Des fois je me trouve un peu trop gentille... Vous faire parvenir la suite si vite... Honte à moi !


Harry haletait. Son coeur cognait si fort contre sa poitrine qu'il semblait sur le point d'exploser. Il pouvait sentir des larmes couler le long de ses joues, mais ne chercha même pas à les essuyer.

C'était impossible.

Snape ne pouvait tout simplement pas être mort. Pas comme ça. Pas à cause de lui.

Le professeur avait toujours été comme un repère pour Harry : quoiqu'il arrive, quoique que Voldemort fasse, quoique le Ministère interdise, Snape serait là, imperturbable, immuable. Il était le catalyseur de sa colère, la personne sur qui il pouvait rejeter ses fautes. Bien qu'il l'ait toujours haï, et malgré toute la rancoeur qu'il avait accumulée à son égard, jamais il n'avait envisagé la possibilité que son professeur puisse mourir. Et Harry ne pouvait pas dire si la souffrance qu'il ressentait était due à la mort de son seul point de repère dans ce monde si mouvant, ou bien au fait que cette personne s'était avérée être un père qu'il n'aurait jamais la chance d'apprivoiser.

Il ne savait pas s'il pleurait son professeur ou bien son parent. Dans les deux cas, il se sentait particulièrement stupide : pourquoi être si triste à l'idée d'avoir perdu un être si cruel et dénué d'humanité ?

Peut-être parce qu'il savait, au fond de lui même, que Snape n'était pas cet être insensible et sadique qu'il avait toujours cru voir. Il... connaissait le vrai Snape. D'une certaine manière, lorsqu'il avait été seul avec lui, il lui avait dévoilé sa véritable nature. Et jamais sa mère n'aurait fondé une famille avec son professeur s'il n'avait pas possédé un tant soit peu de gentillesse.

La dernière image qu'il avait vue de Snape lui revint soudainement en mémoire, et il sentit comme une boule remonter le long de sa gorge, en même temps que les larmes recommençaient à embuer sa vue.

Puis il fronça les sourcils.

Non.

Snape n'était pas mort. C'était impossible.

Harry se releva brutalement du carrelage sur lequel il était allongé, déterminé à porter secours à son professeur qui devait se trouver dans une situation plus que critique, ou, au pire des cas, à ramener son corps et à lui offrir un enterrement décent. Quoiqu'il en soit, il ne pouvait pas rester enfermé dans ces toilettes à attendre que Dumbledore ou un autre professeur lui annonce la mort du Maître des Potions.

Mais comment allait-il se rendre dans l'étrange forêt qu'il avait vue dans sa vision ? Il ne pouvait pas voyager par cheminette – il se voyait mal crier dans la cheminée de sa salle commune « Repaire de Voldemort » - et il n'avait aucune idée de la manière dont il fallait s'y prendre pour transplaner. De toute manière, il ne connaissait même pas l'emplacement de cette lugubre forêt.

Sans s'en rendre compte, il arpentait depuis un bon moment déjà les couloirs de l'école, dans le seul but de ne pas rester inactif. La panique commençait à le prendre au ventre, en même temps que cette horrible pensée s'immisçait progressivement dans son esprit : Jamais il ne réussirait à rejoindre Snape...

Il secoua énergiquement la tête, refusant de céder au désespoir. Il allait trouver un moyen. Il le fallait. Tout plutôt que de perdre Snape.

Il essuya rageusement les larmes qui perlaient au coin de ses yeux, symboles même de son lamentable état. Sa lèvre inférieure était presque en sang tant il la mordait afin de contrôler ses sanglots. Il pouvait encore retracer le mouvement qu'avaientt fait ses lèvres – ou plutôt celles de Voldemort – lorsque le mage noir avait prononcé la terrible formule. Cela lui donnait des frissons dans tout le corps.

Il mourait d'envie de s'accroupir dans un coin sombre et de laisser libre cours à son chagrin, mais il se l'interdisait. Si Snape était encore en vie, et s'il y avait encore la moindre chance de le sauver, il ne devait pas la gaspiller en se laissant submerger par ses stupides émotions. Merlin, il était le fils de l'homme possédant le plus de sang froid au monde, il devrait être capable de prendre sur lui, non ?

S'agrippant à cette pensée, il s'efforça de reprendre le contrôle de lui même, afin d'être plus apte à réfléchir.

Il avait pensé à avertir le directeur, mais il était certain que ce dernier ne laisserait jamais Harry- espoir- du- monde- sorcier - Potter se jeter ainsi dans la gueule du loup, pas même dans le but de sauver la seule famille qui lui restait.

Puis, soudainement, il eut une idée.

Sans tergiverser d'avantage, il fonça à grandes enjambées vers la Salle sur Demande. Il ouvrit les deux battants de la porte avec une certaine violence, et celles-ci vinrent s'écraser contre le mur en émettant un grand « boum » sonore. Le déplacement d'air provoqué par l'ouverture de la porte fit voleter les cheveux noirs de Harry ainsi que sa cape, provocant de ce fait un effet de style qui aurait terrorisé plus d'un Gryffondor de septième année. Mais Harry n'avait pas le temps de penser à ce genre de choses futiles. Il y avait bien plus urgent.

Il balaya la Salle du regard, et ne mit pas très longtemps à localiser Drago qui paressait dans un canapé. Harry ressentit une brève vague de colère à cette vision. Savoir que certains se la coulaient douce alors que lui était au bord du désespoir le rendait malade.

-Ah, tiens te voilà, toi ! Aboya Malefoy, que Harry foudroyait du regard. T'étais où ? Pour qui tu te prends pour me laisser en plan de la so-

-Tais-toi, murmura Harry d'une voix menaçante qu'il ne se connaissait pas.

En vérité, il n'y avait jamais vraiment prêté attention, mais la voix de Morphée était très intimidante : doucereuse, suave, et légèrement gutturale. Elle était néanmoins plus aiguë que celle de Snape. Mais peut-être était-ce dû à son âge encore jeune.

Quoiqu'il en soit, l'effet fut radical, et Malefoy ne dit plus mot. Il se contenta de lever ses fins sourcils blonds d'un air supérieur.

-Je vais être bref, poursuivit sèchement Harry, que le comportement hautain de Malefoy commençait à agacer, j'ai besoin de toi.

Drago esquissa un sourire mesquin. Harry n'y prêta aucune attention, et poursuivit sur sa lancée :

-Tout d'abord, tu vas répondre à une question que je vais te poser. Et il est inutile de me mentir. Je le saurai.

Drago ricana franchement en détournant le regard d'un air dubitatif.

-Et comment tu comptes t'y prendre pour vérifier si je mens ? En me forçant à boire du Veritaserum ?

-Ne dis pas de bêtises, rétorqua Harry, un rictus aux lèvres, avec quelqu'un d'aussi courageux que toi, je pense que quelques menaces seront suffisantes. Inutile de risquer ma vie et ma liberté en allant piquer du Véritasérum dans la remise de Snape ou en utilisant un Impero.

-Qu'est-ce tu veux dire, rugit Malefoy en fronçant le nez et en se rapprochant de Harry.

Bien que ce dernier faisait au moins une tête de moins que le Serpentard, il ne fut nullement impressionné, et conserva une attitude amusée. Se disputer avec Malefoy, comme au temps où il était encore le fils de James et où toute cette histoire de dingue n'avait pas encore eu lieu lui procurait un plaisir étrange. Ce n'était pas qu'il n'appréciait pas la nouvelle relation qu'il avait établie avec son rival, mais quelques fois, retrouver ses anciennes habitudes n'était pas si mal. L'espace d'un instant, cela lui avait fait oublier ses problèmes.

Il tenta tout de même de calmer Drago. Il avait besoin de sa coopération s'il voulait sauver son professeur, et il était hors de question de tout ruiner pour de telles futilités.

-Répond simplement à ma question, Malefoy.

Drago hésita, puis abdiqua. Harry pouvait sentir que, malgré son insupportable arrogance, Malefoy savait qu'il n'avait pas intérêt à l'énerver. Satisfait de la légère peur qu'il semblait procurer au Serpentard, le Gryffondor poursuivit en prenant bien soin de planter son regard déterminé et ferme dans les yeux gris de Drago.

Harry décrivit alors l'endroit qu'il avait vu à travers les deux fentes rouges qu'étaient les yeux de Voldemort à Malefoy, puis lui demanda s'il connaissait ce lieu.

-Bien sûr que je connais ce lieu, répondit Drago d'une voix quelque peu étranglée. C'est le repère de... du Seigneur des Ténèbres...

Le blond sembla complètement paniqué par la simple évocation de cet endroit, et Harry comprit à son teint pâle que la forêt dévastée par la magie noire devait raviver de mauvais souvenirs à son camarade. En revanche, il ne fut nullement étonné par la réponse de Malefoy. Il avait compris depuis longtemps qu'il s'agissait du repère de Voldemort. Il voulait simplement être sûr.

- Comment tu connais cet endr-, commença Malefoy, mais Harry ne le laissa pas finir.

-Ne pose pas de questions. Je ne te répondrai pas.

Encore une fois, son ton était aussi ferme que menaçant, et ne permettait aucune réplique. L'arrogance de Malefoy semblait progressivement le quitter. Profitant de cette faiblesse, Harry décida d'aborder la partie délicate de son plan.

-Malefoy... Il faut que tu me rendes un service.

-Quoi ? Hurla le Serpentard. Tu as vu la manière dont tu me traites ? Je ne rends même pas service à mes amis, alors à toi ..., finit-il avec une moue méprisante qui lui était propre.

Harry faillit lui demander de quels amis ils parlait exactement, Goyle, Crabbe et Parkinson se rapprochant plus volontiers d'animaux s'apparentant respectivement à la famille des primates et des canidés, mais il se ravisa. A la place, il sortit sa baguette et la pointa droit sur le nez pointu de Drago.

Malefoy se raidit.

- Je n'ai pas de temps à perdre, cracha Harry, sa peur de perdre son professeur lui faisant oublier qu'il devait se comporter le plus différemment possible de son géniteur s'il ne voulait pas se faire démasquer. Alors je te donne deux options, Malefoy : soit tu fais ce que je te demande, soit tu acceptes d'endurer des souffrances bien pires que celles infligées par la Marque. Et je peux t'assurer que je ne me laisserai pas attendrir par tes beaux yeux. Si tu me donnes ne serait-ce qu'une seule occasion de te faire payer pour toutes les humiliations que tu as fait subir aux autres élèves, crois moi que je ne la raterai pas.

Aveuglé par l'affreuse douleur qu'avait provoqué en lui l'agression de Snape, Harry n'avait même pas remarqué qu'il s'était entièrement laissé submerger par la haine. Ne voulant pas céder à la panique ou à la tristesse, il avait, inconsciemment, transformé ces émotions indignes du fils de Severus Snape en colère, colère qu'il avait alors tournée vers son rival de toujours.

Il était en train de faire exactement le contraire de ce que lui avait dit Dumbledore : il réalisait les même erreurs que Snape, en plongeant progressivement dans l'amertume, et en reportant son aigreur vers une personne qui, dans l'absolu, n'avait rien fait de mal.

Mais il ne s'en rendait malheureusement pas compte.

-B- bon... bredouilla Malefoy en gémissant. Okay... T'énerve pas... Qu... Qu'est-ce que tu attends de moi ?

-Tu vas me conduire au repère de Voldemort, susurra Harry sans abaisser sa baguette.

Les yeux de Drago s'agrandirent sous le coup de la surprise.

-Q... quoi ?

-Tu m'as parfaitement entendu. Pour des raisons qui me sont propres, je dois impérativement me rendre dans son repère.

-Ca m'est égal ! Cria Drago – non sans quitter la baguette de Harry des yeux – Jamais je ne remettrai les pieds là bas ! Je... je croyais que tu voulais me protéger !

-Dumbledore fait déjà ça très bien, murmura Harry en rapprochant un peu plus sa baguette de Malefoy qui tressaillit. Tu n'as donc pas besoin de moi.

Harry ne niait pas le fait de vouloir venir en aide à Malefoy, mais pour l'instant, la seule chose qui le préoccupait était le temps précieux que lui faisait perdre cet imbécile de Serpentard en supplications inutiles. De plus, il préférait mourir plutôt que d'avouer qu'il faisait son possible pour protéger Drago.

-Tu n'as qu'à trouver quelqu'un d'autre ...

-Excellente idée, rétorqua Harry d'un ton qui suintait le sarcasme. Tu sais aussi bien que moi que seul un porteur de la Marque peut me mener au repaire de Voldemort. Aussi, si tu croises l'un de tes anciens camarades enclin à me déposer chez son maître en toute innocence, tu seras gentil de m'en avertir. Mais en attendant, et crois bien que j'en suis pas le premier ravi, tu es le seul qui puisse remplir cette tâche.

Drago fixa Harry durant quelques secondes, puis leva les yeux au ciel en faisant la même tête que Ron confronté à une Acromentule.

-Très bien, finit-il par cracher, comme si les mots lui avaient été arrachés de la bouche, mais à une seule condition.

Harry leva un sourcil, attentif. (Mais quelques étincelles rouges jaillissaient tout de même de l'extrémité de sa baguette, trahissant son impatience.)

-Si tu reviens vivant, poursuivit le Serpentard, tu dois me promettre de me dire qui tu es et pourquoi tu veux aller défier la mort comme ça – l'excuse comme quoi tu es un Gryffondor stupide et impulsif ne compte pas.

Harry le dévisagea, puis rangea furieusement sa baguette dans la poche de sa robe.

-Tu sais déjà qui je suis, non ? Morphée, tu te souviens ?

-Morphée comment ? Insista Drago.

Les deux adolescents se défièrent une nouvelle fois du regard, métal contre ébène, curiosité contre rage.

-Emmène moi, maintenant, finit par soupirer Harry.

Malefoy ne discuta pas d'avantage, prenant le ton résigné de son camarde pour un oui. Il releva alors la manche de son avant-bras gauche, tremblant. La Marque était encore bien visible, semblant comme tatouée en relief sur sa peau pâle tant ses contours étaient noirs et épais.

-Tu es sûr de ce que tu fais ? Je te préviens, dès que je t'aurai déposé là bas, je repartirai aussi vite. Je ne t'aiderai sûrement pas à affronter le Seigneur des Ténèbres.

Harry acquiesça. Puis il pensa à quelque chose.

-Attends une seconde, fit-il à Malefoy.

Harry demanda alors à la Salle de faire apparaître un Portoloin qui lui permettrait de regagner Poudlard quand il le désirerait. Aussitôt, un petit crayon à papier apparut au centre de la pièce. Harry le fit léviter jusqu'à sa poche – celle qui ne contenait pas sa baguette – en prenant bien soin de ne pas le toucher.

-Voilà. Comme je ne peux pas compter sur toi pour le retour et que je ne désire que très moyennement rester dormir chez Voldemort cette nuit...

Drago eut un petit rire. Harry ne lui répondit pas.

-Bon... alors... dit maladroitement Malefoy. Tu es prêt ?

Avant de suivre le Serpentard vers la porte qui venait de s'ouvrir dans un des murs de la Salle – Malefoy devait sûrement lui avoir demandé un issue vers l'extérieur de l'école – une pensée inquiétante envahit l'esprit de Harry.

Et si sa vision était fausse ?

Et si Voldemort lui avait de nouveau envoyé des informations erronées, comme il l'avait fait l'an dernier en lui faisant croire que Sirius était en danger ? Après tout, Harry avait parfaitement vu Snape se diriger vers le bureau du directeur, et non vers l'extérieur du château... En même temps, il n'y avait rien d'étonnant à ce que le professeur aille demander conseil à Dumbledore avant de partir en mission...

-TU VIENS ? Cria Drago, irrité.

Harry lui envoya un regard haineux, puis le suivit. Il était persuadé que sa vision était vraie. Il avait clairement ressenti l'excitation du Seigneur des Ténèbres. Tout était vrai. Il ne pouvait en être autrement.

Les deux jeunes hommes se retrouvèrent alors dans un espèce de grenier miteux, que Harry ne connaissait pas. Un vieil homme, affublé d'une barbe et d'une paire d'yeux bleu électrique, vint à leur rencontre.

-Qui êtes vous et d'où sortez vous ? Demanda-t-il d'un ton bourru.

-Ça ne vous concerne pas, répondit sèchement Drago. Maintenant, dégagez. On a plus urgent à faire que de parler avec vous.

Harry n'eut pas de mal à deviner que le ton trop catégorique de son camarade cachait son inquiétude. Il avait peur, et, malgré tout ses efforts mis en oeuvre pour le dissimuler, cela se voyait.

-Et si je dégage pas, qu'est-ce que vous allez me faire ? Répondit l'homme d'un ton amusé.

-Comment osez-vous me répon-

-Laisse, Mervin, fit négligemment Harry en se plaçant devant Malefoy. Je m'en occupe.

Malefoy fronça les sourcils, sûrement étonné par le nom qu'avait employé le Gryffondor. Jusqu'à preuve du contraire, il ne s'appelait pas « Mervin ».

-Monsieur, dit poliment Harry, nous avons besoin de toute urgence de sortir de Poudlard. N'essayez pas de nous en empêcher.

-Dumbledore est au courant ? Sinon, vous retournez tout de suite dans l'école !

Harry plongea alors ses yeux dans ceux du vieil homme, et ses lèvres s'étirèrent dans un fin rictus.

-Vous avez raison. Nous ferions mieux de demander son accord à Dumbledore. Mais j'avais stupidement pensé que son autorisation n'était pas obligatoirement nécessaire. Vous m'avez l'air d'être aussi responsable que lui, et je pensais m'en remettre entièrement à vous. Mais puisque vous avez l'air d'estimer que Dumbledore est le plus sage, le plus à même de prendre des responsabilités... Il est, après tout, l'homme le plus remarquable et louable qui existe.

Le nez de l'homme se fronça.

-Et puis quoi encore ? Vous croyez vraiment que Albus est parfait, hein ? Et bien, vous vous trompez lourdement ! Il a autant – voir plus – de défauts que vous et moi, et il est loin d'être aussi sage que tout le monde le dit ! (il pointa du doigt un escalier qui menait vraisemblablement à l'étage inférieur) Allez-y, les jeunes ! Vous m'avez l'air tout à fait sûrs de vous !

Harry hocha la tête avec satisfaction, et traîna Malefoy, décontenancé, vers les escaliers.

-Mais comment tu t'y es pris ? S'écria Drago, une fois arrivés hors de la taverne.

Harry lui fit signe de ne pas s'arrêter de marcher.

-Cet homme était le frère de Dumbledore, lui dit-il tout en cherchant un endroit à l'abri des regards indiscrets depuis lequel ils pourraient rejoindre le repère de Voldemort.

-Quoi ? Mais comment tu le sais ?

-On en parlera plus tard, répondit-il d'un ton agacé en balayant l'air de sa main droite ( il n'allait quand même pas lui dire qu'il avait presque le même niveau que Snape en Legilimencie, non ? ).

Drago tenta tant bien que mal de suivre les pas de Harry, qui, malgré sa petite taille, possédait de grandes jambes.

-Et pourquoi tu m'as appelé « Mervin » ? Demanda-t-il une fois arrivé à la hauteur de son interlocuteur.

Harry fit claquer sa langue, agacé.

-Ca paraît tellement évident... Tu ne voulais pas non plus que je lui dise qui on était ?

-Qu'est-ce que ça aurait fait ?

-Laisse tomber... murmura-t-il en levant les yeux au ciel.

Après plusieurs minutes passées à slalomer entre les passants de la petite rue piétonne de Pré-Au-Lard, les deux jeunes hommes trouvèrent enfin un endroit complètement vide de monde.

-Bon... Nous y voilà... soupira Drago, incertain.

Harry hocha gravement la tête.

-Attrape mon bras, siffla Malefoy.

Harry prit une grande inspiration, s'assura que sa baguette se trouvait toujours dans sa poche droite et son Portoloin dans sa poche gauche en le touchant à travers sa robe, puis agrippa le bras de Drago.


La sensation qu'éprouva Harry en se téléportant - faute de meilleur terme – avec Drago était entièrement différente de celle provoquée par le transplanage. Il n'y eut aucun sentiment d'oppressement, aucune nausée, et il n'avait souffert d'aucun dommage physique. En revanche, la magie noire qui avait semblé flotter autour des deux garçons durant la brève minute qu'avait duré le transfert le mit extrêmement mal à l'aise. C'était comme s'il s'était trouvé en présence d'un Détraqueur qui, au lieu de lui faire revivre ses plus mauvais souvenirs, aurait fait ressurgir toute la rage contenue dans son être. La tête souriante de James Potter avait constamment flotté devant ses paupières closes, accompagnée de la mine navrée de Dumbledore, de l'air moqueur de Sirius et du rictus arrogant de Drago. Toutes ces personnes qui, ces derniers temps, avaient suscité la colère de Harry.

Lorsqu'il ouvrit les yeux, sûr que le sol se trouvait de nouveau sous ses pieds, il fut pris par l'envie fulgurante d'attaquer Malefoy, afin de mettre fin à cette rage qui le tiraillait de l'intérieur. Il devait lancer un sortilège à quelqu'un, et si possible un sortilège particulièrement douloureux. Cette envie dû être réciproque, puisque le Serpentard le regardait d'un air féroce, sa baguette fermement serrée dans sa main droite, prêt à dégainer. Parfaitement conscient que cet élan de violence n'était dû qu'à la magie qui leur avait permis de se téléporter, Harry tenta de se calmer. Il ferma les yeux puis compta jusqu'à dix dans sa tête en prenant de grandes inspirations. Cela fonctionna : il ne se sentait plus en colère – du moins plus suffisamment pour lancer un Doloris à son camarade.

Lorsqu'il leva les yeux vers Drago afin de lui dire de se calmer avant de retourner à Poudlard – il n'était peut-être pas bon qu'il subisse deux fois de suite les effets néfastes de la téléportation – le jeune homme avait déjà disparu. Harry regarda autour de lui, puis, ne décelant aucune trace de Malefoy, en conclut qu'il était déjà rentré à l'école.

Sans perdre davantage de temps, Harry avala une gorgée de Polynectar permanent. L'engourdissement familier causé par la potion affecta alors chaque parcelle de son corps. Il attendit patiemment que cette désagréable sensation s'estompe puis, lorsque sa vision devint floue – signe que sa transformation était achevée – il mit ses lunettes rondes et commença doucement sa descente vers la forêt, lieu où se tenait sûrement Voldemort.

Lorsqu'il passa devant le vieux manoir, encore plus délabré que dans ses souvenirs, il commença à entendre un bruit, qui ressemblait plus à un sifflement. Il reconnu aussitôt la voix de Voldemort, et se cacha prudemment derrière le manoir, de sorte que le Seigneur des Ténèbres ne puisse pas le voir. Précautionneusement, il entreprit d'espionner son ennemi, et le surprit en train de discuter avec la femme qu'il avait vu dans sa vision – Alyssa.

Il n'y avait aucun signe de Snape.

Il s'adossa contre le mur, invisible de Voldemort et d'Alyssa, et décida de réfléchir à un plan d'action en prenant bien soin de mettre son inquiétude de côté. Il eut à peine le temps de souffler qu'une main glaciale se referma sur sa bouche, l'empêchant ainsi de hurler.

Il essaya de se retourner pour voir qui était son agresseur, mais la poigne était bien trop forte.

C'est à son rire dément et propre à elle-même que Harry reconnut avec effroi Bellatrix Lestrange.

-Je t'ai euuuu ! Chantonna-t-elle gaiement.

Bellatrix le traîna sans délicatesse vers son maître. Harry se débattit, mais la Mangemort était bien plus forte qu'elle n'en avait l'air.

-J'ai attrapé Potter – euh ! Continua-t-elle de chanter en montrant triomphalement sa proie à Voldemort et à Alyssa.

Les lèvres du Seigneur des Ténèbres s'étirèrent dans un sourire malsain, tandis qu'Alyssa entra dans une nouvelle crise de gloussements intempestifs.

-C'était donc vrai... s'exclama Voldemort dans un murmure satisfait en se rapprochant de Harry.

Ses yeux rouges passèrent de Harry vers Bellatrix, à qui il fit signe de déguerpir d'un sec mouvement de tête. Celle-ci s'inclina, et lança un regard mauvais en direction d'Alyssa qui articula le mot « bye bye » sur ses lèvres pulpeuses. Elle avait l'air ravie que Bellatrix parte alors qu'elle avait le droit de rester.

-Toi aussi, Alyssa. Je veux être seul avec (il fit le signe des guillemets avec ses doigts) « Potter ».

Alyssa s'inclina - non sans grogner - puis prit à son tour la direction du manoir, à l'instar de Bellatrix quelques secondes plus tôt.

Voldemort recentra alors son attention sur Harry qui le toisait de toute sa hauteur – ce qui était très impressionnant malgré ses 1m73.

-Pfiou... soupira le Seigneur des Ténèbres. Ces deux filles vont finir par m'achever...

-Alors tuez-les, vous avez l'air particulièrement doué pour ça, non ? Répliqua froidement Harry.

Le sourire de Voldemort s'étira d'avantage.

-Je suis vraiment ravi de te voir, Harry... Ta présence signifie... tellement de choses...

Harry fronça les sourcils, ne comprenant pas ou voulait en venir son ennemi.

-Tu ne comprends pas ? ricana Voldemort. Je vais te donner un indice : à ton avis, quel sorte d'élève viendrait braver les plus grands dangers pour venir en aide au professeur qu'il déteste le plus ?

Harry sentit un frisson glacial parcourir sa moelle épinière. Il venait de réaliser dans quel piège il se trouvait. Il était en effet ridicule de penser que Harry Potter pourrait risquer bêtement sa vie pour Severus Snape et ce par pure gentillesse. Sa présence suffisait pratiquement à dévoiler sa véritable identité à Voldemort.

-Je ne vois toujours pas de quoi vous parlez, répondit calmement Harry.

Son ton posé et sans la moindre trace d'hésitation le surprit lui-même. D'habitude, il était incapable de mentir.

Voldemort se rapprocha de Harry, sans décoller son regard des yeux verts du jeune homme.

-Tu ne vois pas, Potter ? Alors si ce n'est pour porter secours à quelqu'un auquel tu tiens, comme, par exemple, un membre de ta famille, pourquoi es-tu venu ici ?

-Parce que je ne laisserai plus personne mourir de votre main. Que ce soit Snape ou le père Noël ne change strictement rien.

Voldemort haussa les sourcils, visiblement peu convaincu du mensonge de Harry. Ce dernier pria pour qu'il n'use pas de la Legilimencie, car s'il dévoilait ses talents d'Occlumens en le contrant, cela reviendrait à avouer qu'il est bien le fils de Snape, et s'il le laissait pénétrer son esprit, le mage noir n'aurait alors aucune difficulté à découvrir ce que Harry cherchait à lui cacher.

-Et bien, je crains que cela ne soit trop tard pour sauver qui que ce soit... siffla Voldemort d'un ton glacial et rempli de cruauté.

Ces quelques mots eurent l'effet d'une claque pour Harry. Cela ne voulait tout de même pas dire que...

Le Seigneur des Ténèbres éclata de rire :

-Qu'est-ce que tu croyais ? Tu l'as clairement vu dans la vision que je t'ai envoyée... Personne ne résiste à un Avada Kedavra, Potter. Pas même Severus Snape. N'oublie pas que tu n'es qu'une exception...

Un pli se creusa entre les sourcils de Harry. Snape était mort. Ce qui ne signifiait pas seulement la victoire de Voldemort sur le monde, mais aussi la perte du seul parent qui lui restait. Alors qu'il n'avait même pas eu le temps d'essayer d'être son fils. Alors que son père ne savait même pas qu'il avait un fils...

-Non... murmura-t-il faiblement, tandis qu'il tentait de retenir ses larmes.

Voldemort ricana de plus belle, se nourrissant de la souffrance et de la peine de son ennemi de toujours.

Harry savait que montrer un tel étalage de sa douleur devant le Seigneur des Ténèbres était la preuve flagrante de sa parenté avec Snape,car aucun élève de pleurerait ainsi la mort d'un professeur. Mais c'était devenu le cadet de ses soucis. A quoi bon continuer à faire semblant ? Maintenant que son père était mort, mettant ainsi fin à la prophétie, pourquoi se cacher ?

Harry enfouit alors son visage dans ses mains. Il se trouvait si stupide. Il n'appréciait même pas Snape. C'était ce qu'il représentait qu'il aimait. Une figure paternelle qu'il n'avait jamais espéré avoir, la fin du règne de Voldemort, la paix du monde sorcier... Tout ça s'effondrait en même temps que l'homme aux robes noires...

Voldemort, son sourire sadique toujours encré sur son visage reptilien, exécuta alors un grand geste avec sa baguette. Harry leva ses yeux vers lui, persuadé qu'il était entrain de lui lancer un Avada Kedavra ou pire, mais rien ne sembla se produire.

Quelque chose apparut alors subitement à quelques mètres de Harry. Une masse, sombre et inerte.

Snape.

Sans se demander pourquoi Voldemort avait décidé de lui montrer le corps de son père, Harry se précipita vers Snape, puis s'agenouilla à ses côtés. Le rire glacial de Voldemort continuait de trancher l'atmosphère tendue de cette fin d'après midi. Harry n'y prêtait même plus attention. Le monde s'était figé au moment même où il avait vu le visage pâle de son professeur. Inévitablement, les... « bons » moments qu'ils avaient passés ensemble lui revinrent en mémoire : la première fois qu'il lui avait parlé de Lily, le jour où il lui avait raconté son mariage et l'émotion que Harry avait alors perçue dans sa voix habituellement si morne... Il ne pouvait même pas se souvenir de ces six dernières années, durant lesquelles il avait véritablement détesté le Maître des Potions. Tout ceci était du passé. Lui, c'était l'avenir qui l'intéressait. Un avenir qu'il avait imaginé, l'espace de quelques jours, passer en compagnie de son père, dans une belle maison à la campagne, loin de Voldemort et des Mangemorts. Un avenir qui s'envolait en même temps que ses espoirs d'être un jour aimé par un membre de sa famille.

Les joues ruisselant de larmes, Harry posa délicatement sa main sur le torse de son père... et dû faire appel à tout son sang froid pour ne pas hurler de surprise :

Snape respirait.

Doucement, très légèrement, mais il respirait. Il avait senti sa cage thoracique se soulever.

-Il est en vie ? S'écria Harry, mi-surpris, mi-ravi, en direction de Voldemort.

-Je me répète peut-être, Morphée, mais tu devrais commencer à faire la différence entre le rêve et la réalité...

Harry ne réagit même pas à l'entente de son « vrai » prénom, trop étonné.

-Mais... C'est impossible ! Je sais que ma vision était réelle ! Je l'ai senti !

-Elle l'était, en effet, répondit calmement Voldemort en croisant les bras. Du moins, une partie l'était.

Harry fronça les sourcils. Puis il comprit :

-Vous ne lui avez pas lancé un Avada Kedavra, n'est-ce pas ? Mais mis à part ça, tout le reste était vrai...

Voldemort sourit méchamment.

-Exact. Je t'en ai laissé suffisamment voir pour susciter ta curiosité. Puis j'ai légèrement modifié ta vision, en te faisant croire que j'avais usé d'un sortilège de mort, alors qu'en vérité, j'ai simplement plongé ton (il ricana) père dans un profond coma.

-Mais pourquoi ? S'emporta Harry. Ca n'a aucun sens ! Pourquoi m'avoir attiré ici ? Pourquoi ne pas avoir essayé de tuer Snape ? Si vous aviez deviné qu'il était mon père, ma présence ainsi que ma mort n'étaient pas indispensables pour triompher de la prophétie !

-Tout simplement parce que Severus est l'un de mes meilleurs Mangemorts, et que je ne voulais pas le tuer pour rien. Je voulais m'assurer que tu étais bien son fils, en te faisant croire que je l'avais tué. Grâce à ta réaction quelque peu excessive pour un simple élève, j'en ai déduis que tu étais en effet son fils.

Harry était furieux contre lui même. Il aurait dû remarquer que l'attitude de Voldemort n'était pas normale. Comme si c'était dans les habitudes du Seigneur des Ténèbres de laisser ses victimes pleurer la mort de leurs proches! Cela lui paraissait tellement évident, maintenant ! Voldemort l'avait laisser s'apitoyer sur la « mort » de Snape dans le seul but de vérifier s'il était bien son fils... Si seulement il avait retenu ses larmes, s'il n'avait pas montré aussi ouvertement son inquiétude envers son professeur, Voldemort n'aurait pas été entièrement convaincu qu'il était Morphée, et la vie de Snape n'aurait pas été en danger imminent.

-Et aussi... poursuivit Voldemort en pointant sa baguette vers Harry. Je voulais te tuer toi en premier. ENDOLORIS !

Harry évita le sortilège de justesse.

-EXPELLIARMUS ! Répondit-il.

Son adversaire para le sortilège aisément. Harry savait que s'il voulait gagner, il ne pouvait plus compter sur la puissance de ses attaques. Il allait donc devoir tout miser sur l'effet de surprise.

Il n'avait plus le droit à l'erreur.


Tout était noir autour de lui. Son être entier semblait englobé par les ténèbres, sans possibilité de les combattre, ni même de leur échapper.

Il n'arrivait plus à contrôler son corps. Il avait beau ordonner à ses yeux de s'ouvrir, à ses jambes de le porter, rien n'y faisait. Il était devenu incapable de tout mouvement, et cette paralysie l'angoissait au plus haut point.

Pourquoi diable le Seigneur des Ténèbres l'avait-il plongé dans le coma ? Il avait eu la possibilité de le tuer, il avait voulu le tuer, alors pourquoi ne pas l'avoir fait ? S'était-il rendu compte de l'absurdité de ses paroles ? Comme si lui, Severus Snape, pouvait être le père de Potter...

Combien de temps allait-il rester dans cet état ? Voldemort était-il parti, laissant ainsi le corps de son esclave étendu sur le sol poussiéreux ? Etait-il présent, attendant le moment propice pour le réveiller ?

Allait-il se réveiller un jour ?

Le plus horrible, dans cette histoire, était qu'il était encore capable de penser et de réfléchir, comme si son cerveau seul avait réussi à échapper au sortilège. Ses souvenirs ne cessaient de valser sous ses paupières closes, ainsi que toutes les choses atroces qu'il avait accomplies dans sa vie.

Cette paralysie représentait une véritable torture, pour lui qui n'aspirait qu'à une chose : ne plus être hanté par ses affreux souvenirs.

Pas un jour ne passait sans qu'il ne ressente le poids des crimes qu'il avait commis, au nom du bien commun, de Lily, d'Albus ou de Potter, et ce dès le jour où il avait décidé de prendre la Marque. Cela avait signé son premier meurtre, passage obligatoire pour devenir Mangemort à part entière. Le premier d'une longue série. Et chaque fois qu'il tuait, dans le seul but de ne pas faire tomber sa couverture, chaque fois qu'il entendait les hurlements de ses victimes, il mourrait d'envie de se tuer lui même. Puis il regagnait Poudlard, ainsi que les sourires chaleureux et pleins de compassion de Dumbledore, qui l'aidaient à surmonter le choc. Sans oublier les yeux verts de Potter, qui lui rappelaient pour qui il faisait tout cela.

Lily...

Comment faisait-il pour l'aimer encore ? Comment, malgré le fait qu'elle l'ait rapidement oublié pour se jeter dans les bras de son pire ennemi, malgré le fait qu'elle ait cru qu'il était un Mangemort suffisamment cruel pour dénoncer sa propre famille à son Maître, comment pouvait-il encore l'aimer à en perdre la raison ?

Merlin, il aurait tant aimé que tout ceci s'arrête... il aurait tant aimé être l'insensible et inhumain professeur que tout le monde croyait qu'il était... Car une personne dénuée d'émotions de pouvait pas souffrir autant, n'est-ce pas ? Une personne dénuée d'émotions ne pouvait pas éprouver tant d'affection pour une femme morte depuis plus de quinze ans... Une personne dénuée d'émotions ne pouvait pas éprouver un besoin aussi ardent d'être aimé...

Il se traita d'idiot. Après tout, il avait créé ce personnage amer et détestable. Si personne ne l'aimait, pas même lui-même, c'était entièrement de sa faute.

Pitié, que tout ceci s'arrête... priait-il vainement. Il ne supportait plus de rester ainsi enchaîné à ses souvenirs, sans autre occupation que de se remémorer à quel point sa vie était misérable.

Si seulement le Seigneur des Ténèbres l'avait tué... A l'heure qu'il est, il ne souffrirait plus. Il aurait rejoint Lily et Morphée, et passerait l'éternité heureux et serein.

Mais méritait-il de rejoindre sa famille, où qu'elle soit ? Son âme était devenue si impure...

Et cette stupide théorie comme quoi Morphée serait en vie... Dire que l'espace d'un instant, il y avait cru... Encore son optimisme maladif...

Il commençait à entendre des sons provenant de l'extérieur. Des voix, plus précisément.

Voldemort et... Potter ?

Qu'est-ce que Potter fichait ici ? Il n'avait pas mieux à faire ? Ah, bien sûr, non... Le Gryffondor impulsif et idiot qu'il était n'avait sûrement pas pu s'empêcher de jouer les héros en se jetant une nouvelle fois dans la gueule du loup. Ainsi, il serait Harry Potter, Celui-Qui-Est-Venu-En-Aide-A-Severus-Snape, et ce malgré la forte animosité qui existait entre lui et le garçon, prouvant à la communauté sorcière à quel point lui, Potter, était courageux, et noble.

Si Severus pouvait vomir, il le ferait.

Soudain, il sentit quelqu'un s'approcher de lui. Bien que son état ne lui permettait que de distinguer vaguement les sons, il reconnu le bruit de... sanglots...

Non. Il avait dû rêver. Potter ne pouvait pas sangloter pour lui. IM-POS-SIBLE. C'était comme si Bellatrix pleurait la mort de Black. Complètement absurde.

Et pourtant...

C'était vrai que l'attitude de Potter avait été étrange, ces derniers jours. Comme si, tout d'un coup, il avait eut moins peur de lui. Pire, comme s'il avait cherché à communiquer avec lui.

Et cette chose qu'il s'évertuait à lui cacher...

Il fut coupé dans ses pensées lorsqu'il sentit la main atrocement froide de Potter sur son torse. Le Gryffondor l'avait touché ? Quelqu'un l'avait touché ? Il n'avait plus ressentit de contact humain – bien attentionné – depuis... Il ne se souvenait même plus.

Puis la main se retira. Potter avait dû comprendre qu'il n'était pas mort. La voix du jeune homme s'éleva de nouveau, ainsi que celle de Voldemort, mais il n'arrivait pas à entendre ce qu'ils disaient. Les ténèbres obstruaient son audition.

C'est alors que soudainement, sans qu'il s'y attende, un mot parvint à transpercer le sortilège qui le tenait dans cet insupportable état comateux. Un horrible mot.

« ENDOLORIS ! »

La terrible formule avait été prononcée avec tant de conviction, tant de sadisme, qu'elle n'eut aucune difficulté à atteindre les oreilles de Severus. Il reconnut la voix tranchante et glaciale de son Maître, et la vision d'un Harry Potter se tortillant de douleur lui apparut. Il n'entendit ni cris, ni hurlements, mais il supposa que le garçon orgueilleux n'avait pas voulu donner cette satisfaction à son agresseur.

Puis le silence suivit de nouveau. Parfois, il sentait la chaleur d'un sortilège à seulement quelques centimètre de son visage, mais aucune formule ne le précédait. Les deux duellistes devaient user de sortilèges informulés, même si la pensée même d'un Potter capable de telles prouesses sonnait atrocement faux.

Il tenta d'imaginer le combat qui se déroulait à l'endroit même où il était allongé. Il voyait parfaitement la mine réjouie de son Maître, éprouvant ainsi un plaisir pervers à observer son ennemi tenter d'échapper à la mort. Et Potter... Ah, sur le coup, il devait probablement avoir perdu de sa belle arrogance.

C'est alors qu'une douleur le prit à la joue, suivie du contact d'un corps sur le sien. Des cheveux vinrent lui chatouiller le bout du nez, et il devina que Potter venait de tomber sur lui, sûrement dans le but d'esquiver un maléfice.

Il réussit à entendre vaguement le rire dément de Voldemort.

Puis la main de Potter commença à tâtonner l'extérieur de ses jambes.

Ah non. Ça, il ne le permettrait pas. Mais qu'est-ce qu'il était en train de faire exactement, cet idiot ?

Potter, cessez immédiatement cet attouchement ! Je vous jure que si je sors de mon coma un jour, je vous TUE !

Il devait faire quelque chose. Il était hors de question que Potter profite ainsi de son corps. D'autant plus que ce n'était pas vraiment le moment de s'adonner à quelques fantasmes d'adolescents stupides.

Il devait agir.

Rassemblant alors toute sa puissance, toute sa détermination, il s'efforça de reprendre le contrôle de son corps...


Bien qu'il fut blessé et exténué par un duel à mort qui n'en finissait pas, Harry réussit tout de même in extremis à parer le sortilège de Voldemort grâce à un Protego informulé. Malheureusement, la puissance de son ennemi était telle que, malgré le bouclier, Harry se trouva propulsé de quelques mètres, allant ainsi s'écraser contre sur son professeur.

Il lui donna un coup de coude involontaire sur la joue.

-Désolé, murmura-t-il, bien qu'il sache qu'il ne pouvait pas l'entendre.

Il voulu tout de suite riposter par un Everte Statim, mais il se rendit compte, malheureusement trop tard, que le choc provoqué par le maléfice de son adversaire lui avait fait perdre sa baguette.

Voldemort éclata d'un rire dément, probablement certain de sa victoire.

Harry se mit alors à chercher la baguette de Snape, en tâtonnant son pantalon à l'endroit où devrait normalement se trouver ses poches.

Sa tête commençait à tourner. S'il ne posait pas tout de suite la main sur une baguette, n'importe laquelle, tout serait perdu. Il renforça sa recherche, passant ses mains sur chaque parcelle du corps de son professeur, maudissant intérieurement son pantalon et sa chemise certes très classes mais dénués de poches.

C'est pas vrai où est-ce qu'il la planque, sa baguette ? !

Il vit Voldemort se rapprocher de lui.

Évidemment, lui, il a pas perdu la sienne, constata-t-il brillamment devant la fine baguette blanche pointée sur lui.

-Que c'est touchant... siffla le Seigneur des Ténèbres d'un ton qui laissait pleinement deviner son immense satisfaction. Je vais donc faire d'une pierre deux coups, puisque vous êtes ainsi réunis. Le père et le fils... ensemble jusqu'à la mort...

Harry ferma les yeux, résigné. Il était complètement désarmé. Il n'avait aucun moyen de défense, et il refusait de prendre son Portoloin en laissant Snape à son sort.

Tout était fini.

Voldemort leva sa baguette. Des étincelles vertes crépitaient déjà au sommet de l'arme qui allait leur être fatale.

Il prit alors les fines mains de son père dans les siennes. D'une voix qu'il s'efforça de contrôler, il lui avoua à quel point il était désolé de l'avoir embarqué dans cette histoire, car s'il lui avait dit dès le début qu'il était son fils, ils auraient pu réfléchir à un plan d'attaque depuis longtemps déjà. Il s'excusa pour tout ce qu'il avait pu lui dire, ou faire, pour l'avoir peut-être blessé, et pour ne pas avoir d'avantage cherché à le connaître.

Sans relâcher son étreinte, Harry releva la tête vers son agresseur, prêt à affronter courageusement la mort. Les pupilles rouge sang de Voldemort étincelaient de plaisir.

C'est alors que Harry sentit les doigts de son professeur bouger entre les siens. Il cru tout d'abord à une hallucination, mais lorsqu'il vit le bras de Snape échapper lentement et discrètement à son étreinte pour attraper sa baguette qui se trouvait dans son dos, il fut certain que le professeur venait de sortir – Dieu seul sait comment – de son coma.

Les yeux de Harry se posèrent sur le visage de Snape, qui ne semblait pas encore avec repris vie. Harry en conclut que le professeur faisait semblant d'être toujours endormi pour ne pas se faire repérer de son Maître.

Au moment même où le rayon vert lancé par Voldemort allait frapper le coeur du Gryffondor, Snape se redressa et hurla un « Protego » si puissant que le Lord chancela et perdit l'équilibre.

-Severus... murmura Voldemort en léchant le sang qui coulait de son bras écorché. Tu es décidément un sorcier d'exception. Personne avant toi n'avait réussi à se défaire seul d'un de mes sortilèges de sommeil éternel. Tu dois posséder une puissance mentale hors du commun.

-Disons simplement que je ne TOLERE pas que l'on s'approprie mon corps de la sorte, rugit-il en lançant un regard assassin à Harry.

-Je cherchais votre baguette ! Se défendit le Gryffondor, oubliant instantanément à quel point il ne détestait plus son professeur. Même s'il ne voulait pas se l'admettre, il fut un peu déçu de savoir que Snape était sorti de son coma pour lui dire d'arrêter de le toucher, et non pour le protéger.

Snape leva un sourcil.

-Accio baguette de Potter, déclara-t-il.

Aussitôt, la baguette de Harry lui sauta presque dans les mains, s'élevant d'on ne sait où.

-Merci, souffla-t-il tandis que Snape haussait les épaules, indifférent.

Voldemort profita de cet échange pour se relever à une vitesse défiant toute les lois de la physique. Il lança un nouvel Avada Kedavra vers Harry et Snape, qui les manqua de peu.

-Restez derrière moi, Potter, ordonna Snape en se plaçant entre Voldemort et son élève.

Sans protester, Harry obéit, et observa avec intérêt son professeur lancer divers sortilèges dont il ne soupçonnait même pas l'existence. Pour la première fois, il éprouva une grande fierté à être le fils d'un sorcier de taille à rivaliser avec le Seigneur des Ténèbres.

Malheureusement, ce dernier avait tout de même un peu plus d'expérience que Snape qui, après tout, n'était âgé que d'une trentaine d'années et ne pouvait espérer gagner contre le deuxième plus grand sorcier du monde.

Le professeur fut donc propulsé par un puissant sortilège dont Harry ignorait le nom, mais qui, au vue de la grimace de Snape, devait être assez douloureux.

-A ton tour, siffla Voldemort en dirigeant son regard brillant de rage vers Harry.

Le Gryffondor n'eut pas le temps de réfléchir qu'il sentit des liens invisibles s'entortiller autour de ses bras, ne laissant ainsi la liberté qu'au bas de son corps. Voldemort s'apprêta alors à lui lancer le sortilège de mort, mais Snape l'en empêcha à temps. Le Maître adressa alors un sourire irradiant la cruauté à son ancien Mangemort, et les deux hommes reprirent les hostilités.

Tout en essayant de se défaire de ses liens, Harry tenta de profiter de se court instant de répit pour tenter de trouver une issue à ce cauchemar.

Il avait beau retourner le problème dans tous les sens, il ne voyait qu'une seule solution...

Il fallait en finir une bonne fois pour toutes avec Voldemort. Or, même s'il n'avait fait que lire une ou deux fois le parchemin, il connaissait la formule qui permettrait de le vaincre. Bien sûr, il aurait aimé bénéficier d'un peu plus d'entraînement, et il n'était pas certain d'avoir saisi toutes les subtilités de la théorie, mais il n'avait plus vraiment le choix.

-SNAPE ! Hurla-t-il alors que le combat entre Snape et Voldemort faisait rage.

-QUOI ? rétorqua l'intéressé. Potter, malgré vos (il évita un sortilège) dons de déduction relativement bas, même vous pourriez comprendre que je suis actuellement occupé !

Il para un rayon vert à deux doigts de l'atteindre.

-Tu ne fais donc qu'éviter les sorts, Severus ? Susurra méchamment Voldemort, qui, au contraire de son adversaire, ne se sentait pas du tout en danger. Je te croyais plus combatif...

Mais Snape ne répondit pas à la provocation de son adversaire, et continua de jouer sur la défense.

Défense qui commençait à faiblir.

-SNAPE ! Répéta Harry, qui avait compris que son professeur ne tiendrait plus longtemps. IL FAUT UTILISER LES LIENS DU SANG !

Voldemort sembla déstabilisé par ces mots. De toute évidence, il ignorait de quoi parlait le jeune homme, mais il devait néanmoins se douter que cela avait un rapport avec la Prophétie. Snape profita de ce bref moment d'absence pour attaquer et ligoter le Lord grâce à un Incarcerem.

-Avez-vous perdu la raison, Potter ? Aboya Snape sans quitter des yeux Voldemort qui se débattait pour se défaire de ses chaînes. Ne connaissez-vous pas les conditions qui doivent être réunies pour que ce sortilège fonctionne ? Il faudrait que vous l'utilisiez avec votre père ! Or, vous ne le savez peut-être pas Potter, mais votre père est mort !

Harry ne l'écouta pas, et pointa simplement sa baguette sur Voldemort qui venait juste de se libérer.

-Assez joué, maintenant, gronda le Seigneur des Ténèbres qui ne s'amusait plus du tout.

Harry commença à réciter la longue formule qu'il s'était efforcé d'apprendre par coeur alors qu'il lisait le parchemin dans les escaliers de Dumbledore. Snape continuait à repousser tant bien que mal les puissantes attaques de Voldemort, de plus en plus déterminé à en finir.

Harry acheva enfin sa récitation. Il ne manquait plus que l'aide de son père. Mais pour cela, il fallait que ce dernier se décide à l'écouter et à cesser de se voiler la face.

Voldemort fit tomber Snape à terre, une nouvelle fois propulsé par la puissance de son bouclier. La baguette de Harry était toujours brandie vers Voldemort, attendant avec impatience que Snape réagisse. Ce dernier était en effet dans un étrange état de confusion, ne comprenant manifestement pas à quoi son élève voulait jouer.

-J'en rêve depuis si longtemps... Murmura Voldemort dont les yeux brillants reflétaient sa jubilation. Mettre enfin un terme à cette imbécile de Prophétie, et ce en tuant celui par qui tout à commencé...

Il leva sa baguette vers Severus, toujours à terre.

-Oui, Sssseverusss... Sans toi, Potter n'aurait jamais existé, et ma toute puissance n'aurait jamais été remise en cause par un gamin de un an...

Les yeux noirs de Snape étaient écarquillés d'incompréhension.

-Avada...

-SNAPE ! LA FORMULE ! MAINTENANT !

Après une demi seconde d'hésitation, et sans savoir vraiment ce qu'il faisait, ni pourquoi il le faisait, Snape s'exécuta juste avant que Voldemort n'ait pu achever sa phrase. Les rayons provenant des baguettes de Snape et de Harry s'entrechoquèrent ce qui provoqua une immense explosion aussi sonore qu'impressionnante.

Pendant un court instant, Harry ne vit plus rien mis à part un épais nuage blanc qui englobait aussi bien Voldemort que Snape. Il toussota tout en appelant son professeur, en vain. Il ne pouvait pas y croire. Il ne pouvait pas croire qu'il avait enfin vaincu Voldemort. Il devait le voir de ses propres yeux.

Le nuage finit par se dissiper, et il découvrit avec effroi le corps de Snape reposant sur le sol, à quelques mètres de celui de Voldemort.

-Professeur ! S'écria-t-il en accourant vers lui. La peur recommençait à l'envahir : et si le sortilège avait également touché Snape ? Après tout, la Marque des Ténèbres tatouée sur le bras de son professeur n'était-elle pas une trace de Voldemort ?

Harry se rapprocha, de plus en plus inquiet. C'est avec soulagement qu'il remarqua que Snape n'était pas allongé par terre comme il l'avait cru de prime abord, mais simplement assis, recroquevillé sur son avant bras gauche qu'il regardait avec une étrange fascination. Les yeux de Harry s'agrandirent de surprise : la Marque n'y était plus.

Il leva ses yeux vers Snape, qui osa à son tour croiser le regard de son élève. Un pli était apparu entre ses deux sourcils, et ses yeux brillaient d'un étrange reflet.

La réalité frappa subitement Harry :

Snape et lui avaient utilisé la formule des Liens du Sang, et elle avait eu l'air de fonctionner. Même avec toute la mauvaise foi du monde, Snape ne pouvait plus se terrer dans l'ignorance.

Il savait.

Alors que Harry, embarrassé par le mutisme de Snape, s'apprêtait à ouvrir la bouche, un grognement s'éleva soudainement du corps de Voldemort. Harry se retourna, et laissa échapper un cri lorsqu'il comprit que le Seigneur des Ténèbres n'était pas encore mort. Affaibli, oui, mais pas mort.

Avant qu'il n'ait pu se poser plus de questions sur le sujet, Snape agrippa son bras.

Puis ils transplanèrent.


Une fois arrivé dans la cour familière de Poudlard, Harry lutta contre une furieuse envie de vomir, toujours peu habitué au transplanage. Lorsqu'il se rendit compte qu'il était de nouveau dans l'enceinte de l'école, vivant et en sécurité, il en aurait presque pleuré de joie. Il n'en revenait pas d'avoir, une fois de plus, échappé à Voldemort. Cette euphorie lui fit presque oublier la sombre présence de Snape.

Ce dernier lui lâcha le bras aussi rapidement qu'il le lui avait agrippé.

Sans lui adresser ne serait-ce qu'un regard, le professeur rentra en direction de ses cachots, ses longs cheveux noirs dissimulant entièrement son visage.

Harry le suivit du regard.

Il savait.

Snape avait enfin compris qu'il était le père de Harry Potter ...