Bon...Je sais pas trop quoi penser de ce chapitre. Ce n'est tout simplement pas mon préféré, il tourne un peu en rond, mais bon, certains éléments sont assez - voir très - importants pour la suite. Et il est assez court, mais la suite ne pouvait pas faire partie de ce chapitre. Merci pour les reviews qui me poussent vraiment à continuer ! Et...Au fait, vous avez vu le dernier Harry Potter ? Vachement mieux que ce que j'avais imaginé, en tous cas !
Après un délicieux repas pris en compagnie de ses amis, Harry se rendit à contre coeur dans les cachots.
Depuis qu'il connaissait la vérité, il ne s'était pas encore retrouvé seul à seul avec Snape, et il appréhendait beaucoup cette rencontre : comment allait-il réagir ? Lui-même ne savait pas bien ce qu'il ressentait envers son père, alors comment anticiper ses réactions ? Et s'il était incapable d'exprimer le moindre mot, trop ému de se trouver devant l'un de ses parents, chose qu'il n'aurait jamais crue possible ? Et s'il s'effondrait en larmes sous le coup de l'émotion ? Et si la phrase « Vous êtes mon père ! » sortait malgré elle de sa bouche ?
Le ventre de Harry se tordait d'avantage à chaque pas qu'il faisait. Il avançait de plus en plus lentement, repoussant l'échéance.
Puis il s'arrêta.
Il venait de réaliser qu'il ne pouvait décemment pas se présenter à Snape dans un tel état d'angoisse. Prenant le risque d'être en retard, Ii ferma les yeux et inspira profondément une grande bouffée d'air.
Tout ira bien, se dit-il. Après tout, je ne suis plus seulement Harry Potter. Je suis également Morphée Snape, ce qui veut dire que je devrais être capable de contrôler mes émotions.
Il ouvrit les yeux et respira de nouveau normalement. Cette petite remise en question lui avait fait du bien, et ce fut donc d'un pas plus léger qu'il descendit les quelques étages qui le séparaient de Snape.
Une fois arrivé devant la grande porte ébène du bureau du professeur, une nouvelle vague d'angoisse envahit le jeune homme. Au moindre faux pas, au moindre petit lapsus de sa part, Snape découvrirait sa véritable identité. Se dire que son secret n'en serait peut-être plus un d'ici quelques minutes lui faisait extrêmement peur.
C'est donc d'un bras tremblant qu'il frappa à la porte de Snape. Il y eut un silence, durant lequel Harry fut extrêmement tenté de s'enfuir à toutes jambes, puis la voix glaciale du professeur se fit entendre.
-Entrez.
Harry prit une nouvelle inspiration, puis entra dans la pièce, en se jurant de bien réfléchir à ce qu'il allait dire avant de prononcer le moindre mot, de peur de faire une bêtise.
La lourde porte noire se referma violemment derrière le Gryffondor. Snape le fixait, adossé à un mur de la pièce non éclairée.
-Bien, Potter, fit-il calmement. Asseyez-vous et dites moi comment vous avez réussi à maîtriser l'Occlumencie.
Harry prit place sur une chaise, les yeux écarquillés : il s'était tellement focalisé sur le fait que Snape allait sûrement découvrir la vérité qu'il n'avait absolument pas pensé que le professeur serait désireux de savoir par quel miracle Harry avait réussi à fermer son esprit.
-Euh, je...
Snape l'observa en levant un sourcil, ce qui déstabilisa d'avantage Harry.
-J'ai appris tout seul, finit-il par dire, sincère.
Snape le toisa de toute sa hauteur.
-Vous allez sûrement rire, Potter, mais je ne vous crois pas vraiment.
-C'est pourtant la vérité, répondit-il en haussant les épaules. Il a simplement suffit que je comprenne la technique, et le reste en a décou-
-CESSEZ DE MENTIR, POTTER !
Harry planta ses yeux dans ceux de Snape, qui frémissaient de colère. Il comprit que son professeur avait fait tout son possible pour conserver son calme depuis le début de l'entretien, mais qu'il n'y était pas parvenu. Il semblait d'ailleurs regretter de s'être emporté. Il lui avait tourné le dos, et se tenait à présent appuyé sur son bureau, ses cheveux noirs lui cachant entièrement le visage.
Harry se dit que Snape devait sûrement avoir trop de choses en tête en ce moment, à tel point qu'il ne pouvait plus contrôler ses émotions comme il le désirait : il était beaucoup plus sujet aux sautes d'humeurs ces derniers temps. Il lui arrivait souvent – trop souvent - de passer de son air impassible habituel au désespoir ou à la colère en quelques secondes.
Soudain, sans prévenir, Snape se tourna à nouveau vers Harry. Il lui prit fermement les épaules, et chercha son regard. Harry savait pertinemment qu'il s'apprêtait à pénétrer son esprit, mais ne le laissa pas faire : il ne voulait pas qu'il apprenne la vérité de cette manière, c'eût été trop facile.
Il le repoussa alors grâce à sa nouvelle puissance mentale. Snape se frotta le front, comme s'il venait de se cogner, puis lança un regard meurtrier à Harry qui lui renvoya un sourire satisfait.
-N'essayez plus d'user le la Legilimencie sur moi, professeur. Je pense ne pas me tromper en affirmant que je suis au moins parvenu à votre niveau.
Snape, sans quitter son élève des yeux, se pinça les lèvres, une moue méprisante au visage. Harry aurait cru que de voir son père lui renvoyer tant de haine le blesserait, mais il se rendit compte qu'il était tellement habitué à ce que Snape le regarde de cette manière que cela ne lui fit ni chaud ni froid.
-Et peut-on savoir par quel miracle, Potter ? Si je me souviens bien, l'Occlumencie n'a jamais été votre fort... Quoique vous semblez posséder quelques prédispositions pour ce qui est de s'immiscer dans les souvenirs d'autrui.
-Vous n'aviez qu'à pas laisser traîner votre Pensine n'importe où ! hurla Harry en bondissant de sa chaise. Vous saviez très bien que le curieux Gryffondor que je suis ne résisterait pas à la tentation !
-Baissez d'un ton, Pot-
-Non !
Harry se mit alors à faire les cents pas dans le bureau. La colère l'avait emporté sur la peur. Harry l'avait laissé l'emporter sur la peur. La colère était plus facile à gérer pour le jeune homme.
-Tout ça c'est votre faute ! cracha-t-il en direction de Snape. Si vous ne m'aviez pas laissé seul avec votre Pensine, je n'aurais jamais détesté James, et je ne me serais pas retrouvé embarqué dans cette histoire de malade !
Harry sentait son rythme cardiaque s'accélérer en même temps que la rage montait en lui. Il n'avait plus laissé libre cours à sa colère depuis sa dernière dispute avec Dumbledore. Il n'en avait pas ressenti le besoin. Mais le fait de se retrouver devant Snape, le fait que lui ne soit au courant de rien, et ne pouvait donc pas comprendre ni même partager son désarroi le mettait hors de lui. Il avait tout simplement l'impression de vivre dans un monde différent de celui de son professeur, un monde envahi par le doute et la confusion, alors que lui vivait dans un univers basé sur l'ignorance. Oui, voilà, Harry enviait son ignorance. Merlin, ce qu'il aurait aimé ne jamais s'être plongé dans cette Pensine !
Il frappa violemment un bocal qui se trouvait sur une étagère. Ce dernier s'écrasa au sol en déversant un liquide verdâtre . Le bruit de verre brisé ramena le calme dans la pièce. Harry cessa de s'agiter, les poings serrés contre son corps. Snape, lui, fixait simplement l'horible tâche verte qui était à présent répendue sur son magnifique tapis. Une fois encore, son regard ne reflétait plus que le vide. Il aurait dû crier sur le gamin pour avoir osé casser volontairement l'un de ses précieux bocaux, mais il n'en avait pas la force. Il n'avait plus la force de rien, de toute manière.
-Potter... finit-il par murmurer. Potter...Il le fallait.
Harry releva la tête.
-Comment ?
Snape passa la main sur sa nuque et plissa légèrement son sourcil gauche.
-Il... il le fallait. Vous ne pouviez plus vivre dans le mensonge.
Le coeur de Harry s'arrêta. Ça y est, Snape était au courant...
-Vous deviez vous confronter à la réalité, poursuivit Snape alors que la peur commençait tout doucement à s'infiltrer en Harry.
-La...(il déglutit) La réalité ?
Snape hocha la tête.
-Oui. Même si je comprends tout à fait que votre monde doit s'en trouver chamboulé, je pense que c'est une bonne chose que vous sachiez qui est réellement votre père.
Harry se mordit la lèvre. Snape paraissait si calme ! Est-ce que cela voulait dire qu'il était prêt à accepter son élève détesté en tant que fils ?
-Alors vous... fit Harry d'une petite voix tremblante d'émotion. Vous ne me rejetez pas ?
Il leva alors ses yeux émeraude, remplis de joie, vers celui qu'il était prêt à appeler « père ». A son grand étonnement, Snape fronça les sourcils et eut un petit mouvement de recul.
-Vous « rejeter » ? Potter, je passe ma vie à rejeter tout le monde, vous ne pensez tout de même pas faire exception ?
Ses mots sonnèrent si dur dans la tête de Harry qu'il crut que celle ci allait exploser. Ce n'était pas tellement le fait qu'il soit rejeté qui lui fit mal, mais plus le fait d'avoir eu, l'espace d'une seconde, l'espoir de recevoir l'amour d'un proche. Il se maudit intérieurement d'avoir des pensées si mièvres. Comme s'il avait besoin de l'amour de Snape...
-Potter ? Demanda le professeur, sûrement intrigué par l'étrange attitude de son élève – élève qui semblait osciller entre une profonde tristesse et une colère incommensurable – Vous vous sentez bien ?
-Comment le pourrais-je ? Rugit Harry, sa main serrant sa baguette dans sa poche.
Snape leva – encore ! - un sourcil.
-Potter, puis-je connaître la cause de ce pitoyable état ?
La colère de Harry fit place à la perplexité. Le professeur avait l'air sincère, lorsqu'il disait ne pas savoir ce qui l'attristait tant... Le fait que son fils puisse être blessé par son rejet était donc si inimaginable pour l'insensible Maître des Potions ? Ou alors...
-Excusez moi professeur, dit Harry en levant les yeux vers Snape, mais lorsque vous parliez de « savoir qui est réellement mon père »...
-Je parlais, de toute évidence, de votre petite escapade dans ma Pensine, qui vous a ainsi fait découvrir que votre père n'était qu'un imbécile, trancha-t-il froidement.
La voix glaciale de Snape fit place à un silence. Harry cligna des yeux, puis éclata soudainement d'un rire incontrôlable, comme il n'en avait pas eu depuis longtemps. Même les protestations de Snape ne parvinrent à la calmer. A l'instar de la colère, le rire lui permettait de se libérer, et ce de la manière la plus agréable qu'il soit. Il ne ressentait plus ni peur, ni haine. Il se sentait tout simplement bien.
Snape semblait complètement dépassé par les évènements. Évidemment, puisqu'il n'avait aucune idée de ce qui avait pu provoquer l'hilarité de son élève. Et son incompréhension était tellement lisible sur son visage que Harry ne pouvait s'empêcher de rire de plus belle. C'était comme si le Gryffondor venait de prendre conscience de l'absurdité de toute cette histoire. Et Snape qui restait là à le regarder, totalement désemparé, en lui répétant qu'il était aussi idiot que son père... C'était trop pour le pauvre Harry.
-POTTER ! JE VOUS SOMME D'ARRETER CETTE COMEDIE SUR LE CHAMP ! ...Ou bien de me raconter ce qu'il y a de si désopilant, ainsi je pourrai peut-être me joindre à vous...
Que faire ? Harry ne pouvait tout de même pas lui dire qu'il riait à cause du magnifique quiproquo qui s'était déroulé quelques minutes plus tôt ! Qu'il riait parce que Snape, en insultant « son père », se traitait lui même d'imbécile ! Et enfin que ce qui l'amusait le plus était l'ignorance de son professeur sur la situation !
Snape prit une grosse inspiration, las, puis pointa sa baguette sur Harry. Ce dernier fut immédiatement trempé de la tête aux pieds, ce qui le calma sur le champ.
-Vous avez le rire le plus agaçant que je connaisse, Potter.
-Comme si vous étiez habitué à entendre des personnes rire, répondit-il avec un sourire en coin.
Snape détourna la tête de son élève.
-Vous n'êtes toujours pas enclin à me révéler la cause de votre hilarité ?
-Non.
-Ni la cause de votre colère ?
-Non plus.
Snape soupira en s'asseyant sur une chaise.
-Vous êtes fatigant, Potter.
-Quoi, vous ne préférez pas trouver tout seul ? Demanda Harry, heureux de voir que son professeur se comportait de manière plus naturelle avec lui – jamais il n'aurait cru le voir s'affaler sur une chaise de cette manière un jour.
Snape, sa tête reposant sur son bras lui même appuyé à un accoudoir, leva les yeux vers Harry.
-Oseriez-vous mettre en doute mes capacités de raisonnement, Potter ?
Harry ricana.
-C'est exactement ce que j'ai répondu à Ron toute à l'heure. Donc non, je ne mets pas en doute vos capacités de raisonnement, bien que je trouve que certains facteurs auraient tendance à les amoindrir.
-Pourriez-vous développer ?
-Non.
Snape leva les yeux aux ciel, tandis que Harry réprima un sourire. Qui aurait cru que jouer aux devinettes avec son professeur de Défense soit aussi amusant ?
-Si j'ai bien compris, reprit Snape, vous et vos amis me cachez quelque chose, et vous préféreriez que je le devine par moi même, c'est cela ?
-Exactement, répondit calmement Harry.
Snape émit un petit « tss ».
-Si vous croyez que j'ai du temps à perdre avec vos jeux puérils...
-Oh, mais rien ne vous oblige à jouer avec nous, professeur. Si vous ne voulez pas savoir ce que l'on vous cache, c'est votre problème, moi je m'en fiche...
C'était évidemment un mensonge, puisque la survie du monde sorcier dépendait de l'esprit de déduction de Snape, mais Harry savait très bien que le professeur ne pourrait résister à cette petite provocation. C'était assez drôle, car depuis que Harry savait qu'il était Morphée, il avait l'impression de connaître Snape par coeur. Était-ce parce qu'il était son fils, ou était-ce tout simplement parce que Snape s'était énormément ouvert à lui ces temps ci ?
-C'est rouge ? Fit soudain Snape, d'un ton morne, coupant les pensées du Gryffondor.
-P... Pardon ? Bredouilla Harry, pris par surprise.
-Non, rien, répondit-il. Je plaisantais.
-P... Par-don ? Bégaya de nouveau Harry. Vous quoi ?
-Par Merlin, Potter, je ne le referai plus, mais effacez moi tout de suite cette expression grotesque de votre visage !
-Euh... Fit-il en reprenant ses esprits. Et bien...Ce n'est pas rouge.
-Parfait, voilà qui m'avance.
Il se passa un doigt sur sa lèvre inférieure.
-C'est vert, alors ?
Harry se massa l'arête du nez.
-Non-professeur-ce-n'est-pas-vert.
-Ah.
Snape observait toujours la tâche verdâtre ancrée dans le tapis, en se tripotant les doigts comme il le faisait souvent lorsque ses mains n'étaient pas occupées. Harry se mordait les joues, impatient de savoir ce que son professeur allait bien pouvoir lui sortir comme énormité.
-Est-ce que c'est jau-
-Professeur ce n'est pas une histoire de couleurs ! Gronda Harry, exaspéré par l'attitude désinvolte de Snape face à quelque chose de si sérieux.
-Bon, parfait ! Ne vous énervez pas ! (il baissa d'un ton). Si vous me donniez un indice, peut-être que...
Harry réfléchit. S'il lui donnait un indice trop précis, Snape risquait de deviner beaucoup trop vite. Quoiqu'il ne semblait pas près de trouver. Il avait plutôt l'air de penser que « la chose mystère » était quelque chose de complètement futile, comme une bêtise Gryffondorienne. L'idée même que cela puisse concerner son passé et la tragédie qui allait avec ne semblait pas l'avoir effleuré, sinon il ne... « plaisanterait » pas là dessus.
Évidemment, il ne pensa pas une seconde que Snape avait pu faire semblant de jouer les idiots afin de l'énerver et de le pousser à lui donner un indice...
-Pensez à mes récentes prouesses magiques, finit-il par annoncer.
Harry était plutôt fier de son indice : en effet, si Snape faisait le lien entre ses progrès en Occlumencie, l'étrange lapin qu'il avait fait apparaître en cours de Métamorphose et lui même, il ne lui manquerait plus qu'un peu de bonne foi pour en déduire que Harry était Morphée. Encore fallait-il qu'il fasse le lien, ce qui n'était pas gagné.
Snape leva les yeux vers les plafond, en pleine réflexion. Harry l'observa en souriant : lorsque le professeur n'arborait pas ce stupide masque d'impassibilité, il avait l'air beaucoup plus détendu, moins effrayant. Peut-être appartenait-il à la race humaine, en fin de compte... Et durant cet entretient, il s'était presque montré sympathique. Par les pantoufles de Merlin, il avait même plaisanté !
Pour la première fois de sa vie, Harry voyait enfin ce que sa mère avait pu trouver à Snape. En y réfléchissant, son humour cynique pouvait être amusant, lorsqu'il n'avait pas pour but de blesser les autres...
Les deux hommes restèrent ainsi durant quelques minutes, l'un souriant, l'autre réfléchissant, lorsqu'ils furent interrompus par un crépitement étrange venant de la cheminée.
-Harry. Dans mon bureau, tout de suite.
Harry eut à peine le temps de voir ce qu'il se passait que la tête de Dumbledore avait disparu dans un mur de flammes vertes.
-Bon... Je vous laisse cogiter, professeur, fit-il en tentant de camoufler son anxiété face à l'intervention du directeur.
Snape lui adressa un bref signe de tête, puis Harry sortit précipitamment de la pièce.
-Que se passe-t-il, professeur ? Demanda Harry- de mauvaise humeur - une fois entré dans le bureau du directeur
Dumbledore lui fit signe de s'asseoir, mais, au grand étonnement de Harry, ne lui proposa aucune friandise.
Peut-être qu'il n'en a plus, se dit-il en haussant les épaules.
-Professeur, commença froidement Harry, je suis désolé de m'être approché de Snape, mais -
Dumbledore balaya ses paroles d'un geste de la main.
-Cela n'a aucune importance, Harry. Ce n'est pas pour cela que je t'ai fait venir.
Harry fronça les sourcils. Le directeur ne semblait pas énervé, mais plutôt très sérieux.
-Il faut que je te parle de quelque chose d'extrêmement important, Harry. Cela concerne la Prophétie.
A ces mots, l'attention de Harry se fit entière. Il fixa Dumbledore, sans ciller. Ce dernier sourit.
-C'est drôle, Severus avait la même expression le jour où je lui ai parlé de ce que je m'apprête à te révéler...
Harry grogna.
Dumbledore sourit de plus belle, puis alla fouiller quelque chose dans un de ses tiroirs. Il en sortit un rouleau de parchemin, qui ne semblait pas des plus récents.
-Tiens, fit-il en lui tendant le parchemin.
Harry le déroula et commença à lire le titre à haute voix :
-« Sortilège des Liens du Sang »... Qu'est-ce que c'est que ça, encore ?
-Tu en sauras d'avantage en lisant le parchemin, Harry. Mais je pense que je peux te l'expliquer dans les grandes lignes : le sortilège des Liens du Sang est un sort très ancien et surtout infaillible.
Il fit une pause afin d'être sûr de capter toute l'attention du jeune homme.
-Comme tu le sais, reprit-il, il n'existe pas de magie plus puissante que l'amour...
Harry leva les yeux au ciel. Il n'allait pas encore lui parler de la puissance de l'amour ?
-Ne prend pas cet air là, Morphée Snape ! Sans l'incommensurable force de l'amour, tu ne serais pas là aujourd'hui ! Lança-t-il d'un air malicieux.
-Mh.
-Bien, je reprends. Je disais donc qu'il n'existe pas de magie plus puissante que l'amour. Et l'amour le plus pur que l'on puisse trouver et celui d'un parent pour son enfant. Ce sortilège permet donc de canaliser l'amour que ressentent deux personnes liées par le sang. L'effet est si destructeur qu'il est impossible d'y survivre.
Harry, tout en écoutant son directeur, parcourait le parchemin des yeux.
-Il faudrait donc que Snape et moi lancions ce sort en même temps sur Voldemort, c'est cela ? Et ainsi, il serait détruit...
Dumbledore hocha la tête.
-Et, reprit Harry en se passant la main sur le visage, pourquoi ne pas simplement lui lancer un Avada Kedavra ?
Dumbledore lui expliqua alors toute l'histoire des Horcruxes, à savoir que dans l'immédiat, il était impossible de tuer le Seigneur des Ténèbres sans avoir détruit ses morceux d'âmes au préalable.
-Et... donc... ce sort est le seul moyen de le tuer sans avoir à détruire les Horcruxes, c'est ça? Conclut Harry après s'être difficilement remis du long et atroce récit de son professeur. (Savoir que Voldemort avait pu faire quelque chose d'aussi horrible que de sectionner son âme le mettait mal à l'aise.)
-Oui. C'est pour cela que la prophétie stipulait que Voldemort serait vaincu par toi et ton père. Sans le sortilège des Liens du Sang, nous devrions d'abord trouver tous les Horcruxes, ce qui nous prendrait si longtemps qu'il nous faudrait sûrement plusieurs générations pour y parvenir.
Harry rit en son fort intérieur. Heureusement que son père était encore en vie, car il ne se voyait franchement pas passer le reste de sa vie à chercher des objets bizarres.
-Je veux donc que tu étudies ardemment ce sortilège, qui est plutôt complexe, Harry. Je te fais confiance.
-Ça vous va bien de parler de confiance... ricana-t-il.
La mine de Dumbledore s'assombrit, et Harry sut qu'il n'aurait pas dû dire cela.
-Excusez moi, Monsieur.
-Ce n'est rien...
Il y eut un silence gêné, durant lequel Dumbledore caressa Fumseck, pensif. Soudain, Harry se rendit compte de quelque chose.
-Professeur ?
Le directeur tourna lentement la tête vers son élève, sa main droite toujours posée sur le plumage de son phénix.
-Oui ?
-Snape connaît-il l'existence de ce sortilège ?
-Bien sûr. Je lui en avait parlé quelques temps avant le meurtre de tes parents.
-Mais comment saviez vous que-
-J'avais déjà entendu la Prophétie. Connaissant bien Voldemort, je savais qu'il allait te choisir.
-Me choisir ? Fit Harry en fronçant les sourcils.
-Oui. L'enfant dont parlait la Prophétie ne pouvait désigner que deux nouveaux-nés : toi et Neville Londubat. J'étais persuadé qu'il te choisirait, car Lily et James avaient accomplis plus de prouesses que les Londubat, et Voldemort devait donc penser que tu serais plus puissant que le fils de deux Aurors moyennement doués.
Harry eut un rictus : ce n'était pas totalement faux.
-Donc, poursuivit le directeur après avoir lancé un regard accusateur à Harry afin qu'il cesse de se croire plus fort que les autres, je savais que tu étais l'enfant de la Prophétie, et, par extension, que Severus était également impliqué. Mais lui ne le savait pas, puisqu'il te prenait pour le fils de James. Il m'a donc fallu l'obliger à apprendre ce sortilège sans lui dire qu'il serait amené à tuer le Seigneur des Ténèbres plus tard.
-Comment avez-vous fait ? Snape n'est pas tellement manipulable...
Dumbledore leva les sourcils.
-Je peux être assez persuasif quand il le faut. Je ne suis pas le plus grand sorcier du siècle pour rien, finit-il en gloussant.
Harry fronça la narine gauche en signe de mépris.
-Allez, Harry, je crois que je t'ai tout dit...
-Si je résume, il faut que je m'entraîne à maîtriser ce sortilège afin de le lancer avec Snape sur Voldemort, ce qui causera sa perte... C'est extrêmement facile, conclu-t-il, ironique.
Dumbledore rit, puis déclara qu'il n'avait plus rien à dire, et que Harry pouvait donc disposer. Avant que ce dernier ne franchisse la porte, le directeur lui lança un bonbon au citron. Harry le rattrapa de justesse, et se retourna vers son professeur, en levant un sourcil.
-J'ai oublié de t'en proposer un tout à l'heure, se justifia le directeur.
Harry leva les yeux au ciel puis sortit du bureau en claquant la porte derrière lui...
