Et voilà, c'est la fin... Merci encore mille fois à tous ceux qui ont lu, suivi, commenté cette histoire... en espérant que ce dernier chapitre ne vous décevra pas. Je sais que John pardonne assez rapidement à Sherlock, mais... je ne peux pas me résoudre à l'éloigner du 221b, même pour une seule nuit ! Ceux qui voulaient savoir pourquoi Sherlock a du mal avec les hôpitaux, voici une petite explication (peu plausible, mais... j'aime assez l'idée d'un Mycroft plus jeune en partie responsable des problèmes de Sherlock) - qui peut aussi expliquer le pourquoi de la relation tendue entre les deux frères. Pardon pour la séquence émotion finale, je n'ai pas pu résister...

Pour ceux que ça intéresse, je pense écrire d'autres fics de ce genre (transposition des nouvelles d'ACD version BBC). Je n'en avais pas l'intention au départ, j'avais juste envie de reprendre Le détective agonisant que j'avais adoré, mais vos reviews m'ont vraiment encouragée à continuer. Alors, si certaines nouvelles vous plaisent plus que d'autres, n'hésitez pas à demander ! J'ai compris que certaines aimeraient bien lire Les trois Garrideb, je prends note. Et j'ai déjà une idée pour faire une petite fic à partir du Pont de Thor, que j'aime beaucoup. En fait, ce qui m'intéresse le plus dans la série, vous l'aurez compris, c'est la relation entre John et Sherlock, l'amitié qui se construit progressivement, avec des hauts et des bas. Je reprendrai donc des histoires originales de Conan Doyle, mais ce sont plutôt des prétextes pour montrer l'alchimie si particulière entre nos deux héros préférés !

Encore merci à vous et peut-être à bientôt...

SAMEDI

Le dîner improvisé par John – du riz, un fond de sauce tomate, des morceaux de poulet miraculeusement intacts au milieu des restes humains qui parsemaient le frigo – se déroula dans un étrange silence. La table de la cuisine étant encombrée et le courage de John à peu prêt réduit à néant, ils mangèrent dans le salon. On aurait dit qu'aucun des deux hommes n'osait prendre la parole. Mais il suffisait que John lève les yeux de son assiette et regarde Sherlock pour que ce dernier se force à prendre une nouvelle bouchée, sans protester, comme un enfant à qui l'on vient de pardonner une très grosse bêtise, et qui sait qu'il ne doit pas se faire remarquer de nouveau.

John ne voulait pas penser, pas réfléchir, pas s'interroger sur leur étrange conversation. Il était trop fatigué. Plus tard, il le ferait peut-être, à tête reposée, mais ce n'était certainement pas le moment. Il était près d'une heure et demie du matin, et le médecin, qui n'avait pas dormi depuis plus de trente-six heures, ne pouvait penser qu'à son lit. Dès qu'il eut fini son assiette - Sherlock avait mangé la moitié du contenu de la sienne, puis l'avait déposée par terre - il se leva, s'étira, et souhaita une bonne nuit à son colocataire qui, assis dans le canapé, semblait perdu dans ses pensées.

Le détective, bien évidemment, ne répondit pas. John poussa un soupir et se dirigea vers l'escalier.

- J'avais onze ans, commença Sherlock d'une voix si basse qu'il fallut à John quelques secondes pour se rendre compte que son ami avait effectivement parlé.

Il suspendit son geste et revint dans le salon à pas lents, incertain de ce qu'il devait faire ou dire. Sherlock avait de nouveau fermé les yeux. Sa main droite étreignait fermement le bord du canapé.

- J'avais onze ans et Mycroft en avait vingt, reprit le détective sur un ton plus ferme. Evidemment, il faisait de brillantes études à la London School of Economics. Il était parti deux ans auparavant pour Londres et vivait dans un petit appartement que mes parents avaient hérité d'une grand-tante. Il avait déjà commencé, à cette époque, à travailler pour le compte du gouvernement. Je suppose que tu sais que le MI5 et le MI6 repèrent les sujets les plus brillants à l'Université, et, lorsqu'un profil leur convient, recrutent occasionnellement des étudiants. Bien sûr, mon frère remplissait tous les critères : intelligence, discrétion, solitude. Et intérêt. Aussi bizarre que cela puisse paraître, Mycroft aime vraiment ce qu'il fait.

John avait repris sa place dans son fauteuil, en face de Sherlock, en faisant attention à ne pas faire de bruit. Il avait l'impression que la moindre interruption couperait définitivement le monologue mal assuré de son colocataire.

- Pendant les vacances scolaires, mes parents ont eu la merveilleuse idée de m'envoyer passer quelques jours chez lui. Pour me changer les idées, parce que je m'ennuyais à la campagne. J'imagine que Mycroft n'a pas spécialement été ravi de voir son petit frère débarquer chez lui, alors qu'il s'occupait d'affaires tellement importantes, de politique internationale, d'attaques terroristes et de scandales financiers. Des affaires tellement plus importantes que moi.

L'amertume était perceptible dans le ton du détective, et John se demanda s'il n'allait pas avoir enfin le fin mot de l'inimitié latente entre les deux frères.

- Il avait commencé à se faire un cercle de relations vraiment importantes. Il n'avait pas de temps pour moi. Mais Mycroft n'a jamais rien pu refuser à mes parents. Il m'a vaguement promené à travers Londres, mais la plupart du temps, nous restions enfermés chez lui. Il recevait de mystérieux "collègues", qui venaient lui demander son avis sur des affaires très diverses. Des hommes politiques importants, parfois, venaient le consulter. Ils le connaissaient pour son intelligence, son sérieux et sa discrétion, et ne se souciaient pas de déballer leurs secrets d'Etat devant un petit garçon à l'air timide et renfermé - et, selon Mycroft, légèrement débile.

John ne put s'empêcher de relever.

- Débile ?

- Oui, je crois qu'il m'a vu ainsi pendant assez longtemps. Nous avions neuf ans de différence, après tout. Il ne pouvait pas s'attendre à ce que je sois aussi brillant que lui. D'ailleurs, il doit toujours me trouver quelques crans en-dessous de lui. Je suis toujours le plus jeune... Au bout de trois jours, fatigué d'écouter les "grands" parler de sujets intéressants et de lire l'admiration dans les yeux des visiteurs dès que Mycroft proposait une solution à leurs problèmes, j'ai décidé de me mêler à leur conversation. Ce jour-là, pas de chance, les deux hommes qui se trouvaient chez mon frère étaient des hommes politiques importants, influents, et avaient quelques petits secrets peu glorieux qu'il leur importait de tenir cachés. Ils m'ont regardé très bizarrement lorsque je suis intervenu.

- Qu'est-ce que tu leur as dit ?

- Je ne me souviens plus. J'ai par la suite volontairement effacé de ma mémoire certaines données liées à cette période. Mais j'ai dû viser juste dans mes petites déductions, car ils ont semblé très inquiets. Mycroft m'a remis à ma place et l'affaire en est restée là. Mon frère a profité de cette occasion pour se plaindre de moi et me ramener chez mes parents. Le lendemain, j'étais... enlevé.

- Enlevé ? répéta John, abasourdi.

Il avait dû mal entendre.

- Oui, je sais, répondit Sherlock avec un petit rire qui ne sonnait pas très juste. Mélodramatique, n'est-ce-pas ? En plein milieu de la nuit, pendant que je dormais. Il s'est avéré que ces deux politiciens véreux avaient eu... peur de moi. Peur que j'en sache trop, que je révèle des choses, je ne sais pas. Nous avons roulé pendant trois heures, puis nous sommes arrivés dans une petite clinique. Je n'avais absolument pas peur - je me souviens même que j'étais assez fasciné, au début.

- Tu n'as pas eu peur ? On te kidnappe à onze ans en plein milieu de la nuit pour t'emmener dans un endroit que tu ne connais pas, et tu n'as pas peur ?

Sherlock haussa les épaules.

- Ah, mais tu oublies que je suis un sociopathe de haut niveau. Je n'ai pas peur.

John s'apprêtait à contredire son colocataire, lorsqu'une pensée le frappa : Sherlock n'aimait pas dormir, pouvait se passer de sommeil pendant plusieurs jours, et, généralement, se reposait dans la journée plutôt que la nuit. Peut-être que l'enfant n'avait pas eu l'impression d'avoir peur, mais l'adulte avait visiblement gardé des traces de ce qui s'était passé... John ressentit une bouffée de haine envers ceux qui s'en étaient pris à un enfant de onze ans.

- Ils m'ont d'abord fait faire quelques tests logiques et psychologiques. Rien de très compliqué. Le diagnostic était assez facile à établir.

- "Sociopathe de haut niveau" ? proposa le médecin. C'est de là que ça vient ?

Lorsque Sherlock acquiesça d'un bref signe de tête, John se demanda combien de révélations il allait encore obtenir ce soir sur son colocataire.

- Ensuite, ils m'ont posé des questions sur ce que j'avais entendu chez mon frère. A cette époque, je ne pratiquais pas encore la suppression d'informations. Très fier de moi, j'ai donc pu déballer l'intégralité de ce qui s'était dit pendant les trois jours que j'avais passé chez Mycroft. Un peu stupide de ma part, je le reconnais, mais à ce moment, ils se montraient plutôt amicaux envers moi. Je voulais les impressionner, j'imagine. J'ai réussi. C'est à ce moment qu'ils ont commencé à paniquer. Il faut croire qu'il y a des secrets d'Etat trop importants pour se trouver entre les mains d'un sociopathe, même si c'est un petit garçon. Je crois que les médecins étaient fascinés par mon cerveau et la façon dont il fonctionnait. D'un autre côté, il y avait les deux politiciens mêlés à l'histoire et à qui je faisais peur. Ils ont enchaîné les tests - QI, caractère, logique, entretiens avec un psy... De plus en plus compliqué, de plus en plus rapide. Ça a commencé à m'inquiéter. Je ne comprenais pas le pourquoi de tout cela, et personne ne m'expliquait rien. Même maintenant, je ne suis pas sûr de ce qu'ils voulaient. Tester ma résistance, ou essayer de me... briser, pour être sûrs que je ne parlerais de ça à personne ?

- Tu ne te moques pas de moi ? demanda John. Tu as vraiment vécu ça ? Parce que ça ressemble vraiment à un mauvais roman d'espionnage.

- Non, je t'assure, tout est vrai.

- Mais c'est complètement illégal !

- Bien sûr, mais c'est aussi complètement illégal d'être au courant de secrets d'Etat si on ne travaille pas au gouvernement ou au MI5. J'ai passé près d'une semaine là-bas. Parfois, on me réveillait au milieu de la nuit pour tester mes capacités intellectuelles, parfois on m'empêchait même de dormir pour voir comment mon cerveau réagissait aux stimuli... Jusque-là, ça allait encore à peu près. Puis ils ont également eu la brillante idée de voir si j'étais physiologiquement "normal". On m'a fait des radios, des scanners, des prises de sang - et je ne vais pas te raconter tout ça dans les détails. J'imagine que ce n'était pas si terrible que ça, en fait, je veux dire, c'est ce qu'on fait dans les hôpitaux en temps normal, non ? Mais ça semblait... un véritable cauchemar.

- Je n'en doute pas, répondit John, hésitant entre l'indignation et l'horreur. Et non, Sherlock, ce n'est absolument pas normal ! On ne peut pas forcer les gens à subir des tests, quels qu'ils soient !

- Ce que je veux dire, c'est qu'ils ne m'ont rien fait de vraiment douloureux ou horrible. Mais après quatre jours à ce régime, je n'étais plus en état de réfléchir normalement. A partir de ce moment, je ne me souviens plus de ce qui s'est passé. Je n'étais plus... totalement là, comme tu l'as si joliment exprimé tout à l'heure.

- Et tes parents ? Et Mycroft ? demanda John.

Il n'imaginait que trop bien un jeune Sherlock Holmes se réfugiant dans un palais mental pas encore très solide ou très étendu pour échapper à une horde de médecins armés de seringues. Pas de prise de sang s'il est réveillé, pas de test psychologique, avait dit Mycroft sur son répondeur. Tout faisait sens. John se demanda s'il n'aurait pas préféré rester dans l'ignorance. Cette histoire lui donnait la nausée.

- Mycroft n'était pas encore assez familiarisé avec les services secrets et les coulisses du pouvoir ; il n'a pas imaginé une seule seconde qu'on pourrait vouloir m'enlever. D'ailleurs, je te l'ai dit, il me trouvait très lent à l'époque ; comment aurait-il pu penser que des hommes politiques importants pourraient avoir peur de son stupide petit frère ? Il a passé tout ce temps à me chercher car mes parents l'avaient prévenu dès le premier jour. Ils pensaient plutôt à une fugue. C'était... disons... mon genre.

John lança à son colocataire un coup d'œil qui signifiait « Pourquoi ça ne m'étonne même pas ? ».

- Mon frère a plutôt été lent sur ce coup-là. Il a fini par comprendre que je n'avais pas quitté la maison de mon plein gré, il a fait le lien avec ce qui s'était passé la semaine précédente. Il n'avait pas le pouvoir qu'il a maintenant, mais grâce aux quelques appuis qu'il avait au gouvernement, il m'a retrouvé après six jours, la clinique a été fermée, les médecins jugés - mais pas condamnés, car couverts par les deux politiciens qui m'avaient enfermé là-dedans. Mycroft a voulu m'emmener dans un autre hôpital pour me soigner - j'étais plus ou moins inconscient, apparemment. Mais je me suis réveillé aux urgences, et j'ai... complètement pété un câble.

Le médecin ne posa aucune question, mais leva un sourcil interrogateur vers son ami.

- Tu ne veux pas savoir. Il y a beaucoup de violence en moi, tu le sais. Il y en avait déjà lorsque j'étais enfant. Je me souviens juste que j'ai vomi sur mon frère. C'était un moment assez magique.

Les coins de sa bouche tressautaient. John ne sourit pas - comment Sherlock pouvait-il plaisanter dans un moment pareil ? - mais continua de regarder son ami avec une intensité qui sembla mettre mal à l'aise le détective.

- Ne t'en fais pas, John. Je vais bien. Étonnamment bien, même, compte tenu du fait que je suis en train de te raconter ma vie. Après cela, Mycroft m'a gardé chez lui. Lorsque je suis revenu à moi, il était à côté de mon lit. Il faut croire que j'étais vraiment dans un sale état, étant donné la tête qu'il faisait. La seule fois, je crois, qu'il a eu l'air content de me voir. Quelle idée. Il m'a même pris dans ses bras.

Sherlock fit une petite grimace.

- Il m'a dit plus tard que j'étais passé très près de la mort cette fois-là. Je ne sais pas exactement ce qui s'est passé, je crois que mon cerveau s'est... débranché, et j'ai perdu tout contrôle sur mon corps. Je n'ai ni mangé ni bu pendant trois jours, j'avais une température beaucoup trop élevée pour un enfant de mon âge et... Bref. Lorsque j'ai commencé à récupérer, mon frère m'a expliqué tout ce qui s'était passé pendant que j'étais inconscient et m'a interdit d'en parler à qui que ce soit, y compris à mes parents. J'ai donc dû supporter les réprimandes de ma mère parce que j'avais encore fugué. Mais, l'un dans l'autre, Mycroft avait raison, c'était beaucoup mieux que de les inquiéter inutilement. Mon frère a mis cinq ans à déloger les deux hommes responsables de tout cela de la haute place qu'ils occupaient. Il a méthodiquement déterré tous les scandales les concernant, sans jamais apparaître nulle part, et leur carrière est définitivement brisée à présent. Je crois qu'il y a pris un certain plaisir.

Il y eut un léger silence, pendant lequel John resta les yeux fixés sur son colocataire. Ce dernier avait rouvert les siens depuis longtemps, mais son regard restait fixé sur un point invisible.

- Je ne sais pas trop quoi te dire, Sherlock, finit par dire le médecin, tristement conscient de la pauvreté des mots par rapport à tout ce qu'il ressentait à ce moment.

- Parce qu'il n'y a rien à dire.

- Tu étais un enfant. Tu as dû être terrifié.

- Sans doute, mais j'ai classé et rangé tout ça, depuis le temps. C'était il y a plus de vingt ans. J'en ai gardé un mauvais souvenir des hôpitaux, voilà tout. Ne dramatise pas tout ça. C'est du passé. Je te le raconte parce que ça avait l'air important pour toi de savoir, c'est tout.

John acquiesça en silence, mais ses yeux restaient fixés sur la main droite de son ami, crispée sur le coussin du canapé.

- C'est pour ça que tu en veux autant à ton frère ?

Le détective haussa les épaules.

- Non, c'est parce qu'il est vraiment insupportable.

John n'était pas convaincu, mais il ne voulut pas approfondir la question.

- Et tu n'as jamais eu à retourner à l'hôpital, après cela ?

Il avait posé la question pour détourner un peu la conversation, mais il comprit qu'il avait fait une erreur en voyant son colocataire se tendre encore un peu plus.

- Je suis désolé. Je n'aurais pas dû poser la question, ça ne me regarde pas.

- Non, non. Ça va. J'y suis retourné une fois. Ça ne s'est pas très bien passé non plus. D'abord parce que j'ai paniqué. Ensuite, parce que... ce n'était pas une des périodes les plus glorieuses de ma vie.

Oh. D'accord.

- Overdose ? proposa simplement John, en faisant attention à conserver un ton neutre.

Les yeux perçants de Sherlock se posèrent immédiatement sur lui.

- Comment le sais-tu ?

- Déduction, répondit le médecin avec un haussement d'épaules.

- Et... Ça ne t'effraye pas ?

- De vivre avec toi ? Non, ça ne m'effraye pas particulièrement. Sauf quand tu comportes comme un parfait connard, comme hier, mais je ne vais pas revenir là-dessus.

- Sérieusement ? Ça ne te donne pas envie de partir en courant ?

- Sérieusement, Sherlock, tu t'es drogué, et alors ? Est-ce que ça fait de toi un colocataire plus insupportable que tu ne l'es déjà ? Non, c'est absolument impossible. Tu es déjà le pire colocataire qui soit au monde. Alors, ne t'en fais pas trop pour ça.

Sherlock le regarda intensément. Puis il détourna les yeux.

- Je n'ai pas l'habitude de... tout ça.

- Quoi, tout ça ?

Sherlock fit un geste vague.

- Parler. Sentiments.

- J'avais remarqué, répondit John avec un petit rire. Tu ne crois pas qu'on a eu notre compte d'émotions pour la journée ?

Le détective s'empressa d'acquiescer.

- Complètement d'accord.

Deux minutes plus tard, John se glissait dans son lit.

Trois minutes plus tard, il ronflait.

Deux heures plus tard, son téléphone sonnait.

Après quelques secondes de flottement, John étendit la main vers sa table de chevet et, sans quitter son lit, jeta un coup d'œil sur l'écran de son portable.

3:47. Tu sais que je vais probablement à nouveau tout faire foirer. SH

Ah. Peut-être que la discussion n'avait pas été assez claire, finalement.

3:50. Probablement. Bonne déduction.

3:52. Tu veux qu'on aille au salon en parler ?

3:53. Non. C'est plus facile quand je ne te vois pas. SH

3:55. OK.

3 :57. Tu m'en veux encore ? SH

John resta un moment face à son téléphone, se demandant ce qu'il pouvait bien répondre à cela.

4:00. Oublie. SH

4:01. Je cherche une réponse appropriée.

4:02. Non, je ne t'en veux pas.

4:03. J'ai compris certaines choses.

4:04. Je sais que tu ne cherches pas à me blesser.

4:06. Non. SH

4:08. Mais je vais peut-être recommencer à le faire, sans le vouloir. SH

Non, sans blague ? pensa John, sans parvenir à réprimer un sourire. Je n'avais pas déduit ça par moi-même.

4:10. Je sais.

4:11. Mais il paraît que je suis accro à l'adrénaline.

4:12. Alors je vais prendre le risque.

4:14. Tu es sûr que tu ne vas pas le regretter ? SH

4:15. A cette heure, je ne suis sûr que d'une chose.

4:16. Ma place est ici.