Enfin le chapitre 11 ! J'ai eu une dernière semaine de cours très chargée, et je n'ai eu que très peu de temps pour écrire. Merci pour les reviews, et désolée pour la fin du chapitre qui se termine demanière très frustrante. Merci à flower black et à son don prodigieux pour ce qui est d'améliorer ma rédaction et mon othographe !
Harry sortit du bureau de Dumbledore d'un pas précipité, le nez plongé dans le parchemin que le directeur venait de lui transmettre. Trop occupé pour se soucier d'autre chose que de son document, il ne remarqua pas qu'une personne s'avançait vers lui dans la direction inverse. Ils se percutèrent de plein fouet.
-Oh, excusez moi, bredouilla-t-il en tendant la main vers la personne afin de l'aider à se relever.
C'était une femme d'environ trente ans à la peau pâle et aux cheveux aussi blonds que ceux de Malefoy. Ses paupières basses et ses sourcils en accent circonflexe lui donnaient un air perpétuellement méprisant. Harry était persuadé de l'avoir déjà vue quelque part, mais ne pouvait se rappeler où.
La femme refusa son aide et se releva le plus gracieusement possible tout en époussetant sa robe vert émeraude. Elle adressa un dernier regard hautain à Harry puis, sans un mot, se précipita vers le bureau de Dumbledore que le jeune homme venait de quitter. Silencieusement, il la regarda passer devant la Gargouille qui gardait l'entrée de l'escalier en colimaçon, puis, après quelques secondes d'hésitation, décida de la suivre. Il devait savoir qui était cette femme. Il détestait rester sur une frustration.
Il se glissa alors derrière la Gargouille avant que celle-ci ne referme l'accès, et monta discrètement les escaliers. Comme il s'y était attendu, la femme était déjà dans le bureau du directeur, mais malgré la porte fermée, il pouvait tout de même entendre leur conversation.
-...me fait mal, Dumbledore. Très mal.
La voix de la femme était presque suppliante, ce qui contrastait avec l'image orgueilleuse qu'elle renvoyait.
- Moi, je pense pouvoir supporter la douleur, mais...j'ai peur pour Drago...
A l'entente du nom du Serpentard, l'identité de la femme lui apparut soudain comme indubitable : Narcissa Malefoy, la mère de Drago. Mais que faisait-elle ici ?
-Ne vous en faites pas, Narcissa. Comme je vous l'ai promis, je protégerai Drago. Tant qu'il sera à Poudlard, il n'aura rien à craindre.
-Oui mais la Marque ! Cria-t-elle d'une voix étranglée. Il porte la Marque, Dumbledore ! Le Seigneur des Ténèbres est en train de nous appeler, et si mon fils ne répond pas...Son bras gauche le brûlera jusqu'à ce qu'il ne devienne fou de douleur ! Il n'a jamais vraiment souffert auparavant, il... Il ne le supportera pas...
Sur ce, Narcissa se tut, comme incapable de poursuivre la conversation. Harry pouvait seulement entendre ses sanglots, brisant le calme qui semblait alors régner dans le bureau. Puis les reniflements de la femme devinrent de plus en plus rares. Lorsque le silence devint enfin total, Dumbledore reprit la parole :
-J'ai entendu dire que le jeune Malefoy passait beaucoup de temps dans la Salle sur Demande. Je pense...Oui, je pense qu'il serait possible que la Salle le protège de la douleur infligée par la Marque.
-Vous...Vous croyez vraiment qu'une simple pièce pourrait le protéger d'une forme de magie noire si puissante ?
-C'est la seule solution que j'ai. De toute manière, rien ne pourra totalement effacer la douleur. Quoi qu'il fasse, Drago souffrira de sa brûlure. Néanmoins, la Salle sur Demande pourra peut-être en estomper les effets.
Harry n'eut pas besoin d'en entendre d'avantage : il devait avertir Malefoy. Lui dire comment se protéger de l'atroce souffrance que devait provoquer la Marque.
Il dévala les marches quatre à quatre. Arrivé devant la Gargouille, il prit une gorgée de la potion qui lui permettait de redevenir Morphée, puis courut aussi vite que possible vers la Salle sur Demande.
Severus se dirigeait lentement vers le bureau de Dumbledore, sa main droite agrippant fermement son avant bras gauche. En presque seize ans d'espionnage, il ne s'était toujours pas habitué à l'insupportable brûlure que provoquait la Marque des Ténèbres. L'espace d'un instant, il se demanda si les autres Mangemorts souffraient autant que lui. Il chassa aussitôt cette pensée stupide de son esprit. Qu'est-ce qu'il en avait à faire, après tout ? Le plus important c'était que lui avait mal.
La brûlure devenait de plus en plus intense à chaque pas qu'il faisait, et il dut rassembler tout son courage pour ne pas s'agenouiller en plein milieu du couloir en sanglotant comme un vulgaire Poufsouffle.
Il tenta alors de penser à autre chose, et sa conversation d'avec Potter lui revint en mémoire. Merlin, que ce gosse pouvait être pénible ! Pourquoi ne pas lui dire tout simplement ce qu'il lui cachait ? Comme s'il n'avait pas assez de soucis en ce moment, pour en plus se plier à un petit jeu de devinettes...
Les paroles de Potter tournaient et retournaient dans sa tête, à tel point qu'il ne pouvait les ignorer :
« Pensez à mes récentes prouesses magiques ».
Qu'avait-il voulu dire par là ?
Un courant d'air, accompagné d'un bruit de pas, lui fit perdre le fil de ses pensées. Il se retourna afin de voir QUI avait osé l'effleurer sans lui demander pardon, mais tout ce qu'il réussit à voir fut la silhouette d'un jeune homme aux cheveux noirs qui courait comme si sa vie en dépendait.
Lorsque ce dernier tourna afin d'emprunter un escalier, Snape pu apercevoir son profil droit, et son coeur manqua un battement. Ce gamin ressemblait étrangement à... Lily.
A une version masculine de Lily.
Excepté le fait que ses yeux et ses cheveux étaient noirs, et non respectivement verts et roux.
Snape eut soudain l'impression que la Terre venait de s'arrêter de tourner.
Se pourrait-il que...
Il secoua la tête. Non. Impossible : Morphée était mort, et rien ne pourrait le ramener.
Ce morveux qui venait de le bousculer n'était rien de plus qu'un élève qui ressemblait vaguement à Lily.
En même temps... Un élève qui ressemblait, même très peu, à son ancienne femme, il l'aurait forcément remarqué... Or il était persuadé de n'avoir jamais vu ce Gryffondor.
Severus observa le jeune homme monter les escaliers. Il ne pouvait tout simplement pas détacher son regard, comme hypnotisé par ses cheveux noirs et souples qui valsaient au gré de sa course, et qui semblaient attiser sa curiosité.
Il ouvrit alors la bouche, prêt à l'apostropher, mais sa voix fut aussitôt étouffée par la douleur fulgurante qui avait maintenant envahit l'intégralité de son bras.
Ses yeux se fermèrent et il se replia sur lui même : la brûlure devenait insupportable.
Au lieu de courir après un fantôme, tu ferais mieux de te dépêcher d'aller voir Dumbledore avant que la douleur ne se propage dans le reste de ton corps, s'ordonna-t-il.
Il se redressa en se mordant la lèvre. S'il avait été encore capable de pleurer, il aurait senti les larmes lui monter aux yeux. Il lança un dernier regard au jeune homme. A son grand étonnement, il l'observait également.
Leurs yeux se croisèrent alors. Snape sentit quelque chose remuer en lui, comme une agréable décharge électrique. Il dut en être de même pour le Gryffondor, puisqu'après avoir maintenu le regard durant quelques secondes, il s'empressa de briser la connexion qui s'était portant joliment établi entre eux. Sans un mot de plus, il s'engouffra rapidement vers l'étage supérieur.
Interdit, oubliant momentanément la Marque, Snape fixa l'endroit où s'était tenu le jeune garçon un instant plus tôt. Il ferma les yeux, prit une grande inspiration puis, tout en serrant son bras gauche, il reprit sa route vers le bureau de Dumbledore.
C'est impossible, c'est impossible, c'est impossible...
Harry arriva devant les portes de la Salle sur Demande, épuisé. Après avoir croisé Snape dans les couloirs, il avait ressenti le besoin d'accélérer sa course, comme si le fait de fuir son professeur allait chasser le malaise qui l'avait envahi en affrontant son regard. Ce ne fut évidemment pas le cas, et les deux orbes noires et intriguées de Snape restaient gravées dans sa mémoire. Avait-il enfin compris ? Merlin... Cela avait été si étrange de rencontrer Snape sous son apparence de Morphée...
Harry secoua frénétiquement la tête : il avait plus urgent à faire. Pour l'instant, il devait venir en aide à Malefoy.
Il s'adossa quelques minutes au mur qui se tenait devant lui afin de reprendre sa respiration, puis poussa les lourdes portes de la Salle sur Demande.
A peine eut-il franchi le seuil de la porte que des petits gémissements lui parvinrent aux oreilles.
-Malefoy ?
Il chercha le Serpentard des yeux, et finit par le trouver, recroquevillé sur son bras gauche dans un coin de la pièce.
-Lai... laisse moi... tranquille !
Sa voix était hachurée, incertaine, comme si chaque mot qu'il prononçait lui demandait un effort incommensurable. La souffrance était lisible sur son visage en sueur.
Harry n'hésita pas une seconde de plus. Il demanda de suite à la Salle de contrer le lien qui unissait Voldemort à ses Mangemorts, autrement dit de les protéger de la douleur infligée par la Marque. Il entendit alors les sanglots de Malefoy se calmer, et accouru vers son camarade.
-Malefoy ? Ça va mieux ?
Malefoy hocha difficilement la tête. Il resta quelques minutes agenouillé sur le sol, puis se releva, tout doucement, sa main droite caressant gentiment son avant-bras.
-C'est normal que tu aies encore un peu mal, constata Harry. La Salle ne peut pas te protéger entièrement.
Drago haussa les épaules.
-C'est rien comparé à ce que je ressentais il y a quelques secondes.
Harry remarqua que son bras tremblait néanmoins.
-Tu veux peut-être t'asseoir ? Demanda-t-il en lui indiquant le canapé.
Malefoy acquiesça, puis prit lentement la direction que lui montrait le Gryffondor.
Harry l'observa, tout en se disant qu'au moins, il n'avait pas perdu sa faculté à vouloir venir en aide à toute personne, et ce même si la personne en question était l'un de ses ennemis. A l'évidence, il devait tenir ça de sa mère.
Malefoy s'installa donc dans le canapé, et, malgré son bras endolori, avec une certaine grâce. Ses yeux gris brillaient, et il n'était pas difficile de deviner qu'il avait récemment pleuré. Mais Harry fit comme s'il n'avait rien remarqué.
-Comment tu savais que... que...
-Que l'on pouvait demander à la salle de te protéger de la Marque ? Osa Harry, voyant que son interlocuteur avait encore du mal à parler.
Malefoy émit un petit « Hm » en signe d'affirmation.
-J'ai surpris une conversation entre ta mère et Dumbledore. Narcissa s'inquiétait beaucoup pour toi. Elle disait qu'elle se sentait capable de pouvoir supporter la brûlure de la Marque, mais qu'elle avait des doutes en ce qui te concernait. Dumbledore lui a donc fait savoir que la Salle sur Demande avait le pouvoir de limiter l'impact qu'exerce Voldemort sur ses Mangemorts. Il suffit de lui demander.
Il avait dit tout cela d'un ton calme, posé, en parfaite contradiction avec toutes les émotions qui se bousculaient dans son ventre.
-Elle n'avait pas besoin de s'inquiéter pour moi, cracha Drago. Je peux me prendre en charge seul.
-C'est ce que je constate, en effet, répondit Harry, légèrement amusé.
-Qu'est-ce que tu veux dire ?
Harry leva un sourcil.
-Et bien, que si je n'étais pas arrivé, tu serais probablement en train de chercher le meilleur moyen de t'arracher le bras gauche, en ce moment.
Il sut qu'il avait marqué un point lorsque Malefoy détourna le regard en grognant.
Puis, il y eut un silence, qu'aucun des deux jeunes hommes ne semblait enclin à briser. Drago fixait le sol, ses sourcils blonds et fins légèrement froncés, et Harry attendait patiemment que son camarade ne reprenne la parole. Il n'avait pas vraiment peur de réengager la conversation, mais il ne savait réellement pas quoi dire. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il devait rester auprès de Malefoy, afin de le soutenir. Quand avait-il commencé à se faire du souci pour Malefoy ? Il n'y avait pas plus d'un mois, il ne pouvait pas le supporter... Tellement de choses avaient changées depuis la rentrée... Inévitablement, ses pensées s'orientèrent vers Snape. Snape qui était son père. Snape qui avait l'air complètement ravagé, aussi bien mentalement que physiquement. Lorsqu'il avait croisé son regard dans les escaliers juste avant d'entrer dans la Salle sur Demande, et qu'il avait vu la souffrance dans ses yeux noirs, il avait eu l'envie, la folle envie, de laisser tomber Drago et de courir à l'aide de son professeur. De le soutenir, de l'accompagner jusqu'au bureau de Dumbledore, et surtout, de lui dire qui il était. Il aurait alors sûrement vu son visage s'illuminer.
Ou peut-être pas...
Après tout, Harry n'avait pas la moindre idée de la manière dont Snape allait réagir lorsqu'il apprendrait la vérité. Et cela lui faisait très peur.
Il chassa ces pensées de son esprit, et se reconcentra sur Malefoy. Il attendit encore quelques minutes, lui apportant silencieusement tout son soutien, puis le Serpentard finit par prendre la parole.
-Lorsque... Lorsque j'ai dit à ma mère que je ne voulais pas être un Mangemort, elle m'a tout de suite soutenu. Elle était même plutôt heureuse.
Son regard était toujours rivé au sol, et il semblait avoir repris le contrôle de sa voix. Harry l'écoutait attentivement, d'un air impassible. Il ne voulait pas que le Serpentard découvre que son histoire l'intéressait profondément.
-Elle m'a alors dit qu'elle ferait son possible pour me protéger. C'est elle qui m'a conseillé d'aller parler à Dumbledore.
Il avala sa salive, ce qui révéla son appréhension au Gryffondor perspicace.
« Je l'ai donc écoutée, et nous sommes tous les deux allés parler au directeur. Il a promis de tout mettre en oeuvre pour garantir ma sécurité, aussi bien dans Poudlard qu'à l'extérieur. Par contre, ma mère a dû elle aussi quitter les rangs du Seigneur des Ténèbres. Il aurait pu s'en prendre à elle en lui demandant de me livrer à lui, par exemple.
Harry acquiesça. Il comprenait parfaitement.
« Elle a donc dû ériger de puissantes sécurités autour de notre manoir, et évidemment ne plus répondre au appel de Tu-Sais-Qui. Quand à mon père, comme il est à Azkaban, il ne pose pas trop de problèmes dans le plan. Mais de toute manière, je suis sûr qu'il serait de mon côté.
Devant le ton assuré de son interlocuteur, Harry n'osa pas intervenir : lui même était persuadé que Lucius Malefoy n'accepterait jamais une telle rébellion. En même temps, Drago lui avait juré que son père l'aimait profondément. Même si c'était dur à croire, qui était-il pour remettre sa parole en doute ?
-Pourquoi tu me fixes comme ça ? Demanda subitement Drago d'un ton agressif.
Harry, qui ne s'était pas rendu compte que ses yeux noirs n'avaient pas quitté son camarde durant toute sa réflexion, fut pris au dépourvu et ne répondit que par un énième haussement de sourcil.
Soudain, le visage de Drago s'illumina, et ses yeux s'écarquillèrent.
-Je sais ! S'écria-t-il.
-Quoi ? Demanda froidement Harry.
Drago frappa sa main gauche avec son poing droit.
-Je savais bien que tu me rappelais quelqu'un !
Harry, qui commençait à deviner ce à quoi pensait le Serpentard, réfléchissait déjà à un mensonge qui pourrait justifier sa ressemblance avec Snape. Mais au moment où Malefoy s'apprêtait à dévoiler le fond de sa pensée, une douleur violente envahit son front, pile à l'endroit où se trouvait sa cicatrice, cachée par une longue mèche de cheveux noirs.
-Morphée ? Fit Drago en fronçant les sourcils.
-C'est rien, répondit Harry en faisant tout son possible pour ne pas porter sa main à sa cicatrice.
Mais Drago ne le crut évidemment pas, et continua à le harceler de questions.
-T'as mal quelque part ? Ventre ? Tête ? Mais répond quand je te parle !
Le ton énervé qu'employait Malefoy avait au moins le mérite d'empêcher Harry de perdre le contrôle et de se laisser envahir par l'esprit de Voldemort. Les cris du Serpentard le raccrochaient à la réalité. Néanmoins, il avait l'intime conviction que quelque chose de grave était en train de se produire. Il devait impérativement voir ce que faisait son ennemi.
Harry quitta alors le canapé dans lequel il était confortablement assis en compagnie de Drago, et tourna vivement les talons en direction de la sortie.
-Hey ! Attends ! Si tu crois que tu peux me planter là, sans aucune explication...
Harry s'arrêta à mi-chemin entre le canapé et les portes de la Salle :
-Je dois y aller. Ne sors surtout pas d'ici. Pas tant que tu ressentira la moindre douleur à l'emplacement de ta Marque. Et ne me suis pas.
Harry reprit sa marche, trop obnubilé par son mal de tête pour se préoccuper des protestations de Drago.
Une fois sorti de la Salle sur Demande, il chercha tant bien que mal les toilettes les plus proches, s'y enferma, et succomba sans plus de résistance à la vision que lui envoyait le Seigneur des Ténèbres.
Aussitôt, il eut l'impression que son âme quittait son corps, un peu comme s'il venait de tomber dans un sommeil profond, mais en étant pleinement conscient de son était de sommeil. Son mal de tête ainsi que le contact froid du carrelage lui parurent soudain très lointains. Il regarda autour de lui, et remarqua qu'il n'était plus dans une des cabines de toilette de Poudlard. Manifestement, il se trouvait dans une forêt sombre et dévastée, dont la plupart des arbres étaient morts. Comme si le mal avait englouti toute verdure. Le sol était fait de sable et de poussière, et les quelques touffes d'herbes entièrement desséchées. Plus loin, faiblement éclairé par les quelques rayons de soleil qui transperçaient les nuages gris et menaçants, se trouvait un grand manoir, aussi peu entretenu que la forêt. Il n'était pas sans rappeler la Cabane Hurlante.
Il sentit alors sa baguette magique rouler entre ses longs doigts pâles et osseux. Il leva le bras en direction d'une masse sombre agenouillée à ses pieds. C'est avec effroi qu'il reconnu les cheveux noirs et le nez crochu de Snape.
-Ssssseverussss, fit-il d'une voix glacée.
-Maître ? Répondit celui-ci avec une voix entièrement contrôlée, sans aucun tremblement.
Harry se mit à faire quelques pas, en tournant autour de son professeur.
-Il se trouve que j'ai récemment réalisé quelque chose d'assez... intéressant...
Snape releva la tête, l'incitant ainsi à continuer.
Harry sentit ses lèvres s'étirer dans un sourire malsain.
-Cela concerne ton fils.
Un léger pli apparu entre les deux sourcils de Snape.
-Mon fils? Fit-il d'un ton qu'il voulait dégagé.
-Oui. Ton fils.
Snape abaissa le regard.
-Sauf votre respect, maître, je n'ai jamais eu de f-
-Ne me mens pas, Severus, siffla calmement Harry, qui sentit la jubilation naître dans le corps de Voldemort. Même si tu l'as caché aux yeux du monde, sache que rien ne m'échappe.
Il claqua des doigts, et put aussitôt entendre des bruits de pas – manifestement provoqués par des chaussures à talons – approcher doucement de lui. Snape écarquilla le yeux.
-Alyssa ?
-Bonjour, Severus, fit la femme qui venait de s'arrêter à la hauteur de Harry. Je suis contente que tu te souviennes de moi.
Snape se redressa, oubliant momentanément qu'il se trouvait en présence de Voldemort. Harry en déduit que cette belle femme aux longues boucles châtain qui se tenait à côté de lui devait être très importante pour son professeur.
-C'est donc toi... susurra Severus, une lueur de rage brillant dans ses yeux.
Le sourire de Harry s'accentua.
-Alyssa... fit-il de son horrible voix sifflante, pourquoi ne pas tout raconter à notre ami ?
Alyssa gloussa, et se rapprocha de Severus.
-Inutile de me raconter quoique ce soit, trancha-t-il sèchement. Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de posséder de grandes capacités de déduction pour comprendre ce qu'il s'est passé... Potter a décidément été bien stupide de t'accorder sa confiance.
La femme gloussa de nouveau :
-Complètement d'accord avec toi. Ce gars était vraiment bête. Le pauvre... Il était si triste d'avoir perdu sa sale Sang-de-Bourbe qu'il a suffi d'un peu de charme pour qu'il m'accueille à bras ouverts. C'était presque trop facile...
Alyssa et Harry ricanèrent.
-Quoiqu'il en soit, reprit-elle, il m'a presque tout de suite mise au courant de l'existence de ton fils, Snape. Et après...
-Après tu es allée tout raconter au Maître, je présume.
Alyssa sourit.
Harry, à travers le corps de Voldemort, ne pouvait qu'admirer l'extrême sang froid dont Snape faisait preuve. Il se trouvait devant la femme qui avait contribué à l'assassinat de son fils, et il réussissait tout de même à conserver une expression impassible. Pourtant, il était persuadé que son professeur ne rêvait que d'une chose en ce moment : torturer et tuer cette Alyssa.
-Tout ça pour te dire, Severus, reprit Harry alors que la brune se frottait outrageusement contre le torse de Snape resté de marbre, que je suis évidemment au courant de l'existence de Morphée, et ce depuis le début.
-Peu importe, à présent. Vous l'avez tué.
Encore une fois, le ton étrangement dénué d'émotion de Snape donnait la chair de poule.
Alyssa enlaça Snape plus fortement, en murmurant quelque chose comme « Aaw... le pauvre chou ». N'en pouvant plus, Severus prit les poignets de la femme et le rejeta brutalement. Cette dernière gloussa d'avantage. Harry eut un petit rire sardonique.
-Allons, allons, restons calmes, fit-il joyeusement. D'autant plus que j'ai, je pense, une bonne nouvelle pour toi Severus.
-Je vous écoute, dit-il tout en lançant un regard meurtrier à Alyssa qui s'amusait avec ses cheveux.
Harry senti ses épaules se soulever.
-Il se peut – et je dis bien, il se peut – que ton fils soit en vie.
Cette fois ci, Snape ne réussit pas à conserver son air dénué d'émotions habituel. Ses lèvres fines se courbèrent légèrement vers le haut, et Harry devina que son coeur venait de faire un bon dans sa poitrine.
-C- comment cela ? Balbutia-t-il.
-Severus...siffla Harry en posant sa main sur l'épaule gauche de Snape, tandis qu'Alyssa faisait de même sur son épaule droite ( d'une manière plus provocante), toujours en gloussant comme une pintade, tu n'as jamais soulevé l'hypothèse que.. Dumbledore aurait pu te mentir ?
Devant le manque de réaction de Snape, Harry poursuivit.
-Tu ne t'es jamais dit qu'il était possible que Morphée ait survécu ?
Snape finit par réussir à bredouiller un « non » presque inaudible. Cette fois ci l'émotion provoquée par cette révélation était clairement visible sur son visage.
-Et dans ce cas, Severus... Si Morphée avait survécu... Où serait-il maintenant ?
Harry vit les lèvres de Snape bouger, mais aucun son n'en sortit. De plus, les soupirs attendris d'Alyssa commençaient à lui taper sur les nerfs.
-Qu'est-ce que tu as dit, Severus ? Demanda-t-il, une pointe d'amusement dans la voix.
-Je ne sais pas, répéta-t-il, désemparé.
Harry vit le long doigt crochu de Voldemort venir se poser doucement sur ses propres lèvres presque inexistantes, et commencer à les caresser.
-Tu ne sais pas ? (il se retourna vers Alyssa) Il ne sait pas ? (il réorienta son attention vers Snape). C'est dommage, ça, Severus. C'est pourtant simple à comprendre : tu as eu un fils avec cette Sang-de-Bourbe, Lily Evans. Supposons que ce fils ne soit pas mort dans cet incendie, et je dis bien supposons. Tu es d'accord que sa mère l'aurait forcément pris avec lui... (Snape hocha difficilement la tête.) Et où est-elle partie se réfugier avec son enfant ?
-Moi je sais ! chantonna la femme en narguant Snape, qui, d'après le scintillement dans ses yeux, devait comprendre où son Maître voulait en venir. Evans est partie se réfugier chez mon ancien copain, Potter !
Le corps de Voldemort hocha la tête. Harry ne pouvait en supporter d'avantage. Non seulement il ressentait la jubilation de Voldemort face à la détresse de Snape, mais également son propre affolement, sa propre tristesse. Cela faisait beaucoup trop d'émotions contradictoires pour une seule personne. De plus, voir son... père, si désemparé sans pouvoir lever le petit doigt lui était insupportable. Mais voilà. Il avait beau mettre toute sa puissance mentale en oeuvre, il n'arrivait pas à briser la connexion qui l'unissait au Seigneur des Ténèbres. Il était condamné à observer passivement son professeur souffrir et prendre conscience de ses erreurs.
Snape ferma les yeux.
-Vous insinuez... Que si Morphée était en vie... (il renifla de mépris, et sa commissure gauche se releva) Harry Potter et lui seraient la même personne ?
Harry, aussi bien que Voldemort, voyait bien que Snape ne le croyait absolument pas.
-Oui, Ssssseverussss. C'est exactement ce que je suis en train d'insinuer... Evans aurait emmené Morphée avec elle chez Potter, puis elle aurait modifié son apparence et son identité afin de le faire passer pour le fils de James Potter.
-C'est absurde, cracha Snape. Potter ne peut pas être mon fils.
-Pourtant, tout se tient, se vit obligée de rajouter Alyssa.
-Alyssa a raison, reprit Harry d'un ton faussement navré. Si, par le plus grand des hasards, Potter s'avérait ne pas être le fils de James...
-Tu arrives en tête de liste des pères potentiels, Snape ! Félicitations !
Snape n'eut même pas la force de lancer un regard assassin à Alyssa. Il était trop occupé à se frotter les yeux à l'aide de son pouce et de son index, en répétant inlassablement à quel point cette hypothèse était « absurde ».
-Et donc, comme tu le sais sûrement, poursuivit Harry, depuis que j'ai appris que Potter ne pourrait me vaincre qu'avec l'aide de son père, je fais évidemment en sorte que cela n'arrive pas, en tuant tous les hommes qui pourraient être son géniteur... ceux qui ont le même âge que James, et qui ont côtoyé Evans, par exemple...
Snape blêmit.
-Puisque je vous dis que je ne suis PAS le père de Potter !
Harry sentit de nouveau ses lèvres se courber vers le haut. Il devinait ce qui allait se produire, mais il espérait fortement qu'il se trompait.
-Oui. Peut-être que tu ne l'es pas. Mais je ne veux laisser aucune chance au hasard, tu comprends... (il fit signe à Alyssa, toujours collée à Severus, de se pousser). Je suis vraiment désolé, Severus...
Harry sentit avec effroi sa baguette se tendre vers Snape.
Non. Il ne pouvait pas laisser faire ça. Il était dans le corps de Voldemort, ce qui signifiait que, d'une manière ou d'une autre, il devait pourvoir le contrôler. Tout plutôt que de perdre son père.
Son père... A cette pensée, il eut un pincement au coeur. C'était la première fois qu'il ressentait Snape comme étant son père. Il avait déjà utilisé cette appellation pour le désigner, mais jamais cela n'avait été aussi sincère.
Il devait le sauver. Il ne pouvait pas en être autrement, Snape ne pouvait pas mourir de sa main. Il concentra alors toute sa force mentale afin de ne pas prononcer la terrible formule, mais rien n'y fit : Voldemort était bien plus puissant. Sa bouche s'ouvrit, et les mots fatals sortirent sans aucune résistance de sa gorge. Il voulu crier, pleurer, mais ce corps haï ne lui accordait même pas cette liberté.
Il eut tout juste le temps d'apercevoir un puissant éclair de lumière verte jaillir de l'extrémité de sa baguette, puis il se sentit à nouveau transporté hors de l'enveloppe corporelle dans laquelle il se trouvait.
Lorsqu'il ouvrit les yeux, il était en sueur, assis sur le carrelage glacial des toilettes. Les murs de la pièce lui renvoyaient encore l'écho de son propre cri :
« Snape ».
