Tu as couché avec elle hein ?

Ma question eut le don d'attiser son malaise, et le déposséda de tout ce qui faisait de lui un être calme et serein.

Je le regardais avec dégout mais aussi avec tristesse et désespoir. Quant à lui, il scrutait le sol, sa main tremblotante nerveusement.

Ils ont couché ensemble. Cette pensée me charcutait. Comment avait-il pu me faire ça ? Quand on aime une personne, on ne la trompe pas, on ne va pas voir ailleurs.

Plus j'y pensais, plus les scénarios se succédaient, plus la passion y résidente s'intensifiait. Les imaginer se caresser, s'embrasser, se toucher, respirer le même air, crier de plaisir, gémir dans un lit. Ce lit où je m'étais allongé d'innombrable fois, ne me doutant pas qu'un jour il abritera leurs ébats. Et puis, je le détestai.

Je détestai le lit, le sol, les murs. Je détestai la chambre. Je détestai Mirajane.

Si l'on venait à étudier la question, ils forment un couple, ils se sont aimés, ils se sont déjà embrassé, déjà caresser… Ce n'est qu'après ça que moi j'ai interféré dans leur relation. Et j'ai créé une liaison, alors que je n'en avais pas le droit. Mais, je ne veux pas étudier cette putain de question, je me sens trahi, déchiré, et je ne veux pas savoir si j'ai le droit de l'être ou pas.

Mirajane m'a caressé la joue et m'a dit qu'elle n'arrivait pas à me haïr. Comment peut-elle ? Comment y arrive-t-elle alors qu'une simple pensée d'elle avec Ruki au lit me révulse ?

Je mis fin à mes pensées. Elles n'étaient qu'une éternelle torture.

Je relevais mes yeux et plantais mon regard imprégné d'amertume dans celui du blond en face de moi.

Il me jeta, sans me quitter des yeux :

Je n'ai aucune excuse…

Aucune ? Comment peut-il me dire ça ? Je lui donne la chance de s'excuser et il l'a décline ?!

Si tu n'as pas d'excuses, alors inventes en, toutes les excuses possibles et imaginables, balance les moi ! Je veux y croire, je veux croire que ce n'était pas toi dans ce corps avec elle au lit, je veux croire que tu as été hypnotisés putain !

Alors, ne me dis pas que tu n'as pas d'excuse, ne me laisse pas face à cette infecte vérité. Donne-moi une échappatoire. Je t'en prie.

Je le regardais confus, et plus un mot ne sortait de sa bouche. Quant à moi, je n'osais pas parler, tout ce qui sortira de ma bouche ne serait qu'une suite de mot indéchiffrable.

Je n'en pouvais plus. Je me levai et pas à pas, je quittais le salon.

Une fois devant la porte de la maison, je rebroussais chemin. Je ne pouvais pas partir comme ça, partir en te laissant derrière moi sans avoir eu d'explication.

Je retournai dans le salon. Debout, je me passais la main dans les cheveux, réfléchissant à quoi dire.

Et là, j'entendis sortir d'entre ses lèvres :

Je ne m'excuserai pas pour ça.

Je me figeai, évaluant cette phrase.

Je le regardai interloqué et lui demandai :

Quoi ?

Il s'agrippa au mur et se releva. Une fois à ma hauteur, il me fusilla du regard et commença :

Je ne me mettrais pas à genoux devant toi et te supplier de m'excuser.

Je restai sans voix. Parce qu'au fond de moi, c'est ce que j'espérais qu'il arrive.

Parce que je sais que ce ne sera pas suffisant, que malgré tout, tu ne me le pardonneras et je ne me le pardonnerai pas non plus.

J'entrouvrais mes lèvres m'apprêtant à parler quand il me fit signe de ne rien dire, de le laisser finir.

Mais tu vois Rei, je le fais quand même…

Il fit un pas vers moi, colla son torse contre le mien et me pris dans ses bras.

Je suis désolé, je m'en veux tellement de t'avoir fait ça, si tu savais à quel point…

Il failli me broyer les os tellement son étreinte était possessive, mais il finit par me lâcher.

Il fit un pas en arrière. Il me regarda droit dans les yeux, serra le poing puis me balança d'une voix enrouée :

Je sais, j'ai commis l'irréparable, mais je t'aime, comme un putain de malade.

Ses paroles mes transperçaient le cœur.

Alors dis-moi, est-ce que tu veux encore de moi ?

Je ne savais pas quoi répondre, je ne savais pas comment réagir.

S'il avait couché avec elle, c'est qu'elle attirait. Est-ce que je pourrais vivre avec ? Est-ce que je pourrais dépasser ça ? Les questions se percutaient dans ma tête. J'ouvrais ma bouche mais aucun son n'en sortait.

Je soupirais puis je le regardais avec l'air le plus abattu qui soit.

En me voyant, il baissa la tête et serra les dents.

D'accord, je vois.

Avait-il soufflé.

Puis il partit, pas à pas, quittant la maison, sans se retourner.

Je le regardais, me quittant. Je me sentais faible. Maintenant quoi ? Je l'avais perdu, ainsi que Mirajane. Qu'est-ce que j'avais gagné ?

Il avait dit qu'il m'aimait, qu'il était désolé.

C'est comme ça que ça finit ?

J'entendis la porte claquée. Et mon cœur manqua un battement.

Tant pis s'il a couché avec Mirajane, je le dépasserais. Tant pis s'il l'a caressé. Je m'en fou. Je ne veux pas le perdre. J'en suis incapable.

Je ne peux pas le perdre.

Je marchais à pas rapide vers la porte. Déterminé à le reconquérir, j'arrivai en face de la porte.

J'allais sortir, lui courir après, lui saisir le bras et lui dire que je ne veux pas le perdre et que je veux encore de lui.

Je posais ma main sur la poigné. Et là, je me figeai.

Ruki était de l'autre côté de la porte, je le savais. Il était adossé à la porte. Porte, que je n'arrivais pas à ouvrir.

Mon corps était figé. Ma main serrait fortement la poigné mais n'arrivait pas à l'abaisser.

Alors je restai ainsi quelques secondes. Ne pensant à rien d'autres qu'à mon impuissance. Puis je me décourageais petit à petit.

Je n'étais plus maître de mon corps. Je me détachais de la poigné et me laissait glisser par terre. Je collais mon oreille contre la porte gelé et j'entendis des bruits de pas s'éloignant petit à petit.

Je regardais le sol. J'étais désespéré.

Je l'avais perdu.