Note : Les personnages de Fire Emblem ne m'appartiennent en aucun cas.
Et voilà le chapitre 3 de cette chaotique histoire. Beaucoup de doutes, peu de réponses, je l'avoue, mais prenez en mal votre patience, la suite vous en apprendra plus !
Une Fan de Fire Emblem - Déesse ! Une fan française de Tibarn ! Vrai de vrai que tu l'aimes ? ( Moi, je ne l'aime pas. Je le vénère, nuance ! 8D ) Vrai de vrai que tu aimes bien ce que j'écris, hein, hein ? Ben je vais te décevoir en te disant que je vais poster une fic où il .. Il .. Arum. Tu liras. ;P … Plus sérieusement, merci des encouragements, en espérant que ce chapitre te plaira. Si y'a possibilité de papoter un de ces jours, laisse moi un p'tit mot avec une adresse où te trouver. x)
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L'invitation de Tibarn ne se fit pas priée, et Naesala ne fût pas le dernier à passer à table. En descendant les grands escaliers du château en direction de la salle à manger, Tibarn lança un regard en coin à ses deux compagnons. Le Héron paraissait ne pas se remettre de leur conversation, renfermé, le regard perdu sur le sol … Et cela l'inquiétait un peu. Alors doucement, il se rapprocha. Lentement, il reposa sa main sur la fine épaule de son ami. Et avec conviction, il lui sourit de nouveau lorsque son regard croisa le sien.
" - Hey, tu es sûr que ça va Reyson ?
- Je … Humf. Ça va. Tu te fais trop de soucis pour moi Tibarn tu sais.
- Excuses moi si j'en fais parfois trop, mais ce soir, tu m'as vraiment l'air préoccupé.
- Je peux en dire autant pour toi. Ulki et Janaff te trouvent trop absent ces derniers temps. Tu as un problème ? "
Le Roi mit un moment à répondre, son regard laissant transparaitre un fond de doute et de tristesse qui n'échappa pas à Reyson. Oui, quelque chose avait vraiment l'air de tourmenter le Faucon. Il ne savait pas quoi, mais pour qu'il laisse paraître autant de mélancolie, il fallait que ce soit important pour lui.
" - Oui et non. C'est un problème délicat, mais pas si difficile que ça. Sauf que je n'arrive pas à prendre de décision adéquate si tu veux tout savoir.
- Je vois … "
Ils n'eurent pas loisir de continuer à discuter, arrivant dans la grande salle, ils durent s'attabler. Étrangement, durant la soirée, ce fut beaucoup Naesala qui ouvrit la parole. Pas toujours pour dire des choses intéressantes, se disait le brun. Le Corbeau se montrait parfois désaffligeant, tanto critique et désagréable, tanto bon esprit et intéressé … Si bien qu'en fin de repas, le Roi Faucon, lasse de devoir contenir le Kilvas, de supporter les disputes et constater le mystérieux silence du Héron, fini par prendre congé sans demander son reste.
Aussi, il laissa tout et tous le monde derrière lui, et partie se détendre dehors malgré la nuit tombée, trainant le pas dans les ruelles de sa ville, seul. C'était vrai, un monarque ne devait pas se promener seul au beau milieu de la nuit dans la rue, c'était pour le moins dangereux … En temps normal. Tibarn était différent, et les Laguz n'avaient nullement besoin de quelqu'un pour assurer leur sécurité vu qu'ils étaient naturellement aptes à se battre. C'était pour eux un état second … Lancé dans une bataille, le Faucon savait que son esprit ne se focaliserait plus que dans ses gestes pour sa survie, qu'importe le nombre de mort. En temps de paix, le Roi avait plutôt bon caractère et était doué de patience. Mais c'était amusant de voir combien le chaos d'un combat pouvait changer en homme. Dans son cas, cela le rendait bien plus désagréable qu'à l'accoutumé. Têtu, impatient, rancunier, en somme …
" Arr … L'instinct animal est parfois plus fort que tout … "
Il soupira face à sa propre phrase. Qu'avait-il besoin de se remémorer les sensations d'un combat alors qu'il marchait tranquillement dans les rues de Phoenicis ? Le manque d'action, peut être. Gérer une nation ce n'était pas toujours excitant et lui avait besoin d'un peu d'exercices de temps en temps. Son entraînement quotidien ne lui suffisait pas en l'approche des jours plus frais, il le sentait, la mer se faisait plus froide, et l'air qu'il humait apportait un parfum de sève à ses narines, annonçant bientôt l'automne. Alors il décida de s'accorder un peu de récréation avant de retourner au palais, une petite balade nocturne, histoire de se dégourdir les ailes … Et en un bond agile, déployant ses larges ailes couleur crème et chocolat, il s'envola hors de la ville, profitant de la douceur de la nuit.
Il fit le tour du lac, s'éclaboussant d'eau au détour d'un virage, puis rapide comme l'éclair, fendit entre les montagnes, traversa les quelques arbres fruitiers des monts bercés par le vent pour revenir, trois quart d'heure plus tard, au même endroit qu'à son départ, le souffle court, les cheveux mouillés par l'eau salé de la mer dont il n'avait pas su résister, le sourire aux lèvres comme à chaque fois qu'il pouvait s'amuser un peu, et le coeur léger.
Mais lorsqu'il reposa un pied à terre en finissant de retrouver forme humaine, le grand Laguz brun plissa les yeux pour pouvoir discerner les traits qui se dessinaient dans la pénombre en venant vers lui. Il ne mit pas plus d'une poignée de seconde pour deviner la silhouette familière l'approchant à grands pas, et lorsque cette dernière l'eut atteint, il regarda le nouveau venu avec une certaine stupeur.
" Reyson ? Qu'est ce que tu fais ici ? "
Le Héron blanc, se réchauffant les bras comme il le pouvait, lança un regard inquiet à son ami.
" - Je … J'ai à te parler Tibarn. C'est important.
- Alors rentrons, tu as froid.
- Non ! "
Sa voix était brusque, et la surprise du monarque n'en fut qu'accentuer. Si Reyson commençait à se faire pressant et réagissait au quart de tour, c'est qu'il avait réellement un problème. Grave. Tibarn fronça les sourcils, incertain. Il n'avait pas la moindre idée du sujet que le Prince voulait abordait, surtout si c'était urgent. Son regard se fit plus sévère, expression qui n'échappa au blond malgré la noirceur de la nuit.
" - Humf … Non, désolé. Je préfère encore discuter ici.
- Très bien. Alors je t'écoute. Attentivement. "
Le Serenes se tourna à droite et à gauche avant de s'approcher un peu plus près du Roi.
" - Il faut que je te mette en garde. Je le sens … Tu es en danger, Tibarn. Quelqu'un te veut du mal, alors je t'en pris, reste sur tes gardes. "
- Est-ce … Un pressentiment ? "
Le jeune Héron s'apprêtait à hocher la tête lorsque le regard du Roi se fit sombre.
" … Ou est-ce que tu as entendu quelque chose que tu n'aurais pas dû entendre ? "
Il se figea, incertain. Reyson essaya de ne rien faire transparaître de sa nervosité. Mais son instinct était catégorique : quelque chose allait bientôt se produire autours du Faucon, et en mal.
" - Non, c'est juste … Un pressentiment. Mon instinct me dit que tu vas avoir des problèmes.
- Ça, j'en ais déjà tous les jours Reyson. Depuis quand ?
- Hm … Depuis que tu m'as demandé de venir dans ton bureau. C'est étrange mais … Maintenant que le soleil est couché, je me sens encore moins tranquille à ton sujet …
- Inquiet ? "
Les yeux dorés du Phoenicis cherchèrent dans la pénombre l'expression du blond, afin de savoir s'il en rajoutait, ou non. Mais il dû admettre en croisant le regard émeraude de son ami que ce dernier était loin d'être tranquille. Il était … Terrorisé.
" Très bien Reyson. On va tous deux rentrer au château, mieux vaut alors ne pas trop traîner dehors. "
Il prit le Prince par les épaules, et le guida vers la ville, marchant en silence alors qu'un fort sentiment de doute l'envahissait. Il n'était pourtant pas du genre à se faire du soucis pour lui-même. Mais en cette fin de soirée d'été, il devait bien admettre que quelque chose clochait. D'abord, il y avait ces histoires de navires de Begnion qui tournaient à la rivalité entre Faucons et Corbeaux. Ensuite, il se sentait inhabituellement préoccupé par des affaires strictement personnelles. Et à présent il recevait la visite de Naesala sans savoir où était l'intérêt de ce dernier à venir le voir, et Reyson se montrait plutôt lunatique depuis qu'il lui avait parlé des documents qu'il dérobe à l'Empire. Tibarn n'avait en l'instant présent aucune idée de si ces affaires, pourtant très différentes les unes des autres, pouvaient avoir un lien quelconque entre elle. Mais dans l'immédiat, il devait apaiser le jeune Héron. Il le sentait … Sous ses doigts, le Laguz blond était crispé. Ses muscles étaient tendus, et son corps répondait à l'appel de son esprit d'être angoissé. Ainsi, lorsqu'ils eurent atteint les lumières de la ville, le Roi constata avec peine que son protéger le fixait du coin de l'œil avec un air soucieux. Quelque chose sonnant comme un appel au secours. Oui, c'était exactement ça. Il le regardait avec une détresse palpable dans son regard. Surpris par tant de peur, le Phoenicis se stoppa à l'angle d'une rue, et fit face au Héron.
" - Reyson … Est-ce la vérité ? Es-tu inquiet au point de penser qu'il puisse m'arriver quelque chose de grave ?
- Je le pense, oui.
- Alors pourquoi ? Est-ce qu'un pressentiment seul peut te mettre dans un état pareil ? Regarde toi, tu es terrorisé. Pourquoi ce soir ?
- Je n'en sais trop rien Tibarn ! Je ne fais que suivre mon instinct ! "
Tibarn marqua une pause, dévisageant son ami. Il tentait de trouver réponse à une telle agitation de sa part. Oui, pourquoi ce soir ? Qui ? Où ? Comment ? Le Faucon avait confiance bien sûr. Il savait parfaitement qu'un Héron pouvait avoir ce genre de prémonitions. Mais il ne s'expliquer pas pourquoi maintenant. Qu'est ce qui changeait par rapport à d'habitude … ?
" … Naesala … " Le Faucon grogna avec le sentiment qu'il touchait au but.
" - P … Pardon ?
- Tu es inquiet parce qu'il est ici ?
- Non, je t'assure ! Enfin … "
Reyson baissa les yeux, troublé. Dans les croyances populaires, l'apparition d'ailes noires sur l'île n'était que synonymes de malheurs et d'ennuis. C'était un vieil adage qui avait traversé le temps en parallèle avec la croissance de la rivalité entre Corbeaux et Faucons. Lui-même, venant pourtant de Serenes, savait parfaitement que la plupart des Faucons pensaient à cette affirmation lorsque des Kilvas venaient sur leur Royaume … Mais était-ce justifier ? Est ce que vraiment, Naesala pouvait causer soucis à Tibarn ? Des deux, tous le monde savait que c'était le monarque Faucon qui avait le dessus ! Mais dans les circonstances d'un combat loyal. Est-ce que la loyauté était un principe de Naesala ? Réellement ? Il n'avait pas réponse à la question. Car au fond de lui, il savait qu'en ces temps difficiles, le Corbeau jouait bien plus de malhonnêteté que de loyauté. Et c'était peut être ça qui le dérangeait autant.
" - Je ne peux pas répondre à ta question. "
Il leva la tête, essayant de se montrer sincère malgré ses doutes. Alors Tibarn soupira, puis se tourna dos au blond en fixant la ruelle.
" - Allons. Tu n'as pas à t'en faire pour moi dans ce cas là. Je ne vois pas ce qui pourrait m'arriver ce soir, et c'est plutôt bon signe, non ? Je ne sens ni l'odeur du fer, ni l'odeur de la mort, et je n'entend que le bruit des vagues. "
Il fit de nouveau volte face, et fixa Reyson, neutre et calme.
" - Reyson. Ferme les yeux, et dis moi ce que tu ressens. "
Le Prince s'exécuta sans prononcer un mot de plus. Il trouvait pourtant la demande de son ami plutôt étrange vue les circonstances. Mais fermant lentement ses yeux émeraudes, il tenta de se concentrer sur son environnement et ses propres sensations … La brise du soir souffla doucement, remuant les feuilles d'un vieux chêne planté à une centaine de mètres de leur position. Le fragile Héron frissonna malgré lui lorsque le courant froid effleura son bras, secouant les plumes de ses ailes blanches en lui laissant l'amère sensation d'être un peu trop vulnérable comparé à ce grand Faucon se baladant à moitié torse et bras nus, et dans l'immédiat trempé par de l'eau salé. Ouvrant à demi un oeil, il se demanda si lui aussi éprouvait le froid. Mais rien. Tibarn ne bronchait pas sous la brise, pas un frisson, pas le moindre mouvement pouvant trahir une sensation de malaise. Déesse, ce qu'il se sentait faible comparé à lui ! Même avec une veste sur les épaules, il ne pouvait s'empêcher de greloter de plus en plus. Un vaste sentiment de colère germa alors au fond de son esprit. Une vive vélocité contre sa propre faiblesse qu'il combattait depuis des années pourtant perturba sa séance de ressentiment. Et c'est obligé de rouvrir les yeux afin de ne pas trahir sa colère qu'il tenta de répondre au Roi.
" - La seule chose que je ressens, c'est ma propre faiblesse.
- Reyson, ne dis pas des choses pareilles. Tu n'es pas faible, il n'y a guère que toi qui essaie de t'en convaincre, et tu le sais.
- Je ne t'arriverai jamais à la cheville …
- Et je ne te demande pas d'être mon égal. Tu tiens réellement à devoir te battre ? Subir le chaos des guerres, des combats, et tout ce que ça implique ? "
Reyson fut forcé de détourner le regard, honteux.
" - Je ne pourrais jamais supporter ça, même si un miracle me donnait un peu de force.
- Reyson … "
Son nom sonna comme un soupir de la part du brun. Et au simple ton de sa voix, le Héron comprit que venait l'heure du sermon.
" - Tu n'es pas fais pour te battre tout simplement. Cesse de t'entêter, tu as beaucoup d'autres qualités, et personne ne te demande d'être doué d'aptitudes au combat. Crois moi, tu souffrirais de la violence de ce monde.
- J'en ai assez d'être surprotégé ! Tibarn … Tu peux comprendre ça au moins. Je n'ai rien d'un guerrier, je le sais bien. Je veux juste … Je veux juste ne plus être cause de soucis, ne plus te poser problèmes avec mes états de santés beaucoup trop fragiles, et … "
A la lueur des lumières de la ville, un regard particulièrement lourd tomba sur les épaules de Reyson. Ce n'était pas de la méchanceté, ou de la reproche. En réalité, l'expression qui s'abattit sur lui était horriblement sévère. Un regard de marbre, direct, perçant littéralement toute expression sur son propre visage. Une sorte de domination du regard se jouait entre eux. Et à ce jeu là, Reyson ne pouvait que perdre, incapable de tenir tête à cette lueur doré qui le fixait. Comme un animal sauvage … Mais en bien moins effrayant tout de même. C'était pourtant étonnement pesant, comme expression, et l'allure générale du Phoenicis ne faisait qu'appuyer son statut imposant : droit, fixe, la tête légèrement baissé, ne laissant transparaître que son regard sous ses mèches de cheveux tombantes. Dominé, impuissant, le jeune Héron eut vite fait de détourner le regard, une fois de plus …
" - Reyson, tu n'as jamais été, tu n'es pas, et tu ne seras jamais un fardeau pour moi. Maintenant, rentre, et va te reposer, parce qu'entre nous, tu te fais du mal pour rien, et je n'ai pas envie que tu prennes froid.
- … Oui. "
Il courba l'échine, peiné. Encore une fois, c'était parce qu'il n'était fichu de passer une demi-heure dehors sans risquer la pneumonie qu'il devait gentiment rentrer au château. Il n'accepterai donc jamais sa condition … Le destin était bien trop cruel pour qu'il ne puisse comprendre pourquoi. Mais brusquement, quelque chose au fond de lui se réveilla, et un nouveau frisson le parcouru : celui de l'angoisse. Idiot qu'il était, il s'apitoyait tellement sur son sort qu'il en oubliait les raisons de sa venue vers son Roi ! Jurant dans sa langue natale, le respect et la honte que lui inspirait Tibarn quelques minutes plus tôt s'envola et, retrouvant un air grave, il releva la tête, le regard sombre.
" - S'il te plait Tibarn … N'oublie pas ce que je t'ai dis. Il faut … Il faut que tu sois prudent ce soir.
- Je te l'ai déjà dis, rien ne peut me faire peur ce soir. Et s'il devait m'arriver quelque chose, et bien soit ! Je l'attend. "
Un sourire. Franc, tinté d'un léger humour et d'une certaine compassion s'étira sur ses lèvres. La sévérité de son visage fit place à un regard se voulant rassurant, si bien que le blond s'en trouva … Troublé. Un faible sourire, de timidité pure, prit le pas sur sa propre gravité, et tous deux se retrouvèrent plantés là, se fixant tendrement au détour d'une ruelle à la lumière diffuse …
" - Mmh … "
Un net raclement de gorge vint briser leur moment de complicité dans la pénombre. Des ailes noires apparurent à la lueur des flammes, et Naesala ne tarda pas à confirmer sa présence par un rapide brossage de cheveux. Il arrivait au bon moment, et ne pouvait espérer mieux que de tomber sur les deux Laguz. Pourtant, il y avait déjà un moment qu'il les espionnait. Un sacré coup de chance pour lui, car aucun des deux ne l'avait repéré malgré leur capacité respectives à entendre et sentir toute âme qui vive près d'eux. Bien étrange, d'ailleurs … Pourtant, quelque part dans un coin de son esprit, le Kilvas avait réponse à sa question muette. Cette simple réponse, toute banale, plutôt compréhensible au final, le mettait pourtant hors de lui : son effleurement dans sa tête avait pour conséquence une vaste vague de jalousie qui tétanisée ses pensées. Oui. Penser à cette réponse, c'était un supplice, il sentait bouillir en lui l'envie d'une rivalité certaine, et pourtant, son indomptable sentiment de méprise ne pouvait que se transformer en tendresse lorsqu'il se mettait à penser … A lui. Oh oui, il était terriblement jaloux de la proximité et de l'intimité dont jouissait Reyson avec son Roi. Et le fait que ce dernier ne partage ouvertement ces regards tendres avec le Prince ne faisait qu'accentuer sa douleur intérieur. C'était comme une gifle cinglante, un couteau planté dans sa poitrine, et pire encore que de penser qu'il avait lui aussi succomber à quelque chose de plus puissant que sa propre personne. Toute sa vie, il n'avait agi que pour son propre compte, pour ses intérêts personnelles, sa propre gloire, sa propre fierté. Aujourd'hui, il était obligé d'être esclave d'autrui, et en plus une chose ignoble, mais tellement douce s'emparait de lui à petit feu et le plongeait dans un tourment sentimental sans égal. Déesse, qu'il pouvait haïr son existence à présent ! Tomber si bas dans l'échelle de la domination et se laisser consumer par ses sentiments, c'était bien la dernière chose dont il avait rêvé.
" - Tu cherches quelque chose, Naesala ? "
Réveillé de ses pensées peu agréables par cette voix si familière et si lointaine, le Corbeau reprit son air détaché, presque lassé.
" - Ouais. Je vous cherchais vous. Puisque vous êtes tous les deux ici, j'aimerai vous parlez.
- Et … Ça ne peut pas attendre l'aube ? Il se fait tard Naesala.
- Je n'en ai pas pour longtemps, crois moi. "
Tibarn piétina d'une botte à l'autre, peu enjoué. Croisant ses bras sur sa poitrine, il fit néanmoins comprendre par ce geste qu'il écouterai les dires du Laguz. Quant à Reyson, il se contenta de fixer son interlocuteur, attendant explications.
" - Mmh … Ça vous ennuierai si … On s'éloigne un peu ?
- Temps qu'à faire, autant rentrer.
- Ce que j'ai à dire, c'est confidentiel. Je préfèrerai encore qu'on discute loin de quelques oreilles … Indiscrètes, si tu vois ce que je veux dire.
- Très bien, mais tu as intérêt à faire vite. "
La troupe s'écarta à petits pas des lumières de la ville, s'envolant un peu plus loin en périphérie, là où ils ne risquaient pas d'être entendu par un badaud ou par les " oreilles " du souverain. Mais au cours des quelques minutes de trajet, une vive tension s'installa parmi eux. Quelque chose d'inexplicable se passait, un malaise palpable semblait grandir peu à peu. Reyson fut le premier à tressaillir sous la pression qui s'exerçait brutalement, et un léger sentiment de nausée le prit face à la force imperceptible de ce chaos. Il ne se l'expliquait pas vraiment … Mais le Prince se sentit convaincu à l'idée que cette tension venait du fait qu'ils étaient tous trois réunis, et volaient de nuit sans un mot pour entendre quelque explication de la part du Corbeau … Tibarn et Naesala ne se faisaient pas extrêmement confiance l'un l'autre. Si le grand Faucon faisait preuve d'indulgence à l'égard de son ami d'enfance, il ne parvenait pas à oublier ses agissements avec des humains, et c'était bien là source de querelles entre eux … Allez-t-il parler de ça ? Est-ce que Naesala prévoyait de mettre les choses aux clairs ? Comment réagirait Tibarn en ce cas là … ? Mais alors, pourquoi lui avoir demandé de venir lui ? Le mystère s'épaississait aux yeux de Reyson, et il ne tarda pas à éprouver de la méfiance. Vivre avec Tibarn ne lui avait pas insufflé plus de sympathie pour le Kilvas qu'avant le massacre des siens. Régulièrement, il ne pouvait que constater que les agissements des Corbeaux nuisaient plus ou moins directement aux Faucons … L'entente même des deux Peuples étaient en jeu, mais les deux clans n'arrivaient pourtant pas à se comprendre … Que dire quand leur propre souverain ne concluent jamais à l'entente ? Le peuple ne peut que suivre leur chemin ! … Le monde était si différent avant qu'il ne soit arraché aux siens … Plus simple, plus paisible à ses yeux ! Jamais avant il n'aurait cru à tant de problèmes entre Laguz. La fraternité n'avait donc que de sens par la sang ? Ou pouvait-il se considérer comme le frère de ces deux là, juste parce qu'ils avaient tout trois des plumes dans le dos ? Les deux silhouettes à ses côtés virèrent de bord, et il fut arracher à sa réflexion afin de se poser gracieusement dans l'herbe, repliant ses ailes blanches proprement et avec élégance. Évidement, ce fût Tibarn qui prit le premier la parole après avoir fait le tour des lieux.
" - Très bien, nous voilà seuls. Naesala, nous t'écoutons. "
A leur surprise, le Corbeau commença par faire les cents pas en silence. Il avait l'air … Pressé. Réfléchissant probablement, il fit trois tours sur place à grandes enjambés, sous le regard perplexe de ses compagnons.
" - Vous êtes … "
Il releva la tête, soucieux. De ses yeux marines pourtant si fiers d'ordinaire, il ne restait qu'un fond d'angoisse. Encore, toujours ! Ce soir, Tibarn se disait qu'il lisait un peu trop la peur dans le regard des gens. Pourquoi tant d'inquiétude ? Lui n'était pas du genre à se faire du mouron pour pas grand chose. Il avait confiance en ses hommes, confiance en son peuple, confiance en ses propres capacités mentales et physiques … Pourquoi diable les autres n'arrivaient pas à lui porter une confiance suffisante pour ne pas éprouver de la peur ? Mais était-ce réellement de la peur dans ses yeux ? Non. Naesala ne pouvait pas s'en faire pour lui, c'était … Impossible. Alors il se convainquit que cette attention n'était portée qu'à Reyson, pour qui il y avait de temps à autre raison à s'inquiéter. Les deux premiers mots que prononça le Roi aux ailes noirs lui affirma pourtant que non. " Vous " … Ce terme l'incluait donc. Et cette fois-ci, son rival le regardait lui … Était-il possible qu'il … ?
Une branche émit un léger craquement à quelques mètres de leur position. D'instinct, Tibarn tourna son regard sur le côté, aux aguets.
" - … En danger. "
Et c'est au moment où le Corbeau fini sa phrase que les ailes noires sortirent de l'ombre.
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A suivre.
