Merci encore pour vos reviews ! Pour ceux qui ont lu la nouvelle d'ACD, attendez-vous à quelques changements... A MiaWatson et Yuna44 : j'aime assez m'imaginer que Mycroft compte sur John plus que sur son service de renseignements personnel pour connaître (et régler) les éventuels problèmes de Sherlock, d'où la ligne personnelle branchée (normalement) 24h/24. Il sait qu'il ne veut pas espionner son colocataire, mais que s'il y a un vrai problème, il n'hésitera pas à donner des informations à Mycroft (comme après la "mort" d'Irene Adler). Pour ce qui est d'en apprendre plus sur le passé de Sherlock, c'est une possibilité, je vous ai dit que j'hésitais sur le nombre définitif de chapitres, les derniers contenant essentiellement des explications sur ce passé (et notamment sa phobie des hôpitaux...), mais n'ayant pas forcément grand-chose à voir avec l'histoire en elle-même...
JEUDI
Louer une voiture s'était avéré un choix judicieux, songea John lorsqu'il se rendit compte, en écoutant les informations (pour détourner son esprit du problème qui l'occupait entièrement et qui allait finir par le rendre fou s'il continuait à le ressasser), qu'en raison des intempéries, de nombreux départs étaient retardés dans plusieurs aéroports. L'autoroute, en revanche, était parfaitement dégagée. Les formalités de location n'avaient pas été si longues, et John pouvait à présent appuyer sur le champignon et dépasser allègrement toutes les limites de vitesse. A mi-chemin, il s'arrêta sur une aire d'autoroute pour appeler Sherlock et fut soulagé lorsque son ami décrocha.
- Comment vas-tu ?
- Ça va.
- Permets-moi de ne plus te croire quand tu me dis ça. Je suis là dans deux heures.
Il raccrocha avant que le détective ait eu le temps de lui dire qu'il exagérait ou dramatisait la situation.
Mycroft restait injoignable. Étrange. Peut-être même inquiétant, mais John n'avait plus de place pour d'autre inquiétude que "l'état de santé de son crétin de colocataire qui n'était pas foutu de rester trois jours seul sans faire de conneries". Il s'efforça de se concentrer sur la route, mais son cerveau était en ébullition. Il tournait et retournait dans son esprit tous les diagnostics possibles. Sans la possibilité de voir, de toucher, d'examiner le malade, il se sentait totalement impuissant...
A vingt-trois heures vingt-six, il poussait la porte du 221b.
- Sherlock ?
La chambre était vide, la lumière toujours allumée, l'ordinateur et le téléphone posés sur le lit. John sentit les battements de son cœur s'accélérer de manière peu naturelle.
- Sherlock !
Un gémissement lui parvint de la salle de bains. John se précipita et trouva Sherlock étendu par terre, au pied du radiateur, visiblement en train de lutter contre une forte douleur.
- Sherlock, tu m'entends ?
Le médecin glissa ses mains sous les aisselles du malade et l'adossa contre le radiateur. Les yeux de Sherlock papillonnèrent.
- Des crampes... Je ne peux plus respirer...
- Ne parle pas, ordonna John en mettant la main sur le front de son ami, qu'il trouva brûlant. Concentre-toi sur ta respiration. C'est bien. Je vais t'aider à te recoucher.
Il avait retrouvé son calme et ses instincts professionnels reprenaient le dessus. Dans deux minutes, il pourrait examiner son colocataire. Faire baisser la fièvre. Trouver ce qui n'allait pas. Il passa le bras gauche de son ami par-dessus sa propre épaule droite et hissa Sherlock, qui poussa un gémissement. En le soutenant, il parvint à lui faire regagner sa chambre et l'allongea doucement sur le lit, puis il remonta les couvertures sur le corps agité de tremblements.
- Je vais chercher un thermomètre et un stéthoscope. Je reviens tout de suite. Si tu as envie de vomir, vomis par terre, n'essaye pas de te lever.
Il fallut à John quelques minutes pour retrouver ses affaires dans le désordre habituel de l'appartement. Il remplit également un verre d'eau et revint dans la chambre de Sherlock...
... Et, pendant un instant, il crut être tombé dans un univers parallèle. Assis dans son lit, appuyé contre deux oreillers, livide mais l'air déterminé, le détective tenait un revolver au bout de son bras tendu et le pointait directement vers son ami.
- Reste où tu es. Ne bouge pas.
John se figea sur le seuil de la chambre, le cœur battant.
- Sherlock, qu'est-ce que...
Une quinte de toux obligea Sherlock à baisser le bras. John voulut en profiter pour faire un pas en avant, mais son ami se reprit, plaqua sa main gauche contre sa bouche et braqua de nouveau l'arme sur lui.
- Ne... bouge... pas.
John fit un pas en arrière.
- OK, OK, je ne bouge pas. Mais explique-moi, s'il-te-plaît.
- Tu... Tu m'as touché ? demanda Sherlock, les traits déformés par la panique.
- Je t'ai... touché ? répéta le médecin, complètement perdu. Je suis désolé, Sherlock, je ne comprends pas la question.
- Dans la salle de bains. J'étais inconscient, tu m'as ramené ici, non ?
- Oui. Je ne vois pas ce qui te pose problème, dit John, relativement calmement pour quelqu'un qui se sentait au bord de la crise de nerfs. Tu aurais préféré que je te laisse évanoui par terre ?
De nouveau, cette lueur de terreur pure dans les yeux du détective.
- Va te laver les mains TOUT DE SUITE !
John écarquilla les yeux.
- Merde, Sherlock, si c'est à la contagion que tu penses, je te rappelle que c'est mon métier : je fais ça tous les jours, je suis médecin, tu te souviens ? Alors je vais prendre ta température et...
- Lance-moi le thermomètre, mais reste où tu es.
John secoua la tête, se sentant complètement impuissant. Il lança le thermomètre qui rebondit sur la couverture. Sherlock le prit.
- Maintenant, va te laver les mains. S'il-te-plaît, ajouta-t-il comme si la politesse était soudainement devenue très importante pour lui. Pendant au moins trois minutes. Pendant ce temps, je prendrai ma température. Si tu veux vérifier le thermomètre, trouve des gants. Je crois qu'il y en a sous l'évier de la cuisine.
- Sherlock, c'est complètement stupide ! Tu délires ! Laisse-moi t'examiner !
- Bien sûr, je délire, répondit Sherlock presque joyeusement. Mais tu n'entreras pas dans cette pièce. Va te laver les mains !
- Si je le fais, tu prendras ta température sans tricher ?
- C'est-à-dire ?
- Sans arrêter le thermomètre avant qu'il ne sonne ?
- Oui. Et ensuite, je pense qu'on pourra aller manger chez Angelo. A moins que tu ne préfères qu'on retourne à Exeter ensemble ?
- Angelo ? Exeter ? Sherlock, prends ta température tout de suite !
- Oui, oui. Mais il faut quand même qu'on aille à Exeter. Quand tu te seras lavé les mains. Et qu'on sera passés chercher Molly, ajouta Sherlock, une pointe d'hystérie dans la voix, qui alarma John plus que tout.
- Molly ?
- Oui, pour qu'elle m'examine. Tu sais, quand je serai mort.
Sherlock recommença à tousser et John s'obligea à quitter la pièce. Fièvre élevée, délire, possibles hallucinations. Rien qui ne puisse être soigné. Respire, John, tout va bien.
Mais tout n'allait pas bien. En se lavant les mains, John se rendit compte que ces dernières tremblaient légèrement. A sa décharge, aucun de ses patients ne l'avait jamais menacé d'un revolver auparavant... Il prit des gants sous l'évier (contrarier Sherlock semblait une mauvaise idée à ce moment) en essayant de faire abstraction de la toux caverneuse qu'il entendait depuis la cuisine, et revint dans la chambre juste au moment où le thermomètre sonnait. Sherlock, haletant, le lui lança, non sans avoir vérifié que le médecin portait des gants. Le cœur de John manqua un battement.
- 40,2 degrés. Sherlock, ce n'est pas possible, je vais appeler une ambulance.
- NON !
Retour du revolver. John en aurait pleuré.
- J'ai bien compris que tu avais une phobie liée à l'hôpital, dit-il calmement, mais je ne peux pas te regarder souffrir sans rien faire, et comme tu ne veux pas que je m'approche de toi...
- Tu ne comprends pas. Même à l'hôpital, ils ne pourront rien faire pour moi. Et je les mettrai en danger.
En danger ? se demanda John. Encore cette histoire de contagion. Pourquoi ce mot résonnait-il si étrangement à ses oreilles ? Pourquoi avait-il l'impression de manquer quelque chose de très, très important ?
Oh. Victor Savage.
