Salut Rei'
Je restai un moment sidéré, figé, devant ce corps exposé sauvagement devant mes yeux.
Je sentais son regard pesant se poser sur moi, ce même regard que je réclamais de lui quelques heures plutôt. Je l'avais enfin.
Il m'avait manqué, affreusement manqué, tant de mois, tant de jours, tant de minutes à le regarder de loin sans pouvoir le toucher, lui parler. Le voir m'ignorer. Comme si rien n'a jamais exister.
Me sentir hors de sa vie. Un banni, c'est ce que j'étais.
Passer à ses côtés et le voir détourner le regard et s'éloigner. Je n'ai jamais voulu ça.
Je voulais me convaincre que j'avais rêvé, que nous n'avions jamais été ensemble, que nous n'avions jamais rien partagé, que nos lèvres n'eurent jamais aucun contact. Et en faisant cela, je condamnais tout ce qu'il me restait de lui, nos souvenirs.
Mais, si seulement ceci m'avancer à quelques choses, ma souffrance ne s'estompait pas.
Un vent froid passa en petite rafale, fit danser mes cheveux et me glaça la peau. Je n'étais dehors que depuis peu et je me sentais déjà frigorifier.
J'étais debout, coude plaqué contre le mur transi, clé à la main, je n'osais pas bouger.
Il était juste devant moi et je ne sentais plus mon cœur battre.
Il se redressa, mon cœur manqua un battement.
Il faisait noir, il devait être deux heures du matin.
La lune régnait en reine et dominatrice sur un ciel d'encre asservi d'innombrables petites étoiles, qui essayait, tant bien que mal, de nous éclairer.
Un vent froid dominait l'air qui lui, n'est jamais libre.
Il se mit face à moi, sorti ses mains de ses poches et se passa l'une d'elle sur son visage tout en soupirant.
Moi je ne bougeai pas, je ne voulais pas bouger, je ne pouvais pas bouger. Alors j'attendais…
Tu sais… Souffla-t-il
Je le fixai, attendant de m'abreuver de ses paroles.
Je …
Il hésitait, ses lèvres étaient entrouvertes mais aucun son ne s'en échapper.
Je m'attendais au pire.
Il serra ses deux poings et résista à l'envie de donner un coup violent au mur.
Quand c'est moi qui le faisait, c'est lui qui me disait « Le mur ne t'a rien fait Reita, fou lui la paix »
Alors je le regardais lutter contre cette envie. Il se mordit les lèvres puis se prit le visage entre les mains.
Imprégné du peu de clame qu'il maitrisait encore, il me fit face et explosa :
Tu as dit… Tu as clairement dit que tu ne voulais plus de moi.
Interdit et outré, je pus dire d'une voix faible et enroué, et en balançant légèrement la tête de droite à gauche :
Non, c'est faux…
Oui mais tu n'as pas dit le contraire !
Cria-t-il presque. Puis il poursuivi d'un ton plus bas :
Oui, j'ai commis une erreur, une seule erreur et j'ai toujours essayé d'être parfait tu vois mais ce n'était pas suffisant…
Il rit presque.
Ce n'est jamais suffisant.
Il se tût et donna un coup de pied dans un caillou.
Alors j'ai dû partir…
Il poursuivit d'une voix cassée.
Et jamais auparavant, je n'avais eu autant mal au cœur. Jamais je n'avais autant pleuré pour quelqu'un.
Le vent vint me chatouiller la peau.
Jamais je n'avais fait de dépression pour quelqu'un.
J'étais accablé, consterné. Je buvais ses paroles et j'appris qu'il avait autant souffert que moi.
Mais il ne s'arrêta pas là, il poursuivit avec le même ton :
Mais je devais m'y faire et comprendre que c'était fini et que je n'y pouvais rien ! Je ne pouvais rien faire et ça me mettait hors de moi.
Il renifla, je levai mes yeux vers lui, une larme perlait au coin de son œil.
J'ai accepté. J'avais accepté de te faire sortir de ma vie. Je m'y étais fait Reita. Quitte à t'ignorer et oublier que tu existes parce que je ne pouvais plus faire autrement. J'avais abandonné.
Il parlait difficilement, il résistait à l'envie de fondre en larme. Je voulais le pendre dans mes bras, mais le fossé entre vouloir et pouvoir m'ait infranchissable.
Alors je me contentais de le regarder souffrir.
Oui, c'est peut être égoïste mais, j'étais heureux, heureux de ne pas être le seul à pâtir.
Et il a fallu que tu viennes me dire deux mots pour que tout resurgissent.
Il ne me regardait pas, il contemplait le sol cherchant à me fuir. J'attendais qu'il m'éclaire.
Tout resurgissent ?
Il finit :
Et que je comprenne que je vivais dans l'illusion de t'avoir oublié, alors que…
Il inspira… puis expira :
Alors que je t'aime toujours.
Ces mots raisonnèrent longuement dans ma tête. Je ne les compris pas tout de suite.
Je ne le compris qu'une fois il se laissa tomber sur le mur et que son épaule eut percuté la construction et qu'il fut à seulement quelques pas de moi. Ce n'est que là, que j'ai compris.
J'agis instinctivement, ma conscience n'était plus maîtresse. Je me déplaçais, pas à pas, en évitant que ma main se défasse du contact du mur.
Je le voulais. C'est tout ce que je savais.
Mon visage était à quelques centimètres du sien. La distance séparant nos lèvres me paraissait presque inexistante. Il était presque mien et tout ça n'allait être qu'un vulgaire cauchemar dont on rira dans quelques années.
A peine mes lèvres touchèrent les siennes, il fit un pas en arrière.
Je restai figé ne sachant plus quoi faire, que ressentir, que dire… J'étais perdu.
Il me regarda avec un air abattu et me souffla :
On ne peut pas être ensemble…
Quoi ? Tout ce spectacle pour me dire ça ? Pourquoi ?!
La réponse ne tarda pas.
Comme tu me l'as dit tout à l'heure, je suis avec quelqu'un et je ne veux pas refaire les mêmes erreurs.
Je ne disais rien.
Dans mon esprit, c'était le blanc. Plus rien. Comme si l'en avait arraché mon cœur de mon corps en me laissant inerte sur le sol. C'est ce que je ressentais.
J'avais oublié ce détail-là.
« On ne peut pas être ensemble » Bien sûr que non, qu'est-ce que je croyais.
On est ensemble depuis bientôt trois mois et…
Commença-t-il mais je l'interrompu bien assez tôt :
Épargnes-moi ça.
Je lui jetais ça tout en me dirigeant vers la porte d'entrée sans manquer de cogner brusquement mon épaule contre la sienne ce qui lui fit faire un second pas en arrière.
Il ne parla plus. Sérieusement, j'en avais marre.
Je tournai la clé dans la serrure et avant d'abaisser la portière. Je m'immobilisai. Dans un lourd silence, je lui demandai :
Pourquoi tu m'as dit tout ça ?
J'ai pensé que tu devais le savoir.
Tss… J'ouvris la porte et pénétrai la maison en lui jetant :
J'aurais préféré ne jamais rien savoir.
Je l'entendais bafouillais quelque chose que je n'arrivais pas à déchiffrer. Quelque chose que j'aurais aimé entendre puisque ça aurait sans doute pu expliquer ce qui se passa après.
Ce qui c'était passer après ? En enfermant la porte après être rentré, Ruki plaqua sa main contre cette dernière, la rouvrit dans un geste brusque, saisit le col de mon pull et m'attira vers lui hâtivement pour sceller ses lèvres aux miennes.
