Pour faire original : merci beaucoup à MiaWatson et à Yuna44 pour vos reviews ! Voilà la clef de l'intrigue, qui explique la mort de Savage et la maladie de Sherlock. Tout ça n'a bien évidemment aucun fondement scientifique, veuillez me pardonner pour le manque de rigueur... J'ai presque terminé d'écrire cette fic, donc je devrais pouvoir continuer à poster un chapitre par jour.

JEUDI

En une fraction de seconde, tout devint clair dans l'esprit de John, comme si toutes les pièces d'un puzzle tellement disparate qu'on n'avait même pas compris qu'il s'agissait d'un puzzle se mettaient en place, s'emboîtaient parfaitement, presque magiquement. Il se demanda brièvement si c'était ainsi que Sherlock pensait, réfléchissait, vivait en permanence. Si c'était le cas, ça devait être à la fois terriblement excitant et épuisant. Toutes les associations se faisaient dans son esprit, avec une rapidité dont il se serait cru incapable.

La grippe ? Non, bien sûr que non. Sherlock Holmes n'attrapait pas la grippe, non, c'était une maladie trop banale, trop commune, trop normale pour lui. Sherlock Holmes, d'ailleurs, ne tombait jamais malade,non, Sherlock Holmes était empoisonné par des fous qui utilisaient des armes biologiques contre ceux qui se mettaient en travers de leur chemin. Des fous dangereux qui ne se souciaient pas d'un mort de plus ou de moins sur cette terre, par exemple un agent secret, comme Victor Savage.

Concentre-toi, John, réfléchis. Que lui avait dit le docteur Ainstree ? Il avait fallu à John une bonne dose de mensonges pour le convaincre de lui dire ce qu'il savait sur la mort de Savage. Il s'était même fait passer pour un parent de la victime, mais il avait eu accès à des informations qui, normalement, auraient dû rester confidentielles : Savage n'avait pas été tué, ni d'un coup de poignard ni d'un coup de revolver, il avait bel et bien succombé à une maladie. La fièvre jaune ? avait de mandé John. Non, les symptômes ne correspondaient pas et l'évolution du mal avait été beaucoup trop rapide. Les médecins, dépassés, avaient dissimulé la réalité : ils ne connaissaient pas cette maladie. Probablement une pathologie africaine, étant donné le voyage que venait de faire Savage. L'agent secret était arrivé chez eux avec une forte fièvre et était mort en deux jours, terrassé par des crampes abdominales terribles. Ces mêmes crampes qui, à présent, empêchaient Sherlock de respirer. Quelle coïncidence.

John regretta de ne pas avoir demandé plus de précisions sur les symptômes et l'évolution de la maladie, mais il aurait été prêt à parier que tout avait commencé comme une banale grippe. Ainstree, sous le sceau du secret médical, lui avait également dit que deux membres du personnel qui s'étaient occupés du cas de Victor Savage avaient contracté la même maladie et étaient morts dans la semaine qui avait suivi, probablement contaminés par le même virus. L'affaire avait été étouffée par les hautes autorités, soucieuses de garder secrètes les circonstances de ces trois morts.

Sans réfléchir, John fit de nouveau un pas en avant, affolé par ce qu'il venait de comprendre : Sherlock avait retrouvé la piste du meurtrier de Savage, et l'avait serré de tellement prêt que ce dernier, inquiet, avait décidé de se débarrasser de ce détective fouineur de la même façon qu'il avait réduit au silence un agent secret un peu trop intelligent...

- Recule. Ou je tire. Je n'hésiterai pas.

- Si ton but est d'empêcher la contagion, Sherlock, je doute fortement que tu me tires dessus. Ça aurait un effet beaucoup plus dévastateur.

- Je connais le corps humain. Je sais où je peux tirer pour t'immobiliser.

- Oui, mais tu trembles comme une feuille.

John se sentit mal en prononçant ces mots ; il avait l'impression que son ami allait s'évanouir d'une seconde à l'autre, ce qui d'ailleurs aurait peut-être été préférable, était donné son insistance à vouloir menacer son colocataire avec un revolver. Savage était mort en deux jours, le temps jouait contre eux, mais Sherlock ne semblait pas s'en soucier. John s'immobilisa en voyant le doigt du détective se resserrer sur la détente.

- Sherlock, qui est-ce ? Dis-le-moi.

Les yeux du malade reflétèrent son incompréhension.

- De qui parles-tu ?

- Du salaud qui t'a inoculé cette saloperie.

- Comment as-tu compris? demanda Sherlock dans une nouvelle quinte de toux.

- Savage. Il est bel et bien mort de maladie, mais tu avais raison, il a été assassiné. Dis-moi par qui, je sais que tu le sais.

- Les mêmes symptômes que moi ?

John ne se sentait pas d'humeur à discuter sur ce sujet. Le cas Savage lui importait peu. Il voulait juste connaître l'identité de l'homme qui avait osé empoisonner son meilleur ami, et ensuite lui promettre mille tortures s'il ne le guérissait pas dans l'heure.

- Oui. Définitivement pas la grippe. Qui que ce soit, donne-moi son nom et son adresse, tout de suite.

- Tu ne peux pas aller la chercher comme ça au milieu de la nuit, John. Il nous faut un plan.

- La chercher ? répéta John, légèrement surpris. C'est une femme ? Oh, bien sûr. La fameuse maîtresse de Savage, celle que personne n'a jamais vue et dont personne ne connaît le nom. Comment a-t-elle pu t'empoisonner ?

- Je ne sais pas, murmura Sherlock en laissant malgré lui retomber le revolver.

- Peu importe. On verra ça plus tard. Comment te sens-tu ?

- Pas... très... bien...

Sherlock se pencha de nouveau en avant, les mains crispées sur son ventre. Son front ruisselait de sueur froide. John ne put s'empêcher de faire un nouveau pas.

- Non... N'avance pas... S'il-te-plaît, n'avance pas.

John s'arrêta net. Le « s'il-te-plaît » de Sherlock fonctionnait toujours. C'était un mot qu'il employait si peu souvent... John se sentait légèrement nauséeux et avait l'impression que quelque chose s'était coincé dans sa gorge.

- Alors, qu'est-ce que je peux faire ? Sherlock, qu'est-ce que je peux faire ?

- J'ai besoin de toi. Mais pas comme médecin. Celle qui m'a empoisonné s'appelle Johanna Culverton-Smith. Ce nom te dit quelque chose ?

- Oui, bien sûr, murmura John en serrant les poings. Elle est très connue dans sa spécialité.

- Je ne sais pas quelles molécules, quelles bactéries elle a modifiées pour donner à ce virus toutes les apparences de la grippe, mais ce que je sais, c'est que l'effet en est très rapide. Je ne veux pas prendre de risques inutiles de contagion. J'ai besoin de toi, répéta Sherlock faiblement. Pour aller la chercher chez elle, la ramener ici. Il n'y a qu'elle qui puisse me soigner.

Ce petit discours semblait avoir épuisé le détective, qui retomba contre l'oreiller, la respiration courte et sifflante. John déglutit.

- D'accord. Je ne pourrais pas, je ne sais pas, aller la kidnapper dans son sommeil ?

Sherlock hocha la tête. Parler lui demandait visiblement un effort.

- Non. Elle se couche tard. Maison très protégée. Alarmes.

- Dans ce cas, j'y vais, je lui dis que je sais tout, et je lui offre mon silence – notre silence – en échange de son aide.

Sherlock esquissa un sourire qui ressemblait davantage à une grimace.

- Tu serais prêt... à laisser courir une meurtrière ? demanda-t-il en toussant.

- Je serais prêt à l'importe quoi pour que tu vives, Sherlock. Comment peux-tu en douter ?

Un silence suivit cette déclaration. Le détective ravala son accès de toux et regarda son colocataire comme s'il le voyait pour la première fois.

- Tu ne peux pas faire ça, haleta-t-il. Nous n'avons aucune preuve. Elle te rirait au nez et appellerait la police. Il faudrait que tu lui fasses croire que tu es très inquiet pour ma santé...

- Que je lui fasse croire ? le coupa John, incrédule. Sherlock, merde, je suis très inquiet pour ta santé !

- Oui, oui, mais ce que je veux dire, c'est que tu ne dois pas lui montrer que tu connais sa part de responsabilité dans cette affaire, sinon, elle se méfiera, elle ne viendra pas. Dis-lui que je t'ai demandé d'aller la chercher pour avoir l'avis d'un expert, qu'elle est la seule à pouvoir me sauver. Décris-lui mes symptômes, elle verra bien qu'elle a gagné et elle ne pourra pas résister à l'envie d'admirer son œuvre et de m'expliquer comment elle a fait.

John sentait la rage monter en lui, comme une vague menaçant de tout détruire sur son passage, à l'idée de cette femme manipulant la mort en bouteille et s'en servant pour réduire son meilleur ami au silence de la façon la plus lâche qui soit.

- J'ai plutôt envie, dit-il d'une voix sourde, de la menacer de lui péter coude après coude, genou après genou, si elle refuse de venir.

De nouveau, ce regard étrange de la part de Sherlock, comme s'il ne croyait pas un mot de ce que lui disait son ami.

- Non, il faut qu'elle vienne en toute sécurité. Je la connais, elle est incommensurablement orgueilleuse, elle ne résistera pas à l'idée d'un triomphe. Tu reviendras ici avant elle, tu te cacheras dans la penderie avec un dictaphone...

- ... Et j'enregistrerai la moindre de ses paroles. Compris. Après, ce sera ta guérison contre notre silence. Mais, Sherlock, j'aurai aussi mon revolver. Et si ça ne fonctionne pas comme TU l'as prévu, alors on le fera à MA façon.