Salut à tous ! La confrontation que vous attendez tant...J'espère qu'elle sera à votre goût. Et merci pour les reviews, ne vous arrêtez pas !
Les pas lourds de Harry résonnaient dans les couloirs de Poudlard. Sa démarche était accélérée, déterminée, et chaque pas semblait le rendre un peu plus en colère. Car oui, Harry ne s'était jamais senti aussi énervé de toute sa vie. Jamais. Être trahi de la sorte par l'une des seules personnes en qui il avait toujours eu entièrement confiance le mettait hors de lui. Si Dumbledore s'était trouvé face à lui au moment où il avait enfin compris ce qu'on lui cachait depuis si longtemps, il l'aurait probablement tué.
Il bouscula sans s'en rendre compte quelques élèves retardataires. Heureusement pour lui, les cours avaient repris depuis environ cinq minutes, et il ne croisa pas grand monde.
Tout s'embrouillait dans sa tête, à tel point que la seule pensée qui lui paraissait claire et nette était qu'il devait hurler sa haine sur le directeur. Sa colère surpassait de très loin sa surprise, sa détresse, ou n'importe quelle autre émotion qu'un enfant de seize ans pourrait ressentir en apprenant que son professeur détesté était son père. Il analyserait ses sentiments plus tard. Pour l'instant, il devait aller s'expliquer avec Dumbledore. C'est tout ce qui comptait.
Après ce qui lui parut une éternité, il arriva enfin devant la gargouille qui gardait soigneusement l'entrée du bureau directorial.
-Je dois voir Dumbledore, déclara-t-il, hors d'haleine, à la statue.
-Pas de mot de passe, pas de passage, lui répondit la gargouille d'un ton monotone.
-Mais il faut que je parle à Dumbledore ! C'est de la plus haute importance !
-Pas de mot de passe, pas de passage, réitéra la statue, imperturbable.
Harry poussa un cri rageur tout en donnant un violent coup de pied dans le socle de la gargouille. Comme le socle était en pierre, cela lui fit relativement mal, et il dû se frotter ses orteils endoloris avant de pouvoir poser le pied à terre.
Harry resta quelques minutes à pester contre sa propre bêtise, puis contre Dumbledore, puis contre la gargouille, puis contre la personne qui avait construit la gargouille, puis contre la personne qui avait inventé les mots de passe. En passant, il cracha quelques noms de friandises – on ne sait jamais – mais en vain.
Il finit enfin par se calmer en fermant les yeux et en prenant de grandes inspirations. Après quelques secondes de silence, il entrouvrit un oeil.
-Tu ne veux vraiment pas me laisser passer ? Tenta-t-il dans un acte stupidement désespéré.
Si la statue pouvait hocher la tête, elle l'aurait probablement fait. Harry soupira, vaincu.
Il tourna le dos à la gargouille puis fit quelques pas afin de noyer sa déception, tout en restant dans les alentours, au cas où quelqu'un susceptible de lui fournir le mot de passe arriverait. Et tant pis pour le cours de Soin aux Créatures Magiques. Il irait une autre fois. De toute manière, il était déjà très en retard.
Il se passa alors machinalement la main dans ses cheveux, lorsqu'il remarqua quelque chose d'anormal.
Ses cheveux étaient beaucoup plus doux et lisses que d'ordinaire. Ils n'avaient pas cette texture crépue et revêche qu'ils avaient toujours abordés. De plus, ils semblaient plus longs – peut-être justement parce qu'il étaient moins épais. Il tenta de mettre l'une de ses mèches devant ses yeux, mais sans succès – ils étaient légèrement trop courts.
Paniqué, Harry chercha des yeux un miroir. Il savait qu'il y en avait un à cet étage, car il était souvent passé devant, sans y prêter attention. Il ne s'était pas trompé. En effet, à quelques mètres à peine de l'entrée du bureau de Dumbledore, se trouvait, entre deux tableaux, un immense et magnifique miroir, qui ne manqua pas de lui rappeler le Miroir du Risèd. Seulement l'objet ne lui renvoya que son propre reflet. Ou du moins, ce qui semblait être son reflet.
Harry se rapprocha, les sourcils foncés dans une intense expression d'inquiétude et de confusion. Pour être bien sûr qu'il s'agissait de lui, il fit quelques mouvements avec sa main. Le jeune homme dans le miroir en fit autant.
Il déglutit. Pas de doute, c'était bien lui. Enfin, dans un sens. Car comment une personne qui ne lui ressemblait en aucun point pouvait être lui ? Harry s'était souvent posé cette question : si il n'avait pas été le fils de James et Lily, s'il avait eu un autre nom, un autre visage, aurait-il toujours été lui ? Et bien il allait vite le découvrir, à son grand regret.
Il décida d'analyser ce jeune inconnu, qui avait l'air de s'amuser à l'imiter à travers la glace.
Ce qui le frappa en un premier lieu fut sa ressemblance frappante avec sa mère. Les mêmes traits fins et délicats, les mêmes pommettes relevées et légèrement seyantes parsemées de petites taches de rousseurs, à peine visibles. Une fossette creusait le bout de son menton, ainsi que ses joues lorsqu'il souriait. Toujours aussi fasciné, il passa doucement un doigt sur l'arrête de son nez, impeccablement droite, sans aucune bosse, ni creux. Seul le bout de son nez était très légèrement retroussé.
Harry plongea alors son regard dans ses propres yeux en amende, délicatement relevés vers ses tempes. Cependant, ils n'avaient pas l'éclat émeraude de ceux de Lily. Non, les siens irradiaient d'un noir profond et intense, qui s'accordait parfaitement avec ses cheveux de jais qui lui tombaient souplement sur les épaules. Il entortilla alors l'une des mèches de ses cheveux, afin d'en apprécier la texture, bien plus agréable au touché que son « ancienne » chevelure. Puis il caressa ses lèvres fines, aux commissures relevées qui lui donnaient un air perpétuellement ironique. Ses yeux semblaient avoir été soulignés d'un trait de crayon noir, tant ses cils étaient courts, noirs, et peu espacés. Mais se qui frappa réellement le jeune homme, ce fut lorsqu'il baissa le regard sur ses mains. Des mains pâles, aux longs doigts fins, surmontées par des ongles à la forme parfaite. Des mains qu'il avait déjà eu le loisir d'observer, affairées à manipuler avec grâce toutes sortes d'ingrédients.
C'est là qu'il réalisa pour de bon. Il était, vraiment, le fils de...
-Severus ?
Harry se retourna pour faire face au Professeur McGonagal qui, manifestement, l'avait pris de dos pour Snape.
-Ho, fit-elle en rajustant ces lunettes. Vous n'avez rien à faire dans les couloirs, jeune homme. Votre nom ?
-Mais...Professeur, murmura Harry, d'un ton presque suppliant, vous...Vous ne me reconnaissez pas ?
Les sourcils du professeur se froncèrent, et ses yeux scrutèrent la cravate rouge et or de Harry.
-Que faites vous avec un uniforme de Gryffondor ?
-J'appartiens à cette maison, madame.
Elle hocha vivement la tête.
-Non. C'est impossible. Je connais le nom de tous mes élèves. Je réitère ma question : qui êtes vous ?
-Je...
-Minerva ?
Le professeur ainsi que Harry se retournèrent vers le nouvel arrivant. A la vue de la longue barbe argentée et du nez aquilin surmonté de lunettes en demi-lune, le sang de Harry ne fit qu'un tour. Il sentait la haine monter doucement en lui, comme elle l'avait déjà faite lorsqu'il s'était trouvé face à son père dans la Pensine, il y a une éternité de ça.
-Qui est ce jeune homme, Minerva ? Demanda poliment Dumbledore.
-Et bien, je l'ignore, Albus. Tous ce que je sais, c'est qu'il n'est pas en cours et que, de plus, il porte un uniforme qui n'est pas le sien.
Harry aurait bien hurlé qu'il était un Gryffondor, mais il était trop occupé à assassiner le directeur du regard.
-Quel est votre nom, jeune homme ? Questionna gentiment Albus en faisant signe à McGonagal de se calmer.
Harry prit une grande inspiration.
-Morphée, cracha-t-il du ton le plus froid dont il était capable, ne pouvant retenir un petit sourire en coin.
A ce nom, les yeux bleus du directeur s'écarquillèrent. Il répéta silencieusement le mot « Morphée » sur ses lèvres, comme s'il ne pouvait y croire.
-« Morphée » comment, mon garçon, répliqua le professeur de Métamorphose, qui n'était absolument pas au courant de l'histoire de Lily et Snape.
Le sourire sadique de Harry s'étira de plus belle.
-Morphée Sn-
-Très bien, coupa Dumbledore, en se ressaisissant. Minerva, je me porte garant de ce jeune homme.
Minerva acquiesça, puis reparti en direction de son bureau – ou de sa salle de classe, ou d'on ne sait où – puis Albus se rapprocha de la gargouille, murmura le mot de passe, et invita son élève à entrer.
Harry s'exécuta, et, en passant devant son directeur, ne manqua pas de lui lancer le regard le plus haineux possible.
Les deux hommes entrèrent dans le bureau. Albus n'adressa pas même un regard à Harry, et alla simplement s'adosser à la fenêtre qui donnait sur le terrain de Quidditch.
-Installe-toi, fit-il, toujours de dos à son élève, d'un ton désolé.
-Je n'ai aucune envie de m'installer, professeur, répondit Harry avec cruauté.
Dumbledore soupira, puis se retourna lentement vers Harry. Ses sourcils blancs et touffus étaient plissés dans une expression de profonde tristesse.
-Je suis tellement désolé, Harry...Mais il faut que tu comprennes, je n'avait pas d'autre ch-
-JE N'AI QUE FAIRE DE VOS EXCUSES ! Hurla le jeune homme. VOUS VOUS RENDEZ COMPTE DE CE QUE VOUS AVEZ FAIT ? !
Le directeur ne fit rien pour tenter de calmer Harry. Il se contenta de le fixer, les yeux remplis de peine.
-Durant toute ma vie, poursuivit Harry, durant toute ma vie, vous n'avez fait que me mentir ! Ne le niez pas, professeur, je sais que vous êtes au courant ! Vous saviez depuis le début que James Potter n'était pas mon père ! Et vous ne m'avez rein dit !
Albus hocha tristement la tête.
-Oui, Harry. Oui...Je le savais. Mais je devais te cacher la vérité...
-Pour mon propre bien, je présume ? Cracha le Gryffondor.
-Plus ou moins...
Le directeur se mit à faire les cents pas à travers son bureau, sa main caressant sa longue barbe argentée.
-Je te le répète, Harry, je suis réellement navré. J'ai agi de manière égoïste...Je...Je me suis voilé la face.
-Venez-en aux faits, monsieur ! Pourquoi ne pas m'avoir dit que (il fit une grimace) Snape était mon père ? Et surtout, pourquoi ne pas lui avoir dit à lui ? Pourquoi lui avoir fait croire que Morph- que j'étais mort ?
Dumbledore s'assit dans son large fauteuil, et se passa la main sur son visage. Il semblait chercher ses mots.
-Je...Oh, mon Dieu..Dit comme cela, cela va te paraître horrible, mais...
-Venant de vous, rien ne pourra plus m'horrifier.
Il y eut un silence durant lequel l'élève et le directeur se regardèrent dans les yeux, Harry avec une haine non dissimulée, et Albus, tristement.
-Alors ? Gronda Harry, impatient.
-Alors...Je...J'avais besoin d'un espion.
Harry ouvrit des yeux ronds.
-COMMENT ?
-J'avais besoin d'un espion. Et je savais que Severus serait parfait pour ce rôle...Ho, Harry...Pourras-tu me pardonner...J'ai donc fait croire à Severus que son fils était mort. Je savais qu'il n'aurait plus que la vengeance en tête...Je lui ai donc proposé de devenir espion à ma solde, et...
-Vous êtes un infecte manipulateur, trancha Harry. Vous n'avez vu que votre propre intérêt...
-Pas mon propre intérêt, Harry ! L'intérêt du monde sorcier ! Nous avions besoin d'un espion pour vaincre Voldemort...Pour le plus grand bien...
-Et le « plus grand bien » de Snape, alors ? Vous y avait pensé ? Vous saviez pourtant, à quel point il aimait sa famille ! Vous avez sacrifié sa vie à ses dépends ! Si au moins vous lui aviez demandé, si il avait été d'accord...Mais là ! Vous l'avez tué, professeur ! Littéralement ! Cet homme ne vit que parce qu'il le doit ! Je l'ai vu, le soir où nous avons parlé de ma mère ! Il n'est plus que l'ombre de lui même ! Son âme semble avoir été aspirée par des Détraqueurs ! Il ne vit plus !
Des larmes de rage embuaient les yeux sombres de Harry. Dire que pendant toutes ces années, il avait cru que Dumbledore était quelqu'un de bien...
-Je sais, Harry. Et j'en suis le premier désolé...Mais il le fallait. Severus n'aurait jamais accepté de quitter sa vie de famille confortable pour mettre sa vie en danger en espionnant Voldemort. Il avait clairement dit, le jour de son mariage, qu'il ne voulait pas être mêlé à cette guerre...
-C'est réussit.
-Harry...
-Et pourquoi ne pas nous avoir dit la vérité plus tard, une fois que Snape s'était engagé chez les Mangemorts, et ne pouvait plus faire marche arrière ?
Albus soupira de nouveau.
-Lorsque tu es arrivé à Poudlard, je savais que la vérité finirait par éclater. Je savais que je devais vous dire la vérité, avant que vous ne l'appreniez par vous même. Mais voilà. J'ai été lâche. J'ai craint ta colère, et plus particulièrement celle de Severus.
-Ha oui, ça, c'est clair. Quand il va l'apprendre, je pense qu'il va être plutôt énervé contre vous.
-Et puis, poursuivit le vieux sorcier sans ce préoccuper de la dernière réplique de Harry, plus les années passaient, plus je voyais votre amertume l'un envers l'autre s'accroître. J'ai essayé de vous ouvrir les yeux, de vous montrer à chacun les qualités de l'autre, afin de rendre la chute moins brutale, mais en vain. Harry, s'il y a bien quelque chose que tu as hérité de Severus, c'est son caractère borné. Vous aviez tous les deux vos problèmes, et je ne voulais pas vous en rajouter un...
-Ne me faîtes surtout pas croire qu'après tout ce que vous avez fait, vous vous préoccuper de notre bien être...
-Harry, Severus et toi êtes comme des fils, pour moi. Bien sûr que je me préoccupe de votre bien être, et d'autant plus parce que je me sens coupable de vous avoir caché la vérité...
Harry renifla ne mépris.
-C'est alors que nous avons pris connaissance de la prophétie, poursuivit Albus. Je savais que Voldemort tuerait tous les hommes qui auraient pu être ton père, par précaution. Je ne voulait surtout pas mettre Severus en danger.
-Oui, parce que s'il meurt, vous n'aurez plus d'espion, ce qui serait dommage, continua Harry de son ton ironique.
Les deux hommes poussèrent un long soupir.
-Vous ne savez pas...murmura Harry. Vous ne savez pas, combien il a mal. Combien, le fait d'avoir été privé de son fils a pu le détruire intérieurement. Sinon, vous lui auriez avoué la vérité.
Dumbledore perçut toute la souffrance dans la voix de Harry. Il se rapprocha gentiment de lui, et lui mit la main sur l'épaule.
-Lâchez moi, trancha Harry en se dégageant. Je n'en ai pas finit avec vous. Je veux que vous me racontiez toute l'histoire, de A à Z, sans rien omettre. Rien que la vérité. Ou je dis tout à Snape.
-Tu ne comptais pas tout lui raconter ? Demanda Albus, perplexe.
Harry hocha la tête.
-Non. Je l'aurais fait s'il n'y avait pas eu cette stupide histoire de prophétie. Si Snape apprend la vérité alors qu'il passe autant de temps avec Voldemort, ce dernier finira par le savoir, et il le tuera...
Harry se frotta la tête. Il ne savait pas exactement pourquoi il voulait tant protéger Snape. Après tout, il le détestait toujours autant. Peut-être parce qu'il était dorénavant sa seule famille. Snape était sa seule chance d'être aimé par un parent. Et il ne voulait pas la perdre.
-Je pense qu'il est plus judicieux qu'il l'apprenne par lui même, reprit Harry. Il aura sûrement plus de facilité à contrôler ses réactions, et donc de dissimuler l'histoire à Voldemort.
Il releva vivement ses yeux vers son directeur.
-Maintenant, professeur, je veux toute la vérité. Allez-y.
-Très bien, dit-il en prenant une grande inspiration. Ce qu'il faut tout d'abord savoir, c'est que James Potter vivait, depuis le mariage de Severus et Lily, avec une femme. Une femme qu'il n'aimait pas aussi intensément qu'il avait aimé ta mère, mais avec qui il avait tout de même décidé de partager sa vie. Malheureusement, cette femme était une partisane de Voldemort. James s'en ai rendu compte avant que cette dernière ne dénonce son adresse à son maître, et, après avoir expulsé son « amie » de chez lui, il décida de mettre sa maison sous fidélitas. Il resta donc confiné chez lui, ne recevant comme visite seulement Lily, gardienne du secret, Severus et moi même, en qui il avait entièrement confiance.
Harry haussa un sourcil.
-Oui, Harry, James avait confiance en Severus, car il aimait ta mère.
-Ho, non, ce n'est pas de ça que je suis étonné. C'est plutôt de fait qu'il vous ai fait confiance à vous...
Dumbledore décida de faire comme s'il n'avait rien entendu. Après tout, après tant d'années passées en présence de Severus, il avait appris à faire abstraction de toute forme de sarcasme.
-Donc, reprit Albus, James était entièrement coupé du monde. Et, comme je te l'ai déjà dit, Severus avait décidé de jeter un sort de dissimulation sur son fils – toi - afin que seul un petit groupe de personne ne soient au courant de ton existence.
-Oui, oui, pour me protéger, je sais. Ensuite ?
-J'y viens. Après l'attaque des Mangemorts, Lily est allée de réfugier chez James avec toi. La même nuit, je consolait Severus, qui venait de croire à la mort de son fils. A peine fut-il partit rejoindre les Mangemorts, que je me suis rendu chez James. Je savais ce qu'il me restait à faire, afin que l'amour de Lily pour Severus ne vienne pas la mettre en danger.
-Vous lui avez fait croire que Snape était devenu Mangemort.
-Oui...
-Et elle vous a cru...C'est d'ailleurs ce qui a détruit d'avantage Snape : savoir que sa femme ne l'aimait pas suffisamment, car elle vous a cru.
-Et j'en suis désolé, Harry. Vraiment.
Albus avait beau répéter qu'il était désolé, Harry ne pourrait jamais lui pardonner.
-Je me suis donc rendu chez James, et je leur ai expliqué la situation : Severus avait toujours été un Mangemort, et avait lui même dénoncé sa femme et son fils à Voldemort.
Albus avait prononcé cette dernière phrase avec une peine non dissimulée, tandis que Harry l'écoutait avec effroi.
-Lily en a souffert, bien sûr, mais elle a su refaire surface, contrairement à Severus, et a ainsi pu prendre la meilleure décision afin de te mettre en sécurité, hors de main des Mangemorts.
Harry écoutait attentivement, aussi fasciné que dégoûté.
-Nous avons alors monté une histoire, avec ta mère et James. Nous avons modifié ton apparence. Nous t'avons créé une nouvelle identité, en tant que fils de James Potter et Lily Evans.
-Mais comment ? S'écria Harry. Peut-être que personne ne connaissait l'existence de Morphée grâce au sortilège de dissimulation, mais tout le monde savait que Lily et Snape étaient mariés !
-Oui...C'est là que le sortilège de Fidélitas de James nous a été fort utile : ta mère était la gardienne du secret, et pouvait donc se rendre chez James quand elle le voulait. Et James n'avait plus vu personne depuis la trahison de son amie. Nous avons donc officiellement raconté au monde que Lily savait depuis son mariage que Severus était un Mangemort. Mais elle avait trop peur de son mari pour s'enfuir. Alors elle se rendait régulièrement chez James, pour oublier sa souffrance.
-Vous voulez dire, en gros, que vous avez raconté à tout le monde que ma mère avait trompé Snape avec James, et que c'est comme ça que Harry Potter est né ?
-Harry, je sais que ça semble vraiment horrible...Surtout pour Severus...
-Comment osez vous, rugit Harry. Vous le faites passer pour le grand salop de l'histoire, alors qu'en réalité, il est la victime !
Il frappa la table avec ses mains.
-Je ne peux pas croire que ma mère ai cru à cette trahison de la part de Snape ! Si seulement elle s'était montré moins naïve, on en serait pas là...
Mais au fond, Harry comprenait parfaitement sa mère. Tout comme lui, elle avait fait entièrement confiance à Dumbledore. Il ne pouvait le lui reprocher.
Le jeune garçon sentit les larmes lui monter aux yeux. Cela faisait tellement d'informations en une seule petite heure. Tant de deceptions...Tant de repères envolés...
-Harry, dit doucement Dumbledore tandis que son élève combattait contre une furieuse envie de fondre en larme, Comment...Comment te sens-tu ?
-Parfaitement bien, répondit Harry d'un ton chargé d'ironie. Je viens d'apprendre que James Potter n'a jamais été mon père, que je suis en fait le fils du gars que je hais le plus au monde après Voldemort, que, de ce fait, mon père me déteste, que la personne en qui j'avais une confiance absolue n'est en vérité qu'un affreux manipulateur, je n'ai plus aucun ami, et...Ha, oui ! Je vais devoir rattraper le cours de Soin aux Créatures magiques en nourrissant les Véracrasses de Hagrid. Mais à part ça, tout bai-
Harry n'eut pas le temps de finir sa phrase. Il sentit deux bras l'envelopper, ainsi que la barbe de son directeur qui venait lui chatouiller le dessus de son crâne. Le jeune sorcier n'eut pas la force de le repousser.
Les deux hommes poursuivirent leur étreinte durant plusieurs minutes, en silence. Harry sentit bientôt une larme tomber, puis glisser sur ses longs cheveux noirs.
Dumbledore pleurait.
-Je suis si navré, Harry. Tout ceci est allé trop loin. J'en suis conscient. Si c'était à refaire, je te jure que j'essaierais de trouver une meilleure solution. Mais voilà...On y peux rien.
Albus renforça son étreinte.
-Ce n'est pas à moi qu'il faut dire ça, dit froidement Harry.
-Oui..fit Dumbledore après un court silence. Je sais.
Puis il lâcha doucement Harry, lui prit le menton et l'incita à le regarder dans les yeux. Harry se senti comme passé aux rayons X, et cette sensation le mit mal à l'aise. Les yeux de Dumbledore pétillèrent.
-Tu lui ressemble beaucoup plus que tu ne te l'imagines, Harry.
Il leva un sourcil.
-Vraiment ? J'en suis ravi.
Albus gloussa.
-Oui, c'est exactement ce que je viens de dire. C'est assez paradoxal, d'ailleurs...Car Harry Potter ressemble physiquement à James, mais mentalement à Lily, tandis que l'apparence de Morphée est plus proche de celle de sa mère alors que sa nature profonde ressemble trait pour trait à celle de son père...
Harry ne put empêcher un petit sourire. Albus le lui rendit au centuple.
-Allez, Harry, reprit le directeur. Nous avons encore du boulot. Si nous voulons que ce cher Severus découvre la vérité par lui même, nous allons devoir te rendre ton apparence de « Harry Potter ».
Sur ce, Albus se dirigea vers une armoire, et en sortit un flacon contenant une potion boueuse, ainsi qu'une mèche de cheveux.
-Du Polynectar ? Demanda Harry.
-Pas exactement. C'est une variante du Polynectar, un Polynectar permanent.
-Impressionnant, fit Harry, sincère.
-Je t'avais pris cette mèche de cheveux, lui dit-il en lui montrant la mèche noire et crépue. Je savais qu'elle nous serait utile un jour...
Albus mit donc la mèche dans la potion. Celle-ci prit une couleur blanche, respirant la pureté. Harry l'avala sans hésiter. Quelques secondes plus tard, il sentit la désagréable sensation de la potion sur son corps, la sensation que chaque parcelle de sa peau était engourdie. Puis, il vit les yeux de Dumbledore s'agrandir, et il comprit qu'il venait de redevenir « lui même ».
-Je me sens mieux, soupira Harry en passant sa main dans ses cheveux ébouriffés. D'ailleurs, professeur, pourquoi ses modifications d'apparence ne sont survenues que maintenant ?
Le directeur réfléchit.
-Tu...Tu as toujours cette poupée, n'est-ce pas ? Celle qui est à l'effigie de Severus ? (Harry acquiesça ). Bien. Ton apparence dépend de cette poupée. En partie du moins. Chaque fois que ton véritable père s'en approche, ton apparence reprend sa forme initiale. Si ton père ne fait qu'apercevoir la poupée, alors tes modifications ne sont que superficielles. Si, en revanche, ton père établit un réel contact avec cette poupée, les changements se font plus visibles.
-Je vois...Cela explique pourquoi au début, seuls la couleur de mes yeux, ou mon caractère changeaient. Snape n'avait fait que voir la poupée. (il ricana) Et dire que Pomfresh croyait que ça avait un rapport avec le sort que m'avait jeté Voldemort quand j'étais petit...On était vraiment à côté de la plaque...
Albus leva les sourcils, ce qui avait l'air de signifier "oui, ja sais, et c'était très drôle, d'ailleurs". Puis il redevint sérieux.
-Il faut également savoir que ces changement ne pouvaient s'opérer que si tu avais...renié ton « faux » père.
Harry se retourna.
-Ha...C'est pour cela que vous vouliez absolument que je me débarrasse de cette haine envers James...
Albus hocha tristement la tête.
Le regard de Harry se perdit. Il fixa le plancher d'un air absent, vague. Dumbledore, qui n'avait vu que trop souvent cette expression vide dans les yeux de son maître des potions, accouru vers Harry.
-C'est...C'est rien, assura le Gryffondor. C'est juste que...Toute cette période durant laquelle j'adulais James me semble si loin à présent...Je...Je suis le fils de Snape. C'est si dur à croire...
Il écrasa violemment une larme avec sa manche.
-Je ne sais pas quoi penser...Je suis à la fois heureux de savoir que je n'ai rien en commun avec ce crétin arrogant de Potter, mais en même temps...(il soupira) J'aurais tout de même préféré apprendre que...je ne sais pas...Que Arthur Weasley était mon véritable père...
-Oui, je comprend, fit Albus en frottant les épaules de son élève. Mais comme je te l'ai dit, tu as pris du caractère de Severus. Tu es donc particulièrement sensible. Il est primordiale pour toi de ne pas cumuler tes sentiments. Fais les sortir. Le fait que tu me parles de tes états d'âmes est une très bonne chose.
Harry écarquilla les yeux.
-Snape est...sensible ?
Albus rit.
-Oui. Mais il le cache - ce qui est, en passant, très mauvais. Il pense que les émotions, que les personnes sensibles sont faibles. Et il se déteste lui même d'être quelqu'un qu'il considère comme « faible ». Alors il se renferme sur lui même, il se crée une façade impassible, afin de cacher sa véritable nature au monde. Mais si on pouvait lire à l'intérieur de lui, on y verrait une myriade de sentiments s'y entremêler, s'y bousculer afin de s'extérioriser. Oui, Severus Snape, malgré les apparences, est un homme sensible.
-Vous pensez que c'est être faible que de parler de ses sentiments ? Demanda Harry, inquiet.
-Non. Au contraire. Il faut une sacrée force pour oser avouer ce que l'on a sur le coeur. Harry, n'oublie jamais que Severus est un homme bourré de qualité -l'intelligence, la réflexion, la fidélité,...j'irais même dire l'humour. Qualités dont tu as sûrement hérité. Mais il possède également des défauts destructeurs : la rancoeur, l'esprit de vengeance, l'irascibilité, la nostalgie. Et, malheureusement, je pense que tu en as hérité aussi. Reste donc sur tes gardes. Ne plonge pas, à l'instar de ton père, dans un cercle vicieux. Ne te noie pas dans tes souvenirs, ne cumule pas de haine ou d'amertume envers quelqu'un, même s'il le mérite. Tu risquerais de te perdre.
Harry acquiesça gravement.
-Alors, il vaut mieux que je sois sincère avec vous.
Dumbledore le regarda avec attention.
-Je ne pense pas pouvoir vous faire confiance à nouveau, ni vous aimer comme je vous ai aimé. Je ne pense pas pouvoir vous pardonner.
Dumbledore papillonna des cils, comme s'il voulait chasser une poussière de son oeil.
-Bien..Je te remercie pour ta sincérité...
-Je suis désolé mais c'est comme ça que je le ressens.
-Non...Non, c'est normal, dit-il avec peine. Je ne sais pas si je pourrais jamais me pardonner à moi même.
Ils restèrent de nouveaux silencieux, à se fixer intensément.
-Bon...finit par dire Harry avec embarra. Je...Je ferrais mieux d'y aller...
Il se dirigea alors vers la sortie.
-Ho, Harry, le rappela le directeur.
Harry se retourna.
-Essaie de te comporter comme « Harry Potter », non comme « Morphée Snape », si tu vois ce que je veux dire...
-Vous voulez dire, comme un idiot arrogant de première, ravi de savoir qu'il est célèbre et ne cessant de se plaindre sur sa vie injuste, dit-il avec amusement. C'est d'accord.
Puis, avant qu'il ne redescende en direction de son prochain cours, il eut tout juste le temps d'apercevoir le clin d'oeil amusé que lui lança Dumbledore.
Je vais sûrement passer pour un faible, se dit Harry à lui même, en ricanant, mais je ne peux tout simplement pas rester fâcher contre Dumbledore...
Sur ce, il se dirigea d'un pas fluide, furtif et silencieux vers son cours de Sortilège, sa robe de sorcier voletant au gré de ses pas.
Il se comporterait comme un Potter tout à l'heure. Pour l'instant, et lorsqu'il était seul, c'était bien plus drôle d'être un Snape.
