Chapitre 2 posté en même temps que le premier...Je m'ennuyais pendant les vacances...


-Concentrez-vous, Potter ! Faites le vide dans votre esprit ! Contrôlez vous émotions !

Harry se releva tant bien que mal. La dernière attaque de son professeur de Défense – et accessoirement d'Occlumencie- l'avait fait tomber à la renverse, et il tentait maintenant de retrouver un semblant d'équilibre en s'agrippant au bureau de Snape.

Une moue méprisante était peinte sur chaque parcelle du visage cireux du professeur, qui grimaçait manifestement devant l'incompétence de son élève.

-Si vous disiezcomment faire, aussi...répondit Harry d'un ton mordant.

Il sut immédiatement qu'il était allé trop loin. Le professeur Snape n'était pas le genre de professeur qui permettait qu'on lui fasse des remarques sur ses méthodes pédagogiques.

-Je ne pense pas avoir besoin de vous dire comment faire le vide dans votre esprit, Potter. Habituellement, vous y arrivez très bien tout seul.

Un rictus ironique se dessina sur les lèvres du Maître des Potions. Même pas un sourire. Severus Snape ne souriait jamais, pas même après la satisfaction d'avoir humilié un de ses élèves. Il rictussait.

Agacé, Harry s'arma de sa baguette, montrant qu'il était prêt pour un autre assaut. Snape fit de même, mais alors qu'il s'apprêtait à lancer le sortilège de pénétration d'esprit, il fut interrompu par une Minerva McGonagal essoufflée qui lui demandait de se rendre expressément dans le bureau du directeur.

-Je n'en ai pas pour longtemps, Potter. Vous m'attendez ici. Je pense que même vous aurez la présence d'esprit de ne rien toucher dans cette salle sans mon accord. Il est évident que certains objets pourraient s'avérer dangereux, et il serait excessivement dommage que vous ne soyez pas en état de disputer votre prochain match de Quidditch à cause de quelques membres en moins.

Harry n'eut pas le temps de lui lancer un regard noir que le professeur avait déjà disparu dans les profondeurs des couloirs des cachots.

Il était donc seul et livré à lui même tel un bébé tortue dans cet univers mortellement dangereux qu'était le bureau de Severus-batardus-graissus-Snape.

Il regarda autour de lui, tentant de se trouver une occupation. Malheureusement, le bureau n'avait pas changé depuis sa dernière retenue. Toujours les mêmes bocaux glauques dans lesquelles reposaient toutes sortes de créatures toutes plus absurdes les unes que les autres. Harry se dit que si dieu existait, il devait avoir un sacré sens de l'humour pour avoir crée un asticot tacheté bleu à pois rouges avec un nez de cochon et des ailes de chauve-souris. Tout de même, il n'y avait que Snape pour trouver un quelconque attrait décoratif à un crapaud tricéphale baigné dans du formol. Ce type était décidément un concept.

Vaincu, se disant qu'il ne pourrait pas trouver quelque chose de plus distrayant que d'essayer d'inventer des noms à toutes ses horreurs, Harry s'assit dans le siège de Snape, histoire de présider un peu la pièce.

Reposer ses petites fesses d'élu dans le fauteuil confortable de son professeur adoré lui donna une idée.

Après tout, il avait bien le droit de s'amuser. Que pouvait-il faire d'autre, maintenant qu'il savait qu'il ne pourrait jamais vaincre Voldemort ?

Il avait appris, d'après la prophétie qu'il avait récupérée au péril de sa vie l'année passée, qu'il ne pourrait venir à bout de Voldemort seulement s'il unissait ses forces avec son père.

Sur ce coup là, c'était plutôt raté, puisque son père était mort depuis belle lurette.

Bien sûr, Dumbledore comme Hermione lui avaient assuré que les prophétie n'étaient pas toujours fiables. De toute manière, que la prophétie soit vraie ou non, le sauvetage du monde sorcier ne le concernait plus directement, (ce qui ne voulait pas dire que son esprit n'était plus connecté à Voldemort, d'où les cours d'Occlumencie.) : en effet, si la prophétie s'avérait exacte, il ne pourrait rien faire sans son père. Et si elle était fausse, il ne voyait vraiment pas pourquoi il devrait tuer le Seigneur des Ténèbres lui même.

Évidemment, il n'allait pas laisser tomber la guerre contre le meurtrier de ses parents. Il était un Gryffondor, que diable! Seulement, il ne pourrait sûrement pas le vaincre lui même, donc il pouvait bien prendre un peu de bon temps en tant que...heu... « Élu retraité ». Oui, voilà. Il était un élu à la retraite.

Laissant ses pensées de côté, Harry revint à ses moutons. Il enleva son pull-over gris ainsi que son pantalon, et transforma le tout en une longue robe de sorcier noire. Il enfila la robe par dessus sa chemise blanche, puis fit volontairement dépasser les manches et le col blancs de la robe. Il sortit ensuite la potion lissante que lui avait donné Hermione en quatrième année – depuis le temps qu'il la trimballait sur lui... Il savait bien qu'un jour, ça lui serait utile! - et la badigeonna sur ses cheveux, qui devinrent aussitôt lisses et un peu gras (il avait mit un peu trop de potion). Il tenta maladroitement de se tracer une raie au milieu de son cuir chevelu. Enfin, il ôta ses lunettes.

Satisfait du résultat, il alla se rasseoir à « son » bureau, et fit mine de corriger quelques copies, en prenant bien soin de relever les yeux toutes les trois secondes exactement en lançant des regards froids à des élèves fictifs.

Puis il se leva en croisant les bras et en plissant les lèvres. Il se dirigea d'un pas majestueux au fond de la salle, et s'arrêta devant une plante verte qui manquait manifestement d'eau et de soleil.

Il s'éclaircit la gorge et prit le ton le plus onctueux dont sa pauvre voix d'adolescent en pleine mue était capable :

-Monsieur PottAH, dit-il en accentuant le « ah » comme s'il voulait tousser à la « figure » de la plante, et, bien sûr, en roulant ses « r » à l'extrême. Êtes vous si désireux d'attirer l'attention ou bien est-ce simplement votre inaptitude congénitale à mélanger correctement deux ingrédients dans un chaudron qui est à l'origine de cette explosion ?

-...

-Je ne veux plus entendre aucun commentaire, Monsieur PottAH. 123 984 376 986 134 points de moins pour Gryffondor.

Il leva un sourcil, puis pesta comme s'il venait d'entendre une voix particulièrement désagréable.

-Miss Granger, je ne pense pas vous avoir donné la parole. Mais puisque vous désirez tellement tout savoir, je veux bien contribuer à votre réputation d'exécrable miss-je-sais-tout, et vais donc vous répondre. Oui, je suis un salop de la pire espèce qui use ouvertement de son autorité professorale pour martyriser les plus faibles – oui, Londuba, je parle entre autres de vous. Et oui, il est maintenant de notoriété publique que je n'ai absolument aucun coeur, que je n'en ai jamais eu et que je n'en aurai jamais. (il commença à faire semblant de sangloter en portant sa main à son front d'un air tragique) °snif° Je pense que la discussion est close. Maintenant, veuillez quitter la salle et °snif°me laisser seul avec ma vie pourrie d'agent double. Merci.

Puis Harry « fondit en larmes » bien bruyantes, qui firent bientôt place à une énorme fou rire.

Y'a pas à dire, imiter Snape faisait un bien monstre.

Alors qu'il reprenait petit à petit le contrôle de ses zygomatiques, Harry distingua, planqué dans un coin sombre de la pièce, quelque chose d'un peu flou et brillant. Il plissa les yeux avant de remettre ses lunettes, puis s'approcha prudemment de l'étrange objet. Il reconnu alors la Pensine dans laquelle Snape avait l'habitude de déposer les souvenirs qu'il ne voulait pas partager avec Harry durant leurs leçons d'Occlumencie.

Il fut bientôt assez proche de la Pensine pour apercevoir les lueurs argentées qui s'en dégageaient. De plus en plus curieux, il se mit sur la pointe des pieds et se pencha vers la bassine qui englobait les souvenirs du professeur. Sans s'en rendre compte, sa tête fut bientôt entièrement immergée dans les pensées de Snape.

Il ressentit alors la même sensation qu'un an plus tôt, lorsqu'il avait plongé dans la Pensine du directeur. La sensation d'être arraché du sol contre son gré et d'être emporté par un raz de marée de souvenirs froids et épais. Il ferma la yeux, sa tête commençait à lui tourner. La sensation ne s'en fit que plus intense, et lorsqu'il ouvrit enfin les yeux, sûr que le sol se trouvait bien à nouveau sous ses pieds, il dut faire appel à toute sa volonté pour ne pas vomir (il doutait qu'un reste de pizza-frites dans un des souvenirs de Snape ne lui fasse très plaisir).

Il regarda autour de lui, toujours en se tenant le ventre. Manifestement, il se trouvait dans la cour de Poudlard. L'herbe était d'un vert très foncé, et il pouvait sentir une brise très douce flotter dans ses cheveux. Il devait sûrement être en mai, ou peut-être même en juin. Avant de poursuivre son analyse territoriale, il décida de chercher un endroit où s'asseoir, histoire de calmer un peu son estomac.

Il trouva son bonheur à l'ombre du grand chêne. Il s'appuya alors contre le tronc de l'arbre, et prit de grande inspiration. Malheureusement, l'atmosphère lourde de cette fin de printemps n'était pas pour l'aider à se sentir mieux. Il était tellement occupé à faire passer sa nausée qu'il mit du temps à remarquer la présence du jeune homme assis à côté de lui. Obéissant à un réflexe, Harry bondit sur ses pieds avant de se souvenir que le garçon ne pouvait pas le voir. Rassuré et riant de sa propre bêtise, il se rassit aux côtés de l'adolescent. Ce n'est qu'une fois remis de son mal de ventre qu'il se décida à jeter un coup d'oeil à son voisin, et qu'il se rendit compte qu'il venait de rester allongé dans une agonie indescriptible à deux pouces de Severus Snape.

Il ne devait pas avoir plus de quatorze ou quinze ans, mais ses cheveux étaient déjà prodigieusement gras. Son nez crochu touchait presque l'énorme livre qu'il lisait paisiblement, et Harry se dit pour la trois cent douzième fois depuis sa première année que Snape n'était pas humain. Quel adolescent normal prendrait plaisir à lire un bouquin de potion aussi gros que deux Larousses ? Même Hermione aurait déclaré forfait..

Il soupira en levant les yeux au ciel, puis décida qu'il avait passé suffisamment de temps avec Snape dans sa vie, et qu'il était temps pour lui de partir à la recherche de ses parents, de Sirius et de Rémus, qui devaient forcément se trouver dans les parages.

Il n'eut pas besoin de chercher bien loin. A peine s'était-il levé que les Maraudeurs au grand complet s'approchèrent de Snape, baguettes pointées. Ce dernier sortit aussitôt sa propre baguette, mais trop tard. Il fut désarmé par James, qui riait comme si c'était la chose la plus amusante au monde.

Harry en fut aussi étonné qu' horrifié. D'accord, il savait que son père et Snape s'étaient toujours haïs, mais il n'aurait jamais pensé que James eut été si...brute ! Il avait toujours plus ou moins cru que Snape était le « méchant » de l'histoire, et que son père ne faisait que se défendre honorablement...Apparemment, il s'était trompé. Snape était seul contre quatre – enfin, contre trois et demi, Rémus et Queudver ne participant pas aussi activement que Sirius et James – et semblait se faire ouvertement martyriser. Et vu la manière dont il avait très vite sorti sa baguette à la vue des quatre Gryffondors, ce n'était sûrement pas la première fois.

Le Survivant n'en croyait tout bonnement pas ses yeux. Son père...L'homme qu'il avait tant admiré et dont on lui avait tant venté les mérites...Une brute ?

James ricana alors qu'il suspendait Snape par les chevilles, devant Poudlard au grand complet. Et plus les étudiants riaient de la détresse du Serpentard, plus le monde de Harry semblait s'effondrer :

Son père prenait plaisir à humilier quelqu'un.

Son père était exactement comme les amis de Dudley, comme toutes ces personnes qui l'avaient martyrisé à Poudlard, comme Malefoy qui s'amusait à le provoquer en duel dans le seul but de le faire renvoyer...Comme le lui avait décrit Snape.

Son père était le genre de personne qu'il détestait.

Et le pire, c'était que tout le monde, y compris Snape, lui avait toujours dit qu'il était le portrait craché de son père. Jusque là, il l'avait toujours pris pour un compliment, mais maintenant...Maintenant, il haïssait son père de lui avoir renvoyé une fausse image de lui même durant toutes ces années, et il se haïssait lui même de lui ressembler.

Il aurait dû croire Snape quand il lui disait que James n'était qu'une brute arrogante.

Car Snape ne lui mentait jamais.

Et à présent, cette même pensée tournait sans cesse dans sa tête : son père était une brute...

Sans s'en rendre compte, des larmes commençaient à couler sur ses joues, tandis que tous ses idéaux, tous ses repères s'envolaient en fumée.

Une haine surprenante et démesurée commençait à l'envahir. Elle naquit dans son ventre, puis le prit aux tripes, se glissa subtilement dans chaque parcelle de son corps, tel un poison particulièrement douloureux, pour enfin se nicher dans sa gorge, jusqu'à ce que le jeune garçon n'ait plus d'autre choix que de l'extérioriser.

Ses traits plissés dans une expression de colère, Harry courut de toutes ses forces vers son père.

-POURQUOI ? Hurlait-il en lui donnant des coup de poing qui ne faisaient que le traverser. POURQUOI M'AS TU MENTI ? POURQUOI M'AS TU LAISSE CROIRE QUE TU ETAIS QUELQU'UN DE BIEN ? POURQUOI M'AS TU LAISSE TE RESSEMBLER ? POURQUOI DONNES – TU RAISON A SNAPE ? COMMENT PEUX TU ETRE CE CRETIN ARROGANT QU'IL M'A TOUJOURS DECRIT ?

Hurler après ce père qui ne pouvait même pas l'entendre ne le soulagea nullement de sa haine, qui lui faisait de plus en plus mal.

-Pourquoi...finit-il par murmurer, à bout de souffle, tandis que ses larmes continuaient de couler.

Il s'agenouilla alors à terre, ne prêtant plus aucune attention au monde qui l'entourait, ne voyant même pas sa mère qui accourait porter secours à Snape, ne remarquant même pas que ses pieds décollaient lentement du sol tandis qu'une poigne ferme le tirait par le col de sa chemise blanche.

Il se retrouva à genoux sur le carrelage froid du bureau de Snape, sanglotant, sonné et enragé contre ce qu'il venait de voir.

-J'espère que vous avez apprécié le spectacle, Potter, lui dit froidement le professeur de Défense Contre les Forces du Mal, ex professeur de Potion.

Harry ne répondit rien. Comment cet abruti pouvait-il lui parler de la sorte ? Est-ce qu'il avait l'air de s'amuser ?

Snape releva brutalement le Gryffondor, le plaqua contre un mur et lui sussura de déguerpir sur le champ.

Harry ne se fit pas prier. Bien plus que la fureur de son professeur – il n'avait jamais vu Snape si remonté – c'était sa propre haine qu'il tentait de fuir.


Il remonta les escaliers à toute vitesse, mettant le plus de distance possible entre lui et la terrible Pensine. Tandis que ses larmes commençaient à embuer sa vue, les paroles de plusieurs personnes lui revinrent en mémoire : « C'est dingue ce que tu ressemble à ton père » « Tu es le portrait craché de James, sois-en fier ! » « Harry, ton père aurait été fier de toi » « Vous êtes tout aussi arrogant que votre abruti de père »...Merlin, pourquoi n'avait-il pas écouté Snape lorsqu'il lui avait dit de ne rien toucher, qu'il pourrait...qu'il pourrait se blesser...

Il aurait dû savoir qu'il disait la vérité.

Snape ne lui ment jamais.

Mais non. Comme toujours, il n'en avait fait qu'à sa tête. Il s'était une fois de plus cru au dessus des règles, en bon fils de James Potter qu'il était.

James Potter.

Ce nom qui, auparavant, suscitait en lui de l'amour et une admiration inconditionnelle ne lui évoquait plus que haine et colère.

-Le mot de passe ?

Noyé dans ses pensées, il ne s'était même pas aperçu qu'il était déjà arrivé dans la salle commune.

-Heu...Vif d'Or.

La Grosse Dame s'inclina et le laissa entrer. Harry se précipita dans son dortoir, effrayant quelques Gryffondor qui avaient sûrement dû le prendre pour Snape avec sa robe noire bouffante . Il passa sous le nez de Ron qui poussa un petit « hey! » et s'enferma à double tour dans la salle de bain.

Il frappa dans tous les objets qu'il trouva, de la poubelle à sa trousse de toilette en passant pas la cabine de douche. La haine ne semblait pas vouloir le quitter, s'accrochant à lui en pompant son énergie, telle une sangsue.

Il tenta de se calmer en s'éclaboussant la figure avec un peu d'eau, en vain. Adossé aux rebord de l'évier, il leva les yeux vers le miroir.

Ses traits étaient tirés, preuve qu'il n'avait pas passé une excellente soirée. Néanmoins, la ressemblance avec le jeune homme qu'il avait vu dans les souvenirs de Snape était en effet frappante. Le même nez. La même bouche. Les mêmes contours.

Il entortilla l'une de ses mèche de cheveux autour de son doigt. Pour l'instant, ils ressemblaient toujours aux cheveux de Snape, gras et très légèrement ondulé, mais dès qu'il se les laveraient, ils redeviendraient crépus et ébouriffés, comme ceux de son père. S'il n'était pas aussi désespéré, il rirait presque : le visage de James avec les cheveux de Snape. Autant se tirer une balle. Ou un Avada, au choix.

Il remonta alors son regard vers ses lunettes. Au moins, celles de James étaient rectangulaires. Il les enleva et se frotta les yeux.

Il les rouvrit péniblement, et croisa enfin son propre regard dans la glace.

Ses yeux...Verts et en amende.

Comme sa mère.

Jamais il ne fut aussi heureux d'observer ses propres yeux. Voilà enfin quelque chose qu'il ne partageait pas avec son père. C'était les yeux de sa mère !

Lily...

Il se regarda fixement durant plusieurs minutes, se noyant dans ses propres yeux. Il fut interrompu par les « toc toc » frénétiques de Ron sur la porte.

Avant de céder la place à son ami, Harry se regarda une dernière fois dans les yeux. La détermination se lisait dans son regard.

-James Potter n'est plus mon père, trancha -t-il d'un ton incroyablement froid. A partir de maintenant, je suis Harry, le fils de Lily Evans.

Puis il fit volte face, et avant de déverrouiller la porte, il murmura :

-Je ne suis pas le fils d'une brute...


-Ha, Harry ! S'exclama Hermione alors que son ami venait de les rejoindre prendre le petit déjeuner dans la grande salle. Bien dormi ?

Harry grommela quelque chose d'incompréhensible même pour Hermione qui était pourtant très forte en langues étrangères, puis s'assit lourdement à côté de Ron.

-Ho...T'as pas l'air en forme, toi, constata très subtilement Ron.

Harry soupira. Bien sûr, qu'il n'avait pas l'air en forme ! Il avait passé la moitié de la nuit à brûler sauvagement toutes ses affaires qui concernait James, mis à part sa cape et sa carte, parce que c'était vachement utile tout de même. Ne restaient dans sa malle à souvenirs que les photos de lui et de sa mère, quelques objets appartenant aux Evans que tante Pétunia lui avait donnés, et sa peluche étrange qu'il avait depuis tout petit.

Il adorait cette peluche...C'était une espèce de poupée de chiffon, avec des cheveux noirs et un sourire chaleureux. Il ne savait pas très bien qui elle représentait, ni même si c'était une fille ou un garçon, mais elle lui avait apporté un espèce de réconfort, et ce durant toute sa vie. Un amour surpuissant semblait émaner d'elle, et il avait l'impression que si elle savait parler, elle lui dirait quelque chose comme « ne t'inquiète pas, Harry. Ce n'est jamais si grave. Tout finira par s'arranger. Je serai toujours là pour toi. Je t'aime. » etc...Tout ce que sa mère n'a jamais eu le temps de lui dire.

-Je n'ai pas beaucoup dormi cette nuit, finit-il par avouer.

Ron et Hermione se dévisagèrent, inquiets.

-Encore tes cauchemars? Demanda gentiment Hermione.

-Non, non...Rien à voir avec ça...

-Bon, okay, dit Ron assez abruptement. Qu'est-ce que ce bâtard graisseux t'as encore fait ?

-Non, Ron, ça n'as rien à voir avec Snape...Du moins, pas directement.

Ses deux amis ne rajoutèrent rien, et se contentèrent de le regarder comme s'il venait de leur dire que leur univers n'existait pas et qu'ils étaient tous des personnages de fiction crées de toute pièce par une écrivaine anglaise.

N'étant pas d'humeur à entendre les hypothèses tordues de Ron et Hermione sur son manque de sommeil, (il sentait que la maladie d'amour n'allait pas tarder à tomber) il décida de tout leur raconter. Après tout, ils étaient ses meilleurs amis.

-Voilà, vous savez tout, fit-il après son récit.

Un ange passa, tandis que le visage de Ron prenait progressivement la couleur de sa grenadine, et que Hermione retenait une exclamation, les mains posées sur sa bouche.

-Ho...Merlin, Harry, finit-elle par dire. Je suis désolée... Mais...Tu sais...Ce n'est qu'une toute petite partie de la vie de ton père...

-Oui, merci, et ça m'a suffit.

-Ne te met pas dans des états pareils...Ce que je voulais dire, c'est que ce n'est pas parce que ton père s'est comporté comme un imbécile une fois que...

-Hermione! J'ai vu ce qu'il s'est passé ! Ce n'était pas la première fois qu'il se défoulait sur Snape !

-Oui, justement, dit Ron. C'est Snape. Franchement, on ne peut blâmer personne de vouloir lui rendre la vie un peu difficile! Et qui te dis qu'il n'a pas falsifié ce souvenir pour le mettre à son avantage ?

-Cela voudrait dire qu'il savait depuis le début que Harry irait voir dans la Pensine, Ron, et je ne pense pas que...

-Arrête, Hermione! On parle de Snape ! Il savait très bien que Harry ne pourrait pas résister à une (il imita la voix de Snape) « merveilleuse occasion de prouver qu'il est réellement le Gryffondor curieux et irrespectueux des règles que tout le monde adule. »

-Non, Ron, reprit Harry. J'ai lu la fureur dans ses yeux, lorsqu'il m'a sorti de la Pensine. Même lui ne joue pas aussi bien le comédie.

Sur ce, Harry planta sa fourchette dans son bacon, et tenta de le déchiqueter tant que bien que mal avec l'aide de son couteau.

-Donc...dit péniblement Ron, si j'ai bien compris, tu décides de renier et de haïr ton père simplement à cause de...ça ?

-Un peu sommaire, mais, oui. En gros, c'est ça, répondit Harry d'un air passablement blasé.

-Harry, cette haine est malsaine. On ne déteste pas quelqu'un qu'on a toujours aimé en se basant sur un simple fait ! C'est tout à fait illogique!

-C'est peut-être illogique, Hermione, mais c'est comme ça. Je le hait pour des raisons que tu ne peux pas comprendre.

-Et que tu ne comprends pas non plus, n'est-ce pas ? Finit doucement la jeune fille.

Harry soupira et continua de manger tranquillement son petit déjeuner. La vérité, c'était qu'en effet, il ne comprenait pas vraiment comment ses sentiments à l'égard de James avaient pu changer aussi vite. D'accord, il avait toujours entendu que de la haine à l'amour, il n'y avait qu'un pas, mais cette règle s'appliquait plus généralement aux couples qu'à la famille. Mais voilà. Même si c'était totalement illogique, anormal, mal ain, etc...le fait était qu'il ne pouvait plus entendre le nom de son père sans avoir subitement l'envie de vider par l'avant son petit déjeuner dans les toilettes.

-Tu devrais peut-être en parler à Rémus ou Sirius, proposa Ron. Après tout, eux aussi s'amusaient du malheur de Snape.

-Justement, Ron. Je ne me sens pas prêt à affronter Rémus, encore moins Sirius. Ils sont tout aussi fautifs que James. De plus, je leur en veux de m'avoir toujours comparé à quelqu'un d'aussi contraire à mes propres principes.

Et Harry replongea son regard dans son assiette, concentré comme jamais sur ses oeufs au plat.

-Dans ce cas, parles-en à Dumbledore, ordonna Hermione.

Harry s'interrompit dans sa contemplation culinaire. Il soupira, puis déclara, sans lever les yeux de son assiette :

-C'est d'accord. Je parlerai à Dumbledore.

Satisfaits, Ron et Hermione se sourirent mutuellement, pensant sûrement que Dumbledore ferait entendre raison au Gryffondor borné.