Un grand merci aux reviewers ! Yuna44 et MiaWatson, je vous adore ! J'aime beaucoup, dans la série, le fait que John soit prêt à tout pour aider Sherlock, comme dans A study in pink. Et chez Conan Doyle, c'est toujours Watson qui emporte le revolver... Bon, pour ce qui est de ce chapitre, le cliffhanger est un peu gratuit, mais je ne savais pas où le couper...

VENDREDI

Johanna Culverton-Smith, spécialiste en pathologies orientales, habitait dans une belle demeure géorgienne, près de Russel Square. Si près de Baker Street, pensa John en sonnant à l'interphone. Il avait couru tout le long du chemin et peinait à reprendre son souffle, la poitrine oppressée par la peur plus que par l'effort physique. Et si l'état de Sherlock empirait pendant qu'il cherchait à la convaincre ? Et si elle n'était pas là ? Et si elle refusait de lui ouvrir...?

Elle répondit à l'interphone presque instantanément, comme si elle s'était attendue à sa visite.

- Je suis vraiment désolée de vous déranger si tard, mais il s'agit d'une urgence. Je suis l'ami de Sherlock Holmes...

John avait cru qu'il ne parviendrait pas à jouer la comédie, mais son inquiétude était telle qu'il fut presque soulagé de pouvoir décrire les symptômes de son ami à une professionnelle, une collègue plus capable que lui dans une spécialité qui le dépassait.

- Tout cela semble sérieux, en effet. Mais pourquoi venir me chercher, moi ? Pourquoi ne l'avez-vous pas emmené à l'hôpital ?

John prit une profonde inspiration. Il sentait la rage monter en lui comme une vague, mais il la contrôla.

- Parce que Sherlock ne fait pas confiance aux hôpitaux. Ni à mes capacités de médecin, d'ailleurs. Vous ne connaissez pas Sherlock Holmes, docteur Culverton-Smith. Lorsqu'il a décidé quelque chose, rien ni personne ne peut le faire changer d'avis. Si Sherlock dit qu'il a attrapé une maladie que vous seule pouvez soigner, c'est que c'est certainement le cas. Si vous le connaissiez, vous comprendriez. Il voit les choses, les dissèque, les analyse. Il ne m'a même pas laissé l'examiner, par crainte de la contagion. Il dit qu'il sait. Et moi, conclut le médecin avec un petit rire amer, je lui obéis, parce que j'ai en lui une confiance totale, même lorsqu'il s'agit d'un domaine que je devrais en toute logique maîtriser beaucoup mieux que lui. C'est pour ça que je suis ici et non à l'hôpital. Parce qu'il m'a dit qu'il avait contracté une maladie dont je ne connaissais même pas le nom et que vous seule étiez capable de soigner. Je sais bien que ça a l'air assez stupide dit comme ça. En tout cas, ça n'a rien de rationnel. Mais s'il faut que je vous supplie, je vais le faire, parce que je ne veux pas que mon meilleur ami meure sans que j'aie au moins essayé de l'empêcher. Croyez bien que je ne me serais jamais permis de venir vous déranger à cette heure si les circonstances ne l'exigeaient pas.

Pendant un instant, John se demanda s'il avait été assez convaincant. Tout ce qu'il venait de dire, il l'avait pensé. Il craignait juste de ne pas pouvoir dissimuler l'envie qu'il avait de sortir son arme et de la braquer sous le nez de son interlocutrice dès qu'elle sortirait de la maison.

- J'arrive. Le temps d'enfiler un jean et de ranger deux ou trois expériences en cours. Où habite-t-il ?

- 221b, Baker Street.

- Bien. J'y serai dans une demi-heure environ.

- Je vous remercie. Vraiment.

- Vous y serez vous-même ?

John se souvint des recommandations de Sherlock : fais-lui croire que tu es absent. Invente quelque chose. Mais John ne voyait pas très bien ce qui pouvait justifier son absence au chevet de son meilleur ami, à part un cas d'urgence plus grand encore. Une seule chose s'était présentée à son esprit. Il adressa mentalement des excuses à sa soeur pour le mensonge parfaitement improbable qu'il allait servir à Mrs Culverton-Smith. Mais cette dernière n'était pas censée savoir que Harry était homosexuelle et ne voulait pas d'enfants, n'est-ce-pas ?

- Je ne peux pas y retourner maintenant, car ma sœur est en plein accouchement. Les choses ne se présentent pas très bien, je voudrais passer à l'hôpital pour me rendre compte par moi-même. Je ne serai probablement pas de retour à Baker Street avant quatre heures du matin.

John crut entendre un soupir de soulagement de l'autre côté de l'interphone.

- J'espère que tout se passera bien pour votre sœur, répondit Mrs Culverton-Smith avec une sympathie qui ne semblait pas feinte. Ne vous inquiétez pas pour votre ami, je m'occupe de lui.

Je m'occupe de lui. Ces paroles résonnèrent dans la tête de John pendant tout le chemin du retour. Lorsqu'il poussa la porte de la chambre de Sherlock, s'attendant presque au pire, il fut soulagé de voir que l'état de son colocataire n'avait pas empiré pendant son absence. Il était toujours terriblement pâle et frissonnait, mais sa toux semblait s'être un peu calmé. Il ne délirait plus. Au contraire, il semblait avoir retrouvé toute sa lucidité.

- Elle vient ?

- Elle arrive.

- Parfait ! Maintenant, John, la penderie. Et quoi que je dise, quoi qu'il arrive, ne sors pas de là. Je joue la partie à ma manière, d'accord ? Même si ça te semble étrange, ou insensé, ou désespéré, rappelle-toi que je sais ce que je fais. Compris ?

- Mais...

Un gémissement de la part de Sherlock fit oublier à son ami qu'il voulait protester. Les crampes abdominales semblaient de plus en plus fortes. Pour ce qui semblait la millième fois dans la soirée, John serra les dents et les poings.

- Si cette femme ne te sauve pas, je la tue de mes propres mains, Sherlock. Si elle te sauve, je me contenterai de lui casser la figure.

Sherlock fit un pâle sourire.

- Et c'est moi qui suis... mélodramatique ?

Lorsque Mrs Culverton-Smith frappa à la porte, John était assis dans l'armoire, armé d'un dictaphone et de son revolver. Il ne voyait absolument rien, mais entendait tout ce qui se passait dans la chambre de son ami. La porte qui s'ouvre. Le bruit de talons sur le parquet.

- Bonsoir, M. Holmes.

- Bonsoir, docteur Culverton-Smith. Vous êtes finalement venue.

La voix de Sherlock semblait d'autant plus faible et rauque que celle de son interlocutrice sonnait haut clair. Elle jubilait.

- J'ai beaucoup hésité, je vous l'avoue. Mais la curiosité l'a finalement emporté.

Sherlock étouffa une quinte de toux. John entendit le bruit d'une chaise que l'on traîne.

- Douloureux ? demanda la femme, l'air sincèrement intéressée.

- Oui. Vous avez bien... réussi votre coup.

Si Mrs Culverton-Smith sursauta ou parut surprise, John ne le sut pas. Il se demanda si son ami avait bien fait d'abattre ses cartes si rapidement, puis se souvint que chaque minute comptait. Mais si elle avait éventé leur ruse...

- Vous avez tout compris, n'est-ce-pas ?

Il n'y avait pas la moindre trace d'inquiétude dans la voix du médecin.

- Pas assez tôt.

- Quelle idée, aussi, de m'accuser de trois meurtres de manière aussi... brutale ! Qu'espériez-vous en m'envoyant ce mail ?

Brillant, Sherlock. Tu soupçonnes une scientifique de haut niveau d'empoisonner les gens avec un virus inconnu, et tu ne trouves rien de mieux que de lui envoyer un mail pour lui dire ce que tu penses de sa culpabilité. Vraiment, brillant, pensa John en réprimant un soupir.

- Vous faire réagir... Trouver une preuve...

- Stupide de votre part. Ce que je ne comprends pas, c'est ce qui vous a mis sur la voie. La pathologie ne ressemble pas à celles que j'ai étudiées. Mon nom n'est apparu nulle part.

- Non, car ce n'est pas vous qui avez empoisonné ces trois hommes, n'est-ce-pas ? Vous vous êtes contenté de vendre votre petite bombe biologique au plus haut prix. Mais votre client s'est montré quelque peu... imprudent. Trois hauts fonctionnaires atteints de la même maladie en deux semaines, c'était un peu trop. Même mon frère a compris que quelque chose n'allait pas.

Hauts fonctionnaires ? De quoi Sherlock parlait-il ? Oh. L'affaire que Mycroft lui avait demandé de prendre en main la semaine précédente. Il semblait qu'il s'en était occupé, finalement...

- Lorsque votre ami est venu me trouver, j'ai presque cru à un piège de votre part. Mais je n'ai pas pu résister... J'étais curieuse de constater les effets de mon travail. Je n'ai jamais vu mon virus à l'oeuvre, vous savez.

Elle parlait de son virus avec une espèce d'attendrissement, comme s'il s'était agi d'un enfant dissipé.

- Même avec... Victor... Savage ?

- Oh ! Vous savez cela aussi ?

- C'est ce qui vous a trahi. Je vous surveille depuis quelques temps déjà, vous savez.

- Je sais, oui. J'imagine que Savage vous a fait parvenir un message ?

- Oui. Peu de temps avant sa mort. Il se doutait de ce que vous prépariez, c'est pour cela qu'il est devenu votre amant.

- Cela ne lui a pas vraiment porté chance, remarqua Mrs Culverton-Smith avec un certain amusement dans la voix.

- Comment avez-vous fait ? Comment nous avez-vous contaminés ?

John faillit se lever et sortir de la penderie. Pourquoi Sherlock posait-il cette question ? Elle avait avoué le meurtre, c'était tout ce qui comptait !

- Je ne pense pas que vous ayez vraiment envie de parler médecine et manipulations microbiologiques sur votre lit de mort, si ? Ce n'est pas ce pour quoi je suis venue.

- Alors... pourquoi... êtes-vous... venue ?

- Je suis venue vous voir mourir, M. Holmes.

Sherlock n'ajouta rien.

- Vous n'allez rien me demander, n'est-ce-pas? reprit Mrs Culverton-Smith. Vous êtes trop fier pour me supplier ?

- Non, je sais juste que c'est inutile.

John sentit le monde tourner autour de lui.

- Vous avez compris qu'il n'existe, à ce jour, aucun remède ?

La réponse de Sherlock glaça son colocataire jusqu'au sang.

- Oui.