Il faisait toujours noir et j'étais toujours assis sur ce sol humide à encaisser silencieusement le fait que tout avait changé. Que rien ne serait comme avant.
Je croyais que le poids sur mes épaules disparaîtrait, que dorénavant je pourrai regarder Mirajane sans me haïr.
D'un côté, c'est vrai, mais de l'autre, j'ignorais qu'en finir avec Ruki me broierai.
L'amour est une triste histoire, toujours fatale pour quelqu'un.
Je me sentais seule, tombant dans un long puits sans fin. Sa voix raisonnait dans mon tête, mon corps vibrait en souvenir de ses douces caresses.
J'étais resté là pendant d'innombrables minutes, à regarder le noir qui m'enveloppait. Trop fatigué pour me relever. Je n'avais reçu aucun autre appel. Il respectait mon choix.
Ce n'est pas comme si on aurait pu rester ensemble pour toujours. L'amour n'est pas durable.
J'avais finalement réussi à me lever. J'ai marché jusqu'à ma maison la main posé sur mon cœur qui battait la chamade. Je me sentais incapable de sourire ni de rire. La fin de quelque chose fait toujours du mal.
A quatre heures du matin, j'étais sur mon lit, incapable de dormir malgré ma fatigue. J'étais allongé en étoile de mer et je regardais le plafond, en ne pensant à rien du tout. Quelques pensées traversaient mon esprit de temps en temps mais ne duraient que quelques millièmes de secondes.
Je caressai chaque recoin du lit et en chacun il y avait un souvenir bien caché qui m'évoquait les nuits qu'on avait passé ensemble. Des caresses et des baisés qu'on avait échangé.
Comme solution, je suis parti à la recherche d'un canapé.
Je finis par m'endormir.
J'avais dormis toute la journée de Dimanche, sans me lever une seule fois de lit. Mirajane m'avait appelé et on avait discuté toute la matinée, elle était heureuse, elle était de bonne humeur et riait tout le temps, elle m'avait demandé à plusieurs reprises ce qui n'allait pas devant mon manque d'entrain, je répondais simplement que j'avais attrapé un rhume la vieille.
Au moins, la voir joyeuse me remémorait la raison des actes de la vieille quand je commençais à les regretter. J'avais fait ça pour elle. Elle le méritait.
Si je devais décrire ce jour je dirais : Dégueulasse.
Le lendemain, c'était Lundi, Je m'étais réveillé, j'ai pris ma douche… Le rituel matinal habituel. Je crois que j'ai compris que me lamenter n'allait pas étouffer mon désarroi. Et la nuit que j'ai passé à me vider de mes larmes m'avait vraiment soulagé.
Je crois que je peux dire que ce matin, je me sentais bien. J'allais passer la journée au bahut à me marrer avec des potes, je n'allais pas rentrer chez moi parce que je ne voulais pas reste seul, j'allais passer la nuit chez quelqu'un. Je me sentais bien !
Mais j'avais tout faux.
Plus j'y pensais plus que je me rendais compte de la vérité. Me convaincre que tout allait bien était le principal signe que ça n'allait pas bien.
Je déglutis, et trouvai que c'était trop compliqué, j'ai préféré laissé les choses comme elles étaient sans me griller la cervelle.
J'ouvris la porte. Mirajane avait son doigt à quelques millimètres de la sonnerie. Elle eut un fou rire, je ne savais pas trop pourquoi, mais de la voir s'étouffer en riant me fut rire presque autant qu'elle.
Nous nous dirigeâmes vers le bahut, pas très loin, en attendant elle me raconta plusieurs blagues, elle enchaînait les histoires, sans être fatiguer. Moi j'écoutais, je riais de temps en temps mais en gardant un sincère sourire tout le long du chemin.
Devant le lycée, quelques personnes étaient adossé au mur, riant aux éclats, d'autres discutaient simplement et se disperser selon des groupes de quatre.
L'Audi noir de Ruki était stationné juste devant la porte du bahut, en le voyant, Mirajane m'agrippa la main et partit en courant en direction de la voiture. Les vitres étaient teintés, on ne voyait pas qui se trouvait à l'intérieur, et intérieurement, j'espérais que Ruki ne s'y trouvait pas.
A quelques mètres de la voiture, Mira se retourna vers moi, remis en place quelques mèches, ajusta son uniforme, puis se retourna et avança vers la voiture, mais cette fois, calmement.
J'avoue qu'elle me rendait confus.
Elle frappa à la fenêtre de la voiture, elle attendit un peu, puis j'entendu un petit bruit signalant que la porte s'ouvrait. A peine avais-je vu Ruki sortir de la voiture avec ses grandes lunettes que je me retournai et je restai dos à eux. Je ne voulais pas le voir.
J'entendus quand même des fragments de la conversation :
Y'as pas de soleil enlève tes grosses lunettes !
Non att…
J'entendis quelques gestes étouffés.
Qu'est ce qu.. Tes yeux sont complètement rouges !
Curieux de sa réaction, je m'étais retourné un instant, pour comprendre son exclamation.
Je vis que le visage de Ruki avait perdu de son éclat, il avait ses lèvres pendu de chaque côté, des yeux enflé, des cheveux mal coiffés et un regard morose. A peine avait-il croisé mon regard, qu'il baissa la tête pour cacher ses yeux et arracha ses lunettes des mains de la petite brune inquiète et les remis.
Il la rassura en lui disant que ce n'était que des problèmes familiaux avant de s'en aller.
J'étais restée sidéré. Sans prononcer le moindre mot. J'évitais de réfléchir.
Mirajane me secoua, et on alla à l'école. Je ne l'avais pas revu de toute la matinée. Mais à midi, en sortant, Mira m'attrapa en plein fuite et discuta un peu avec moi. J'étais plutôt pressé. Ça se voyait. Mais elle refusait d'y prêter attention. En voyant Ruki sortir parmi des milliers d'autres gens, elle lui fit signe de venir. Je voyais bien qu'il hésitait. Mais il finit par se rapprocher, ses lunettes toujours pendu à son nez.
Une fois qu'il nous rejoignit, elle nous calla l'un contre l'autre et se mit devant nous. Elle prit une grande respiration et s'apprêta à s'élancer dans son sujet quand elle aperçut Sarah, une amie avec laquelle elle trainait beaucoup. Elle perdu tout son sérieux et accouru vers elle.
Je restais là, mon épaule collée contre celle de Ruki. La situation était gênante.
Ruki se pencha un peu vers moi et me dit sèchement les yeux rivé vers le sol :
Elle compte nous demander de refaire une sortie à trois.
Il se redressa.
Une autre sortie avec lui, je ne crois pas gérer. J'ai décidé de partir avant le retour de la brunette. Mais juste avant de m'éclipser, je posai ma main sur son épaule et lui dit le plus sérieusement possible :
Prends soin d'elle, lui brise pas le cœur..
Je décollai ma main, il n'avait pas bronché. Il ne me répondit pas.
Et je partis vers ma maison.
Depuis ce jour, on ne s'était plus vraiment reparlé, on était avec Mirajane tout à tour. On était ensemble les matins, et elle passait ses après-midi au côté de Ruki. Alors c'était rare qu'on se voie. Et même si c'était le cas, c'était de loin.
Je pensais que c'était la meilleure façon de l'oublier.
Ensuite, vint la période des examens, et pour éviter de me casser la gueule en redoublant, j'étais décidé à travailler. Je passais mes journées le nez dans mes bouquins, sans vraiment m'accorder de longue pose, et tout ça pour rattraper tout le temps passé à m'amuser.
Je ne voyais plus vraiment Mira ni Ruki, j'avais décidé de me focaliser uniquement sur mes études, pour une fois. Quand on veut, on peut non ? J'espérais en tout cas.
Finalement, je me suis pas mal débrouillé. Je n'avais pas rencontré de difficultés lors des examens… Du moins, pas beaucoup.
Le lendemain des examens, je squattais le canapé à moitié endormi. Et, pour une fois dans ma vie, je ne craignais pas le jour des résultats. Enfin non, disons à moitié. Puisque réviser tout le semestre en quatre jours, ça donnera pas des miracles.
Une sonnerie de téléphone m'extirpa de mes pensées, j'étendis ma main attraper l'engin. C'était Mira qui m'appelait.
Au début, j'avoue que j'avais hésité à répondre, mais je l'ai fait, et je ne sais toujours pas pourquoi.
Allo Mira
Rei ! Tu m'as manqué
A moi aussi
Tu fais quoi cette aprèm ?
J'ai pas de plan prévu
Et ça te dirais qu'on sorte ensemble faire un tour ?
Euh.. Oui pourquoi pas
Cool, devant chez moi dans une heure
Ça marche
Je m'étirais sur mon canapé et me frottai les yeux et me suis levé pour aller m'habiller.
Une heure plus tard, j'étais devant la maison de Mira. J'ai dû attendre une bonne quinzaine de minute, je jouais avec un vieux ballon de Basket abandonné dans son jardin. Elle finit quand même par apparaitre vêtu d'une petite robe ornée de fleurs magnifiques, elle avait un petit visage inquiet qui éveilla ma curiosité. Nous nous assîmes sur quelques marches devant sa porte d'entrée. Elle m'avait expliqué que sa grand-mère était très malade et face à l'absence de sa mère elle devait prendre soin d'elle. Je lui serrai la main en signe de compassion.
Elle se leva rapidement, me fis un bisou sur la joue, m'agrippa le bras et engagea le pas vers un endroit que j'ignorais encore.
Elle me raconta plusieurs anecdotes en chemin. Elle n'avait pas du tout changé, et je m'étais dit qu'on aller passer une après-midi plutôt amusante.
On avançait toujours quand elle pointa du doigt un café, plutôt réputé.
On entra, et cria soudainement « Il est là ! » puis elle courra vers une table déjà prise. J'allais la rattraper mais il me fila entre les doigts. Je l'ai vu prendre place sur une chaise devant une autre personne et elle me fit signe de m'approcher.
L'inconnu devant elle, se retourna vers moi. Ce n'était pas un inconnu, c'était Ruki, je l'ai reconnu à ses grandes lunettes noires. A peine l'avoir vu, je me suis frappé le front et fait demi-tour.
Mirajane courra après moi et me rattrapa quelques mètres loin du café. Elle s'accrocha à mon bras croyant pouvoir me ralentir.
Mais attends ! T'en vas pas
Tu m'avais pas dit qu'il serais là
Je n'savais pas non plus que tu serais là, assura Ruki
Il s'approchait vers nous à petits pas, caché sous ses lunettes.
Les garçons !
Avait commencé Mirajane. Elle avait attendu que Ruki arrive jusqu'à nous avant de continuer :
Je sais que vous êtes en froid tous les deux
Elle s'était tu pour voir nos réactions. On la regardait tous les deux, sans vraiment bronché.
Vu vos têtes, c'est vrai. Pourquoi ? Vous êtes les deux personnes auxquelles je tiens le plus, pourquoi vous vous faîtes la guerre.
Je regardais ailleurs pour éviter le regard insistant de Mirajane. Mais Ruki en décida autrement, il fit un grand sourire à la brune, et la rassura :
Mais on se fait pas la guerre, tu te fais des films
Il s'approcha de moi et posa son bras sur mon épaule.
Arrête Ruki, je le sais quand tu mens
Elle fut interrompue par une sonnerie de téléphone, c'était le sien. Elle le sorti de sa petite sacoche pendu à son épaule. Elle semblait déjà inquiète à la vue du numéro. Elle répondu, et agitait nerveusement les mains. Une fois raccroché, elle nous informa :
Ma grand-mère a besoin de moi, je dois partir !
Et juste avant de disparaître elle nous ordonna :
Vous avez intérêt à parler tous les deux, discuter de votre problème et ensuite ça ira.
Je la regardais courir entre plusieurs personnes. Je me retournai vers Ruki pour lui demander :
Pourquoi tu l'as reconduit pas ?
J'ai plus de voiture, je l'avais prêté à mon cousin mais il a eu un accident avec..
Il va bien ?
Lui oui, mais ma voiture s'en est pas sorti
Pas de chance
On était l'un devant l'autre au milieu d'une foule de gens agités. Il avait les yeux rivés vers moi, puis se retourna, et reparti au café.
J'étais censé faire quoi là ?
Il se retourna et me fit un petit signe de main m'invitant à le rejoindre.
J'avançai jusqu'à arriver à lui, il s'était arrêté en m'attendant, puis nous nous assîmes sur deux chaises opposés. Il déposa ses lunettes sur la table, dénudant ses yeux. On se regardait dans un lourd silence.
Il regarda la table et me dit un peu gêné :
Il y a quelques choses que je voulais te dire…
A propos de quoi ?
A propos de nous
A cette parole, mon cœur manqua un battement, je relevai les yeux vers lui, il fixait toujours la table, les mains serrées.
J'espère que ce n'est pas trop tard, avait il reprit
J'avais le souffle coupé et je n'arrivais plus à respirer.
Vas-y…
Il semblait nerveux et releva difficilement les yeux vers moi. Il prit une longue inspiration et m'avoua :
Je comprends que tu veuilles protéger Mirajane et que tu ne veuilles pas qu'elle ait le cœur brisé par ta faute, puisque vous avez vécu tellement de chose ensemble, elle me parle souvent de toi et je sais qu'elle tient beaucoup à toi aussi …
Il marqua une pause, resserra ses mains et donna un petit coup sur la table avant de me crier d'une voix brisée :
Mais si elle a le cœur brisé, ce ne sera pas de ta faute seulement, ce sera la mienne aussi ! Tu ne seras pas le seul à te sentir mal, je le serais aussi, et je le supporterai si c'est pour être avec toi ! La décision que tu avais prise l'autre nuit, elle ne t'appartenait pas à toi tout seul, c'était la mienne aussi.
Je me sentais mal, tout ce qu'il disait était vrai, j'ai été stupide. Tout ce qui sorti d'entre mes lèvres était :
Je suis désolé
Il m'extirpa de mes pensées quand il poussa la table d'un geste vif, il se leva et se rapprocha de moi puis s'accroupi.
Je le regardais curieux de ce qu'il tentait de faire, puis il m'avoua :
Peut-être qu'elle m'aime, mais toi aussi tu m'aime, et moi c'est toi que j'aime. Tu ne peux pas briser deux cœurs pour que Mirajane soit heureuse Reita.
Je le regardais un instant réalisant à quel point il me manquait et là, sans vraiment savoir pourquoi je m'étais penché vers lui pour coller mes lèvres contre les siennes.
