Hiiii people ! Voici le quatrième chapitre et comme d'habitude merci pour les reviews/critiques, continuez ça motive !- et on dit encore une fois merci Amyyyyy pour la beta !
Voilà, voilà, enjoy your chapter !
(Et encore une fois promis la prochaine fois je poste plus vite !)
Comme on pouvait s'y attendre, l'annonce de l'emménagement temporaire de Loki dans la résidence ne fut pas bien accueillie.
Clint recracha sa boisson et grimpa sur sa chaise en criant et en le pointant du doigt, mais Tony attribua une grande partie de la responsabilité à DOS-JARVIS, qui était passé à côté du salon en lui demandant d'utiliser un dessous de verre.
Natasha, Bruce et Steve formaient un trio uni dans la désapprobation et la colère. Puis leur trio devint un peu moins uni, et tout fut assez vert et bruyant pendant un moment. Tony fit ce qu'il put pour les apaiser, utilisant des mots comme ennemi commun et partager des informations et vous avez pas de couilles -pas toi Natasha. Mais sans Thor pour le soutenir, c'était ses arguments contre les leurs, et les journaux qui rapportaient ce qui c'était passé plus tôt cette nuit là.
Pour sa part, Loki s'était contenté de regarder le spectacle depuis l'autre bout de la pièce, les bras croisés, appuyé contre le mur. Son expression ne trahissait pas ses pensées.
- Et alors, il a repoussé un bloc de glace qu'il a créé, j'en ai rien à foutre, rétorqua Clint.
Il pointa Loki du doigt.
- Comment je suis censé dormir putain, si je sais qu'il peut venir me trancher la gorge dans mon sommeil à n'importe quel moment ?
- Clint, tu penses que tout le monde veut te trancher la gorge dans ton sommeil, lui rappela Tony. Natasha inclue. Écoutez les gars, je ne vous demande pas de lui faire confiance. Mais ça fait des mois qu'il sait où on est basés, et il n'a pas encore tenté de nous tuer. En plus il nous a donné des informations par le passé. L'attaque d'Amora au gala, le Doombot, ça vous rappelle un truc ?
- Aime pas magie, grogna obstinément Hulk. Hulk écraser stupide magicien.
- C'est exactement ce que Fury voulait à l'origine, commença Natasha, plissant pensivement les yeux. Des informations. La seule différence étant qu'on n'a pas besoin de le torturer pour les avoir.
Mais Steve secoua la tête avec un regard sombre.
- Je ne pense pas qu'il nous révèle tous ses secrets comme ça. N'est-ce pas Loki ?
Loki tourna la tête en entendant son nom, et regarda Steve avec attention.
- Hé bien, ça dépend Capitaine.
La mâchoire de Steve se contracta.
- De quoi ?
Loki étudia le sang séché sur les jointures de ses doigts.
- De si oui ou non les agents du SHIELD payés par HYDRA réussissent à inverser les effets de votre sérum avant que je ne puisse vous dévoiler mes… secrets.
Tout le monde se figea. Même Clint ne trouva rien à répondre. Steve pâlit légèrement, puis secoua la tête.
- C'est faux. HYDRA n'a pas pu autant se rapprocher… on l'aurait su. Tu mens, répondit-il, cassant.
Loki sourit en direction de ses ongles.
- Vraiment ?
Il leva les yeux pour regarder Steve sournoisement.
- Voyez-vous, Capitaine Rogers, quand on surveille son ennemi on devrait toujours faire attention aux autres. A ceux susceptibles de surgir de nulle part pour voler notre cible. Pour utiliser l'une de vos vulgaires expressions midgardiennes… Je joue sur plusieurs tableaux.
Quand Steve devint silencieux, hébété par l'implication d'espions au sein même du SHIELD, Tony sut que la décision avait été prise. Les autres se rangeraient de son côté et le retour de Thor assurerait la solidité du nouveau plan. Ça se voyait sur leurs visages, de la grimace irritée d'Hulk aux lèvres pincées de Natasha.
- Rassurez-vous, Avengers, annonça Loki d'une voix douce. Si je décide de briser notre contrat, Thor sera le premier à mourir.
Le visage de Clint s'éclaira effectivement.
- C'est vrai.
Et c'est ainsi qu'ils devinrent les Avengers plus le Dieu des Mensonges… pour un certain temps du moins.
Cette nuit-là, Loki entra dans la chambre qui lui avait été attribuée et n'en sortit pas le matin suivant. Ni celui d'après. Personne ne protesta.
Thor essaya d'y entrer après avoir été mit au parfum, et y gagna de nombreuses cloques quand il essaya de toucher la poignée de la porte. Tony apaisa la brûlure avec de la crème alors que son ami en riait, et admettait qu'il aurait probablement dû le voir venir.
Ils trouvèrent les agents doubles travaillant au sein du SHIELD. Nick Fury resta silencieux et immobile alors qu'ils étaient conduits à l'arrière d'un camion blindé, des sacs noirs sur la tête et les mains liées derrière le dos.
Tony les avait regardés partir.
-Qu'est-ce qui va leur arriver ?
- Ne posez pas de questions stupides, Mr Stark.
A côté de lui, Steve avait dégluti avant de s'éloigner.
Cet après-midi là, ils décidèrent que Loki pouvait rester dans la résidence jusqu'à ce que le problème d'Amora et Fatalis ne soit réglé.
- C'est juste que ça fait quatre jours et qu'il n'est toujours pas sorti. Il n'a pas besoin de manger ?
Le visage de Steve était tendu par une inquiétude mal assumée.
-Est-ce qu'on devrait... Lui amener un sandwich ?
Malgré ses premières réticences à laisser Loki rester séjourner avec eux, le blond semblait avoir légèrement changé d'opinion. Se faire sauver la vie avait apparemment cet effet-là. Tony appréciait le geste, mais il avait appris à se méfier des gens offrant leur aide sans rien attendre en retour. Loki inclus. Accepter de l'héberger le temps qu'il brise le sort de localisation n'était rien comparé à l'information cruciale qu'il avait donné à Steve, et Tony se surprit à guetter le piège.
- C'est ça Steve, tu devrais même lui faire une tarte. Je suis sûre qu'il adorera.
Se souriant à lui-même au « tsk » irrité qu'il reçut en réponse, Tony retira l'alimentation à l'intérieur du DOS, la posant sur la table pendant qu'il dévissait l'ouverture dans sa poitrine.
Les analyses que JARVIS lui avait donné après s'être déconnecté du Doombot avaient montré une légèrement fluctuation de puissance entre les connexions et les déconnexions. De petites réparations, vraiment. Même si Fatalis s'autoproclamait génie, ses créations n'étaient pas exactement un modèle de modernité. Pas pour lui en tout cas.
Steve laissa tomber un journal sur son établi.
- Peut-être que tu devrais lui en faire une, suggéra-t-il. Selon eux, toi et Loki êtes devenus les meilleurs amis du monde maintenant.
Tony jeta un regard à l'article à la une pendant qu'il nettoyait les ports avec un chiffon imprégné d'huile. Il ricana audiblement en lisant le titre « Un couple étrange » – vraiment, ils n'avaient rien trouvé de mieux ? – et posa le chiffon, attrapant le journal pour lire plus en détail.
« C'est en faisant preuve d'un étonnant esprit d'équipe qu'Iron Man et le désastre ambulant de la ville Loki (voir photo) ont travaillé ensemble pour sauver une fête foraine pleine de citoyens d'une mort glacée, manquant de peu de se faire tuer par la même occasion. »
À droite on pouvait voir une grande photo parfaitement nette de Loki retenant la glace de toutes ses forces, ses yeux brillant d'un vert peu naturel. Plus de magie mon cul, pensa Tony en secouant la tête. Derrière Loki, le feu des stabilisateurs d'Iron Man l'éclairaient au travers de la glace, le faisant ressembler à un espèce d'ange vengeur. C'était un joli cliché finalement, même si Tony n'était pas vraiment dessus.
- Une mort glacée ? Sérieusement ? On dirait une réplique de mauvais film.
Il fit un geste pour rendre le journal à Steve, avant de se raviser, le jetant à DUM-E à la place, qui, évidemment, le manqua complètement.
- Pose-ça sur la table.
- Thor dit que la porte est enchantée contre lui, mais il continue de se brûler en essayant de la toucher, soupira Steve. Ça me rappelle les expériences sur les souris. Pour le bien de ses mains, est-ce que tu pourrais au moins essayer de faire sortir Loki de sa chambre pendant une demi-heure ?
- Pourquoi je devrais faire ça ? répliqua Tony, inspectant les deux extrémités de l'alimentation, les sourcils froncés. T'as qu'à le faire.
- Il t'apprécie, affirma Steve sans passer par quatre chemins. N'essaye même pas de faire comme si tu ne le savais pas. Cet échange d'informations sert sûrement ses propres intérêts, mais je crois qu'il veut tu l'apprécies aussi.
Tony eut un rire bref.
- Pourquoi est-ce que je l'imagine parfaitement en train de me laisser des oiseaux morts sur le pas de ma porte ? Steve, il ne m'apprécie pas, c'est juste qu'il ne me hait pas et avec les emmerdes qu'il a eu récemment, je sais pas… Amora l'a mieux formulé que moi, l'ennemi de mon ennemi est mon ami. Je te rappelle qu'il m'a quand même poignardé.
- Tu vas arrêter de noyer le poisson ? protesta Steve. Thor a dit que c'était un geste d'amour de toute façon. Va juste voir s'il est encore en vie, d'accord ? Fais-le pour ton vieux pote Capitaine America.
Tony lui lança un sale regard.
- Ne mêle pas mes obsessions d'enfant à ça.
- Je te laisserais toucher mon bouclier, le cajola Steve, avec un haussement de sourcils suggestif.
- Bon dieu.
Tony savait quand il avait perdu. Il ne pouvait pas se défendre contre Steve Rogers quand il commençait à essayer de faire des insinuations gênantes.
- C'est bon, je vais le faire.
- Merci Tony, répondit-il, reconnaissant. Vraiment.
- Ouais, ouais. Mais si tu voulais arriver à tes fins, t'avais juste à proposer de polir mon casque avec ta langue.
Comme on pouvait s'y attendre, Steve devint rouge brique. Mais comme il essayait de ne pas rire en même temps, Tony compta ça comme une victoire personnelle. Il n'arrivait pas encore à lui faire dire quoi que ce soit de pire que « cul » ou « putain », mais il avait bon espoir qu'un jour le 21eme siècle corrompe enfin Steve. Avec un peu d'aide de sa part bien sûr.
- Je crois que j'ai vu un truc comme ça dans une BD sur internet la semaine dernière, répliqua Steve en secouant la tête. Mais sérieusement, merci. Je suis très inquiet à propos de Thor. Il a l'air tellement abattu ces derniers temps.
C'était bien vrai. A chaque fois que Tony avait croisé leur Dieu du Tonnerre dans les couloirs, il avait eu l'air de quelqu'un à qui on venait de voler son déjeuner.
- Je pense qu'il idéalise un peu l'emménagement de Loki comme une tentative de réconciliation ? avança Tony en haussant les épaules. C'est probablement aussi pour ça que Loki fait tout son possible pour le décevoir.
Remettant l'alimentation dans la poitrine du DOS, le brun le connecta aux deux extrémités et remit la protection de la poitrine en place, la faisant glisser dans la bonne position avant de resserrer les vis aux quatre coins.
- JARVIS, connecte-toi et donne-moi un diagnostic rapide.
- Oui, Monsieur.
Les yeux du DOS prirent une teinte jaune quand la connexion s'établit, avant qu'il ne se mette à bouger tout seul, toutes ses articulations travaillant en même temps.
Pour quelqu'un d'aussi conscient de son propre génie, Tony était toujours incrédule en voyant que son IA domestique pouvait marcher et parler toute seule. JARVIS l'avait vraiment pris au dépourvu. Il ne pouvait plus se connecter à moins que Tony ne lui en donne expressément l'ordre, et même alors, son protocole de combat était désactivé. Mais rien que de le regarder faire le tour de la table était une vision qui semblait tout droit sortie d'un film de science-fiction.
- Diagnostic complet. Fluctuations de puissance disparues. Bien joué, Monsieur.
- Cool. Déconnecte-toi de DOS et ferme l'atelier pour moi. On a fini pour aujourd'hui.
Steve marcha jusqu'au hall principal avec lui, avant de se rendre compte de ce qu'il faisait et de dévier vers la cuisine, s'esquivant avec une excuse comme quoi il était huit heures du soir et qu'il n'avait pas encore mangé. Tony ne pouvait pas vraiment l'en blâmer, mais il le maudit quand même.
Il en était là quand il trouva Thor adossé au mur opposé à la porte de Loki, les sourcils froncés dans une mine pensive. Ses deux mains étaient enveloppées dans d'épais bandages blancs. Il se redressa quand il vit Tony, et essaya de cacher ses mains derrière son dos.
- Steve m'a tout raconté, annonça Tony comme première approche. Tu veux me dire pourquoi tu t'infliges ça ?
La bouche de Thor s'ouvrit, mais se referma immédiatement, et il croisa les bras sur sa poitrine, sur la défensive.
- Si je ne le fais pas, il croira que je m'en fiche. Je préfère supporter quelques brûlures que de le laisser penser quelque chose comme ça, répondit-il, la mâchoire tendue dans une expression butée. Mes mains guériront.
A cet instant Tony ressentit une vague d'affection pour son camarade. Sa persistance obstinée était vaine et désespérée, mais louable. Le ressentiment qu'il éprouvait à l'idée de devoir tirer Loki de son trou s'évanouit. Pendant qu'il travaillait dans son atelier, à perfectionner DOS et réparer son armure, Thor n'avait cessé de frapper, encore et encore, à une porte dont il savait qu'elle ne s'ouvrirait pas.
- T'es un type bien Thor, se surprit à dire Tony. Mais tu te blâmes bien plus que tu ne le mérites selon moi. Loki sait tout ça, c'est juste un connard alors il t'empêche d'entrer. Va voir Jane, ou faire quelque chose d'autre. Va t'amuser un peu.
Thor eut l'air d'hésiter.
- Cela… fait plusieurs jours que je n'ai pas vu Jane, avoua-t-il. Peut-être une petite visite ?
- Ca m'a l'air d'être une super idée. Passe-lui le bonjour de ma part.
- Je le ferais, Tony Stark.
Se retournant pour prendre la direction du hall, Thor s'arrêta soudainement et regarda par-dessus son épaule.
- Darcy a exprimé un certain intérêt pour toi aussi. Dois-je lui transmettre tes salutations ?
- Thor, elle a essayé de m'ajouter sur Facebook comme son grand père.
Thor eut l'air amusé.
- Je lui dirais que tu as été offensé par son geste irréfléchi.
- C'est ça.
Tony le regarda partir, notant sans vraiment y faire attention à quel point ses mains emmaillotées tranchaient avec son manteau rouge. Steve n'avait pas prit la peine de séparer les doigts. Il devait vraiment en avoir marre de jouer les infirmières.
Maintenant il avait une image mentale de Steve en tenue d'infirmière.
Quand il fut parti, Tony se tourna vers la porte de la chambre de Loki. Quatre jours et demi s'étaient écoulés et pas un bruit venant de l'intérieur. Une partie de lui se demandait s'il s'était échappé par la fenêtre. L'autre partie suspectait qu'il était mort à l'intérieur. Mais la magie était toujours active et JARVIS n'avait rien détecté, ce qui laissait Tony avec une seule option.
Retirant l'une de ses chaussures, il la jeta contre la porte aussi fort qu'il le put. Elle heurta le bois avec claquement sec et rebondit sans dommage. Intéressant.
Lissant le journal qu'il avait emporté avec lui, Tony s'agenouilla, sortit son stylo et gribouilla « arrête de jouer les ermites graisseux » au-dessus de leur article. Puis il glissa le tout sous la porte aussi loin qu'il put.
Mission accomplie, pensa-t-il gaiement, remettant sa chaussure. Puis il tourna à l'angle et se dirigea vers sa chambre pour se doucher. Personne ne pourrait dire qu'il n'avait pas tendu la main à Loki. Thor avait enfin quitté la résidence, Steve ne lui lancerait pas de regard déçu, et Tony pouvait toujours passer son après-midi relativement en paix. Le petit détail qu'était le fait que Loki ne quitterait jamais sa chambre prouverait juste qu'il avait raison. Peut-être que les autres le laisseraient tranquille et arrêteraient de prétendre qu'ils étaient devenu meilleurs amis pour la vie.
Une demi-heure plus tard, c'est un Tony fraîchement douché qui errait pieds nus en direction de la cuisine, grattant distraitement sa cicatrice, et examinait des croquis préliminaires sur sa tablette. Les jets n'étaient pas son point fort, mais ils n'étaient pas plus compliqués que n'importe quoi d'autre qu'il ait développé.
Steve releva la tête quand il entra, remplissant silencieusement un bol avec quelque chose venant d'une poêle posée sur la gazinière. Il le glissa vers Tony au-dessus du bar, une fourchette suivant juste derrière.
- J'en ai trop fait, expliqua-t-il. Et tu ne manges pas assez. Le scotch n'est pas un aliment. Il y en a encore dans la casserole si tu veux, lave-la quand tu auras fini. Je vais prendre une douche.
Tony planta la fourchette dans ce qui semblait être un délicieux mélange de pâtes et de poulet, entre autres choses.
- Hey, je mange bien, c'est juste que je ne me souviens pas de le faire régulièrement.
- C'est ça, répondit Steve, disparaissant déjà dans le hall. T'as des nouvelles de Loki ?
- Rien du tout, répondit joyeusement Tony. Je suppose que ta petite théorie était fausse. Amuse-toi bien dans ta douche, Cap.
- Okay ! répliqua Steve, faisant lâcher sa fourchette de pâtes à Tony.
Bon... D'accord.
Ce ne fut qu'après le départ de Steve que Tony se rendit compte du silence qui régnait sur les lieux. Avec les parties communes désertes, il sentit le silence commencer à s'infiltrer profondément en lui. Ce n'était pas une mauvaise chose, vraiment, mais il était habitué à avoir de la compagnie tout le temps. Malheureusement, le lundi soir la résidence n'était pas tout à fait un lieu de fête, et les autres ne travaillaient pas aux mêmes horaires que lui.
Alors il mangea en silence, perché sur un tabouret du bar de la cuisine, possédé par un appétit ridicule, pendant qu'il manipulait sa tablette et gribouillait quelques petites notes sur la vitesse de propulsion optimale par rapport à celle d'atterrissage.
Il y avait des gens qui tricotaient pendant leurs loisirs, Tony Stark créait des jets.
Après son dîner, il se versa un verre de scotch, acte de pure défiance par rapport au commentaire de Steve sur son alimentation et se dirigea vers le balcon. Les nuits devenaient froides dernièrement, mais le ciel était clair et illuminé par les étoiles. Ce n'était pas à son tour de patrouiller, mais Tony ressentait quand même le besoin pressant d'être dans les airs, de planer aussi haut qu'il le voulait, de réduire la ville à une flaque de lumière sous ses pieds. Même si les Avengers avaient été créés avant tout pour protéger les gens, si on ne l'avait pas recruté, Tony aurait quand même passé la plupart de son temps dans son armure, juste pour pouvoir voler.
-Tu as enfin fini avec ton Doombot ?
Tony se retourna pour trouver Banner debout sur le pas de la porte, ses lunettes de lecture dans une main et ce qui était sûrement un livre sur la maîtrise de soi dans l'autre. Son sourire était hésitant, comme s'il ne savait pas très bien comment s'adresser à lui. Tony pouvait comprendre. Bruce était celui qui s'était le moins exprimé concernant l'emménagement de Loki dans la résidence, mais il avait été aussi en colère que les autres, convaincu que c'était une très mauvaise idée. Depuis, ils avaient vécu avec Hulk.
- Bon retour parmi nous, l'accueillit le milliardaire, levant son verre dans un toast moqueur. S'il te plait dis moi que tu as passé la phase vert et méchant. Thor n'est pas là pour réparer le toit si tu te sens d'humeur à casser des trucs.
Bruce lui offrit un sourire un peu tordu.
- Je pense que je contrôle la situation pour l'instant. Je voulais juste te voir, vérifier que tu allais bien.
Il hésita.
- Clint a essayé de lancer des paris sur le temps qui s'écoulerait avant que tu ne te refasses poignarder.
Tony prit une longue gorgée de Scotch.
- Ah bon. T'as parié combien ?
- Dix dollars.
Banner haussa les épaules.
- Je pense que ça ira.
- Allez, je t'énerve autant que les autres, se moqua Tony. Qu'est-ce que tu penses vraiment ?
- Je pense que s'il n'était pas reclu dans sa chambre, tu serais déjà en train de flotter tête en bas dans la piscine.
- Homme de peu de foi, railla Tony en vidant son verre. Steve pense qu'il m'aime bien.
Bruce le regarda patiemment.
- Ce n'est pas impossible, mais je pense qu'il aime bien plus ton barrage de téléportation. Il n'a pas vraiment de considération pour les humains, Tony. Il n'en aura jamais. Il est dangereux, tu devrais garder ça en tête.
Quand Tony haussa un sourcil pour toute réponse, Bruce prit un air penaud.
- Je ne devrais pas te faire la morale hein ? Considérant… Tu sais. Ce que je suis.
Revenant à l'intérieur, Tony posa une main sur l'épaule de l'homme en passant à côté de lui.
- Crois-moi, il n'y aucun danger pour que je pense à lui comme un allié. C'est le rôle de Steve et de Thor.
Posant son verre dans le l'évier de la cuisine, il se retourna et adressa un haussement d'épaules à Banner.
- Merci de t'inquiéter quand même.
Toujours mal à l'aise, Banner hocha la tête et lui dit au revoir, laissant Tony méditer sur ses paroles. Pourquoi tout le monde pensait-il qu'il était pressé d'intégrer Loki à l'équipe, ou qu'il voulait qu'il reste le plus longtemps possible ? Il avait vu une chance d'obtenir des informations, tout comme Fury avant lui. Et il allait aider à abattre Fatalis et Amora, pas forcément dans cet ordre là.
C'était juste une collaboration.
Bon, peut être pas, rectifia Tony, se rappelant une bouche froide sur son oreille.
Cétait surtout une collaboration.
Un autre jour passa. Clint paria à nouveau pour déterminer si oui ou non Loki s'était échappé par la fenêtre pour aller s'amuser ailleurs.
Tony paria une centaine de dollars que Loki était resté dans la résidence, juste pour voir le visage de Thor s'illuminer.
- Monsieur, il est entièrement possible de faire trop de maintenance. Les stabilisateurs des mains sont aux conditions optimales.
- Je sais, JARVIS, je vérifie juste les pièces de rechange.
- Parfois, vous avez un balai dans cul, Monsieur.
- Surveille ton langage, répliqua Tony, imperturbable. Et ne redis plus jamais le mot « cul» s'il te plait. Ca fait vieux pervers quand tu l'utilises.
- Fesses, alors.
- C'est mieux.
C'était un mercredi typique pour Tony, au milieu de la nuit, trois étages sous la résidence des Avengers, dans son atelier. S'il était honnête avec lui-même, il n'avait pas vraiment d'autre raison que de ne pas pouvoir dormir et ne pas avoir à patrouiller –encore une fois – pour y être descendu. Il soupçonnait Steve de modifier l'ordre des rondes, même s'il n'avait pas encore pu le prouver.
Dans tous les cas, ça voulait dire qu'au lieu de combattre le crime dehors, Tony était restreint à sa chaise de bureau, à faire des exercices de main avec le gantelet détaché de l'armure, comme s'il y avait un but derrière tout ça.
- Et c'est moi l'ermite graisseux, commenta Loki derrière lui. Je pense que c'est plutôt l'inverse.
Pour la première fois Tony maudit silencieusement son charme naturel et irrésistible. Il tourna lentement sa chaise pour faire face à Loki.
Il se tenait sur le pas de la porte de l'atelier, ses doigts pâles posés sur l'encadrement. Il avait l'air fatigué, décida Tony, mais bien plus reposé qu'il ne l'était cinq jours auparavant.
Il avait aussi l'air plus petit, d'une certaine manière. A la place de son habituelle volumineuse armure, il portait une chemise de lin d'un vert sombre. Un regard rapide sur ses jambes lui révéla un pantalon noir et des bottes. Ça ressemblait aux habits que Thor aimait porter lorsqu'il n'était pas en armure, ce qu'il se garda de mentionner.
Tony n'était pas sûr de savoir quoi faire de ce nouveau Loki plus décontracté, avec ses cheveux humides encadrant son visage et sa gorge blanche découverte, plutôt distrayante. Alors il recommença à faire des flexions avec le gantelet rouge, cherchant une résistance dans le mouvement des articulations.
- J'utilise un lubrifiant pour articulations spécialement créé pour l'armure, pas de la graisse, l'informa-il, tourna sa paume vers le haut et formant un poing avec ses doigts. Et c'est pas moi qui me suis caché pendant presque six jours.
- Je devais briser un sort, répliqua sèchement Loki. Les conventions sociales pouvaient attendre.
- Et la nourriture ?
- J'ai mangé.
Tony fronça les sourcils.
- Quoi, les meubles ?
Entrant dans la pièce, Loki s'approcha de lui à grands pas. Il avait un peu trop l'air de traquer une proie à ses yeux, mais le génie refusa de se sentir nerveux, se concentrant sur le poignet du gantelet à la place, l'enduisant d'huile avec sa main libre pour faire disparaître le petit grincement. Il n'en avait pas besoin mais…
Deux mains se posèrent sur ses épaules, froides et assurées. De longs doigts trouvèrent leur place sur les courbes de ses muscles et de ses os, deux pouces pressant légèrement de chaque côté de sa colonne vertébrale. L'esprit de Tony s'embrouilla. Il n'était pas sûr de savoir pourquoi, le geste n'avait rien d'intime. Mais il ne trouvait pas non plus de raison pouvant pousser Loki à poser ses mains sur lui de son plein gré.
- Tu ferais bien de te rappeler qui je suis, Stark, murmura Loki, et ses doigts appuyèrent durement contre les muscles tendus le long de ses épaules. Peut-être ma présence ici, dans ta chambre souterraine ultra sécurisée, peut-elle te donner une idée du nombre de ressources dont je dispose.
C'était vrai. L'ascenseur n'aurait pas dû s'ouvrir pour lui. Il ne pouvait pas se téléporter non plus. Thor lui avait dit une fois que Loki était assez furtif pour que même le gardien de leur porte sur Asgard ne puisse pas le voir quand il ne voulait pas être vu. Tony avait juste cru qu'il se téléportait partout.
- Alors tu es en train de me dire que tu n'as pas mangé les meubles ?
Impressionné ? Qui était impressionné ? Certainement pas Tony Stark.
- Donc je suppose que tu as brisé le sort de location, que tu as retrouvé tes pouvoirs et qu'Amora ne peut plus te trouver. Ce qui veut dire que tu vas bientôt partir, hein ?
Loki émit un son grave, pensif, en réponse.
- Oh, je ne sais pas.
Les mains dans la vision périphérique de Tony se colorèrent soudain d'une lueur verte, et il sentit quelque chose qu'il ne pouvait décrire commencer à se glisser sous sa peau. On aurait dit des lames de rasoir enveloppées dans de la soie, prêtes à le tuer. Le cœur de Tony accéléra quand la sensation s'étendit dans sa poitrine, se déployant en un éventail de doigts squelettiques, cherchant ou explorant ou peut-être essayant juste de lui flanquer la peur de sa vie.
Derrière lui, Loki inspira brusquement par le nez et se pencha par-dessus son épaule, fixant sa poitrine comme s'il pouvait y voir autre chose qu'une lumière bleue brillant derrière un débardeur noir.
- Alors c'est ça. Je me demandais.
La sensation disparut et la magie de Loki s'éteignit.
- Il y a des éclats de métal autour de ton cœur.
Tony eut l'étrange sensation d'être nu, comme si on lui venait lui arracher quelque chose d'important pendant qu'il n'y faisait pas attention. Même les Avengers n'en savaient pas autant. Ils savaient juste que si on lui retirait le réacteur, il ne lui restait que peu de temps à vivre à moins qu'il n'en remette un autre. Mais personne n'avait tiré le secret de sa poitrine comme si ça avait été une vulgaire information.
- C'est du shrapnel, lança Tony, cassant, en se levant d'un coup.
Enlevant le gantelet, il marcha jusqu'à l'endroit où l'armure reposait dans son hangar, lui rajoutant la pièce détachée. Toute sa poitrine était froide et douloureuse.
- Et tu aurais juste pu me demander.
Loki avait l'air un peu amusé.
- Oui, mais j'aurais dû te croire sur parole.
- De nous deux, ce n'est pas moi qu'on surnomme le Dieu des Mensonges, répondit platement Tony. Garde tes mains magiques pour toi à partir de maintenant.
Plus tendu et irrité qu'il n'aurait dû l'être, il commença à ranger ses outils avec des mouvements rapides et efficaces.
C'était un rituel familier, auquel il n'avait même plus besoin de réfléchir, mais il garda les yeux fixés sur ses vieux chiffons huileux, ses tournevis et ses clefs à molette quand il les rangea, jetant le reste dans un grand tiroir derrière son établi avant de le verouiller d'un geste brusque.
- Comment sont-ils arrivés là ? Tu as été attaqué ? demanda Loki à côté de lui, insistant.
Est-ce qu'il ne savait pas… Est-ce qu'il en avait quelque chose à foutre d'être en train de remuer le couteau dans la plaie ? Bien sûr que non, se répondit tout seul Tony. Il ne représentait aucune menace pour le Dieu. Dans tous les cas il ne lui raconterait pas l'histoire des manigances d'Obadiah Stane. Ou de sa mort prématurée.
- Tu sais quoi, déclara-t-il soudainement, un sourire froid relevant les coins de sa bouche. Je te dis comment ils sont arrivés là si tu me dis pourquoi tu deviens tout bleu quand t'utilises le Coffre des Anciennes Neiges. Non, en fait, j'ai changé d'avis. Pourquoi tu ne me montrerais pas ?
- Le Coffre des Anciens Hivers, corrigea automatiquement Loki, mais sa voix était moins assurée. Et je refuse.
Tony haussa les épaules.
- Alors je suppose que t'as pas de chance. JARVIS, éteins les lumières. J'ai fini.
Essuyant ses mains sur un chiffon, il le jeta sur la table et les néons fluorescents s'éteignirent un par un au-dessus d'eux, laissant uniquement quelques lumières rouges sombres au sol pour lui indiquer le chemin de la sortie
- Je t'ai mis en colère, avança prudemment Loki, formant une ombre plus sombre à sa droite. Ce n'était pas mon…
- Intention ? Si ça l'était Loki. Tu es doué pour appuyer là où ça fait mal et t'as réussi ton coup. Alors maintenant tu vas prendre ta magie et tes petites manipulations et gentiment dégager d'ici.
Tony entendit une brusque inspiration, mais ce fut la main sur son bras nu qui attira son attention. Elle était aussi froide que la glace.
- Stark, répondit Loki à voix basse. Je ne peux pas partir maintenant. Le sort est brisé mais ma magie est... loin d'être entièrement restaurée. Tu m'enverrais vers ma mort ?
Il se tenait debout devant Tony, bloquant la sortie, et comme le génie s'arrêtait pour digérer ça, une seconde main vint encercler son autre bras. Le choc de température fit naître la chair de poule sur sa peau et fourmiller son cou. Mais il ne pouvait rien voir, et savait que s'il ordonnait à JARVIS d'allumer les lumières, le Dieu le prendrait très mal.
- Si j'étais un véritable descendant des Jotuns, cela te brûlerait terriblement, déclara Loki, et une main glissa plus haut sur son bras, laissant un sillage de sensations glacées derrière elle. Mais je suis de sang mêlé. Après la guerre, Odin me prit encore enfant comme monnaie d'échange et m'éleva comme un fils. Un fils bien décevant, mais un fils quand même. Tout allait bien, jusqu'à ce que le contact avec un Géant des Glaces ne détruise le secret d'une vie, ma peau pâle d'Aesir saignant soudainement du bleu de Jotun.
Tony regarda vers le bas, en direction de ses bras, mais ne vit rien d'autre que la silhouette sombre d'une main enroulée autour d'un biceps. Cependant le froid était une preuve suffisante pour lui. Loki franchissait une ligne que Tony ne se souvenait pas avoir tracée, mais il sentait l'animosité commencer à s'effacer pour laisser place à la vérité.
- Tu es brûlant comme ça, murmura soudainement Loki, et Tony eut l'impression qu'il réduisait légèrement l'espace entre eux. Pour moi, sous cette forme, ta peau est une fournaise.
Le milliardaire déglutit.
- Ca te fait mal ?
- Non. Oui. Autant que je te fais mal, j'imagine. A quel point est-ce que je te fais mal, Stark ?
Tony n'avait aucune idée de ce qu'il faisait quand il leva la main jusqu'à la joue de Loki dans le noir, pressant ses doigts sur la peau marquée par les symboles qu'il avait seulement vu magnifiés sur son panneau de visualisation. Ses yeux devenaient rouges également, se rappela-t-il distraitement. Il sentit des cils effleurer sa paume alors qu'il se déplaçait d'un côté à l'autre, ayant l'impression de toucher une sculpture de glace. Mais sa peau était sèche, ferme et douce sous ses doigts.
Pressant avidement sa joue contre le creux de sa paume, Loki laissa échapper un soupir qui ressemblait au plus pur des vents d'hiver sur le visage de Tony.
- Tu es froid. Ta peau dégage du froid, dit Tony, entendant sa propre voix s'enrouer. Mais ça ne fait pas mal. Loki, personne ne t'a jamais…
-Non, fut la réponse, la voix du Jotun restant douce et basse. Je déteste cette forme.
- Alors, pourquoi ?
Tony entendit le froissement d'un tissu alors que Loki se déplaçait, et il laissa ses mains tomber le long de son cou, essayant d'imaginer sa couleur bleue, riche et profonde. Mais il n'y arriva pas. Ça semblait trop irréel, même pour lui.
Il sursauta légèrement quand une étoile de glace – non des doigts – se déplièrent pour appuyer sur son cœur.
- Je t'ai pris ça sans permission.
- Laisse-moi allumer la lumière.
- Non.
- Je t'ai déjà vu.
- Alors tu en as déjà vu plus qu'assez.
-Oh, alle…
Une bouche de glace arrêta ses protestations, douce, humide, et glacée contre ses lèvres.
Tony entendit Loki émettre un gémissement à peine audible à la fois empreint de douleur et d'avidité contre sa bouche, semblant aussi submergé que lui. C'est à ce moment-là qu'il décida d'arrêter de réfléchir, et attira le corps de Loki contre le sien, embrassant sa bouche offerte et causant à sa langue le cas le plus étrange d'engelure qu'il ait jamais eu.
Thor va me tuer, pensa-t-il désespérément, alors que les mains de Loki glissaient sous son débardeur, remontaient dans son dos, lui arrachant un grognement de surprise. Mais ce n'était pas assez pour l'arrêter parce que Bon Dieu, le troisième criminel le plus puissant le plus recherché par le Shield l'embrassait. Ses lèvres s'engourdissaient mais c'était vraiment trop bon et il n'avait jamais été doué pour se priver de ce qu'il aimait.
Chassant cette pensée de son esprit, Tony glissa sa main dans les longs cheveux humides, sa bouche descendant sur la gorge froide et élégante.
Puis la porte de l'ascenseur émit un ping et Clint entra dans la pièce, activant les lumières reliées aux capteurs de mouvements dans l'entrée.
- Hey Tony, JARVIS a dit que tu... Pourquoi tu me regardes comme ça ?
Tony réussit à se rattraper avant de trébucher, ses bras se refermant sur l'air.
Loki avait complètement disparu, l'abandonnant avec la sensation d'avoir vécu l'hallucination la plus folle de toute sa vie. Il l'aurait cru s'il n'avait pas été frissonnant et… Ah merde.
Clint commença à reculer lentement vers l'ascenseur, sans le quitter des yeux.
- Ouais, génial… Donc je reviendrais quand t'auras pas une érection énorme, tout seul dans le noir. Salut.
L'ascenseur l'avala à nouveau, laissant Tony réfléchir à comment convaincre Clint de ne pas raconter à Natasha ou à Steve ce qu'il venait de voir.
- Il n'aurait pas pu nous rendre tous les deux invisibles, ou un truc comme ça, grogna-t-il, touchant précautionneusement ses lèvres. Elles étaient froides et un peu meurtries et sa langue le picotait bizarrement.
- JARVIS, tu as filmé ça ?
- Oui, Monsieur.
Tony n'eu même pas besoin d'y réfléchir.
- Supprime la vidéo de surveillance de cette nuit. Ça restera strictement officieux.
- C'est déjà fait, Monsieur.
Maintenant il n'avait plus qu'à comprendre ce qui venait de se passer, et ce que ça pouvait bien signifier.
Mais d'abord... Une douche brûlante.
