Bonjour ! Merci à MiaWatson, Amy et Yuna44 pour vos super reviews ! Dans la nouvelle de Doyle, Holmes passe trois jours alité et refuse les soins d'un médecin ; Mme Hudson se décide à aller voir Watson à ce moment seulement. Je voulais raconter ces trois jours du point de vue de John, c'est chose faite. Bon, ça devient un peu plus dramatique dans ce chapitre, ceux qui ont lu la nouvelle vont peut-être trouver cela un peu exagéré, mais je n'ai pas pu m'empêcher d'en rajouter quelque peu. Pour ceux qui n'ont pas lu Conan Doyle, je ne peux que vous le conseiller, c'est génial ! La série s'appuie énormément sur son oeuvre, avec beaucoup de clins d'œil intelligents aux livres, alors j'imagine que pour ceux qui découvriraient les livres après avoir vu la série, ça pourrait fonctionner dans l'autre sens...
JEUDI
John rentra à l'hôtel vers 18h15, légèrement nerveux. La journée avait pourtant été presque parfaite : il avait surmonté l'épreuve de devoir parler pendant une heure en public, ses confrères avaient apprécié sa conférence, Isabelle s'était excusée pour son empêchement de la veille et lui avait proposé un autre rendez-vous le soir même, il avait trouvé le docteur Ainstree chez lui et avait obtenu quelques réponses sur la mort de Savage, et était rentré à temps à l'hôtel pour prendre une douche et contacter Sherlock avant de retrouver Isabelle au restaurant. Cependant, quelque chose, à un moment donné de la journée, avait déclenché un signal d'alarme dans son esprit, pas plus fort qu'une légère vibration, mais d'autant plus frustrant qu'il n'arrivait pas à comprendre d'où venait le problème.
18:36. Tu peux te connecter maintenant ?
18:40. Envoie-moi les infos par texto. Je suis occupé. SH
John fronça les sourcils. Faire passer au détective tout ce qu'il avait découvert dans l'après-midi par texto serait bien trop fastidieux. Il n'avait pas le temps pour cela, il devait être dans le hall de l'hôtel à 19h.
18:41. Occupé à quoi ?
18:42. A réfléchir. SH
La réponse ne sembla pas suffisante à John.
18:44. Pas le temps. Je viens d'allumer mon ordi. Connecte-toi.
18.45. Par texto, John. SH
La brièveté du message et l'emploi de son prénom actionna une sonnette d'alarme dans l'esprit du médecin. Elle ne résonnait pas encore très fort, mais son timbre était trop désagréable pour que John l'ignore totalement.
18:47. Pourquoi, tu ne veux pas que je te voie en petite tenue ?
18:49. Ne sois pas ridicule et fais ce que je te dis. SH
Sherlock n'était apparemment pas d'humeur à la plaisanterie. Mais cette histoire de texto laissait John perplexe. Sherlock, pour obtenir des informations sur une affaire qui lui tenait à cœur, choisissait toujours la voie de la rapidité. Dans un cas comme celui-ci (l'interrogatoire complet d'un témoin, qui avait pris à John près d'une heure de son temps !), Skype serait certainement plus efficace qu'une vingtaine de textos. Le problème venait donc d'ailleurs.
Allez, John, tu sais très bien ce qui ne va pas. Sherlock a attrapé la grippe et il ne veut pas que tu le voies malade, c'est tout. Parce qu'il veut garder le contrôle, tout le temps. Montrer que rien ne l'atteint jamais. Rien d'alarmant là-dedans. Vis ta vie et laisse ton coloc vivre la sienne.
Il hésita, puis chercha sur son téléphone le numéro de Sherlock. Une sonnerie, puis deux, puis trois. Messagerie vocale.
Sherlock Holmes. Ne laissez pas de message, je ne l'écouterai pas. Envoyez-moi plutôt un texto.
John soupira de nouveau. Pourquoi la vie s'amusait-elle à le martyriser ainsi ? Y avait-il écrit « baby-sitter de Sherlock Holmes » sur son front ?
18.52. Pourquoi tu ne me réponds pas ?
18:53. Pourquoi tu es si pénible ? SH
John se mordit la joue. Hésita de nouveau. Sa fierté lui disait « laisse tomber et va te préparer pour ton rendez-vous », alors que son instinct de médecin lui hurlait « vérifie que tout va bien ».
18:55. Si tu n'allumes pas ton ordinateur maintenant, je prends le prochain avion pour Londres.
Une minute de silence, puis le bruit caractéristique de Skype. Douce musique. John poussa un soupir de soulagement.
- Je ne te vois pas.
- Et alors ? répondit Sherlock.
Sa voix était très faible, presque un murmure, alors que sa respiration, lourde et sifflante, résonnait au contraire dans les oreilles de son interlocuteur, accompagnée d'une espèce de crépitement que John jugea aussitôt de mauvais augure. Le bruit de la sonnette d'alarme monta d'un cran.
- Tu es dans ta chambre, non ? Allume la lumière.
- Pourquoi ? chuchota le détective.
- Merde, allume la lumière !
Sherlock poussa un soupir exaspéré qui dégénéra vite en toux.
- Sherlock ! cria John. La lumière, ou je viens l'allumer moi-même, et te botter le cul par la même occasion !
- Tu t'inquiètes toujours pour rien...
Un léger cliquetis, puis la faible lueur d'une lampe de chevet éclairant la pièce. Sherlock était allongé dans son lit, l'ordinateur posé sur ses genoux. John inspira brusquement. Il ne s'attendait à rien de bon, mais pas à cela. Le visage du détective était bien plus pâle que d'habitude, à l'exception de deux taches rouges sur ses joues ; ses cheveux collaient à son front trempé de sueur ; deux cernes noirs soulignaient ses yeux, qui brillaient de fièvre. Il grelottait de manière incontrôlable et ne pouvait se retenir de claquer des dents.
John ne pouvait plus ignorer les appels répétés de l'alarme qui résonnaient dans sa tête.
- Je m'inquiète pour rien ? s'écria John, partagé entre la colère et l'inquiétude. Pour rien ? répéta-t-il, incrédule. Tu t'es vu, ces derniers temps ? Pas spécialement beau à voir, tu sais.
- La grippe, je te dis.
- Peut-être, mais à ce stade, il faut faire quelque chose. Appelle un médecin, sinon je le fais moi-même.
- Non, attends, ce n'est pas...
Une quinte de toux empêcha Sherlock de finir sa phrase, une toux sèche et rauque, qui lui déchirait la poitrine. Il prit un mouchoir posé sur la table de nuit et se couvrit la bouche pour essayer d'atténuer la violence de l'accès, sans y parvenir. Après deux minutes qui semblèrent à son ami une éternité, la crise se calma. Sherlock se redressa, les yeux rouges et emplis de larmes, et tenta de sourire, mais échoua lamentablement. Ses lèvres tremblaient de façon convulsive. Il laissa tomber son mouchoir pour s'appuyer contre l'oreiller et ferma les yeux. La caméra de l'ordinateur, dérangée par le mouvement, glissa vers les draps, et John aperçut avec horreur une large tache rouge sur le mouchoir que tenait son colocataire quelques secondes auparavant.
- Merde, Sherlock, qu'est-ce que c'est que ça ?
