Six mois plus tard.
Plusieurs mois se sont écoulés et il me semble que ce n'était qu'hier. Ce fut un moment qui se grava dans ma mémoire comme si l'ont gravait une suite de mot sur une cire fraiche.
Je n'oubliais pas ce moment de faiblesse dont j'ai fait preuve mais je persiste à croire que c'était la meilleure chose à faire. Alors que je ne me donnai même pas la peine d'étudier les autres scénarios. Je voulais juste tout oublier et arrêter d'y penser constamment.
Après qu'il soit partit, cette nuit-là, tout s'est passé tellement vite. La période des examens s'entama et je fus un peu occupé à revoir mes cours. Ca me permettait de penser à autres choses.
Je ne le revis que très rarement. On se croisait de temps à autres puis on détournait le regard, tels des étrangers. Et ce n'était que souffrance. Je crois même avoir entendu dire qu'il s'était trouvé quelqu'un. Agonie. Mais c'était mon choix de mettre un terme à tout alors je devais vivre avec.
Le plus dure, c'est de vivre avec nos choix.
Je ris quand on me dit que je devais être heureux pour lui. Ne soyons pas hypocrites.
Quant à Mirajane, elle ne me détestait pas, mais ne me témoignait plus de confiance. N'importe qui aurait fait de même. On se reparlait quand l'occasion se présentait mais il ne restait que de vulgaires cendres de notre amitié. Ça aussi, je devrais vivre avec.
Quand je vois l'ampleur des dégâts que mon ancienne relation avec Ruki avait engendrée, je me dis que je devrais regretter, mais rien à y faire. J'avais tout et j'ai tout perdu. Mais si c'était à refaire, je le referais, je foncerai tête baissée. Rien que pour profiter de ces moments-là encore quelques fractions de secondes.
On ne sent pas le bonheur quand il passe. Je ne l'avais clairement pas senti.
Tout était détruit.
Détruisons pour construire.
Les examens étaient maintenant achevés et c'est l'été qui nous ouvrait grandement les bras.
Je n'étais pas d'humeur à faire la fête et pourtant quand on m'invita à l'une d'elle, après maintes insistassions je finis par acquiescer. Pourquoi pas ?
Ce n'est qu'après qu'on me dit que tout le lycée allait se pointer à cette fête. Je n'avais nullement l'envie de revoir Ruki.
J'avais d'abord pensé à me défiler puis je me suis ressaisi et j'ai compris que je devais arrêter de fuir.
Je rentrais alors chez moi d'un pas nonchalant. Je me changeai, me préparant pour la fête.
Tout le long de ces six derniers mois, j'ai arrêté de me poser des questions sur mes sentiments. Je ne voulais plus les comprendre. Je ne voulais pas savoir si je l'aimais encore ou pas. Parce que, clairement, lui, était allé de l'avant et avait dépassé notre histoire. Alors mes sentiments à moi n'ont plus vraiment raison d'être.
A cette pensée, je sortais de la maison et me dirigeai d'un pas incertain vers l'emplacement de cette fête qui, je le savais, n'était pas très loin.
Et si je me retrouvais devant lui ? Que lui dirais-je ?
Je n'ai nullement l'envie qu'on reste ami. Parce qu'on ne devient jamais l'ami de quelqu'un qu'on a aimé.
Une musique stridente me délivra de mes pensées et m'indiqua que la villa qui abritait la fête était toute proche. Je continuais ma longue marche en sifflotant jusqu'à arriver devant une immense porte. Je sonnai. On ne me fit pas attendre.
Mon ami m'invita, m'indiqua divers emplacements ou je pourrai me rendre puis disparu dans la foule en me cramponnant le bras. Je dus le suivre.
A voir tant de joie et de déchirement, je laissais mes pas se faire guider par la musique. Et tel un caméléon, je me fondis dans le décor.
Quelques minutes plus tard je repris mes esprits. Essoufflé, je me détachais des personnes m'étouffantes et me libera de la foule.
Je montais l'étage, recherchant un coin vide ou je pourrai me poser.
Nulle part.
Même les toilettes étaient monopolisées par des jeunes se noyant dans l'alcool ou d'autres, un peu trop chaud, succombant à leur plaisir les plus… bizarres. Très bizarre. Il fallait voir ce que j'avais vu.
On m'a même invité à un plan à trois. Je n'ai même pas pris la peine de décliner je leur ai juste envoyé un coussin, qu'une fille saoul m'avait donné en prétextant que c'était mon cadeau de saint-valentin, dans la gueule.
Tout le monde était bizarre ici.
Au fond du couloir, il y avait une porte. Je l'ouvris et y pénétrai. C'était une chambre spacieuse. Bah tiens, ils laissent un lit double et vont se caresser aux toilettes.
J'entrai et fermais la porte derrière mois. Satisfait du coin que j'avais trouvé.
Je regardais autour de moi et contemplait la chambre. Les murs étaient peints en gris et aucune photo n'y trônait.
Il n'y avait qu'un lit et un bureau qui meublait la pièce.
Au fond du mur il y avait une petite porte qui s'ouvrait sur un petit balcon. J'y accédais et me délectais de la vue qui s'offrait à moi.
Je respirais l'air froid, non pas pur, quand j'ai entendu un toussotement à ma droite.
C'était Ruki.
Il était penché, accouché sur un petit mur qui nous séparait du vide, clope à la main.
Tu fumes maintenant ?
Je le regardais, attendant une réponse, un regard, un soupir… Mais rien.
Je reposais quand même une question.
Comment ça se passe pour toi ?
J'attendis quelques secondes, mais toujours rien. Il comptait m'ignorer jusqu'au bout.
Alors je détournais la tête. Me concentrant sur le paysage en face qui mettait en scène divers bâtiments baignant dans l'obscurité de la nuit.
Je soupirai et sans me retourner vers lui, je lui disais :
On m'a dit que tu étais avec quelqu'un.
Je serais le poing.
C'est cool pour toi.
Ajoutais-je.
J'attendais une quelconque réaction, mais il n'en fut rien. Il me traitait tel un étranger et ça me froissait.
L'odeur de la nicotine qui brulait à petit feu m'extirpa de mes pensées.
Sa clope finie, il l'écrasa sur un cendrier puis se redressa. Mains dans les poches, il ne releva même pas le regard et sorti du balcon pour ensuite, claquer la porte dans un bruit sourd.
Je soupirai longuement, le méritais-je vraiment ? Je lui avais visiblement fait plus de mal que je ne le croyais.
Bien que ma poitrine c'était resserré suite à cet épisode, je décidais d'oublier.
Je tournai les talents et quittai la chambre à mon tour. En redescendant les escaliers, je fus kidnapper par un ami qui m'empoigna le bras et me guida jusqu'au jardin, qui abritait une immense piscine et qui regorgeait de monde qui se déchainait sur la musique.
L'alcool coulait à flot. Quand une fille glissa et tomba à l'eau, un grand silence nous domina et s'en suivie de quelques rires non dissimulés mais un cri, plutôt un hurlement, me troua les tympans. « TOUS A LA PISCINE ! »
Tout ce monde dans une telle piscine, non, pas possible.
Et pourtant je fus étonné de tous les voir barbotant comme des canards. Une fille est arrivée à se noyer alors qu'elle avait pied. Sérieusement, l'alcool rend con.
Entrainé de force, je les rejoignis dans cette marre ou l'alcool était autant présent que l'eau.
A la fin de la soirée, j'étais complètement stone. On m'avait donné un brownie fondant et avait attendu que je le finisse pour me dire que c'était un brownie à la marihuana. Les salops.
J'étais étalé sur un matelas et je fus parmi les derniers à partir. Un mec vint me tapoter l'épaule :
Debout belle au bois dormant
Hmm...
Ma tête enfoncée dans le coussin transcrivait mes paroles en un son à peine audible. Aussi saoul que moi, mon ami, Drake, me fit rouler sur le canapé et me fit tomber à terre.
Voilà, maintenant tu peux communiquer
Aïe, ducon tu m'as faits mal
Je laissais échapper de ma bouche. Ne témoignant aucune importance à mes paroles, un brownie à la main, il me dit en se frottant les yeux :
Je rentre, tu viens avec moi ? Je te dépose
Tu vas en voiture ?
Ouaip
Non, je veux pas mourir
Il me donna un léger coup de pied dans la côte avant de me souffler :
Je sais conduire ! Tu veux voir mon permis ? Attends… Ah merde, je l'ai perdu
Vu ton état, tu sauras même pas démarrer
Tu peux parler toi, tu bave sur le sol
La ferme…
Il se passa une main dans les cheveux quand il me dit :
Alors on a qu'à aller à pied.
Tu me porteras ?
Je m'assure d'abord que mes jambes peuvent me porter moi-même et on verra.
Il s'assit à même le sol près de moi et commença à tripoter ses jambes, comme un con.
Une jolie fille à la chevelure blonde et à la robe bleu nuit fit son apparition devant nous et nous confia, les mains cachées derrière son dos :
Je n'ai pas pu m'empêcher d'écouter votre conversation super constructive et je me disais… que si vous vouliez je pourrais vous déposer, je n'ai pas trop bu…
Drake se pencha vers moi et me chuchota :
Tu penses qu'elle veut nous kidnapper pour nous violer ?
C'est bizarre pour moi de l'avouer, mais à cet instant, aussi stone que j'étais, j'ai trouvé sa question parfaitement logique et cohérente.
Devant notre lourd silence, la fille se sentait légèrement gênée et ses joues prirent une teinte rosie.
Drake me lâcha d'abord :
Au pire, on est des mecs on tombe pas enceinte
Puis leva la tête vers elle et lui sourit :
C'est d'accord !
Il se releva d'un bon et manqua de se ramasser, puis me tendis la main et m'aida à me relever. C'est vrai que je bavais sur le sol…
Devant tant d'entrain la jeune fille ne savait plus où se mettre mais finit par fouiller son sac pour en sortir ses clés de voiture.
Le voyage me parut durer une éternité. Drake chantait des séquences de musique pour enfant :
C'était un jeune marin, qui revenait de guerre, avec son régiment pour aller voir Adèle...
Ta gueule Drake.
Puis après un long silence :
Demain j'irais à l'école, avec mon sac sur le dos, la maîtresse me dira…
Drake ! Mais la ferme !
Il finit par se taire mais de temps en temps, il nous faisait des sons s'animaux ou nous racontait des trucs tout con qui lui était arrivé.
La fille nous parla d'elle, elle s'appelait Lucy et avait un an de mois que nous. Le reste, je l'oubliai aussitôt l'avoir entendu.
Une fois arrivée devant chez moi, la voiture s'arrêta, j'ouvris la portière et je manquai d'embrasser le sol en en sortant.
Je leur fis signe de la main et j'entendis Drake se remettre à chanter quand la voiture redémarra. Pauvre Lucy.
Je marchais vers la porte de la maison d'un pas maladroit, et je remercie le mur d'avoir été là et m'avoir soutenu tout au long de ce vaste trajet.
A quelques pas de la porte, je fouillais mes poches à la recherche de mes clés.
Trouvée. Je relevai la tête, et là, sur ma porte d'entrée, était adossé Ruki, main dans les poches il releva la tête vers moi, son regard profond se posa sur moi et il me souffla :
Salut Rei'
