookyul. Pour la première fois depuis très longtemps, il se sentait petit et potentiellement en danger face à un homme.

Il tentait de se rassurer en cherchant les défauts de celui-ci mais les idées ne se bousculaient pas.

Alors il s'énervait.

-Je suis capable de prendre la décision.

-Etant donné votre jeune âge, je préférais l'approbation de votre père.

-Qu'importe le vieux, je serais bientôt à la tête de l'organisation.

-Mais ce n'est pas encore le cas, répliqua Asami calmement.

Mookyul soupira, cela faisait une heure qu'il tentait de convaincre Asami de le laisser décider si une future collaboration entre eux était possible. Ouvrir un marché avec le Japon était la meilleure chose qui pouvait arriver à la compagnie. Il reviendrait en Corée avec de nouveaux profits très juteux.

-Cependant, votre avis est indispensable, continua Asami. Je vous ai exposé les avantages et les inconvénients. Je compte sur vous pour faire pencher la balance. Votre père n'a jamais été très favorable à l'idée.

-J'en discuterais avec lui, capitula Ewon qui regardait sa montre. Il avait hâte de retrouver Ewon.

-Par ailleurs, j'ai demandé qu'on vous prépare le jet. Vous serez ainsi rapidement de retour à Séoul.

-Quand ça ?

-Demain, un chauffeur viendra vous cherchez à l'hôtel en fin de matinée.

-Je ne suis pas à l'hôtel.

-Je sais, mais je ne souhaite pas que vous restiez chez Takaba, dit –il d'un ton plus dur.

-Vous avez peur de quoi ?

-On n'est jamais assez prudents.

Mookyul hocha la tête et se releva.

-Si nous n'avons plus rien à nous dire…

-Je vais vous accompagner jusqu'à la porte, je voudrais parler à Takaba.

Il se redressa, allumant une énième cigarette au passage. Plus petit que Mookyul, Asami était cependant mieux fait que lui, ce qui l'irrita quand il le regarda enfiler sa veste.

Il le vit également plonger sa main dans sa poche et en ressortir un téléphone portable qui clignotait dangereusement.

Asami le porta à son oreille et ouvrir la porte du couloir. Mookyul s'engagea avant lui.

Ils arrivaient à la sortie lorsqu'Asami posa sa main sur l'épaule de Mookyul pour l'arrêter.

-Ne me touchez pas, fit Mookyul en dégageant la main.

Asami lui lança un regard méprisant.

-Il y a un problème. Vous devriez me suivre.

-De quoi vous parlez ?

-Nous verrons sur place, nous n'avons pas de temps à perdre.

Les deux hommes qui gardaient la porte suivirent Asami lorsqu'il prit la direction de la Berline. Son portable toujours à l'oreille, Mookyul ne comprenait rien de ce qu'il disait.

-Qu'est ce qui se passe ? Ewon va bien ?

La colère monta en lui lorsqu'il vit qu'Asami l'ignorait en montant dans la voiture.

Il le suivit mais il perdit patience dans le véhicule.

-Putain, mais que ce passe t-il ? s'exclama t-il en serrant les poings.

Asami le jaugea et dit calmement.

-J'ai reçu un message vocal de Takaba, dans celui-ci des russes l'emmènerait contre son gré. Je ne peux pas joindre l'homme qui se charge de sa protection. J'ai bien peur qu'il ne se soit fait enlever une nouvelle fois.

-Et Ewon ?

-Il était avec lui… vous avez juste à espérer qu'ils ne lui ont rien fait.

La mâchoire de Mookyul se serra jusqu'à lui faire mal. Son cœur battait la chamade dans sa poitrine.

-On est là bas dans combien de temps ?

-Quelques minutes.

En effet, ils ne prirent pas beaucoup de temps pour atteindre le parking de l'immeuble. Mookyul quitta la Berline en courant. Il se précipita dans l'appartement. Il ne fit pas attention aux hommes de mains d'Asami qui se trouvait déjà sur les lieux. L'appartement était dévasté, les meubles se trouvaient sans dessus dessous. Une mare de sang brillait sur le sol.

-Est-ce que… ?

-Il n'y a personne ici. Takaba et Ewon ont été emmené tous les deux, fit Asami en entrant.

-On sait où ?

-Pas encore.

-C'est ce Mikhail Arbatov ?

-Je ne crois pas, il a bien été renvoyé à Moscou ce matin.

-Alors ?

-Mes hommes trouveront vite une piste.

-Où sont passé les miens ?

-Ils ont été renvoyés à Séoul.

Mookyul vit un petit objet en argent au sol. Il se pencha et ramassa la bague d'Ewon, copie de celle qu'il possédait lui-même depuis son anniversaire.

-Qui que ce soit, il me le payera, éructa t-il.

Asami sourit.

-Bonne attitude, maintenant il faut de l'action.

-Comment puis-je ?

Le portable d'Asami sonna quand il ouvrit la bouche. Il décrocha.

Mookyul vit son visage se décomposer. Il pouvait entendre des hurlements dans l'appareil. Les yeux d'Asami s'écartèrent de panique quand un rire se fit entendre après. Une voix roc aboyait des ordres au mafieux.

Celui-ci ne perdit pas son calme, même si Mookyul remarqua que les mains d'Asami tremblaient légèrement.

Il prononça quelques mots et raccrocha. Ses hommes attendaient les ordres. Il lança son portable au premier devant lui et ils disparurent.

-Ce n'était pas Ewon qui criait…

-Non…

-Qui est l'autre homme ?

-Yuri.

Asami lui expliqua rapidement de qui il s'agissait. La panique de Mookyul ne fit que s'aggraver.

-Qu'est ce qu'on va faire ?

-Je vais faire ce qu'il me demande, mais à ma manière.

-C'est-à-dire ?

-Je dois me rendre demain matin à l'entrepôt. Il souhaite m'échanger contre Takaba et Ewon. Je ne laisserais pas faire.

-Et s'il les tuait ?

-Il n'y a aucun risque, je sais ce que je fais.

-Mais…

Le regard noir d'Asami lui coupa la parole. Il se renfrogna. Très bien. Lui ferait en sorte de revoir Ewon sain et sauf.

Entrepôt dans Tokyo

0 : 30 mp

Il faisait froid à présent dans la pièce. Ewon se demanda si l'ampoule au dessus de lui allait tenir toute la nuit. Il se remit sur ses jambes quand il entendit des bruits dans la serrure. Les cris de Takaba s'était tu depuis un certain moment maintenant. Allait-il bien ? Rien que d'imaginer ce qu'il subissait provoquait des longs tremblements de panique à la limite d'une crise de panique.

La porte s'ouvrit et Takaba apparut. Le russe, Yuri le balança dans la pièce et referma.

Ewon se précipita sur lui.

Il s'accroupit et n'osa pas le toucher.

-Akihito, est ce que ça va ?

-J'ai connu mieux, murmura ce dernier, les yeux clos, je crois que mon bras droit est cassé.

Ewon l'observa. Son bras droit formait un angle étrange. Il semblait avoir tous le reste, son visage était caché sous une bonne couche de sang. Le coréen ne savait pas par où commencer.

-Qu'est ce qu'il t'a fait ?

-Juste frapper, c'est qu'il n'y va pas avec douceur.

Takaba tenta de se relever, mais au moment de bander ses abdos il s'écroula en gémissant, retombant sur son bras cassé, ce qui redoubla la douleur.

Ewon l'attrapa dans ses bras, laissant tout le corps de Takaba peser sur lui. Il le rapprocha du mur pour qu'il puisse se tenir assit.

Puis il prit ses manches pour nettoyer son visage. La figure d'Akihito réapparut même si des marques violettes et bleues se formaient dessus.

-Qu'est ce qu'il te voulait ?

-Il me posait des questions sur Asami. C'est lui qu'il veut.

-Et qu'est ce qu'il va faire de nous ?

-Il veut nous échanger contre Asami demain matin. La dernière fois, je me suis pris une balle. marmonna Takaba.

-Peut-être mais tu es encore en vie, répondit Ewon en tentative de soutien.

Takaba ne répondit pas. Ewon se colla contre lui et attrapa une de ses mains.

-Il ne faut pas perdre espoir.

-Je ne perds pas espoir, renifla Takaba, mais Asami a déjà risqué sa vie plusieurs fois pour moi. S'il devait lui arriver quelque chose…à cause de moi. On ne devrait pas se fréquenter…Je ne comprends pas pourquoi il continue, je suis un tel poids pour lui.

-Peut importe le danger quand on veut être avec une personne qu'on aime.

-Mais je n'en sais rien. Je ne sais même pas s'il s'agit d'amour ou d'un jeu pour lui.

-Comment tu fais pour douter ? Il est venu te chercher en Chine !

-Et si c'était juste pour prouver aux autres qu'on ne touchait pas à ses affaires ?

-Tu penses qu'il te voit comme ça ? Tu crois qu'il aurait fait cela pour ça ?

-Je n'en sais rien. Toutes ces histoires me prennent la tête. Je lui ai rien demandé, je voulais juste faire mon boulot…

-Alors s'il ne venait pas demain ? Ça ne te ferait rien ?

Takaba fondit en larmes.

-Non, il n'a pas le droit de me laisser !

Ewon se mit à rire.

-Pourquoi tu rigoles ?

-Tu es complètement perdu c'est ça ?

-Je ne comprends pas ce qui se passe. Il me rend tellement instable et ça me fait peur.

-Tu es amoureux Takaba. Au début, quand je voyais Mookyul, je croyais que je devais fuir, parce qu'il était nocif pour moi. Mais c'était avant de comprendre que ce n'était pas vrai, bien au contraire. Ce qui me faisait du mal était en réalité ce qui me faisait le plus de bien. Tant que tu n'en a pas encore conscience, tu continueras de douter.

-Comment faire ?

Ewon sourit et s'approcha de Takaba. Il prit sa nuque dans ses mains et plaqua ses lèvres sur les siennes.

Ils échangèrent un baisé timide. Akihito tourna son visage.

-Qu'est ce que tu fais ?

-Je t'aide.

-Que…

Déjà Ewon glissa sa main sous le t-shirt ensanglanté du jeune japonais. Il était très doux pour ne pas lui faire de mal. Sous ses doigts, il sentait la peau boursouflé de Takaba.

Il caressa doucement les endroits les plus sensibles du torse tandis que ses lèvres emprisonnaient celle du japonais qui gémissait des plaintes.

Ewon s'arrêta et dit :

-Arrêtes de geindre et laisse toi faire, comprends un peu.

-Et Mookyul ?

-Sucer n'est pas tromper, trouva t –il en défaisant les premiers boutons du jeans.

Takaba se laissa faire sous les mains du coréen qui semblait savoir ce qu'il faisait. Il ferma les yeux et ne pensa qu'à Asami. Ewon tremblait un peu, si Mookyul venait à apprendre cela il était un homme mort. Mais il savait qu'il pouvait compter sur Takaba. De toute façon, il y avait de forte chance que cet Asami ne réagisse pas mieux que Mookyul.

Il retira le jeans jusqu'aux genoux. Il remarqua le torse aussi violet que le visage. Il déposa aussi doucement que possible des baisers dessus jusqu'à descendre à ce qui l'intéressait le plus. Le corps de Takaba voulut se crisper au moment où il le prit en bouche mais cela du lui faire tellement mal qu'il ne bougea plus. Il entendait sa respiration devenir de plus en plus erratique. Il jeta un coup d'œil sur son expression et baissa les yeux. Il n'aimait pas trop faire ça, mais il s'y appliqua quand même. La main valide de Takaba vint se poser sur sa tête lorsqu'il ressentit les prémices de la jouissance.

-Arrêtes Ewon ! s'écria Takaba avant de soupirer d'aise, laissant ses muscles se relâcher complètement.

Ewon recula, il laissa Takaba se remettre et l'aida à se rhabiller.

-Alors, dis-moi à quoi tu pensais.

-Asami, mais je pense toujours à lui.

-Et de ce que je t'ai fait ?

Takaba rougit et bredouilla :

-C'était bon mais…

-Pas la gâterie du siècle hein ? Il t'en fait au moins ?

-Non et oui…

-Les siennes ne te donnent pas l'impression qu'elles sont uniques à chaque fois ?

-Si, approuva Takaba qui commençait à comprendre où Ewon en voulait en venir.

-C'est l'amour tout ça, on peut pratiquer le sexe avec n'importe qui mais lorsqu'il s'agit de la personne qu'on aime. C'est merveilleux, au-delà de tous ce qu'on peut imaginer.

-C'est vrai. Je comprends un peu mieux maintenant.

Takaba se tut et réfléchissait. Ewon lui se posa contre le mur.

-Merci, fit Takaba.

-De rien, je me savais pas aussi intelligent, ria Ewon.

Takaba se mit à rire mais la douleur le plia en deux.

-Tuez moi directement la prochaine fois, maugréa t-il.