Encore merci aux reviewers à qui ne je peux pas répondre ! Entrée en scène d'un de mes personnages préférés... Chapitre qui fait peu avancer les choses, juste quelques explications sur l'absence de Mycroft la veille au soir (j'ai eu des questions à ce sujet, voilà la réponse) et sur la façon dont Sherlock a (presque) été contaminé.
VENDREDI
La décision de John était prise et non, non, non et non, Mycroft Holmes ne le ferait pas changer d'avis. Il était arrivé à la conclusion de la nécessité de son départ vers quatre heures trente et n'avait pas l'intention de reculer - et pourtant, l'idée de quitter le 221b l'emplissait déjà de nostalgie. Il savait qu'il agissait sous l'effet d'une impulsion, mais il avait pour habitude d'écouter ses instincts. Instincts qui, durant toute la nuit, lui avaient hurlé de partir d'ici, au moins pour un temps. Après ce qu'il estimait être une trahison impardonnable, il se sentait absolument incapable de faire à nouveau confiance à Sherlock. La petite tirade qu'il avait sortie à Mrs Culverton-Smith lorsqu'il était allé la chercher chez elle lui revint en mémoire.
J'ai en lui une confiance totale, même lorsqu'il s'agit d'un domaine que je devrais en toute logique maîtriser beaucoup mieux que lui.
Quel idiot il avait été ! Tous ceux qui l'avaient prévenus contre Sherlock avaient raison. Il utilisait les gens. Pourquoi lui, John Hamish Watson, aurait-il été épargné ? Il s'était pourtant cru en dehors de tout cela, à part, spécial. Mais il s'était trompé sur ce point, et le reconnaître était... douloureux. On ne peut pas être ami avec un sociopathe, lui avait dit Harry quelques semaines auparavant, et John avait - une fois encore - pris la défense de son colocataire. Mais ce qui s'était passé la nuit précédente avait bouleversé pas mal de choses. Il valait mieux partir. Maintenant qu'il avait retrouvé du travail, peut-être pourrait-il se permettre une location, pas aussi centrale certes, mais tout de même relativement bien située ?
Cette résolution n'était cependant pas facile à annoncer à son (futur-ex) colocataire, et il n'avait pas besoin que Mycroft Holmes, qui, la veille au soir, avait dédaigné ses appels au secours, intervienne au beau milieu de la discussion. D'ailleurs, pourquoi venait-il à Baker Street de si bonne heure ?
Apparemment, Sherlock n'était pas plus ravi que John de l'arrivée inopinée de son frère, car il maugréa :
- Il ne manquait plus que lui.
L'aîné des Holmes entra dans la pièce sans frapper et scanna du regard son cadet. John ne put s'empêcher de noter l'inquiétude dans ses yeux. Ce qu'il lut en Sherlock sembla cependant le rassurer, car il se tourna ensuite calmement vers le médecin :
- John. Ravi de vous voir. Vous avez l'air un peu tendu.
- Pensez-vous. Votre frère a tout fait pour me détendre, ces derniers jours.
- Oh. J'arrive en plein milieu d'une dispute de couple ? demanda-t-il avec un coup d'œil entendu à la flaque de thé et aux débris de porcelaine dans la cuisine.
Voilà exactement ce que John aurait voulu éviter : Mycroft et ses sarcasmes, à six heures trente, après une nuit sans sommeil et une engueulade avec Sherlock.
- Mycroft, si vous ajoutez ne serait-ce qu'un mot, je vous fous à la porte, c'est clair ?
L'aîné des Holmes leva les sourcils, mais, prudent, ne posa aucune question. Il se retourna vers son frère avec un sourire un peu crispé.
- Sherlock, pourrais-je te demander de me rendre ma ligne personnelle, que tu as dû... accidentellement récupérer dans la poche de mon manteau lorsque je suis passé te voir hier soir, sur ta demande ?
Le détective haussa les épaules et sortit de sa poche un petit téléphone, qu'il lança à son frère.
- Tu as été plutôt lent. Je pensais que tu t'en apercevrais plus tôt.
- Eh bien, je dors parfois, si tu veux tout savoir de ma vie privée. Le thé que tu m'as si... gentiment offert y était d'ailleurs peut-être pour quelque chose ?
- Attends... murmura John, qui commençait à comprendre. Tu as piqué le téléphone de ton frère parce que tu pensais que je l'appellerais hier soir ? Tu lui as demandé de venir te voir dans le seul but de lui prendre son téléphone, pour que je ne puisse pas entrer en contact avec lui ? Et tu l'as drogué pour... pour...
- Bien sûr, répondit Sherlock sur le ton de l'évidence. Je ne voulais pas que tu le préviennes. Il aurait tout gâché en se précipitant ici au mauvais moment. J'estimais possible, quoique peu probable, que tu l'appelles, mais il ne fallait pas sous-estimer le risque.
- Peu probable ? cria John, de nouveau au bord de l'attaque nerveuse - il fallait vraiment qu'il se calme, ou il finirait par le frapper de nouveau... Peu probable ? Tu étais censé être malade, mourant, et tu refusais d'aller à l'hôpital ! Un autre petit show très réussi, d'ailleurs, que j'avais oublié dans la liste de mes étapes. Bien sûr, si Mycroft ou moi-même avions appelé SOS médecins, ils se seraient très vite rendu compte que tu n'avais absolument rien. Mieux valait encore jouer la carte du « Non, John, je t'en supplie, pas l'hôpital, j'ai peur ». Tellement plus marrant.
- J'imagine que tu t'es bien amusé, en effet, murmura Mycroft en regardant son frère dans les yeux.
- J'imagine que tu pourrais la fermer, avant d'ajouter quelque chose que tu regretterais, rétorqua Sherlock avec une violence difficilement contenue.
Quelque chose dans le ton du détective empêcha John de poursuivre ses récriminations. Les yeux du détective fixaient Mycroft avec une telle intensité qu'il eut l'impression que l'aîné des Holmes allait tomber raide mort. Cela n'arriva pas, évidemment, mais Mycroft s'assombrit et détourna la tête avant de reprendre comme si de rien n'était :
- Hier soir, tu m'as dit que tu aurais probablement des nouvelles pour moi aujourd'hui. Est-ce le cas ou la nuit a-t-elle été exclusivement réservée aux problèmes domestiques ?
Le sous-entendu dans la phrase donna à John des envies de meurtres. Il n'était pas certain de quitter cette terre sans emporter au moins un Holmes avec lui.
- J'ai juste arrêté la responsable de la mort de tes trois fonctionnaires, Mycroft. Tu pourrais montrer un peu de gratitude de temps en temps. Après tout, je travaille pour toi.
- Je vois. Et qu'as-tu fait qui ait à ce point énervé le bon docteur Watson ?
Il lança quelques rapides coups d'œil aux deux protagonistes de la scène. Comment déduisait-il ce qui s'était passé pendant la nuit, John l'ignorait, mais il pouvait le voir dans ses yeux, comme s'il lisait dans les vêtements, les postures, les regards, tout ce qui n'avait pas été dit. Mycroft esquissa un sourire.
- Oh. Je vois. Tu as fait semblant d'être malade, pour la prendre sur le fait, et tu as fait croire à John que tu étais mourant ? Quelle délicate attention envers un... ami.
Sherlock choisit d'ignorer l'ironie sous-jacente dans l'hésitation finale.
- Je me suis intéressé à cette histoire avant même que tu te rendes compte qu'elle existait, dit-il, en laissant passer tout le mépris possible dans sa voix. Mrs Culverton-Smith est une femme dangereuse. Je n'étais pas certain qu'elle avait trempé dans la mort de ces trois hommes, mais j'avais été averti par un de tes agents que quelque chose de ce genre était susceptible d'arriver : tu avais suspecté quelque chose d'étrange dans la façon dont ils étaient morts, j'avais un coupable tout prêt. Je voulais juste savoir si elle avait également tué Savage. Ça tombait plutôt bien, puisque John devait se rendre précisément à Exeter, l'endroit où vivaient ses proches... Je me suis décidé à... provoquer Mrs Culverton-Smith la semaine dernière, et j'ai reçu ça en réponse samedi, au courrier.
Sherlock tendit à son frère une enveloppe parfaitement ordinaire, qu'il venait de prendre sur le manteau de la cheminée.
- Attention, elle contient une lame de rasoir. Très fine, presque impossible à déceler au toucher. Coupe toute personne qui ouvre l'enveloppe normalement. Les membres de la secte des Assassins se servaient déjà de cette méthode au XIIème siècle. Il suffit d'une toute petite coupure pour empoisonner l'ennemi. Ingénieux. Mais comme je m'y attendais, j'ai pris mes précautions. Je n'ai plus eu qu'à monter mon plan, et tout a fonctionné à la perfection.
- Attends, attends, l'interrompit John en se forçant à ignorer cette dernière remarque, c'est pour ça que tu as réagi si violemment lorsque j'ai pris le courrier sur la cheminée dimanche dernier ? Parce que tu avais reçu cette enveloppe le samedi et que tu savais ce qu'elle contenait ?
Sherlock haussa les épaules. John sentit la colère, un instant évincée par la curiosité, revenir en force.
- Très bien, dit-il en prenant son manteau. Maintenant, tu ne me réponds même plus quand je te parle. Ne t'inquiète pas, tu n'auras plus à te soucier des enveloppes que je pourrais ouvrir, maintenant. Bonne journée, Mycroft. Vous pouvez commencer à chercher un nouveau colocataire pour votre frère. Quelqu'un à qui ça ne fera ni chaud ni froid d'être traité comme un demeuré.
Il claqua la porte derrière lui. Ça n'avait rien de très mature, certes, mais il devait se défouler sur quelque chose. De préférence, des objets inanimés, pour ne pas avoir de problèmes avec la justice... Il descendit les escaliers et se retrouva soudain dehors. Le froid de la rue lui fit du bien. Il s'engagea sur Baker Street déserte et fit quelques pas. Il n'était pas encore sept heures, les agences de location n'étaient certainement pas ouvertes si tôt... Un petit déjeuner semblait plus indiqué. Après tout, son thé avait fini par terre et il n'avait rien mangé depuis la veille à midi.
- John !
Le médecin soupira. Il aurait dû anticiper le fait que Mycroft chercherait à le rattraper, il aurait dû être plus rapide, ne pas hésiter...
- Je n'ai pas vraiment envie de vous parler maintenant, Mycroft. La journée d'hier a été plutôt stressante, je n'ai pas dormi cette nuit, je voudrais être seul, et je n'ai pas envie de vous dire, sous le coup de la colère, des choses que je pourrais regretter après.
L'aîné des Holmes acquiesça d'un signe de tête.
- Je comprends. Pourriez-vous m'accorder seulement une demi-heure de votre temps ? Dans la journée, quand vous le désirerez. J'aimerais discuter de tout cela avec vous, au calme. Appelez-moi quand vous vous sentirez prêt.
John fut presque surpris du ton poli de Mycroft. D'ordinaire, il ne lui laissait guère le choix, préférant le kidnapper, le harceler de messages ou le convoquer à la minute, sans se préoccuper de ses états d'âme ni de ses activités quotidiennes.
- Allons-y, soupira-t-il. Si vous m'offrez un petit déjeuner gigantesque, je devrais réussir à ne pas trop insulter Sherlock.
- Oh, ne vous gênez surtout pas si vous en avez envie.
