LUNDI

15:35. Pourquoi es-tu à Exeter déjà ? SH

15:37. Congrès médical.

15:38. Je m'ennuie. SH

15:39. Pas moi.

15:40. Rendez-vous avec une fille ? SH

15:42. Oui, ce soir.

15:43. Passe aux archives de la police avant. SH

15:46. Qu'est-ce que je chercherais si j'acceptais ?

15:47. Un dossier sur un certain Victor Savage. SH

15:50. OK.

15:51. Skype, ce soir, 23h. SH

15:52. Inutile, bien sûr, d'attendre un « merci » ?

Totalement inutile, pensa John avant de remettre dans sa poche son téléphone redevenu silencieux. Il se demandait comment faisait Sherlock pour savoir exactement à quel moment avait lieu la pause entre les conférences.

A 23h15, John poussait la porte de sa chambre en sifflotant. La journée avait été intéressante, et Isabelle Leclerc, jeune docteur passionnée, avec ses longs cheveux blonds et son accent français, était vraiment ravissante. La soirée en tête-à-tête avec elle au bar de l'hôtel avait donc été aussi intéressante que la journée. Le médecin posa sa veste sur une chaise, alla se laver les mains et sortit son téléphone, qu'il avait préalablement mis en mode silencieux (assez de rendez-vous amoureux gâchés par les tentatives frénétiques de Sherlock pour le joindre...). Six textos seulement. Le détective se montrait plutôt patient.

23:02. John, où es-tu ? SH

23:05. John, il est 23h05. SH

23:06. John, qui que soit cette fille, laisse-la et viens me dire ce que tu as trouvé. SH

23:08. John. SH

23:10. John. SH

23:14. John. SH

Ledit John réprima un sourire et alluma son ordinateur.

- Sherlock ?

Un bruit de vaisselle brisée se fit entendre de l'autre côté de l'écran. Le médecin soupira.

- Ne me dis pas que tu essayes de laver ou de ranger la cuisine, parce que je ne te croirai pas. Qu'est-ce que tu as encore cassé ?

Sherlock, enveloppé dans sa robe de chambre, apparut dans son champ de vision.

- Tu es en retard.

- Oui, Sherlock, il se trouve que j'ai une vie en dehors de toi et de tes affaires criminelles.

- Inintéressant. Tu as trouvé quelque chose ?

- Oui. C'est Mycroft qui a appelé le centre des archives de la police pour me faciliter l'accès aux dossiers ?

- Mycroft boude. J'ai demandé à Lestrade.

John réalisa que la voix de Sherlock sonnait étrangement, comme lointaine et légèrement voilée.

- Je t'entends mal.

- Haut-parleurs capricieux. Alors ? Victor Savage ?

- Inculpé pour effraction et vol à quatre reprises entre 2001 et 2004. Plus rien après. Mort il y a environ un an.

- Mort... commença Sherlock, mais une légère toux l'empêcha de poursuivre.

- Tu as pris froid ?

- Mort assassiné ? reprit le détective sans se préoccuper de répondre.

- Non, rien ne le précise.

- Je vois.

- Tu vois quoi ?

Il n'y eut pas de réponse. Sherlock avait baissé la tête et, visiblement, fermé les yeux.

- Sherlock ! Je te lis ce putain de rapport ou je vais me coucher ? La journée a été longue.

Le détective sursauta.

- Pardon, quoi ? Quel rapport ?

Le médecin resta un instant interdit. Respire, John, respire, ne t'énerve pas, ça n'en vaut pas la peine.

- Le rapport sur Victor Savage ! J'ai passé deux heures à rechercher ce truc dans les affaires de la police et je suis arrivé en retard à mon rendez-vous avec Isabelle, pour toi. Alors, tu veux que je te le lise ou non ?

Sherlock se frotta les yeux, bâilla et fit jouer les muscles de son cou, comme s'ils étaient endoloris, sans pouvoir réprimer une petite grimace.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Tu t'es fait mal ?

- C'est un faux rapport de police, John.

- Comment ça, un faux ?

- Visiblement, des faits ont été occultés. Notamment concernant sa mort.

- Comment peux-tu savoir ça ?

- Je soupçonne Savage d'avoir fait partie des services secrets. Je pense qu'il a été éliminé parce qu'il en savait trop, mais sur quoi, mystère. J'ai besoin de savoir de quoi il retourne, et, surtout, comme il a été tué. Il faut que tu ailles interroger ses proches, sa veuve, son ancienne maîtresse et son frère, et que tu trouves le médecin qui a signé le permis d'inhumer.

- Sérieusement, Sherlock, tu crois que je n'ai que ça à faire ?

- Oui.

John prit de nouveau une longue inspiration.

- Je travaille. Je suis à un congrès médical. J'ai rencontré une fille. Je la revois ce soir.

- Je suis après un type qui a probablement tué Savage et s'apprête à recommencer. J'ai besoin de savoir comment il fait pour l'empêcher, justement, de recommencer.

John ne trouva pas de réponse. Il ne trouvait jamais de réponse lorsque son ami parlait de la nécessité d'arrêter les criminels. Était-ce réellement le but de Sherlock ? Ou ne voyait-il dans son métier qu'un immense jeu, qui avait pour terrain la ville de Londres, avec quelques extensions intéressantes - par exemple, à tout hasard, Exeter - sur lesquelles il poussait des pions - par exemple, à tout hasard, John Watson ?

- Tu es vraiment pénible, tu sais.

Un sourire apparut sur le visage du détective.

- Mon but dans l'existence. Skype, demain, même heure.