NdA : Pour diverses raisons, ce chapitre n'est pas passé par la case « beta », donc pas la peine de s'en rendre à mon Aly s'il y a des fautes et/ou des petites erreurs ^.^ Il n'empêche qu'elle m'a aidé à l'écrire il y a quelques temps, donc elle a toute ma gratitude et tous mes bisous.

BONNE ANNÉE A TOUS/TOUTES

Je suis un peu triste de ne pas avoir eu plus de review, mais je remercie très fort pour leurs reviews et compliments : Glasgow (j'aimerai vraiment représenter ce lien, comme wordstring qui est selon moi et de loin la meilleur écrivain de fanfic sur ce fandom), sat1 (merci pour les compliments ^^) et BWunited (le loup garou de Paris est l'un des pires navets que j'ai jamais vu, crétin et anti-français comme seul les Américains savent le faire :/ Merci en tous cas pour les compliments et les observations ^^)


The case of the Missing Student

Chapitre 2 : Affaire de Famille


Le passage à la douane de la gare fut plus aisé que John ne l'avait anticipé, malgré la présence du Browning et de ses munitions. Il remit son « laissé-passé » au préposé, qui le porta à son supérieur et revint vivement. Il les laissa passer sans plus poser de question. John aimait beaucoup le bâtiment de St Pancras. Malgré ses longues arcades métalliques majestueuses et ses quais ultramodernes, il y régnait une ambiance vieille-Londres, accentuée pas la façade gothique entièrement rénovée, et un parfum de voyage enivrant. Mais ils n'eurent pas le temps de s'attarder. Le train ne tarderait pas à partir. Il suivit donc Sherlock vers…vers…Wow. Vers les wagons de la 1ère classe Business.

Eh bien, au moins, le voyage va être plus que confortable, songea-t-il bouche bée, lorsqu'il vit l'intérieur de leur wagon.


John se laissa aller sur son opulent siège inclinable et étendit les jambes avec un soupir d'aise. Se rendormir n'était pas une option pour le moment. Surtout que l'hôtesse lui avait indiqué qu'on leur servirait bientôt une collation. Mais il avait bien l'intention de profiter un maximum du compartiment de luxe, occupé en majorité par des business men & women, probablement en route pour leur travail. Le wagon était donc silencieux, exception faite du bruit des doigts glissant rapidement sur les claviers des ordinateurs, ou sur les boutons des souris. Sherlock, droit comme un i dans son costume Spencer Hart et sa chemise Dolce & Gabbana, le regard fixé sur son écran, ne dépareillait pas dans le paysage. John se sentait un peu alien, en revanche, dans son blouson, son pull et son jean. Mais personne ne faisait attention à son voisin, à part lui, et c'était aussi bien.

Sherlock avait pris le service internet, et avait ouvert un nombre impressionnant d'onglets et de fichiers Word qu'il déplaçait, reformatait, manipulait, copiait et collait avec une rapidité presque aussi impressionnante que son efficience. Il semblait faire un grand nombre de recherche à partir de journaux dans une langue étrangère (Français, supposait John), des titres comme « Le Monde », « Libération », « Le Figaro » et « Le Canard Enchaîné » revenaient régulièrement. Puis, soudainement, il ferma sèchement le clapet de son ordinateur et joignit le bout de ses doigts devant ses lèvres, les coudes appuyés sur le dossier.

L'hôtesse passa et leur donna le choix entre un petit déjeuner anglais ou français. John choisit immédiatement la version anglaise, mais Sherlock ne semblait pas avoir entendu (ou, plus vraisemblablement, il l'ignorait volontairement). John secoua la tête et demanda à la jeune femme de ne laisser que le thé. Le détective saisit la tasse lorsque Watson la lui tendit, mais ne but pas immédiatement. Ses yeux, toujours dans le vague, s'étrécirent soudainement. Il semblait être parvenu à une quelconque conclusion et se détendit. Ses yeux se posèrent sur John, et, de la main qui ne tenait pas la tasse, prit celle de son amant.

-Tu es le meilleur compagnon qui soit, John. Tu as le don de silence.

-Mais maintenant tu es prêt à parler, déduisit le médecin en portant une saucisse à sa bouche.

Sherlock sourit et but un peu de thé. Mais sa nonchalance ne trompait nullement l'ancien militaire, qui sentait le regard d'aigle fixé sur sa bouche alors qu'il mordait dans la chair tendre de la viande.

-Tu dois te demander de quoi il s'agit.

John avala le morceau qu'il avait dans la bouche, reposa sa fourchette, s'essuya les lèvres et se tourna vers Sherlock.

-Je suis tout ouïe.

-Tout d'abord, la personne qui nous a chargé de cette affaire est Mycroft. C'est lui qui a payé nos billets et notre hôtel à Paris.

Entendre parler de Mycroft une fois par mois était déjà trop aux goûts de Sherlock, John le savait. Alors qu'est-ce qui avait pu motiver autant de contacts en si peu de temps ? Et puis, cette fois-ci, l'irritation, le mépris et la capricieuse complainte associés à une requête de l'aîné Holmes étaient absents de la voix de son compagnon. Il semblait… préoccupé.

-De quoi s'agit-il ?

Sherlock posa sa tasse et eut un lent et gracieux mouvement des doigts avant de répondre.

-Nous devons retrouver Shevon. Elle a disparu il y a un peu plus de deux jours.

-Shevon ?

Le détective acquiesça et murmura :

-Shevon Cymnea Holmes. La fille aînée de Mycroft.

John leva les sourcils et répéta, incrédule :

-Shevon ? Il a appelé sa fille « Shevon » ?

Son compagnon lui jeta un regard de biais, visiblement agacé.

-C'est ce que j'ai dit.

Le médecin eut un geste brusque de la main. Les Holmes et leurs relations « familiales » tordues…

-Et il y a rien qui te choque ? Sherlock, Shevon , tu ne trouves pas ça un peu étrange ? Comme… Je sais pas… Un peu similaire ?

Un demi-sourire joua sur les lèvres du détective.

-Shevon est un dérivé anglicisé de Siobhan, qui était le nom de la mère de maman. C'est pour cela que sa fille porte ce nom.

-Ta nièce, donc.

Sherlock eut une moue vaguement dégoûtée, plissant les lèvres.

-Si tu veux, marmonna-t-il d'un ton revanchard.

-Tu ne l'aimes pas ?

Sherlock le regarda avec amusement. Bon, évidemment, question stupide. Rejeton d'ennemi juré, Holmes, femme… Et puis Sherlock, aimer, tout ça…

-Je suppose, concéda cependant le détective après quelques instants, que nous avons quelques traits en commun. Shevon déteste Mycroft et la main mise qu'il a sur tout ce qui l'entoure. Elle possède également une intelligence hors du commun. La première chose qu'elle ait faite dès sa seizième année, après avoir passé ses A-tests, a été de plier bagage et de quitter l'Angleterre pour la France.

Quelle famille, songea John, pour ce qui semblait être la millième fois. Il imaginait la tête qu'auraient tiré ses parents si Harry, oui lui-même, avait essayé de faire la même chose. En même temps, malgré tous ses défauts, son père n'avait rien d'un Mycroft.

Il n'arrivait d'ailleurs pas à imaginer ce que pouvait signifier avoir un père comme Mycroft… Toutes les connexions, la surveillance permanente peut-être, la froideur et la condescendance. Un regard qui savait tout de vous en quelques secondes.

Quelle horreur.

-La France n'est pas si loin ? Hasarda-t-il, curieux.

A la place de Shevon, il serait parti en Chine ou aux Etats-Unis. A bonne distance.

Sherlock fronça les sourcils et croisa à nouveau les mains devant la bouche.

-Mycroft ne lui aurait pas permis d'aller plus loin, pour la même raison qui fait que sa disparition est si inquiétante aujourd'hui. Tu te souviens de ce que je t'ai dit sur la Famille ? Sur la façon dont se déclare le vampirisme ?

Oh. Il commençait effectivement à deviner le problème…

-Après la puberté, n'importe quand, c'est ça ?

Son compagnon hocha la tête, le visage grave.

-La Soif, John, est une épreuve pour n'importe lequel d'entre nous. Mais la première Soif est la pire de toute. Elle se déclare soudainement, et ne laisse pas de répit. Tout le sang contenu dans tes veines ne suffirait pas à la satisfaire. Shevon a eu 20 ans en juin dernier. Mycroft l'avait mise sous surveillance, mais ses mouvements et la longueur de son bras sont bien plus limités en France, surtout dans le contexte actuel. Ses hommes l'ont perdu. Et comme il s'agit d'une affaire concernant la Famille, il ne peut pas mettre n'importe qui au courant. C'est pour cette raison qu'il m'a demandé de m'en charger et c'est pour cette raison que j'ai accepté.

« Et pas parce qu'il me l'a demandé » était lourdement sous-entendu.

Une vampire affamée lâchée dans Paris, ça signifiait…

-Tu crois qu'elle a déjà tué ?

Sherlock secoua doucement la tête, mais cela semblait davantage refléter son incertitude plutôt qu'une négation.

-Deux meurtres ont été signalés ces deux derniers jours. Aucun cas d'exsanguination. Il est cependant possible que la police n'ait pas transmis toutes les informations à la presse. J'en doute, ils n'ont pas de dossiers ouverts, j'ai vérifié. Une autre éventualité est que les autorités n'en aient rien su. Je te l'ai dit, Shevon est intelligente. Faire disparaître un corps ne lui poserait pas de grandes difficultés, surtout si elle est devenue vampire. Elle peut aussi avoir disparu pour une raison complètement différente, sans aucun rapport avec la Famille. Il y a encore trois autres hypothèses, mais je préfère les garder pour moi pour le moment. Je n'ai pas les informations nécessaires pour me faire une opinion définitive. Dès notre arrivée, nous ferons envoyer nos bagages à l'hôtel et nous irons à son appartement.

John acquiesça lentement et recommença à manger, l'esprit à présent préoccupé. Il jeta un regard en coin à Sherlock, se demandant ce qu'il pouvait ressentir, s'il ressentait quelque chose. C'était sa nièce, malgré tout.

-Elle est étudiante ? Demanda-t-il, finalement.

-Oui, en 5ème année d'anthropologie à la Sorbonne.

-Un petit ami ?

Sherlock eut une moue agacée.

-Je n'ai pas réussi à savoir si elle en avait un, grommela-t-il entre ses dents. Rien sur ses relevés téléphoniques, et ses relevés de compte indiquent qu'elle paye la majorité de ses achats en liquide. Elle cherche à se préserver de Mycroft, n'oublie pas. Cela la rend très difficile à tracer.

-Et les hommes de Mycroft…

-…N'ont rien découvert, ces incapables. Elle les semait régulièrement pour plusieurs heures, comme je l'ai souvent fait moi-même. Il faudra aller se renseigner directement à l'université pour en savoir plus. Enfin, sur ce que nous n'aurons pas appris de son appartement.

-Tu vas nous faire entrer par effraction ?

Pas comme si c'était la première (ou la dernière) fois… Mais pas question qu'il reste dehors cette fois-ci ! Plutôt se menotter à Sherlock que de passer à nouveau pour un idiot à s'égosiller tout seul dans la rue !

-Je ne m'y risquerai pas. Elle a certainement piégé sa porte. Elle est très vindicative.

Bien sûr, suis-je bête ? Tout le monde piège sa porte de nos jours…Holmes. Alors, c'est tous les Holmes. Mon Dieu. Bien sûr, chez les Holmes, il devait être considéré comme logique, normal, de piéger sa porte, d'avoir des ennemis-jurés, d'enlever les futurs colocataires de ses frères et sœurs pour discuter avec eux au milieu d'un hangar désert…

-Mycroft m'a donné une clé et le code de l'immeuble.

-Et sa mère ?

-Quoi, sa mère ?

-La femme de Mycroft ? Elle ne sait rien ?

Sherlock secoua la tête, le yeux au plafond, mais ne fit aucun commentaire sur la fameuse épouse. Bon. John termina son plateau et remercia l'hôtesse venue le récupérer, puis se laissa aller sur son siège. Sherlock était retombé dans le mutisme le plus total, et il leur restait bien 1 heure de voyage. Il venait de sortir du tunnel, et John s'absorba donc dans la contemplation du paysage.


Il s'était endormi sans réellement s'en rendre compte, et sursauta lorsque la voix féminine et mécanique annonça l'arrivée à Paris. Sherlock avait déjà rangé son matériel, et, bien qu'assit parfaitement immobile, semblait bouillonner d'impatience. Dès l'arrêt du train, il bondit hors de son siège, et John fut obligé d'attraper rapidement ses affaires pour le suivre. Il sortit du train à la suite de son tourbillon de partenaire. La lueur grise du matin baignait l'immense bâtiment, véritable géant de pierre et d'acier. Les lampadaires ronds diffusaient une lumière tamisée et éclairaient les grands panneaux publicitaires dont il ne comprenait pas un mot. Ils remontèrent le quai le long d'une belle ligne rouge avant d'entrer dans la gare proprement dite. Elle était bondée et ça courait en tous sens, mais ça n'avait rien d'exotique. Ils passèrent la douane, encore une fois grâce au « passe-Mycroft » comme John commençait à l'appeler intérieurement.

Sherlock, après avoir confié leurs bagages à une charmante hôtesse en uniforme Eurostar, délaissa les indications en Anglais les invitant à rejoindre un salon d'accueil, et prit le chemin indiqué « exit ». Ils laissèrent le guichet d'accueil sur leur gauche pour immédiatement passer par l'imposante porte à l'armature de pierre. Ils tombèrent aussitôt sur un grand carrefour où se rencontraient trois larges avenues. John regardait tout autour de lui avec fascination. C'était bruyant, animé. Autour de la gare des jeunes hommes et femmes, très jeunes, semblaient traîner là, accostant parfois un homme d'âge mur. Le médecin fronça les sourcils en observant l'étrange manège.

-Des prostitués.

Il se tourna vers Sherlock, qui était penché sur son portable.

-Pardon ?

Le détective rangea l'appareil dans sa poche et lui rendit son regard.

-Ce sont des prostitués sans papier et/ou mineurs. La gare du Nord est connue pour ça. Ils font une excellente source d'information.

Ce ne sont que des enfants, songea John en les regardant, son cœur se serrant d'amertume. Il avait vu tout ça et pire au cours de sa carrière militaire, mais il refusait de s'y habituer. Il glissa un coup d'œil à son compagnon. Ca ne semblait pas le traumatiser, mais avec Sherlock qui savait ? Le détective leva soudainement le bras et cria :

-Taxi !

Une voiture blanche surmontée d'un panneau signalant son utilité s'arrêta à leur niveau. Sherlock ouvrit la porte arrière et grimpa. C'était une voiture tout à fait quelconque, rien à voir avec les taxi londoniens, nota John en s'installant à ses côtés. Un homme replet avec une moustache et un sourire bon enfant se tourna vers eux et éructa quelque chose que John ne comprit pas. Sherlock donna une adresse en réponse. Au sourire large du chauffeur, le médecin comprit que ça ne devait pas être tout près.

Sherlock et son refus de prendre le métro… Inutile de se demander pourquoi il avait besoin d'un colocataire. Tous ses revenus passaient dans les taxis. Ils s'engagèrent dans le trafic et John perdit le fil de ses réflexions, tout entier captivé par le paysage. Les bâtiments étaient tel qu'ils les avaient vu en photo et l'architecture imposante des boulevards haussmanniens lui coupait le souffle.

-Pouvez-vous mettre la radio ? Les informations, s'il-vous-plaît.

John se retourna vers Sherlock avec un sourire. Il avait beau ne pas comprendre les mots, il y avait quelque chose de délicieux dans la voix de son amant s'exprimant en Français. Le chauffeur alluma son autoradio et un flot continue dans la langue de Molière emplit les baffles. Sherlock se pencha en arrière et ferma les yeux, les mains croisées sur les genoux.

-British ? Demanda le conducteur, les yeux rivés sur John par rétroviseur interposé, avec un horrible accent.

-Oui, répondit-il avec un sourire amical.

-Vacances ?

Des vacances façon Sherlock…

-En quelques sortes.

-Vous parlez très bien français, continua-t-il, toujours dans un Anglais approximatif, s'adressant visiblement à son compagnon.

-Très, fut la réponse sèche, et je le comprends très bien aussi, lorsque je peux l'entendre sans vos bavardages intempestifs.

Le chauffeur se renfrogna et se tût, les yeux fixés sur la route, vexé.

Et juste comme ça, on est de retour à Waterloo, songea John avec un soupir résigné.


Ils passèrent devant ce que John identifia grâce à son guide – acheté dans le train, le charme de la business class – être l'arrière du centre Pompidou (côté bibliothèque, donc, songea-t-il en comparant le visuel à son livre). Des gens formaient une longue queue vers le bâtiment. Le chauffeur se rangea juste à côté de trois larges tuyaux blancs qui sortaient du sol et s'incurvaient tels trois doigts géants. Il adressa quelques phrases à Sherlock. Celui-ci hocha la tête avec brusquerie et tira une liasse d'euros de son portefeuille. John manqua se taper le front en réalisant que lui n'avait pas fait changer sa monnaie. Comment allait-il payer ici ? Il allait dépenser des sommes folles en frais de change s'il tirait de l'argent depuis son compte britannique. Et d'ailleurs, quand est-ce que Sherlock avait eu le temps de…

Il ne put réfléchir davantage, le détective le poussant à sortir du véhicule. Ils étaient à peine sortie que celui-ci redémarrait.

-L'appartement de Shevon est dans la zone pseudo-piétonne, expliqua-t-il en voyant John regarder autour de lui.

Le centre Pompidou était particulièrement impressionnant, enchevêtrement de tuyaux colorés et de grillages, d'escaliers et de containers oranges, bleus, verts, métal sur métal, entre cage et fantasme de plomberie improbable. Ils étaient à la frontière est du marais, s'il en croyait son guide, dans le quatrième arrondissement. Sherlock ne lui laissa évidemment pas le temps de se cultiver davantage (ne serait-ce que pour se repérer) et l'entraina dans la rue Ste Merri, passant au sud du centre culturel. Il y avait de nombreux touristes, équipés d'appareils photo. Et flûte. Encore quelque chose qu'il n'avait pas emmené. Il pouvait dire merci à Harry et son téléphone High-tech .

Ils passèrent au pas de course à droite d'une place équipée de la plus curieuse des fontaines. John se serait bien arrêté pour observer les statues colorées, mais Sherlock le menait au pas de charge. Ils débouchèrent sur la place du centre Pompidou, dont le sol s'incurvait jusqu'au bâtiment lui-même, en une longue pente, comme un coquillage. Des groupes de jeunes étaient assis à même le sol, discutant, fumant, jouant de la musique sous le froid soleil de novembre. Tout autour de la place, des terrasses bondées, des magasins à touristes (note-to-self : penser à envoyer une carte à Sarah et une autre à Mrs. Hudson s'il voulait rester dans leurs bonnes grâces) et des allés et venues incessantes. Il resta un moment immobile, fixant la façade monumentale du centre et son escalier-tube extérieur qui montait par paliers jusqu'au sommet de l'édifice.

-John, cria une voix impatiente.

Il soupira et suivit la forme élancée de Sherlock, laissant la place derrière lui. Ils tournèrent sur la gauche, empruntant la rue St Martin. L'espace étant moins large, la rue était un peu plus sombre, mais toujours bordée de terrasses et de magasins. John observa en fronçant les sourcils les multiples mégots trainant tristement entre les pavés. Paris glamour était bien sale. Lorsqu'il relava les yeux, il constata qu'il était en train de passer devant la porte ouverte d'une église. Le bâtiment ne détonnait pas, mais sa façade de pierre était entourée de filets de protection, signe de vieilles pierres et de chutes possibles. A gauche de la porte, des ombres humaines en boit de plusieurs couleurs décoraient le seuil. Etrange. Sherlock s'était lui aussi arrêté, les sourcils froncés, et regardait par la porte. Ils pouvaient entendre le prêtre parler. Sherlock se glissa silencieusement à l'intérieur, ignorant l'appel interrogateur de son compagnon. John leva les yeux au ciel et le suivit. L'intérieur était simple, sans prétention. Il n'y avait que quelques personnes et le prêtre.

Evidemment, il ne comprenait pas un traitre mot, mais les visages étaient tristes, et ce n'était pas dimanche. Une messe particulière ? Une oraison funèbre ?

Sherlock croisa les mains derrière son dos et resta un long moment immobile, écoutant. John fourra les mains dans ses poches et s'absorba dans la contemplation de l'un des vitraux, laissant les paroles du prêtre le bercer agréablement. Il revint à la réalité lorsque Sherlock le tira par la manche pour l'entrainer à l'extérieur.

-Sherlock, questionna-t-il une fois qu'ils furent à nouveau dans la rue. Qu'est-ce que c'était ?

Le détective rajusta ses gants et lui fit signe de le suivre.

-Une messe en hommage à un jeune homme qui s'est suicidé. Quelques unes des paroles du prêtres ont retenu mon attention. Apparemment, il habitait le quartier, et il est mort en s'ouvrant les veines, ou du moins, c'est ce que j'en conclus. Exsanguination, John. Je n'avais pas pensé à la possibilité que la mort puisse être considérée comme un suicide. Bien sûr, ce n'est qu'une vague possibilité…

Ils débouchèrent sur un croisement. En face d'eux, une rue plus large s'ouvrait, avec deux belles rangées d'arbres courant en son centre, des vélos attachés à chaque troncs, étranges grappes métalliques.

-Rue St Martin, murmura Holmes en désignant une porte. C'est ici, au 11.

Le numéro 11 jouxtait une boutique violette remplie de cœurs, « Le Passage du Désir » quoique cela puisse vouloir dire. Il accompagna Sherlock jusqu'à la double porte de bronze grise, l'observa taper le code et entra dans le bâtiment à sa suite. Le hall était plutôt luxueux, une rangée de boite aux lettres à droites, un escalier en marbres et bois lustré en face, et un ascenseur moderne à gauche.

-C'est Mycroft qui paye pour tout ça, demanda-t-il malgré lui, étonné par le faste et la localisation du logement.

Sherlock avait sorti sa loupe et observait la serrure de l'une des boites. Celle de Shevon probablement. Il examina également le cadre et la petite fenêtre de passage du courrier avant de refermer la loupe d'un coup sec.

-Non, bien sûr que non, répondit-il en sortant son kit de crochetage de sa poche. C'est maman. Elle a ouvert un compte avec livret pour chacun des enfants de Mycroft. Ils sont débloqués lorsqu'ils commencent leurs études supérieures. Elle avait fait la même chose avec Mycroft et moi. Shevon sait comment rentabiliser ses placements, voilà tout.

Alors qu'il se penchait pour forcer la serrure, John regardait anxieusement autour de lui, en particulier l'ascenseur et l'escalier. Mais la manœuvre fût rapide, et la boite s'ouvrit sous le toucher expert des outils du détective. Il en sortit les papiers qui s'y entassaient.

-Prospectus, prospectus. Une invitation promotionnelle à un vernissage. Une facture de téléphone. Aucun courrier personnel… hum…

Il rangea le tout dans sa poche, puis pivota sur lui-même pour aller ouvrir la porte de l'ascenseur, l'invitant à entrer. L'intérieur était tapissé de rouge, avec une barre dorée pour se tenir, un luxe au superflu presque gênant. Ils y tenaient déjà tout juste à deux. Un miroir leur faisait face et Sherlock s'y reflétait. Bien sûr, idiot, songea John avec un sourire. Il sut que son amant avait suivi le fil de ses réflexions quand celui-ci se pencha et enfouit son visage dans son cou. Il ferma les yeux en sentant les canines effilées effleurer sa peau en une caresse taquine. Puis une sonnette marqua leur arrivée à l'étage et Sherlock s'écarta.

Ils étaient au sixième étage. Le bâtiment était moins luxueux vu d'ici, même si le sol était tapissé du même rouge que l'ascenseur. Les murs blancs étaient un peu de guingois, et le plafond plutôt bas. Des anciennes chambres de bonnes converties en studios étudiants disaient son guide, s'il se souvenait bien.

Sherlock prit le couloir vers la droite, passa deux portes à droite et à gauche, avant de s'arrêter devant la seul qui leur faisait face. Le couloir s'arrêtait ici. Une sonnette indiquait « Shevon Holmes ».

Sherlock produisit une clef trois points qu'il introduisit dans la serrure. La porte s'ouvrit avec un claquement satisfaisant. Ils se trouvèrent immédiatement dans une petite pièce, sous les combles, éclairée pas un unique vasistas. Le lit simple était disposé juste en dessous, contre le mur, la couette blanche était pêle-mêle, et les oreillers dérangés. Une table de nuit triangulaire en bois faisait l'angle avec un petit espace-couloir qui servait de cuisine et menait à une porte qui devait être celle de la salle de bain. Sur leur droite se trouvaient une penderie, puis un bureau couvert de livres, avec un juste un espace laissé vide sur le dessus, à côté duquel trônait un tapis de souris. Le reste des murs était couvert d'étagères soutenant livres et classeurs. Il y avait ici et là une touche personnelle : un poster représentant une composition sur le thème de Londres sur le mur de la tête de lit, des cadres sur la table de nuit, un tableau où était épinglé de nombreuses photos sur le mur de la cuisine…

Sherlock n'entra pas et arrêta John lorsqu'il fit mine de le faire. Il s'accroupit au sol et pencha la tête jusqu'à pouvoir observer le plancher de près. Puis il se releva d'un bond et tira son compagnon à l'intérieur, refermant la porte d'un coup sec. Il se dirigea immédiatement vers le bureau et commença à étudier chaque livre, chaque feuille de papier. John laissa son regard s'attarder sur les titres des ouvrages sur les étagères, certains en français, d'autre en anglais, d'autres encore en ce qu'il pensait être de l'allemand. Il reconnaissait certains noms, mais ça n'était pas sa spécialité, il ne pouvait pas même juger du sujet de son travail. Il passa donc au cadre de la cuisine, dans lequel avaient été punaisé plusieurs photographies d'adolescents, et des images de Londres. Il y avait plusieurs filles, et il se demanda laquelle était Shevon. Trois jeunes brunettes étaient sur plusieurs clichés, mais aucune ne ressemblait vraiment à Sherlock ou Mycroft (et ça n'était pas comme si les deux frères se ressemblaient entre eux…).

Une chanson s'éleva, et il se tourna vers l'origine de la musique. Sherlock venait d'enclencher la petite chaine hifi du bureau.

Take a risk, make a change, take a chance and break awaaaaay….

Sherlock eut un sourire sardonique en entendant les paroles et éteignit l'appareil. Il se déplaça vers le lit et s'agenouilla devant, effleura la surface des draps, puis se pencha et renifla. John se rapprocha de lui et saisit un des trois cadres qui trônait sur la table de nuit. C'était une photo de famille. Chacun des membres posait bien à sa place, et cela avait toute l'apparence d'une photo de professionnel. Mycroft était debout à l'arrière, appuyé sur une cane, en costume beige, une main dans la poche de son veston, avec à son bras une belle femme aux cheveux cuivrés, élancée, dans une élégante robe bleue sombre. Devant le couple se tenaient deux jeunes enfants, une petite fille aux cheveux blonds et aux yeux bleu-gris tenant un bébé dans ses bras, et un petit garçon blond, au visage tendu, comme s'il tentait par tous les moyens de rester sérieux.

-C'est la famille de Mycroft ? Demanda-t-il à Sherlock qui à présent regardait pensivement le vasistas.

Le détective jeta un coup d'œil et acquiesça.

-C'est une vieille photo, nota John en la rapprochant. Sa femme est magnifique.

Sherlock grommela quelque chose en réponse, mais il semblait tout entier captivé par le vasistas. Le médecin leva les yeux au ciel et reposa le cadre pour se saisir du suivant. C'était la photo d'un couple. L'homme était grand, et paraissait imposant, solide, appuyé négligemment contre le manteau d'une veille cheminé. Son regard perçant rappelait à la fois Mycroft et Sherlock. La femme brune assise dans le fauteuil à côté était étrangement évanescente, vêtue d'un tailleur noir, des cheveux courts, bouclés, en bataille, des yeux gris-bleu, une peau pâle et un sourire malicieux et un rien narquois. Mummy…Songea John avec un frisson. Elle ne semblait certainement pas assez âgée pour être la mère de Sherlock et Mycroft, mais sachant que c'était une vampire…

Le troisième cadre contenait un unique portrait. Sherlock. Le même visage, le même col et la même écharpe. Il ne regardait pas l'objectif, et le vent soufflait dans ses cheveux. Il se découpait sur un ciel nuageux. C'était une belle photo.

-Tu as ta place sur la table de chevet de ta nièce, remarqua-t-il, conscient que son sourire transparaissait dans sa voix.

-Elle ne vit pas ici, coupa Sherlock sans paraître l'avoir entendu.

John leva les yeux vers lui avec un regard interrogateur.

-Pardon ?

Le détective secoua la tête et désigna le lit, puis le bureau.

-Tout a été fait pour donner l'apparence que ce lieu est occupé quotidiennement, mais seulement en surface. Bien sûr, c'est suffisant pour tromper les bouffons de Mycroft. Le lit ne porte pas l'odeur de Shevon, elle ne dort certainement pas dedans. Les ouvrages qui sont là ne sont que des ouvrages généraux, des manuels ou le B-A BA des ouvrages de référence. Rien sur ses recherches personnelles. Tous les devoirs et les notes disséminés un peu partout datent de ses années précédentes. Sur le cadre de la cuisine, se sont ses amis de lycée, je reconnais le décor des pubs londoniens, aucunes de ses relations ici… Et bien sûr, il manque sa guitare.

John suivit des yeux les descriptions de Sherlock avant de se tourner à nouveau vers lui.

-Tu penses qu'elle vit avec son petit-ami, ou quelque chose du genre ?

Sherlock n'avait pas l'air convaincu. Puis son regard se posa sur la photo que tenait toujours son compagnon. John allait faire un commentaire sur la qualité du cliché lorsque celui-ci lui fut brusquement arraché des mains. Il protesta un peu, puis vit l'excitation sur le visage de Sherlock.

-Quoi ?

Sherlock avait retourné la photo et s'appliquait à en détacher le cadre.

-Cette photo, John ! Elle ne va pas avec les autres ! Regarde ! Photos de famille, prises par le photographe de Mummy. Ce sont les clichés quasi officiels de la Famille. Pas celle-là. Shevon a dû la prendre elle-même. Pourquoi un portrait de moi, si pas pour…

Le cadre céda à ce moment-là. Le détective le retira, extirpant la photo de son enveloppe de bois et de verre. Au dos, John lut « London, 2005 » suivit d'un nom « Marguerite Porète ».

-Ton portable !

Il tendit son téléphone à Sherlock sans rechigner et le regarda taper rapidement.

-Petite maligne, murmura le vampire.

Puis, avec un sourire triomphant, il lui montra l'écran. C'était une des pages du forum de The Science of Deduction. Sous le pseudo Marguerite Porète, il n'y avait qu'un seul post, daté de 2005 :

« Essaie la fenêtre. Troisième balcons à droite. VAM8954. See you there. »

Sherlock plia la photo et la fourra dans sa poche avant de monter sur le lit.

-Et ce post ne t'a pas paru bizarre à l'époque ?

Le brun haussa les épaules, puis leva les bras pour ouvrir complètement le vasistas.

-Je me suis intéressé au message, aucun indice, au pseudo, une mystique obscure du Moyen Âge, et à l'adresse IP. Impasse. Mais je n'ai pas oublié.

Watson regarda avec une certaine mesure d'inquiétude son compagnon se hisser par l'ouverture.

-Sherlock ?

Le visage de son amant apparut brièvement au-dessus de lui, un peu agacé.

-Dépêche-toi, John ! Je veux voir son véritable appartement !

Au pied, John ! Songea-t-il, acerbe, avec un regard mauvais à l'espace à présent vide.

Mais cela ne l'empêcha pas de monter à son tour sur le lit, et d'attraper le bord du vasistas. Son épaule protesta violemment lorsqu'il força sur ses bras et il manqua lâcher prise. Deux mains passèrent immédiatement sous ses aisselles, et Sherlock le hissa sans aucune difficulté sur le toit, comme s'il n'était qu'un enfant.


A suivre la semaine prochaine ^^ 'tite review ?