De nouveau merci aux reviewers à qui je ne peux pas répondre, Yuna44 et MiaWatson. Exceptionnellement, je poste deux chapitres aujourd'hui, parce qu'on me l'a gentiment demandé... Vraiment, merci à tous ceux (toutes celles, plutôt !) qui laissent des commentaires, c'est vraiment super sympa et très encourageant. Pour répondre à vos questions, non, je n'ai pas écrit encore la totalité de l'histoire, mais j'ai quelques chapitres d'avance, ce qui me permet de poster de nouveau ce soir. Je pense que la fic fera entre 12 et 15 chapitres (j'hésite encore pour la fin). Et, oui, il y a bien un rapport entre la maladie de Sherlock et ce qui se passe à la fin du premier chapitre, mais il va falloir attendre un peu pour le comprendre !

JEUDI

Ne pas paniquer. Surtout, ne pas paniquer. Poser des questions d'ordre médical, ne pas paniquer. Mais John avait beau se répéter ces mots, encore et encore, la sonnette d'alarme hurlait à présent de manière stridente dans son esprit.

La caméra se replaça miraculeusement face à Sherlock.

- Quoi ? murmura ce dernier.

- Ton mouchoir. Montre-le-moi, ordonna John, qui avait réussi à passer en mode "médecin".

Sherlock posa les yeux sur la tache rouge et s'empressa de dissimuler le mouchoir sous le drap.

- Ce n'est rien.

Le professionnalisme de façade de John vola en éclats.

- C'est du sang ? Sherlock, tu craches du sang ? Putain, mais tu es complètement cinglé ! Pourquoi tu n'as pas appelé un médecin ? Pourquoi tu ne m'as pas appelé, moi ?

- Ça va, ça va, calme-toi.

Calme-toi. Très drôle, vraiment. John aurait ri si la situation n'avait pas été aussi stressante. Il s'obligea à respirer lentement. Le plus ironique dans tout cela était que Sherlock avait parfaitement raison : il devait, en effet, se calmer, et laisser la voix de la lucidité et de la raison reprendre le dessus.

- J'appelle SOS médecins tout de suite, je prends le prochain avion, non, je loue une voiture, je suis là dans quatre heures maximum.

- Non, non, non ! Je t'en supplie, ne fais pas ça !

Le « je t'en supplie » paniqué suspendit le geste de John, qui s'apprêtait à prendre son portable.

- Tu es malade, Sherlock. Tu as besoin d'un médecin.

- Ils vont... m'emmener à l'hôpital...

- Oui. Normal. Cracher du sang n'a rien d'anodin, tu dois bien t'en être rendu compte par toi-même, avec ta suprême intelligence, non ?

Le sarcasme n'arrangerait rien, John le savait, mais il fallait qu'il déverse sur quelqu'un ou quelque chose son trop-plein d'émotions. Sur Sherlock, en l'occurrence.

- Je suis désolé, John. Je pensais que ça irait mieux.

Il se pencha en avant, les mains crispés sur son ventre. Fièvre, quintes de toux, crachements de sang, et maintenant douleurs abdominales. Pas la grippe. L'appendicite doublée d'une pneumonie ? se demanda John. Décidément, les Holmes ne faisaient jamais les choses à moitié.

- Je ne voulais pas t'inquiéter, ajouta Sherlock dans un murmure.

- C'est réussi. (Pas d'ironie, pas d'ironie, une attitude un peu plus médicale serait la bienvenue, John, concentre-toi !) Depuis combien de temps n'as-tu pas mangé ?

Il n'y eut pour toute réponse qu'une crise de toux. John sentit une nouvelle vague de panique déferler sur lui.

- Sherlock, réponds-moi ou j'appelle l'hôpital tout de suite !

- Trois... jours...

- Tu as une idée de ta température ?

Les yeux de Sherlock évitèrent ceux de son ami.

- Réponds-moi ! Plus de 39 ?

- Oui.

- Plus de 39,5 ?

Légère hésitation.

- Oui, je pense.

Merde. Merde merde merde.

- Sherlock, tu comprends bien que je ne peux pas te laisser comme ça. Je vais appeler une ambulance, ils t'emmèneront à l'hôpital et là...

- Non !

John s'interrompit de nouveau. Les yeux de son ami étaient à présent emplis d'une terreur indicible.

- Je ne veux pas retourner à l'hôpital, John. Je t'en supplie, ne les laisse pas m'y emmener.

- Pourquoi ?

- Parce que... Parce que...

La respiration du détective se fit plus rapide. John vit avec horreur Sherlock, au bord de l'hyperventilation, se pencher sur le bord de son lit et rendre le peu qu'il avait dû avaler durant les dernières vingt-quatre heures – un peu d'eau, de la bile...

- John... Pas l'hôpital.

Une nouvelle crise plia Sherlock en deux, mais il semblait n'avoir plus rien à vomir. John savait par expérience que les nausées sèches pouvaient être les pires. Si la seule mention de l'hôpital mettait Sherlock dans cet état, Dieu seul savait ce qui lui arriverait si on l'y emmenait de force. OK, ils verraient ça plus tard, et parleraient même peut-être de l'emploi du mot « retourner ».

- Calme-toi, Sherlock, calme-toi, je ne les appelle pas, détends-toi. Pas la peine de faire une crise d'angoisse. Respire. Voilà. C'est ça. Calme-toi. Je n'appelle pas de médecin, j'arrive.

- Et l'affaire Savage ?

- Je m'en fous, Sherlock ! Comment dois-je te le dire pour que tu comprennes ? TU es plus important.

En voyant le regard incrédule de Sherlock de l'autre côté de l'écran, son colocataire se dit qu'une petite discussion à propos de ses priorités (les gens avant les faits, les animaux et les choses) pourrait également s'avérer utile. Il fit un sourire qui se voulait rassurant et referma son ordinateur.

Il fallut à John quatre minutes et trente secondes pour rassembler ses affaires, payer l'hôtel, passer en trombe devant une Isabelle Leclerc interloquée, et trouver un taxi. Une fois la destination indiquée au chauffeur, il se força à respirer, lui aussi, et à envisager la situation calmement. Que devait-il faire ? Appeler quand même une ambulance ? La panique de Sherlock semblait extrêmement forte, et il venait d'avoir un petit aperçu de ce que cette phobie pouvait causer comme dégâts...

La solution se présenta à son esprit, simple et évidente. Comment n'y avait-il pas pensé plus tôt ? Il sortit son téléphone et composa un bref message.

19:10. Sherlock est malade. Assez sérieusement. Allez le voir. JW

Puis il attendit la réponse. Mycroft Holmes répondait toujours immédiatement lorsque John le contactait. Il le soupçonnait même d'avoir un téléphone à usage unique, allumé vingt-quatre heures sur vingt-quatre, qui servait seulement à recevoir les textos et les appels de John Watson, baby-sitter attitré du seul détective consultant du monde.

Cinq minutes plus tard, John n'avait toujours pas de nouvelles de l'aîné des Holmes. Il se décida à appeler et tomba immédiatement sur un répondeur vocal, qui lui prouva que sa déduction était correcte.

Bonjour John. Trois consignes pour Sherlock en cas d'urgence médicale : surtout, pas de morphine, pas de prise de sang s'il est réveillé, pas de test psychologique. Une légère pause, qui aurait pu passer pour une hésitation si Mycroft était capable d'hésiter, puis : Et, si possible, ne l'emmenez pas à l'hôpital, sauf nécessité absolue.

Merde.