Merci pour les reviews! Dans ce chapitre, autre confrontation avec Snape, révélations, etc..


-La trente cinquième révolte des Gobelins eut lieue...

J'm'eeeeennuie...se dit Harry à lui même tendis qu'il décrochait complètement du cours d'Histoire. Déjà que dans l'absolu, cette matière ne l'emballait que très peu, c'était encore pire avec un professeur comme Binns. Une personne qui suivait ce cours méritait un prix Nobel de concentration.

Il posa sa plume, fatigué de prendre des notes, et s'affala sur sa chaise. Il regarda les autres élèves. Les cours en commun avec les Serdaigles étaient les pires...Ils étaient si calmes! Même s'ils ne semblaient pas vraiment intéressés par le professeur, ils ne faisaient rien pour perturber le cours et respectaient les élèves qui tentaient de suivre, c'est à dire Hermione. Elle était en effet la seule qui n'avait pas encore déclaré forfait, et écrivait consciencieusement chaque parole que sortait Binns, sans se préoccuper du bruit de la lime à ongle de Padma Patil assise à côté d'elle.

Harry jeta un regard à son voisin, Ron, qui dormait profondément, un mince filet de bave s'écoulant de sa bouche pour tacher sa copie.

Déçu de ne pas pouvoir bavarder avec son ami, il soupira se mit à jouer avec sa plume, tout en se laissant aller à ses pensées.

Il avait tant de problèmes à résoudre, en ce moment! Par exemple, ce que pouvait bien signifier son rêve. Ou pourquoi lui et Snape étaient les seules personnes à avoir changé leur origami en Pokemon (faute de meilleur terme), et surtout, surtout, quelle était la nature de la relation entre Snape et Lily...

Et Harry en était persuadé, trouver la réponse à cette dernière question expliquerait tout. Mais malheureusement, Snape ne lui dirait rien de plus. Il allait devoir se débrouiller par lui même, en demandant des renseignement à quelqu'un qui aurait connu sa mère à Poudlard...

A contre coeur et après maintes réflexions, Harry prit un parchemin vierge et commença à écrire :

Rémus,

Il fit une pause. Était-ce une bonne idée d'écrire à son ancien professeur ? Se sentait-il prêt à lui parler, alors qu'il était complice des horribles farces de James ? Harry n'en était pas sûr, mais cela apparaissait comme la meilleure solution. Lupin avait connu sa mère.

Il reprit :

Rémus,

Beaucoup de choses étranges me sont arrivées ces temps ci. Je te rassure, cela n'a aucun rapport avec Voldemort, et je vais très bien. J'ai simplement besoin de te parler. Pourrais-tu te manifester dans la cheminée des Gryffondors aussi tôt que possible ?

Merci d'avance,

Harry.

PS : N'en parle à personne, et surtout pas à Sirius. Tu comprendras pourquoi.

Voilà. C'était simple, bref, mais cela disait l'essentiel. Dès que la cloche sonnerait, il irait à la volière et confierait la lettre à Hedwige. En espérant que Rémus n'était pas en mission...


La semaine fut assez calme, mis à part les rêves de plus en plus étranges de Harry : ils ressemblaient à des rêve normaux – flou et dénué de sens – mais avaient tous un rapport avec Snape. Snape heureux. Et Harry se sentait de plus en plus déconcerté.

-Bof, vaut mieux ça que tes cauchemars, non ? Avait soulevé Ron en cours Défense.

-Oui, je suppose, mais bon...Rêver de Snape toutes les nuits, tu vois...

Il baissèrent tout deux le ton lorsque Snape se rapprocha d'eux. Il leur passa devant, en prenant bien soin de ne pas croiser le regard de Harry, puis partit prendre quelques points à Neville.

-Tu ne trouve pas qu'il agit bizarrement, en ce moment ? Demanda Ron.

-Oui, j'ai l'impression que depuis ma retenue de la semaine dernière, il m'évite.

-Il s'est passé quelque chose entre vous ?

Harry rougit en fusillant son ami du regard.

-Qu'est-ce que tu entend par « il s'est passé quelque chose entre vous » ? Tu crois que moi et Snape...

-Non...NON! Mon dieu, non, ce n'est pas ce que je voulais dire, se reprit le rouquin en riant, je voulais dire...Est-ce que vous vous êtes disputés ? Vous avez parlé de quelque chose de gênant?

Harry se reprit et détourna le regard. Il hocha la tête négativement. Il ne voulait parler de sa retenue avec personne. Déjà parce que la réaction de ses amis risquerait de l'énerver, mais surtout parce qu'il considérerait cela comme une trahison envers son professeur. Il savait à quel point l'homme avait du mal à se confier, et quelque part, il se sentait honoré d'avoir été son confident l'espace de quelques secondes. Par respect pour Snape, il ne dévoilerait jamais leur conversation à Ron ou à Hermione.

Il fut interrompu dans sa réflexion par des hululements qui provenaient d'une des fenêtres. C'est avec effroi qu'il reconnu Hedwige, une lettre à la patte. Pourquoi lui livrait-elle le courrier en plein cours? Harry lança un bref regard à Snape, qui semblait trop occupé pour avoir remarqué le bruit du volatile. Il ouvrit alors silencieusement la fenêtre.

Si Snape l'attrapait, il était mort.

Il avala sa salive et prit doucement la lettre de la patte de sa chouette, lui caressa gentiment la tête, puis lui ordonna de fiche le camp.

-Qu'est-ce que c'est ? Demanda Ron en tentant de lire ce qui était écrit sur l'enveloppe.

-...Mh? Ho, rien. Occupe toi plutôt de tes sortilèges informulés et laisse moi tranquille.

Ron grommela quelque chose, puis replongea la tête dans son livre.

Harry, en s'assurant que personne ne le regardait, ouvrit l'enveloppe.

Cher Harry,

J'ai répondu aussi vite que j'ai pu, et j'avoue être très intrigué par ta lettre. Tu ne m'a pas dévoilé grand chose...d'habitude, tu es plus explicite... Bref, tout ça pour te dire que je serai disponible vendredi soir, vers minuit, lorsque tout le monde sera couché.

Au plaisir de te revoir,

Rémus.

Harry jubila intérieurement. Aujourd'hui, c'était vendredi. Aujourd'hui, il allait enfin avoir ses réponses...

Il remarqua que Snape le regardait. Il l'avait forcément vu lire sa lettre, mais n'avait rien dit. C'était comme s'il évitait toute confrontation avec son élève honni. Harry se retourna alors vers son professeur, lui adressa un sourire en coin, et ricana lorsque Snape détourna précipitamment le regard. S'il réussissait à faire plier Snape, alors il n'aurait aucune difficulté à vaincre Voldemort. Tout n'était pas perdu...


Le soir même, Harry prétexta un devoir à finir lorsque Ron lui demanda pourquoi il n'allait pas se coucher alors qu'il n'y avait plus personne dans la salle commune. Il n'était pas sûr que son ami l'ai cru, mais il le laissa seul sans poser de question, et c'était suffisant. Harry se rapprocha alors de la cheminée, lança un Assurdiato pour ne pas être entendu, puis attendit l'arrivée de Lupin.

A minuit précises, le feu se mit à crépiter, et la tête de son ancien professeur apparut dans les flammes.

-Rémus !

-Bonsoir, Harry, lui dit gentiment Rémus. Tu vas bien ?

-Oui, oui, répondit-il, agacé. Il avait des questions très importantes à lui poser, et ne voulait pas perdre de temps en politesses inutiles.

-Alors, de quoi voulais-tu parler ?

Le jeune homme s'assit plus confortablement en tailleur.

-Voilà, dit-il, je voulais te demander si Lily avait eu une liaison avec quelqu'un d'autre que James durant sa scolarité à Poudlard.

Rémus parut intrigué par la question, mais Harry ne voulait pas lui en dire plus. Il ne voulait pas lui demander directement si Lily et Snape avaient été ensembles, de peur qu'il ne lui demande ce qui l'amenait à poser cette question.

-Harry...

Lupin n'avait beau être qu'une tête dans une cheminée, Harry eut la très nette impression que si il en avait eut la possibilité, il l'aurait prit dans ses bras. Cette pensée le mit mal à l'aise.

-Harry, poursuivit-il en plissant les sourcils, Albus m'a parlé de ton...expérience dans la Pensine de Severus. Et tout comme lui, je ne pense pas que ce soit une bonne chose d'haïr ton père pour ce qu'il était adolescent.

-Pou...Pourquoi tu me parles de ça ? Demanda Harry, perplexe. La conversation n'avait pas grand chose à voir avec sa haine envers son père.

-Harry...Que ça te plaises ou non, James est bien ton père, et malgré le fait que Lily ai eu d'autres amis à Poudlard, elle s'est bel et bien unie avec lui pour t'avoir...

-Ho, non, non, l'interrompit brutalement Harry (décidément personne ne comprenait rien à rien) Je sais parfaitement que je suis le fils de James, je n'en ai jamais douté !

-Ha...Alors, pourquoi veux-tu connaître les fréquentations de Lily ?

Harry haussa les épaules.

-N'est-ce pas normal pour un fils de vouloir en savoir plus sur sa mère ?

Rémus fixa Harry quelques secondes, puis hocha la tête.

-Bien...Si tu veux tellement que je te dise la vérité...

-Oui, je le veux.

-Parfait...(il toussota) Alors...Comme tu peux t'en douter avec une femme aussi ouverte et sociale que Lily, les Gryffondors n'étaient pas ses seules fréquentations. Elle était amie avec la plupart des élèves qu'elle connaissait. Sauf avec...

-Oui ?

-Ton père.

Harry écarquilla les yeux. Il avait toujours cru que James et Lily s'étaient aimés au premier regard, une sorte de coup de foudre. Manifestement, il s'était trompé.

-James et ma mère ne s'entendaient pas ?

-Ho, ton père, lui, l'a tout de suite aimé. Mais Lily...Je pense que, tout comme toi, elle avait du mal avec sa propension à humilier les personnes qu'il n'aimait pas. Mais elle lui a pardonné, tu vois. Tu ferais mieux d'en faire autant.

Harry grogna.

-Harry, je ne nie pas le fait que James était plutôt agaçant et immature, mais c'était un adolescent ! Depuis, il a beaucoup changé ! Il a mûrit et apprit à être plus modeste! Lorsqu'il est mort, il était un homme honorable...

-Rémus, écoute : je ne veux pas en parler, d'accord. Je te demandais juste si ma mère avait connu d'autres personnes que lui.

Rémus hésita. Il semblait chercher ses mots.

-Je ne sais pas si je suis la personne la mieux placée pour t'en parler...

-Tu es, en tout cas, la seule.

-...Moui, ce n'est pas faux...Bon...(il inspira). Très bien. Lily était en vérité très amie avec un autre élève, un Serpentard.

-Snape.

Ce fut au tour de Rémus d'être étonné.

-Comment tu...

-Comment je le sais ? Dit précipitamment Harry qui venait de se rendre compte de son erreur. Ce serait trop long à expliquer...Continue.

Lupin toussota de nouveau.

-Donc, en effet. Lily et Severus étaient très proches. Trop proches. C'est en partie pour cela que ton père le haïssait.

Il y eut un silence. Ni bref, ni long, simplement un silence, que seuls les crépitements du feu venaient briser.

-Comment...Reprit Harry. Comment ça s'est finit ? Entre Snape et ma mère ?

Harry vit son ancien professeur se mordre la lèvre.

-Je ne peux pas te le dire, Harry. Ce ne sont pas mes affaires. Je sais que ce n'est pas facile, mais tu devrais en parler à Severus.

-Bien sûr, ricana Harry, si un jour j'ai envie de mourir, c'est ce que je ferai. En attendant, tu ne peux vraiment pas m'en dire d'avantage ?

-Je regrette, Harry. Tout ce que je peux te dire, c'est que Lily et Snape étaient très proches. Pour te donner une idée, ils étaient toujours ensembles, comme toi et Hermione, par exemple. Et ce malgré les difficultés. Tu comprendra que les camardes Serpentards de Severus n'appréciaient que très moyennement l'amitié d'un des leur avec une née-Moldue.

-Ils s'appréciaient donc tant que ça ?

Rémus hocha la tête en signe d'affirmation.

-Je t'en ai peut-être trop dit.

-Justement, tu ne m'en as pas dit assez. (il soupira). C'est malin...Maintenant, j'ai encore plus envie de savoir...

-Tu devras donc demander à Severus, lui dit Rémus avec un sourire amusé.

Harry lui renvoya son sourire. Revoir Lupin n'avait pas été une si mauvaise idée. En vérité, il comprenait pourquoi l'ancien professeur n'avait jamais protesté contre les actes de James. Lui et Sirius (et accessoirement Pettigrow) avaient été les premières personnes à l'accepter en tant que loup-garou, et il n'avait sûrement pas voulu risquer de perdre cette amitié en jouant les donneurs de leçon. C'était peut-être un peu lâche, mais compréhensible. Et Harry ne lui en voulait plus.

-Bien...Tu avais autre chose à me dire ?

-Non...Mis à part de ne pas en parler à Sirius. Je lui en veux toujours de s'être comporté comme un imbécile en participant aux blagues de James.

-Très bien. Je te promet de ne rien lui dire. (il inclina la tête)A plus tard, alors.

Le loup-garou fit un dernier sourire à celui qu'il considérait comme son filleul, puis disparut dans un spectaculaire mur de flamme de trois centimètres.

Harry resta assis devant la cheminée, fixant silencieusement le feu, en repensant à sa conversation avec Rémus. Seul Snape pourrait lui dévoiler l'entière vérité.

Et jamais il ne parlerait.

Harry réfléchit à une quelconque solution. Une idée germa petit à petit dans son esprit. C'était peut-être une idée folle, mais c'était la seule qu'il avait.

Il monta alors dans son dortoir, et, en prenant bien garde de ne réveiller personne, il sortit sa cape d'invisibilité de sa malle. Il redescendit tout aussi silencieusement, mit sa cape, puis se faufila hors de la salle commune.


Le sol sur ses pieds nus était très froid. Il se traita mentalement d'idiot de ne pas avoir pensé à prendre au moins ses chaussons. Même sous sa cape, il se sentait terriblement idiot de déambuler dans les couloirs en pyjama.

Il s'engouffra alors dans les profondeurs des cachots, et essaya de trouver es appartements de Snape. Ils étaient forcément quelque part dans les environs...

Il se figea lorsqu'il entendit une voix...Une voix familière...

Se disant qu'il ne risquait rien, il se dirigea vers la salle d'où semblait provenir la voix, et osa un coup d'oeil.

La porte de la salle était entrouverte, et Harry se glissa à l'intérieur. Il reconnu Dumbledore, de dos, qui s'adressait à Snape, assis dans un grand canapé en cuir. Harry regarda alors autour de lui. La salle était grande, assez sobre, sans tapisserie ni objets superflus, mais très chic.

Une fois l'inspection de la salle finie, Harry reporta son attention sur les deux professeurs. Snape affichait son habituelle expression impassible. Mais cette fois, quelque chose d'inquiétant s'en dégageait. Comme si le professeur était...sans vie. Ses yeux fixaient le vide, sans bouger. Il paraissait fatigué, lasse. Mort. Harry en eut des frissons.

-Severus...soupira tristement Dumbledore en le prenant par les épaules.

-Laissez moi, Albus, déclara-t-il d'une voix plus morne que d'habitude.

Harry se demandait bien ce qui pouvait mettre Snape dans cet état. Il savait que son professeur n'avait pas ce que l'on appelle une belle vie, mais il ne le croyait pas déprimé pour autant.

-Severus, je refuse de vous laisser seul. Pas aujourd'hui. Vous risqueriez de faire une bêtise.

-Ce n'est sûrement pas votre présence qui pourrait m'empêcher de faire quoique ce soit. Mais si cela peut vous rassurer, je ne me suiciderai jamais. Ce serait une solution de facilité et je ne suis pas aussi lâche.

Il n'y avait pas une trace d'émotion dans sa voix. Harry en était presque triste pour lui...

Qu'est-ce qui pouvait amener un homme à perdre ainsi son âme ? Car oui, Snape était vivant, il respirait, bougeait, parlait...Mais c'était comme s'il était forcé de vivre. Comme s'il n'était qu'une simple enveloppe vide, qui aurait été animée par un quelconque sortilège. Harry n'avait jamais vu quelque chose d'aussi terrifiant.

-Mon garçon, reprit Albus. Je sais à quel point cette date est dure pour vous. Et, même si vous en doutez, vous comptez pour moi. Je suis votre ami, Severus. Les amis sont là pour vous réconforter lorsque cela va mal...

-Si vous êtes réellement mon ami, partez, et laissez moi seul. Je suis habitué à la solitude.

Il n'avait pas adressé un seul regard à Albus depuis le début de la conversation. Il continuait de fixer le néant, de ses yeux vides et noirs.

-Très bien, soupira Dumbledore.

Il se leva et passa devant Harry, sans le voir.

-Si vous avez besoin de parler, finit-il en se retournant, sachez que ma porte est toujours ouverte.

Comme Harry s'y était attendu, il n'y eut aucune réaction de la part de Snape. Le directeur jeta un dernier regard peiné à son cadet, puis sortit de la pièce.

La porte claqua. Et Snape bougea enfin, comme si le bruit de la porte l'avait sorti de sa torpeur. Il posa ses coudes sur ses genoux, et prit sa tête dans ses mains. Il se massa le visage, les cheveux, puis resta dans cette position.

Harry se rapprocha doucement. Il n'entendit rien. Snape ne semblait pas pleurer. Comme s'il en était incapable. Dénué de sentiments jusqu'au bout.

Le jeune homme ne savait pas très bien ce qu'il ressentait en voyant son tant détesté professeur dans cet état. Lorsqu'il avait décidé de l'espionner pour en savoir plus sur sa mère, il ne s'était pas du tout attendu à ça., et maintenant, il était totalement perdu.

C'était étrange. Sa raison lui disait de quitter les appartement de Snape, de ranger sa cape d'invisibilité au fond de sa malle, de se coucher et d'oublier ce qu'il venait de se passer... Mais...Il y avait autre chose, une autre force, qui lui disait de rester ici.

Sans comprendre ce qui le poussait à agir de la sorte, Harry ôta lentement sa cape d'invisibilité, sans quitter Snape du regard.

Il y eut un silence. Harry ne savait pas vraiment s'il devait se manifester ou non, le professeur ne semblait pas avoir remarqué sa présence.

-Disparaissez, dit soudainement Snape, sans lever les yeux sur son élève.

Son ton ne laissait paraître aucune menace. Le mot était comme la personne qui l'avait prononcé : sans vie.

-Je dois vous parler, dit fermement Harry.

-Partez.

-Non. Je pense que c'est le moment où jamais.

-Déguerpissez.

-Ce n'est pas en contournant le problème que vous irez mieux ! Cria-t-il.

Il sentit qu'il était allé trop loin. Snape leva les yeux sur lui, et Harry ressentit la même sensation que lorsqu'il était face à un Détraqueur. Il se sentit triste, comme si toute la peine de Snape, ne pouvant rester dans un corps aussi dénué d'émotion, cherchait à se réfugier chez un être capable de la ressentir.

-Je vous en prie, Potter. Laissez moi.

Le Gryffondor fut presque tenté d'obéir. Jamais Snape ne se serait rabaissé à le supplier dans son état normal.

-Je suis désolé, mais non.

Snape replongea sa tête dans ses mains, de sorte que Harry ne put voir que ses cheveux.

-Pourquoi...Murmura Snape. Pourquoi ne voulez-vous simplement pas obéir...

-Parce que je dois vous parler. C'est essentiel.

Harry sortit alors sa baguette. C'était risqué, mais c'était la seule idée qu'il avait pour gagner la confiance du professeur. Il la pointa dans un recoin vide de la pièce.

-Expecto Patronum !

Alors une petite lueur argentée sortit de sa baguette, prenant eu à peu la forme d'un animal. Snape, intrigué par la douce lumière qui irradiait son sombre salon, releva sa tête...Avant d'ouvrir des yeux rond.

L'animal argenté qui dansait autour de Harry n'était pas un cerf.

C'était une biche.

-Une...biche...chuchota Snape, comme s'il ne voulait pas effrayer l'animal.

Harry esquissa un petit sourire. Il avait réussit. Il savait que son patronus ne pouvait plus être l'animagus de James, et il avait vraiment espéré que son nouveau protecteur rappellerait Lily. Il ne s'était pas trompé.

En revanche, il fut très surprit lorsque Snape se leva de son canapé, non sans quitter Harry du regard, et qu'il pointa sa baguette en direction du patronus.

Le professeur récita à son tour l'incantation, et Harry cru s'évanouir lorsqu'il vit, sortir de la baguette noire de Snape, la même biche argentée.

-Alors...alors c'est vrai...murmura Harry. Vous étiez vraiment ami avec ma mère...

Snape hocha la tête, en même temps que les deux patronus se fondaient de plus en plus dans l'obscurité.

-...Je...bredouilla Harry, après un moment d'absence, Je...je crois qu'il faut qu'on parle.

Snape eut l'air de réfléchir, puis, sans détacher ses yeux de ceux de Harry, il finit par faire apparaître deux tasses de thé. Harry en prit une, après que son professeur le lui ai autorisé. Par contre, Snape ne lui proposa pas de s'asseoir avec lui dans le canapé. Harry interpréta ce geste comme une limite que Snape voulait imposer à son élève : il était d'accord pour lui parler, mais sa rancoeur à son égard était toujours présente. Ce n'était qu'une trêve passagère.

Harry prit alors la tasse de thé, mais ne la but pas. Il remarqua que Snape n'avait même pas touché à la sienne.

-Parlez moi de ma mère. Et cette fois, dîtes la vérité, dit-il abruptement.

-Vous êtes sûr ?

-Oui.

Il n'avait même pas eu besoin de réfléchir pour répondre.

Snape fronça les sourcils. Il aurait probablement préféré que Harry se rétracte. Mais le gamin, il le savait, était têtu comme une mule. Snape se demandait d'ailleurs de qui il pouvait bien tenir cela. Lily était tout sauf bornée, et James, bien qu'orgueilleux et fier, savait être raisonnable et ne pas aller au bout de ses idée lorsque c'était nécessaire...

Il laissa ses réflexions de côté, et conjura une chaise. Peu confortable, bancale, sale et laide, mais Harry s'en contenta. Il s'assit et posa sa tasse pleine de thé sur la table basse, prêt à écouter les confessions de Snape.

-Voilà. Si vous voulez que je raconte toute l'histoire, il vaut mieux que je commence par le début. Mais avant (il pointa un long doigt fin vers Harry) Vous devez me promettre de ne raconter cette histoire à personne, entendu Potter ?

-Je ne sais pas si j'arriverai à ne pas en parler à Ron ou Hermione, professeur, avoua-t-il tout naturellement.

Snape le scruta d'un oeil froid.

-Pourquoi me l'avoir dit ? Vous savez que je risque fortement de me rétracter et de vous ré-expédier dans votre dortoir...

-Parce que je suis un Gryffondor sincère et non pas un vil Serpentard. Je préfère être franc.

Snape eut l'air d'analyser la réponse de son élève. Il retroussa sa lèvre inférieure en signe de mépris, mais poursuivit tout de même.

-Très bien. Je vous autorise à en parler à Granger et Weasley, mais à personne d'autre, est-ce clair ?

-Tout à fait, professeur. Je suis même prêt à faire un serment inviolable, si vous voulez.

Harry eut un petit sourire en coin, que Snape décida d'ignorer.

-Pour que vous brisiez le Serment et que je sois tenu responsable de la mort du Survivant? Non merci, Potter. Je préfère partir du principe que vous serez suffisamment intelligent pour tenir votre langue.

Malgré lui, Harry sourit. C'était bien la première fois que Snape sous entendait qu'il était intelligent. Rien ne pouvait lui faire plus plaisir.

-Cessez de sourire bêtement Potter, et laissez moi dire ce que j'ai à dire...

Harry lui fit signe de poursuivre sans se préoccuper de lui, en haussant aussi bien les épaules que les sourcils.

Le professeur lui lança un regard assassin, puis soupira. Visiblement, il ne savait pas par où commencer.

-Je pense qu'il faut remonter à mon enfance, finit-il par dire. Comme vous le savez peut-être, votre mère et moi étions voisins.

-Non, je l'ignorait, déclara gravement Harry. Son professeur ne lui avait encore dit que deux phrases, mais il en avait déjà appris beaucoup.

-Nous nous sommes rencontré durant notre seconde année de primaire, reprit Snape de sa voix lente et morne.

Il n'y avait pas une trace de mélancolie dans sa voix. Il avait l'air de réciter un texte appris par coeur.

« Elle venait d'emménager dans la ville dans laquelle j'avais toujours vécu. Nous ne nous adressions que très peu la parole, et pourtant, je ne cessait de l'observer. Apparemment, j'ai toujours eu un don pour l'espionnage...dit-il en ricanant.

Harry sourit, plus pour faire bonne figure que pour autre chose.

-J'ai alors remarqué qu'elle pouvait utiliser la magie. Tout comme vous, elle semblait complètement perdue face aux étranges phénomènes qui se produisaient lorsqu'elle était triste, ou en colère.

Harry repensa inévitablement au jour où il avait fait disparaître la vitre du serpent au zoo, et que Dudley s'était retrouvé enfermé dans la prison du reptile.

-Un jour, j'ai finalement décidé de me manifester, de lui dire qu'elle était une sorcière, et que, moi, j'étais également un sorcier. Au début, elle ne m'a pas cru, bien sûr, mais petit à petit, notre différence nous a rapproché, et nous sommes devenus amis.

Harry surprit alors un tout petit sourire sur les lèvres du professeur. Jamais, sauf en rêve, il ne l'avait vu sourire. C'était aussi impressionnant qu'émouvant.

-Notre amitié se renforça durant notre scolarité, malgré le fait que nous ne soyons pas dans la même maison. Ce fut très difficile de vivre cette amitié, car nous - surtout moi, Lily n'était pas du genre à s'attirer l'antipathie – étions rejetés par nos camarades de maison respectifs. Potter et Black ne cessaient de lui dire d'arrêter de me côtoyer, et moi, et bien...disons que votre père et votre cher parrain aimaient tester leurs compétences magiques sur moi. Mais nous n'avons pas plié.

Snape se pencha vers sa tasse et prit une gorgée, le regard toujours aussi vide. Harry décida de l'imiter. Il se demandait de plus en plus comment cette amitié s'était terminée. Elle semblait éternelle.

-Les choses se compliquèrent lors de ma cinquième année. Les Serpentards me poussaient à rejoindre le Seigneur des Ténèbres, et, ayant toujours eu un penchant pour la magie noire, j'étais très tenté de le rejoindre. Mais mon affection pour votre mère était plus forte que tout. Aussi, je me suis moi même présenté au Seigneur des Ténèbres pour lui dire que je refusait d'entrer dans ses rangs. Cela le mit très en colère. Il...Il me lança un Doloris, et jura de se venger...

A cette pensée, les sourcils de Snape se froncèrent. Il se passa une main dans les cheveux, comme s'il voulait chasser cette pensée de son esprit. Harry comprenait sa détresse. Il avait lui même reçu son premier Doloris à quatorze ans, et c'était sans doute la pire expérience de sa vie.

-Depuis cette rencontre, mon caractère changea. Je devins...plus...

-« Plus vous ? » osa Harry.

Snape lui lança un regard amusé.

-Votre connaissance en vocabulaire est tout bonnement prodigieuse Potter. Mais dans un sens, vous avez raison. Je devenais plus « comme moi ». Et cela se faisait ressentir dans ma relation avec Lily. Je ne voulais pas la blesser, bien sûr, mais j'avais peur de la vengeance de Lord Voldemort. Cela me mettait...disons... «sur les nerfs », pour m'adapter à votre vocabulaire.

Harry sourit.

-Lily faisait son possible pour me supporter, pour me forcer à aller de l'avant. Mais...(il fit une pause) Un jour, je suis allé trop loin.

Le regard du professeur se perdit, tandis que Harry était pendu à ses lèvres.

-je l'ai traitée de Sang-De-Bourbe.

Harry laissa échappé un hoquet de surprise. C'était comme si Ron traitait Hermione de Sang-De-Bourbe. C'était atroce. Surtout pour Lily.

-En fait, je l'ai traitée de « sale Sang-De-Bourbe »... ...

-Vous êtes vraiment pas quelqu'un de bien, dit Harry. (Au départ, il voulait dire « mais vous n'êtes qu'un gros salop », mais il avait peur que cela fasse tache dans la conversation.)

-Ce n'est que maintenant que vous le remarquez, Potter ? Quelle perspicacité...

-Que s'est-il passé ensuite ? Demanda-t-il sévèrement.

-Et bien...Comme vous pouvez vous en douter, nous sommes restés en froids durant quelques temps – quelques années, en fait.

-C'est compréhensible, en effet.

-Et, reprit-il sèchement, comme elle refusait de m'adresser la parole, elle s'est évidemment rapprochée de ses camarades de maison. Elle fréquentait de plus en plus Potter, ce qui me rendait malade.

Snape n'en dit rien mais Harry avait la conviction qu'il était alors rentré dans une très grosse déprime. Du moins, l'éclair de tristesse qui était apparu dans les yeux noirs du professeur le laissait présumer.

-Je n'avais plus qu'une chose en tête, regagner son amitié. Nous étions en fin de septième année, et elle ne m'avait toujours pas pardonné. Je savais que si nous quittions Poudlard sans nous être réconciliés, tout serait fichu. Alors j'ai tenté le tout pour le tout.

Une lueur de détermination étincela dans le regard de Snape, et Harry était à deux doigt de mourir d'impatience. Il détestait tous ce suspense.

-Et alors ? L'incita-t-il à poursuivre.

Snape se leva de son siège, et alla s'adosser à l'une des fenêtres magiques de la pièce : les cachots étant situés sous terre, les murs avaient été enchantés pour donner l'illusion d'un dehors.

Harry ne voyait plus le visage du professeur, mais il était persuadé qu'il souriait.

-Alors...alors...soupira-t-il. Alors, je lui ai envoyé une lettre. Une lettre anonyme. Je lui demandait de me rejoindre sous le grand chêne de la cour, juste avant la remise des diplômes. Elle s'y est rendue. ...(soupir)...Je revois encore l'air confus sur son visage. Elle cherchait des yeux le mystérieux destinataire de la lettre...

Si la situation n'était pas si grave, Harry aurait explosé de rire. Snape avait dit tout cela avec le même ton insipide que les héros de série à l'eau de rose. Mais il devait avouer que ce ton romantique sonnait très bien dans sa bouche.

-J'ai alors surgi de ma cachette. Lorsqu'elle me vit, elle fronça les sourcils et commença à faire demi tour. Mais il en fallait plus pour me décourager...

Harry commençait à avoir très peur. Snape n'avait quand même pas...

-Je l'ai alors attrapée par la manche, et je l'ai obligée à croiser mon regard. Merlin...Ces yeux étaient si magnifiques...Aussi verts que l'herbe d'été.

Je vais vomir, pensa Harry.

-Alors...Mon dieu...Moi qui m'étais promis de ne parler de ça à personne...

-Bon, ben, là c'est trop tard, alors, dîtes !

Snape mitrailla Harry du regard.

-Alors je me suis agenouillé et je l'ai demandée en mariage.

Il avait dit cela d'une traite. Cela n'avait duré qu'une seconde, mais la phrase continuait de résonner dans la tête de Harry. Snape avait demandé sa mère en mariage...

-Elle...bredouilla Harry. Elle a refusé, n'est-ce pas ?

Il sut qu'il n'aurait jamais dû dire cela lorsque les yeux de Snape ne devinrent plus que deux fentes.

-Et bien, non, Potter. Répliqua froidement le professeur. Elle a accepté, figurez-vous.

Harry ouvrit des yeux horrifiée. Sa mère s'était mariée avec Snape.

-Vous vouliez connaître le vérité. Ne venez pas vous plaindre.

Le jeune homme passa une main dans ses cheveux, et but une grosse rasade de thé.

-Bien...finit-il par soupirer. Continuez, mais pas pitié, passez moi les détails de la nuit de noce.

-Ho ? Vous ne voulez plus tout savoir sur votre mère ? Pourtant, c'était une trèèèès belle nuit. Étoilée, chaude...très chaude...

-Non, non. Je ne veux plus rien entendre, cria Harry en se bouchant les oreilles.

Snape eut un petit rictus. Il observa avec amusement Potter jouer des pieds et des mains pour ne plus rien entendre, puis décida de se rasseoir.

-Trêves de plaisanteries, Potter. Mon histoire n'est pas finie.

Harry reprit son calme en riant. Il regarda Snape. Il semblait beaucoup plus détendu que toute à l'heure. Il n'était peut-être pas plein de vie – c'était Snape, après tout- mais il avait l'air moins mort qu'au début de la conversation.

-Excusez-moi, monsieur. Continuez.

-Votre mère et moi vivions heureux. Elle avait décidé d'arrêter ses études pour s'occuper de la maison, et moi, j'entreprenais des études de potion.

Harry remarqua que Snape parlait de cette période heureuse avec nostalgie, comme si elle n'avait été qu'un rêve, trop vite terminé. Il n'en pouvait plus. Il voulait connaître la fin tragique de cette histoire.

-Puis...reprit le professeur, non sans une pointe de tristesse dans la voix, nous eûmes un enfant.

Snape recommença alors à fixer le vide. Son regard se voila, et ses yeux redevinrent ternes et sans vie.

-Et ensuite ? Demanda Harry en fronçant les sourcils. Il ne voulait pas que Snape replonge dans sa torpeur. Du moins, pas avant qu'il n'ait fini l'histoire.

Le professeur cligna des yeux, et tourna lentement la tête vers son élève. Ses yeux brillaient.

-Potter, dit-il en tentant de prendre le contrôle de sa voix, qui commençait à trembloter. Nous allons ici aborder le passage le plus tragique de ma vie. Êtes-vous sûr de vouloir...

-Oui.

Il hocha gravement la tête.

-Parfait...

Harry soupira. La voix de Snape était redevenue morne. Sans émotion.

-Nous eûmes donc un enfant. Morphée. Notre bonheur était complet. J'avais tout ce que j'avais cru ne jamais avoir : une femme, un fils, un foyer...

-De l'amour...Finit Harry.

A ces mots, Snape détourna le regard. Il ne dit plus mot durant quelques minutes. Harry attendit.

Lorsqu'en fin le professeur se retourna vers Harry, ses yeux étaient rouges, et les manches de sa chemise mouillées.

-Professeur ? Vous...Vous allez bien ?

Snape planta alors ses yeux dans ceux de Harry.

- Je vais bien, dit-il après un temps d'hésitation. Merci pour votre sollicitude, ajouta-t-il d'un ton ironique.

Harry sourit. En temps normal, il aurait été heureux de voir son détesté professeur pleuré. Il l'aurait aussitôt raconté à toute l'école, et sa réputation de bâtard graisseux effrayant aurait été réduite à néant. Mais là...Il voulait simplement lui dire que pleurer n'était pas quelque chose de grave. Qu'au contraire, il n'était jamais bon de refouler ses émotions.

-Je poursuis, donc...déclara Snape. Nous étions heureux. Je connaissait le bonheur. Mais évidemment, tout cela était trop beau pour être vrai. Severus Snape n'a pas le droit au bonheur...

Il plissa les sourcils et détourna à nouveau ses yeux de Harry.

-Un jour que j'étais parti faire des courses, des Mangemorts attaquèrent la maison. Ils la brûlèrent.

Sa voix se faisait de plus en plus basse et posée. Bien qu'il soit de dos, Harry pouvait ressentir sa douleur à travers chaque mot qui sortait de sa bouche.

-Tout ça parce que je n'avais pas voulu m'engager chez les Mangemorts. Voldemort avait eut sa vengeance. Il m'avait pris l'une des deux choses qui avait le plus de valeur à mes yeux : mon fils.

Harry étouffa un cri. Il ne pouvait pas croire ce qu'il venait d'entendre...Snape avait eut un fils, et ce dernier lui fit arraché par des Mangemorts, pour une simple histoire de refus. Le professeur devait se sentir affreusement coupable alors que rien n'était de sa faute. Pas étonnant qu'il soir si amer...Il avait tout bonnement perdu foi en la vie...

-Votre mère, en revanche, s'en est sortie. Elle se réfugia chez votre père.

-Pourquoi n'êtes vous pas retourné auprès d'elle ?

-Je voulais retourner auprès d'elle. Mais c'était impossible. Je n'avais plus qu'un ambition : trouver le Seigneur des Ténèbres et le tuer. Albus m'a alors proposé de travailler pour l'Ordre en tant qu'espion. A contre coeur, j'ai accepté. Vous comprenez, Potter ? Pour ma propre sécurité, tout le monde devait croire que j'étais devenu Mangemort. Y compris Lily.

-C'est terrible...Vous avez donc dû faire une croix sur elle...Pour son bien...

Snape hocha la tête.

-Oui. Mais je me suis dit qu'elle me connaissait, qu'elle savait que je ne pouvais pas être devenu Mangemort, pas après la mort de mon fils. Mais non.

-Comment ça, « non » ?

-Bon sang, Potter, s'écria soudainement Snape, de qui croyez vous être le fils ? James Potter est votre père, vous le savez, ça, n'est-ce pas ? Cela veut forcément dire que d'une manière ou d'une autre, il a finit par avoir votre mère !

-Vous voulez dire que...Qu'elle vous a quitté pour James ?

-Brillant esprit de déduction, Potter. Vous êtes décidément doué dans tous les domaines.

Harry aurait bien répondu quelque chose, mais il était trop occupé à traiter mentalement son père de connard.

-De toute évidence, poursuivit Snape d'un ton tranchant, votre mère ne m'aimait pas suffisamment pour avoir pleinement confiance en moi. Elle a cru Dumbledore, s'est mariée avec Potter, et vous a eut. Pendant que moi je suais sang et eau pour tuer Voldemort, afin d'assurer sa sécurité. Car je l'aimait toujours.

-...

-La suite, vous la connaissez : la prophétie – que j'ai moi même rapportée, soit dit en passant – le meurtre de vos parents, le sacrifice de Lily, la disparition de Voldemort, votre cicatrice, votre célébrité, votre insubordination... ...Ma douleur.

Snape était maintenant appuyé contre le dossier d'une chaise. Son regard était rempli de haine.

Voilà pourquoi Snape le détestait. Il n'était pas seulement le fils de James. Il était aussi celui de celle qu'il a aimait passionnément, mais qui ne lui a pas fait suffisamment confiance. Il était aussi celui qui avait « tué » Voldemort, alors que c'était son ambition la plus profonde.

Il na savait plus quoi dire.

-Voilà, Potter. Vous savez tout. Je suis responsable de la mort de mon fils et de ma femme. Vous avez réussi à me faire remémorer les instants les plus douloureux de ma vie.

-Mais...(il se rapprocha gentiment de Snape) Je vous ai aussi forcé à vous rappeler des plus beaux moments de votre vie, non ?

Il quitta alors ses yeux du coussin de la chaise qu'il fixait depuis quelques minutes, et fusilla Harry du regard. Le jeune homme eut un mouvement de recul.

-Vous n'avez pas essayé de revoir ma mère, après son mariage avec mon père, demanda calmement Harry, une fois situé à une distance respectable du professeur.

-Bien sûr que non. Pour plusieurs raisons : je m'étais juré de ne plus la revoir tant que Lord Voldemort serait en vie. Et aussi...La voir avec mon pire ennemi était trop dur. C'est Albus qui m'a annoncé leur union...

-Ho.

Le silence se fit de nouveau. Pas un bruit ne se faisait entendre. Harry but une gorgée de thé, puis se rapprocha de nouveau de Snape. Il regarda intensément sa main. Puis son bras, son épaule. Il avait envie d'y poser sa propre main, dans un geste de réconfort. Mais il se ravisa. Bien qu'il soit désolé pour Snape, et qu'il comprenait mieux son amertume, il ne pouvait toujours pas dire qu'il l'appréciait.

-Et...ça fait combien de temps ? Je veux dire...Votre fils...

Snape soupira, le regard vide.

-Seize ans aujourd'hui.

Les yeux de Harry tremblaient. Il ne savait pas trop quoi dire, mais il devait dire quelque chose.

-Je suis vraiment désol-

-Ne gaspillez pas votre salive, Potter. Si je vous ai parlé de tout cela, c'est parce que je pense que vous méritez de connaître la vérité. Surtout pas pour que vous vous apitoyiez sur mon sort. Maintenait allez vous coucher.

-Quoi? Mais vous ne pouvez pas me renvoyer comme ç-

-DEHORS, POTTER !

-Mais je-

Snape dressa alors son bras dans la direction de Harry, et se dernier fut propulsé par une force incroyable hors de la pièce. En moins de temps qu'il n'en faut pour dire « Quidditch », le survivant se trouva plaqué contre la porte fermée. Sa tête heurta violemment le chêne qui composait la porte, et le choc fit tomber sa poupée de sa poche – la fameuse poupée de son enfance.

Au début, Snape n'y prêta aucun attention. Puis, alors qu'il se rapprochait de Harry pour le jeter dehors, il passa devant la poupée, et la regarda avec intérêt.

-Qu'est-ce que...

-NE TOUCHEZ PAS A CA C'EST A MOI ! Hurla Harry.

Il se pencha et ramassa la poupée au moment où les doigts de Snape allaient s'y refermer.

-Potter, dit-il calmement, mais avec menace. Montrez moi cette poupée.

-Non !

Harry commençait à paniquer. Snape devait sûrement penser que la peluche était une méchante caricature de lui même, une mauvaise blague que son élève détesté aurait pu lui faire. C'est vrai que de loin, la poupée ressemblait vaguement à Snape. Mais cette dernière dégageait une telle chaleur que cela ne pouvait pas être lui.

-Potter. Donnez . Moi . Cette . Poupée.

-NON !

Puis, avant que Snape ne la lui arrache des mains, Harry s'enfuit de la salle, ramassa sa cape d'invisibilité et se précipita vers son dortoir.

Il s'enfouit alors sous sa couverture, et tenta de s'endormir, en serrant sa peluche dans ses bras.