Chapitre 16

La voiture filait à toute allure dans les rues de Tokyo. La rapidité clouait Ewon de stupeur et de mutisme. Il ouvrit la bouche lorsque Mookyul pilla devant un feu rouge.

-Fais demi tour ! s'écria t-il.

Mookyul fit semblant de ne pas l'entendre et redémarra en trombe.

Il se gara sur le parking d'une bâtisse sombre qui n'avait rien à voir avec l'architecture de Tokyo.

-Où est ce qu'on est ? On doit faire demi-tour Mookyul, il faut aider Takaba.

-Tais-toi s'il te plait.

-Quoi ? Mais tu es un monstre ! Qu'est ce que tu as fait ?

Mookyul s'avança en direction du bâtiment, il monta la volée de marche et se retourna pour voir qu'Ewon ne le suivait pas.

-Dépêche-toi !

-Non, je retourne là bas chercher Akihito.

Et il tourna les talons. Mookyul le rattrapa en quelques enjambées et lui saisit le bras.

-Arrêtes ton cirque.

-Tu t'es servi d'eux ! Tu n'as pas le droit de faire cela ! Ordure ! hurla Ewon.

Mookyul le gifla. Ewon recula d'un pas, choqué.

-Tu es calmé maintenant ? Je vais demander à ses hommes de l'aide, je ne peux pas les sortir de là tout seul. Je n'ai pas envie de crever là bas, expliqua t-il.

Ewon ne répondit pas mais fondit en larmes.

Mookyul soupira et le prit dans ses bras.

-Je suis désolé, je ne sais pas ce qui m'arrive, hoqueta Ewon.

-Allez, respire doucement. Tu dois être fatigué. C'est fini maintenant tu es indemne.

-C'était horrible, il faisait si sombre. Je croyais que j'allais mourir là bas.

-Chut, ne dis pas cela. Je suis là, je suis là, répéta t-il en lui caressant les cheveux.

Ewon glissa sa main dans la sienne et respira à fond pour se calmer.

Les deux hommes entrèrent dans le bâtiment. Une femme en tailleur les accueillit.

-Le club est fermé à cette heure ci, dit –elle d'abord en japonais puis en anglais lorsqu'elle vit qu'ils n'avaient rien comprit.

-Nous cherchons les hommes de Mr Asami.

-Mr Asami ? Que ce passe t-il ?

Elle avait perdu son ton professionnel pour afficher un air inquiet. « Cet homme est aussi aimé de ses employés alors » constata Mookyul. Ce qui l'irrita un peu.

-Je voudrais parler à quelqu'un qui s'occupe de la sécurité.

-Kirishima sama n'est pas là. Il n'y a personne ici, tout le monde est partie avec Monsieur ce matin.

« Où sont ils passés ? » Mookyul n'avait vu aucune sécurité avec Asami. Il soupira. Il ne pouvait pas laisser Ewon ici, celui-ci refuserait et même s'il arrivait à le convaincre il changerait d'avis et foncerait droit dans les emmerdes.

Ils quittèrent le bâtiment bredouillent.

-Qu'est ce qu'on fait ? demanda aussitôt Ewon.

-Monte dans la voiture, on va en parler.

Ewon le suivit et s'installa dans le véhicule. Mookyul la démarra mais n'avança pas. Il planta son regard dans celui de son amant. Des rides d'inquiétudes sillonnaient son jeune front.

-On va y retourner, seulement je te demanderais de ne pas quitter la voiture jusqu'à mon retour. Peux-tu faire ça ? Je ne veux pas te laisser quelque part mais je ne veux pas non plus que tu te fasses blesser…J'aimerais que tu le comprennes et que tu ne fasses rien d'idiot.

-Oui je peux mais je ne veux pas le faire, fit Ewon d'une petite voix. L'idée de ne plus l'avoir sous les yeux une nouvelle fois l'angoissait terriblement.

Mookyul se pinça l'arrête du nez. Il prenait sur lui au plus au point pour ne pas éclater et obliger Ewon à ne pas prendre de risque inutile en l'enfermant quelque part.

-Que tu veuilles ou pas, je m'en fous. Tu resteras dans cette voiture le temps que j'aille chercher les deux autres.

-Non, je ne vais pas te laisser y aller seul…

-Ecoute, si tu ne m'obéis pas je n'y vais pas et on rentre directement à Séoul, menaça t-il.

Ewon savait que Mookyul en était parfaitement capable et ne le tenta pas. Il se renfrogna et bougonna :

-D'accord d'accord.

Mookyul enclencha la première.

-Ce n'est pas pour t'ennuyer que je te demande ça, c'est que je ne sais pas ce qui peut se passer…

-Je sais, marmonna Ewon. Et tu comptes faire quoi là bas ?

-Aucune idée, je verrais bien.

Il ne lui parla pas de l'arme d'Asami qui se trouvait dans sa poche. Pas la peine de le faire paniquer.

-ça ne me plait pas, si j'étais avec toi…

-Si tu étais avec moi je n'arrêterais pas de m'inquiéter et je ne pourrais rien faire.

Ewon s'enferma dans le silence.

Mookyul se gara une rue avant l'entrepôt et cacha le véhicule. Il se pencha sur Ewon avant de quitter la voiture.

-Embrasses moi je vais peut-être mourir là bas.

Le visage d'Ewon se décomposa.

-Je plaisante, continua t-il.

Les lèvres d'Ewon esquissèrent un sourire de dépit. Il tendit sa main sur le visage de Mookyul et remit une mèche de ses cheveux qui tombait sur ses yeux.

-Fais attention à toi.

-Je te manquerais s'il m'arrivait quelque chose ?

-C'est quoi cette question ?

-Je te demande si je te manquerais si…

-J'ai très bien comprit, pourquoi tu me demandes ça ?

-Je t'aime, mais toi tu ne me le dis jamais…

-Tu le sais très bien.

-J'aime quand tu me le dis.

Ewon encercla Mookyul de ses bras et l'embrassa.

-Je n'ai pas besoin de te le dire pour que tu le saches.

-C'est vrai mais ça ne sert à rien si tu ne le dis pas de temps en temps…

-On perd du temps là ! répondit Ewon en se dégageant de l'étreinte.

Mookyul soupira et se releva.

-Si j'apprends que tu as bougé, tu vas passer un mauvais quart d'heure.

-Je ne bougerais pas, bougonna Ewon en s'enfonçant dans le siège.

-Très bien.

Il quitta l'habitacle, non sans jeter un dernier regard inquiet sur le véhicule et s'engagea dans la ruelle.

L'entrée de l'entrepôt se trouvait au fond d'une cour. Il avança prudemment, l'absence de signe ou de bruit humain l'inquiétait quelque peu.

Il sortit l'arme de sa poche et l'étudia. Les armes n'étaient pas ce qu'il aimait le plus. Une erreur était trop vite arrivée, il préférait ses poings qui étaient tout aussi efficaces.

La sécurité du Beretta émit un craquement menaçant sous son doigt et il se remit en marche.

La porte coulissante de l'entrepôt était à demi ouverte. Il se glissa à l'intérieur, silencieux comme un fantôme.

Une ombre passa au loin et Mookyul se cacha derrière le premier poteau en béton. Il approcha sans un bruit et assomma le garde qui faisait une ronde. L'homme s'écroula à ses pieds sans même avoir émit un bruit. Mookyul attrapa les deux bras du garde et le tira. Il le planqua dans ce qui semblait être un placard après l'avoir bâillonné.

L'intérieur de l'entrepôt se trouvait être une immense salle, au milieu de laquelle se trouvait une chaise où du sang coagulé avait laissé des traces. Une paire de menottes était également accroché à l'un des barreaux métalliques.

Mookyul passa devant et se dirigea vers le fond. Un couloir où des néons blancs grésillaient et donnait l'impression de se trouver dans un mauvais film d'horreur s'ouvrait à lui. Il avança devant des portes sans aucun signe distinctif et se succédant de tous les côtés.

Où étaient Asami et Takaba ?

Il pouvait très bien ouvrir une porte et tomber sur Yuri, ce qui compliquerait la situation.

A peine eut-il cette pensée qu'une porte s'ouvrit devant lui. Il se retrouva nez à nez avec la montagne de muscles.

Il eut l'avantage de la surprise mais son coup manqua de prêt le visage de l'homme pour s'abattre sur son épaule. Yuri fut désarçonné mais il reprit très vite ses esprits.

Il vit l'arme et réussit à frapper Mookyul. Le Beretta s'envola et tomba quelques mètres plus loin.

Mookyul bondit, le poing en l'air. L'autre esquiva et répondit, attrapant l'encolure de la veste du Coréen.

D'un coup de pied, ce dernier obligea le Russe à le relâcher.

-On avait un marché, gronda le Russe en reprenant sa respiration.

-ça ne marche pas lorsque des vies sont en jeux.

-En quoi ça te regarde ? Retourne dans ton pays avant qu'il n'arrive quelque chose à ton ami.

-Vous serez tous morts avant de poser votre regard sur lui.

Yuri esquissa un sourire carnassier et sauta sur Mookyul.

Ils roulèrent, s'arrachant la peau au contact du béton. Mookyul se retrouva sous Yuri et reçu deux coups de poing qui faillirent le faire déchanter. Yuri attrapa cependant la gorge du coréen et voulu l'étrangler. Mookyul commença à manquer d'air mais très vite il se calma et se concentra sur ses mains.

Il attrapa le visage de Yuri dans l'étau de ses mains et planta ses pouces dans les yeux du Russe. Celui-ci émit un grognement de douleur et relâcha la pression sur la gorge. Il voulait le finir rapidement, l'étrangler n'était pas assez rapide. Il s'écarta et regarda Mookyul reprendre sa respiration.

Yuri glissa sa main sous son pantalon au niveau de sa cheville. Il ressortit un poignard de taille moyenne, très affuté.

Mookyul se releva et fit face. Ça allait, dans ce genre de situation il était toujours le vainqueur.

Il regretta de ne plus avoir sa montre.

En position, le regard noir, il attendait que le russe charge.

Ce qui ne manqua pas après quelques secondes d'affrontements visuelles.

Le poing de Mookyul s'écrasa sur la mâchoire de Yuri. Il entendit avec satisfaction le craquement des dents qui sautaient.

Yuri cracha, du sang s'écoulait de sa bouche.

Mookyul fut impressionné, d'habitude ce coup tuait n'importe quel homme.

-Jolie coup, fit Yuri en se nettoyant la bouche.

Mookyul le toisa.

Un bruit derrière eux leur fit tourner la tête. Ewon avait quitté la voiture et s'approchait en courant.

Mookyul paniqua, mais ce fut la colère qui prit le dessus.

Avant qu'il n'esquisse un geste des coups de feu éclatèrent et Yuri s'écroula en un geyser de sang.

Ewon le rejoint en quelques enjambés et l'encercla dans ses bras.

-Tout va bien maintenant ! s'exclama t-il. Tu saignes !

-Qu'est ce que tu fais là ? Je t'avais dit de rester dans cette putain de voiture ! cria Mookyul qui avait encore le cœur qui battait à toute allure.

-Il lui semblait qu'il était en sécurité avec moi, fit une voix masculine avec un fort accent.

Mookyul se retourna vers la voix et fut très surprit par l'homme qui se tenait en face de lui, un révolver à la main.

Les cheveux de l'homme étaient si longs et si beaux qu'on les confondait facilement avec ceux d'une femme. Son visage aussi était efféminé, mais il était clair qu'il s'agissait d'un homme parce que son regard noir ne trompait pas. Dur comme le roc, il émanait de lui une aura dangereuse dont se méfia immédiatement Mookyul.

-Qui êtes-vous ?

-Je me présente, Liu Feilong, je suis le chef du Baishee.

-Qu'est ce que vous foutez là ?

Le regard de Feilong s'adoucit, un léger sourire naquit même sur ses fines lèvres.

-Je suis venu aider de vieux amis. Il serait peut être temps de les laisser sortir, bien que je suis que l'un d'entre eux doit être heureux.