NdA : Merci à tous et à toutes pour les reviews sur les deux chapitres précédents. Un fois encore, dû à l'absence de ma bêta, ce chapitre n'a pas été corrigé par ses yeux de lynx. Dans ce chapitre, je décris des lieux de Paris qui existent réellement (le Black Dog, la Sorbonne…etc), ce n'est que mon point de vue sur ses lieux, et j'espère ne pas gêner à qui de droit en les décrivant.
Plusieurs petites remarques :
sat1, lorsqu'en 2005 Shevon a laissé ce message à Sherlock, son but était qu'il puisse lui rendre visite. Elle peut devenir vampire à n'importe quel moment, et, au moment où cela se produira, elle devra se nourrir. Cet instinct est incontrôlable. Si elle tue des gens, ce n'est pas volontaire, donc elle aura au contraire tout intérêt à être trouvée et arrêtée. Mais ça n'est pas forcément pour cela qu'elle a donné ce renseignement à Holmes. En tous cas, merci pour ta review et bonne lecture. BWunited, St Pancras est la gare de Londres, j'ai juste décrit le bâtiment ^^. Carine, je t'ai envoyé un mail. L'aurais-tu reçu ?
Pour tout le monde : nous organisons en ce moment une RENCONTRE DE FANS DE SHERLOCK sur Paris. Si vous êtes intéressés et voulez plus de détails, rendez vous sur mon LJ (lien dans mon profil) ou sur http : / community . livejournal . com/sherlock_meetup /11634 . html#cutid1 (sans les espaces)
Sur ce, fini de discuter, bonne lecture :
The case of the Missing Student
Chapitre 3 : Venez donc dans mon boudoir, messieurs
Ils étaient sur de longues parois en métal, usées par la pluie et les vents. Ce côté du toit descendait vers ce qui semblait être une court intérieure commune à plusieurs immeubles. Des arbres touffus pointaient leurs feuilles plus haut encore que la limite du toit. Derrière eux, côté rue St Martin, John pouvait entrapercevoir les tours de Notre-Dame dans le lointain, celle de la Sainte Chapelle, et l'Hôtel de ville.
Sherlock descendit jusqu'à la gouttière côté cour, et jeta un coup d'œil vers le bas. Il remonta un peu, puis partit immédiatement sur la droite, évitant soigneusement les autres vasistas. Il tourna à angle droit vers la gauche, passant sur une autre section du bâtiment. Selon les calculs du docteurs, ils étaient maintenant sur le toit des immeubles qui donnaient sur la rue des Lombard, perpendiculaire à la rue St Martin. Puis Sherlock s'arrêta, redescendit vers les gouttières côté cour et, à la surprise de John, se laissa tomber. Il ne put retenir un sursaut et un cri avorté en le voyant faire. Il descendit aussi vite que possible pour pouvoir regarder l'endroit où son amant avait disparu. Il eut un soupir de soulagement en voyant Sherlock, à peine trois mètres en dessous, la tête levée vers lui.
Il lui souriait, l'enfoiré !
-C'est bien ce balcon et cette fenêtre. Il y a un boitier à code.
Un boitier à code sur une fenêtre ? Bienvenu chez les Holmes…John secoua la tête avec irritation et, bien plus précautionneusement que son compagnon, se laissa tomber sur le petit balcon de pierre. Il était à peine plus large que la double fenêtre, et la balustrade en métal était couverte de lierre. Un arbre le cachait avantageusement des autres ouvertures donnant sur la cour. Il se tourna vers la fenêtre. Celle-ci était très haute, même Sherlock pouvait aisément la franchir sans se baisser, et suffisamment large pour qu'ils puissent rentrer tous les deux de front, s'ils l'ouvraient au maximum. Il ne pouvait pas distinguer l'intérieur, un lourd rideau lui masquait la vue.
-Elle pouvait à loisir perdre les hommes de Mycroft, nota Holmes avec un sourire amusé. Ils la croyaient en train de réviser dans son studio, et il lui suffisait de sortir par la porte de cet immeuble-ci.
Il observa rapidement à la loupe le petit boitier doré encastré au milieu de la fenêtre, puis tapa rapidement le code laissé dans le message de Marguerite Porète. Avec un déclic, la partie droite de la fenêtre s'entrouvrit vers l'intérieur.
-Elle avait si peur que ça d'être découverte ? Questionna John, alors que son compagnon passait un bras par l'ouverture pour écarter le rideau.
Sherlock ne répondit pas, se contentant d'ouvrir la fenêtre et de sauter souplement à l'intérieur. Un instant plus tard, il écartait l'autre pan du rideau. John se glissa à sa suite.
Ce studio-ci était plus grand, et le plafond était également plus haut, donnant immédiatement à John l'impression de mieux respirer. Il dégageait une atmosphère bien plus chaleureuse et vivante que le sombre P1 d'où ils venaient.
En face d'eux, à droite d'une porte qui devait être la porte d'entrée, trônait un vieux canapé de cuir marron, spacieux, devant également servir de lit, sur lequel était disposée une couverture de laine et quelques plaids et cousins de différents coloris. Derrière le meuble, on avait punaisé sur le mur une vaste tenture aux teintes rougeâtres représentant une forme féminine dansant sur l'eau. Devant, une table basse en bois supportait une pile de magazines, une lampe, un service à thé et un paquet de cigarette.
Contre le mur à leur droite, un large bureau de bois était couvert de livres et de feuilles de notes, et d'un lecteur CD/Disques. Dans l'angle entre ce mur et celui de la fenêtre, une vieille télé était disposée sur une longue étagère dans laquelle étaient rangés DVD, CD et 33 tours.
A gauche de la fenêtre, une vénérable armoire d'un style un peu vieillot imposait ses largesses, et juste à côté, un miroir en pied tenait l'angle. Le mur de gauche était en parti occupé par deux portes, entre lesquelles on avait installé une grande bibliothèque couverte d'ouvrages. Celle-ci servait également de support à de nombreuses photographies et un narguilé. Une belle guitare noire avec un design ocre-rouge était appuyée contre le meuble.
Sherlock alla tout-de-suite ouvrir les deux portes. La première menait à une petite cuisine fonctionnelle, éclairée par une toute petite fenêtre. La seconde à une salle de bain où malgré le peu d'espace, un ingénieux concepteur avait réussi à caser une baignoire.
Inutile de préciser que l'appartement était vide.
-A première vu, elle n'est pas revenue depuis deux jours, murmura le détective, comme s'il se parlait à lui-même. Et évidemment, elle a emporté son ordinateur et son téléphone… Mais elle ne comptait pas s'absenter.
John, en observant les lieux, en était arrivé plus ou moins à la même conclusion sans qu'il ne put dire ce qui l'avait mis sur la voie. C'était une impression générale.
Pendant que Sherlock furetait du côté du bureau, il s'approcha de l'étagère, en prenant soin de ne pas renverser l'instrument, et jeta un œil aux différents cadres. Les photos étaient plus récentes, moins convenues.
Il repéra immédiatement un cliché de Sherlock en train d'exécuter un dramatique mouvement de main, face à un Mycroft regardant la pointe de son parapluie d'un air inspiré. Il dût faire un effort conscient pour ne pas pouffer de rire. Un portrait de maman-Holmes fixait le visiteur de son regard amusé depuis la plus haute étagère. A côté d'elle reposait une photo de l'épouse de Mycroft, sans maquillage ou artifice, allaitant un bébé nouveau né, un petit garçon agenouillé près d'elle. Un peu plus bas se trouvait une photo de deux jeunes filles se tenaient les épaules, une blonde au visage doux, aux lèvres pleines, aux yeux bleu-gris et une brunette à la peau pâle, presque cireuse, maquillée de noir avec un piercing à la lèvre, trois à l'oreille et un autre à l'arcade sourcilière. Puis, en dessous, une photo de Londres, de nuit, sur laquelle la même jeune fille blonde était assise en tailleur sur l'un des murets bordant la Tamise. Le photographe qui qu'il ait pu être, avait visiblement un grand amour pour son sujet.
-« Les conduites addictives comme lien structurant : construction de l'identité groupale autour de l'assuétude chimique. »
Il se tourna vers Sherlock. Celui-ci tenait une liasse de papier et venait d'en lire le titre à haute voix. Il le traduisit immédiatement pour John.
-C'est son sujet de recherche, expliqua-t-il en réponse à son regard interrogateur.
Le médecin fronça les sourcils.
-Elle travaille sur la drogue ?
Il s'approcha de son compagnon.
-N'est-il pas possible qu'elle ait disparu en s'approchant trop des mauvaises personnes ?
-C'est une hypothèse que nous devons envisager, oui. Tu sais que le désir de sang des membres de la Famille pourrait être comparé à une addiction… Ca ressemble bien à un rejeton de Mycroft de vouloir en savoir plus sur lui-même…
Il reposa les feuillets sur la table et retourna dans la cuisine. John secoua la tête et reporta son attention sur la table basse. Il y avait là, pêle-mêle, des magazines sur les moto, ce qui paraissait être des revues de la communauté gay (si on en croyait le nombre de drapeau Arc-en-ciel), des journaux datés de la semaine passée, un magazine de crochet, un périodique de sciences sociales et une bande dessinée érotique. Il la reposa immédiatement en rougissant un peu à l'idée d'envahir ainsi la vie privée d'une jeune femme.
-Fouille l'armoire, entendit-il Holmes ordonner depuis la cuisine.
-Enfin, Sherlock…
-Veux-tu bien cesser de faire ta mijaurée, John ? Ca n'est pas comme cela qu'on la retrouvera.
John ravala sa réponse et ouvrit les portes de l'armoire. Il resta un instant interloqué devant la taille et l'excentricité éclectique de la garde-robe. Il y en avait pour tous les goûts, depuis le pantalon en cuir moulant jusqu'au baggy jaune fluo, en passant par une robe d'été légère aux motifs vieillots, le tailleur cintré et le jean Lewis. Il en allait de même pour les chaussures et les accessoires. Et les sous-vêtements.
-Elle aimait se réinventer, fit-il à l'adresse de son compagnon. Un vrai caméléon.
Il fouilla autant que possible dans les vêtements, mais il n'y avait rien qui aurait pu les mettre sur la pistes de la fille de Mycroft. En revanche, ce qu'il trouva dans un coffret de bois au fin fond du meuble lui fit ouvrir les yeux plus larges. Il y avait là une vraie collection de…
-Je ne suis pas certain que les jouets sexuels de Shevon nous soient utiles pour l'enquête, John, mais félicitations pour ta minutie.
Il referma la boite d'un coup sec et la rangea.
-Quelque chose ? Demanda-t-il à la place en se tournant vers son compagnon.
-Rien de notable. Suffisant pour déduire ses habitudes, mais aucun indice sur les raisons de sa disparition.
Il joignit le bout des doigts devant la bouche et son regard devint vague, introspectif, comme toujours lorsqu'il réfléchissait intensément. Puis il prit une longue inspiration et fourra les mains dans ses poches.
-Nous ne trouverons rien de plus ici. J'ai le double de ses clefs, partons.
John acquiesça et se releva. Ensemble, ils sortirent de l'appartement. Du courrier avait été déposé devant la porte. Sherlock s'en empara immédiatement, comme un oiseau de proie fondant sur un rongeur.
-Facture de téléphone/internet… Au nom de Cymnea Holmes. On dirait qu'elle favorise son deuxième prénom. Fiche de paye ? Intéressant.
Il ouvrit la lettre et en consulta rapidement le contenue.
-Elle travaille dans un bar-restaurant un peu plus loin dans la rue, le Black Dog.
Il enfonça la lettre dans sa poche, et continua son dépouillement.
-Publicité, œuvre de charité…
Il jeta cette partie du courrier dans l'appartement, sans faire attention à l'ordre générale de la pièce.
-Direction la Sorbonne, John. Mais d'abord, tu dois avoir faim, non ? Un arrêt au « chien noir » s'impose.
Il referma la porte d'un tour de clef. Effectivement, la sonnette portait bien la mention « Cymnea Holmes ». Ils prirent un ascenseur assez semblable à celui de l'autre immeuble, mais sans miroir, et arrivèrent dans un hall plus petit, tout en longueur, et bien plus sombre que le précédent. Lorsque Sherlock ouvrit la porte, ils étaient effectivement dans la rue des Lombards, au numéro 5. La porte était à la gauche d'un magasin… un sex-shop. En face d'eux, deux bars portant le drapeau Arc-en-ciel. De l'un d'entre eux se dégageaient de très bonnes odeurs de tapas, et son ventre se mit à gargouiller par réflexe.
Sherlock l'entraina vers la gauche, continuant dans la même rue d'un pas vif. Les odeurs de nourritures montaient à la tête (et descendaient dans son ventre). Ils dépassèrent ce qui parût être des dizaine de restaurants à son estomac, mais n'était en réalité qu'une assez courte distance jusqu'à un établissement qui ne payait pas de mine. Contrairement aux autres, le Black Dog n'avait pas de tables en terrasse. Deux bras de bac à fleurs, dont le fleurs étaient plus mortes que vivantes, formaient une sorte de petite cour vide devant la porte. La façade était rouge, sans affichage. Une seule ardoise présentait ce que John supposait être le menu.
Super. Il ne savait même pas ce qu'il allait manger.
Sherlock lui fit signe de passer devant avec un petit sourire en coin qui ne lui inspira pas confiance. Il s'avança vers la porte. Une grosse poignée rouge. Il la prit, la tourna et tira. Rien. Ca coinçait. Il réessaya. Non. Toujours bloquée.
-C'est fermé.
-Pas du tout. Tourne, et pousse.
John s'exécuta. La porte s'ouvrit. Pourquoi n'avait-il pas eu le réflexe ? Il y a avait bien quelque chose de marqué sur la porte, mais en français. A croire que les grenouilles ne maîtrisaient pas l'international « push/pull »… Au sourire de Sherlock, il sut que celui-ci s'amusait beaucoup de la situation.
Je le hais, comme je le hais…
Ils entrèrent dans le bar. La première impression de John fut « bruyant et sombre ». Le bruit ne venait pas des vivants, mais de la musique de sauvage, batteries, basses et les cris gutturaux du « chanteur » si on pouvait appeler ça comme ça. Tout était de bois noir et de métal policé, un bar moderne à gauche, des simples tables de bois sans siège, un coin salon surélevé, juste au dessus d'un escalier descendant vers ce qui devait être une cave… Il nota le « Absinthe » sur le tableau des consommations. La salle de restauration était derrière celle du bar, et Sherlock monta d'une enjambée les trois marches qui les séparaient. Le serveur ressemblait plus à un videur qu'à autre chose. Peut-être cumulait-il les emplois ? Il avait les cheveux ras, une moustache et barbes courte, des muscles à la Schwarzenegger et de multiples tatouages.
La salle était brillamment éclairée, avec un bar de bois – derrière lequel travaillait un cuistot tout aussi tatoué – et des poutres apparentes. Le mur de gauche était dédié à une fresque représentant une femme à la chevelure de feu et une créature aux têtes aussi multiples que féroces, celui de droite à une tempête maritime en impression sur le mur ocre. Bon, il exagérait peut-être, c'était juste un mur avec du relief. Par contre, il n'imaginait pas le visage qu'un habile artiste avait faite sortir du plâtre du mur du fond.
C'aurait dû être flippant comme endroit. Ca ne l'était pas. C'était plutôt confortable, intime. Surtout qu'il n'y avait personne. Le serveur et Sherlock échangèrent quelques mots, puis, avec un sourire, le serveur passa à l'anglais.
-Installez-vous où vous voulez.
Après s'être débarrassé de leurs manteaux, ils prirent une table et l'homme leur amena deux cartes (dans la langue de Shakespeare, Dieu merci). Ah. Argentin. Parfais. Le nom des desserts (« tombeau », « black orgasm »…) le laissait un peu perplexe. Il commanda une entrecôte et jeta un regard anxieux à Sherlock.
-Une salade du chef.
Bon, au moins, Sherlock n'allait pas faire son difficile. C'était toujours un plus. Même en sachant très bien qu'il ne toucherait pas à son plat, ne rien commander n'aurait pas été très bien perçu. Avec un sourire intérieur, il songea que c'était le genre d'endroit où l'on crèverait d'envie d'avoir un vampire dans les murs. Et ils en avaient eu deux sans le savoir. Enfin, un et un en devenir. Il fallait espérer que Shevon n'était toujours pas devenu suceuse de sang.
-Vous désirez boire quelque chose ?
Sherlock secoua la tête, et John commanda une bière blonde. Une fois le serveur parti taper les commandes et parler au barman, le détective sortit son portable et le posa sur la table. Il croisa ensuite les jambes et joignit les mains devant son visage.
-Ca ne va pas, murmura-t-il avec une grimace. Ca n'est pas logique.
John prit la bière que lui tendait le serveur avec un remerciement et dût se pencher pour entendre ce que marmonnait son colocataire.
-Quoi ?
Sherlock appuya les coudes sur la table, se rapprochant également.
-Si elle s'était nourrie, elle serait à nouveau stable maintenant. Elle aurait dû contacter la Famille. Et sinon, pourquoi ne contacter personne ? Kidnapping ? Mais Mycroft aurait déjà dû avoir des nouvelles des kidnappeurs. Et puis, pour la majorité du monde, mon frère n'est rien de plus qu'un petit bureaucrate, pourquoi enlever sa fille ?
John but une gorgée de bière.
-Peut-être qu'elle a honte d'avoir tuer des gens ? Ou qu'elle se cache ?
-Pour quelle raison ? Non. Ca ne va pas. J'ai besoin de donnée. Auriez-vous une idée d'où se trouve Cymnea Holmes ?
John releva les yeux à la question. Sherlock, avec sa fluidité habituelle, s'était tourné vers le serveur sans interrompre son discours. L'homme posa leurs commandes devant eux avec un froncement de sourcil.
-Cym ? Elle a arrêté de bosser ici le mois dernier. Pourquoi ? Vous la connaissez ?
Il avait l'air vaguement soupçonneux. Mais un sourire rassurant de Sherlock le calma immédiatement. Etrange, un tel sourire sur ce visage pour qui le connait. Il sait vraiment se jouer du monde, et des gens.
-Je suis son oncle, expliqua-t-il en tendant la main. Sherlock Holmes.
Un éclair de reconnaissance passa sur le visage du serveur et il serra la main tendue avec un sourire chaleureux.
-Ah. Je me disais bien que votre tête me disait quelque chose. Cym m'avait montré votre photo une fois, je sais plus pourquoi. Elle vient encore ici, environ une fois par semaine. Mais je l'ai pas vu depuis vendredi dernier. Ceci-dit, elle habite littéralement à deux pas.
Sherlock acquiesça.
-Nous le savons. Mais nous comptions la surprendre en lui rendant visite dès notre arrivée à Paris il y a deux jours, et elle n'était pas chez elle. Elle ne répond pas à mes appels non plus. Vous n'auriez pas une idée de l'endroit où elle pourrait se trouver ? Je serais déçu de passer par ici et de ne pas la voir.
Le serveur croisa les bras en levant les sourcils.
-Oui, elle serait déçue aussi. Pour autant que je me souvienne, elle semblait vous aimer beaucoup.
John faillit s'étouffer dans sa bière, mais l'expression sur le visage de Sherlock était impeccable, affectueuse et inquiète à la fois. Le serveur hochait la tête lentement, l'air de réfléchir.
-Cym parlait assez peu d'elle en fin de compte. Je suppose qu'elle pourrait être chez Apolline.
C'était un nom, ça ? John essaya de reproduire les sons dans sa tête. Il espérait ne jamais avoir à le prononcer à haute voix.
-Sa meilleure amie ?
-Pour autant que je sache. Elles étaient souvent fourrées ensemble ici. Apolline Blanchard, je crois que c'est ça son nom de famille. Elle habite quelque part dans le cinquième, mais alors où…
-Vous avez dit « étaient » ? Apolline ne vient plus ?
Evidemment, Sherlock, lui, n'avait aucun mal à le dire, ce foutu nom… Le serveur haussa les épaules.
-Cym a commencé à s'absorber beaucoup dans ses recherches, c'est aussi pour ça qu'elle a arrêté de bosser ici. Vous savez sur quoi elle travaille ?
-Oui. L'addiction.
-Et bien, elle a voulu trouver d'autres endroit, d'autres cercles où effectuer ses observations après s'être un peu fait la main ici. Mais à par l'alcool, ce bar c'est pas franchement un hang-out pour les addicts aux substances. Elle passait pas mal de temps au Klub aussi. C'est une boite juste à côté. Et il y a un mois environ, elle est venue me dire qu'elle arrêtait. Qu'elle avait besoin de changer de coin.
Le détective fronça un peu les sourcils en inclinant la tête. Puis il sortit quelque chose de la poche de son manteau. C'était la photo des deux jeunes filles que John avait vu sur la bibliothèque de Shevon. Il n'avait pas vu Sherlock la prendre. Un long doigt pâle se posa sur la brunette aux piercings.
-C'est elle, Apolline ?
Le serveur se pencha et secoua la tête.
-Non, non, pas du tout. Cette fille, je l'ai vu trainer ici une ou deux fois, mais je sais pas son nom. Je savais même pas qu'elle était amie avec Cym. On parlait d'addict, hein ? Eh bien celle-ci, elle en tient une sacrée couche. Attendez.
Il partit d'un pas vif dans la salle avant du bar, pour revenir une minute plus tard avec une photo.
-Ca, c'est Cym et Apolline à l'anniversaire du patron.
Il tendit la photo à Sherlock. Celui-ci l'observa quelques secondes avant de la tendre à John. On y voyait la jeune fille blonde, Shevon donc, dans un ensemble top en dentelle et mini jupe, avec des bottes à pointes et un maquillage sombre, jouer de la guitare. Il y avait devant elle, visiblement en train de chanter, une très jolie jeune fille aux luxuriants cheveux châtains, au visage aux rondeurs enfantines, aux lèvres pleines. Sa robe rouge flottait autour de ses formes comme un charme. Il redonna la photo à Sherlock et entama son repas. Quelque chose lui disait que son compagnon n'allait pas tarder à sauter de sa chaise et il tenait à avoir un minimum de nourriture dans son estomac avant que cela n'arrive.
-Elles sont dans la même faculté ?
Le serveur acquiesça. Sherlock plissa les yeux en contemplant la jeune femme sur l'image. John n'osait même pas imaginer tout ce que son compagnon avait pu déduire d'elle juste avec cette unique photographie. Il termina son plat pendant que le serveur allait accueillir un autre couple de client. Bien sûr, son compagnon ne toucha pas à sa nourriture. Lorsqu'il eut terminé, et l'expression de Sherlock criait « pas une seconde trop tôt ! », ils payèrent, remercièrent le serveur, et quittèrent l'établissement. Il prirent à droite, tombant immédiatement sur une avenue, et son compagnon héla un taxi.
L'arrivée devant la Sorbonne avait de quoi impressionner, même après la magnifique vision de la Seine et des tours de Notre Dame au loin dans le ciel gris. La place se détachait soudainement, à droite de l'avenue qu'ils remontaient, comme une alcôve faite de fontaines et d'arbres. D'un côté, une librairie et un imprimeur, de l'autre, de jolies terrasses de brasseries, et au centre, derrière la fontaine, véritable bijou dans son écrin, le bâtiment de la faculté. Une façade de pierre majestueuse, des statues fixant le visiteur de leur regard grave et sans âge, et un dôme pointant vers le ciel.
Il régnait une subtile odeur végétale, et la lourdeur de l'air annonçait un orage. Sherlock se dirigea immédiatement sur la droite de la façade et s'approcha de ce qui devait être l'entrée (visiblement, on entrait pas par la grande porte là-dedans). Un garde les arrêta, et lui et Sherlock entamèrent une discussion qui devint vite un peu trop animée aux goûts du médecin. Apparemment, la faculté n'était pas en entrée libre, et quelques soient les raisons que donnaient Sherlock (s'il en donnait, rien n'était moins sûr) elles ne convenaient pas au garde. John aurait bien voulu intervenir, c'était d'habitude le moment où il entrait dans la conversation et calmait le jeu afin de réparer les dégâts occasionnés par son compagnon.
Mais évidemment, en français…
Le détective leva les bras au ciel avec frustration, avant de tourner les talons et de longer la façade d'un pas vif.
-Sherlock ?
-Il ne veut rien entendre. Idiot, stupide, borné…
Ils passèrent à nouveau devant l'imposante porte et, cette fois-ci, prirent à gauche. Une autre porte, un autre garde. Sherlock ralentit l'allure, prit une attitude nonchalante, et s'approcha de l'agent de sécurité. Il dit quelques mots, avec un sourire aimable. Ils échangèrent ce qui semblait être un blague, rirent ensembles et Sherlock fit signe à John de le suivre.
-Qu'est-ce que tu lui as dit ?
-Que nous étions des professeurs britanniques venus voir le docteur Arthur. C'est le directeur de mémoire de Shevon. Il m'a crû. Leur but est d'empêcher les touristes d'entrer prendre des photos, pas de faire de l'anti-terrorisme.
Ils étaient dans une grande cour entourée d'une longue arcade. Des étudiants étaient assis en grappes, fumant, discutant, riant. Sherlock s'engagea sous l'arcade et la suivit, jusqu'à parvenir de l'autre côté. Il ouvrit une porte et entra dans le bâtiment. John n'eut d'autre choix que de le suivre au travers des couloirs et escaliers, n'ayant pour sa part aucune idée de l'endroit où ils se trouvaient et, a fortiori, de l'endroit où ils se rendaient.
Finalement, Sherlock s'immobilisa devant la porte de ce qui devait être une salle de classe.
-Comment sais-tu qu'il est là ?
-J'ai consulté l'emploi du temps de Shevon, évidemment.
Sherlock consulta sa montre et sourit. Juste à ce moment, une sorte de sifflement strident retentit, signalant probablement la fin des cours. La porte s'ouvrit quelques minutes après, et une vingtaines d'étudiant sortirent de la salle en bavardant. Sherlock tapotait du pied avec impatience en les observant, puis marmonna quelque chose à propos d'une grossesse et combien cette fille était stupide de boire alors qu'elle était enceinte, et, finalement, le dernier élève sortit. Immédiatement, Sherlock s'engouffra dans la salle.
Elle n'était pas très grande, et les bureaux ne payaient pas de mine, mais elle dégageait néanmoins une plaisante atmosphère. L'homme qui rangeait ses affaires au bureau n'était pas très grand, un peu plus petit que John, mais bâti comme un roc, la tête profondément enfoncée dans les épaules. Il portait un vieux costume au marron aussi délavé que ses cheveux et ses broussailleux sourcils. Lorsqu'il les entendit, il braqua sur eux une paire d'yeux noirs perçants.
-Oui ?
Sherlock dit quelques mots en français et lui montra sa carte. L'homme eut un vague sourire, qui tordait son visage plutôt que de l'illuminer et reprit en anglais :
-Je n'ai pas vu Mlle Holmes depuis le cours de mardi dernier. Elle ne m'a pas dit qu'elle ne viendrait pas à celui-ci, mais je ne me suis pas inquiété. Je ne fais jamais l'appel, les étudiants le savent. Ils sont tous majeurs, s'ils ne veulent pas s'instruire, je ne vais pas les forcer. Ce sont leurs examens et leurs cerveaux, pas les miens. Et surtout Mlle Holmes.
-Que voulez-vous dire ? Questionna John.
-Votre nièce, répondit le professeur en regardant Sherlock, n'est pas quelqu'un qui aime qu'on lui dise quoi faire ou quand.
Ca ne parut pas choquer Sherlock, et fit sourire intérieurement John. Ca ne le surprenait pas.
-Vous dîtes qu'elle a disparu ? Questionna le docteur Arthur en fronçant les sourcils.
Sherlock acquiesça. Ses yeux bleus gris fixaient l'homme attentivement, cataloguant et déduisant. John connaissait bien ce regard.
-Oui.
-A mon avis, Mr Holmes, vous vous faîtes du souci pour rien. Elle doit être plongée dans ses recherches. J'ai eu quelques étudiants qui étaient pris corps et âmes par leur travail. Ce sont toujours les meilleurs. Elle a dû trouver un terrain où s'immerger.
Un mince sourire étira les lèvres de Sherlock.
-Considérant son sujet, n'ai-je pas au contraire toutes les raisons de m'inquiéter de cet état de fait ?
L'homme contempla un instant ses paroles.
-Considérant, répéta-t-il, la profession vers laquelle elle se dirige, le danger de l'immersion est une variable qu'elle sait prendre en considération. J'ai rarement rencontré quelqu'un comme elle. Elle est remarquablement indépendante et, si je puis dire, autosuffisante.
Il ferma sa mallette.
-Je vous invite à prendre un café ? Il faut que je libère la salle.
Il décrocha son téléphone et passa un appel tout en les guidant à l'extérieur de la Sorbonne. Ils quittèrent la faculté et s'assirent à l'une des terrasses de la place, devant la fontaine. Après avoir commander trois cafés, Sherlock reprit son interrogatoire.
-Et elle ne vous en aurait pas tenu informer de son immersion ? Vous n'avez pas de responsabilité dans le terrain des étudiants ?
Le professeur eut un nouveau sourire ironique.
-C'est le cas, du moins, nominalement. Mais Mlle Holmes a 20 ans, elle est majeure. La faculté ne me demande que de veiller à ses obligations scolaires. Je fais habituellement davantage parti du travail de mes étudiants, mais votre nièce est un cas à part.
Ca, ça ne me surprend pas, songea John avec une grimace.
-C'est-à-dire ?
-Pour autant qu'elle soit perfectionniste à l'extrême, elle est également d'un individualisme rare. Cette jeune fille fait tout par elle-même, et n'accepte l'aide de personne. Elle se fiche de l'opinion des autres, bonne ou mauvaise, sur son travail. Je ne m'en plains pas, personnellement. Il est toujours excellent, à ça me fait ça en moins à gérer. Mais les gens comme elle sont difficiles. C'est pour cela que j'ai du mal à croire qu'elle ait disparu. A mon avis, elle s'est simplement lancé dans un projet. De toute manière, une gamine de 16 ans qui vit dans un autre pays que sa famille…
-Elle vous a parlé de ça ? Questionna John, surpris.
-Non, mais c'était facile à déduire des rares choses qu'elle m'a exposé sur sa vie.
Sherlock ne disait plus rien, se contentant de fixer leur interlocuteur. John continua donc sur sa lancée.
-Vous n'avez aucune idée de l'endroit où elle pourrait être ? En dehors de ses recherches ?
Le docteur Arthur poussa un soupir songeur en buvant son café.
-Peut-être chez son petit-ami ? Mais ça m'étonnerait, sincèrement. Je ne la vois pas rater les cours pour un flirt, ça n'est pas son genre.
-Elle a un petit ami ?
-Oui, je l'ai croisé une fois dans la rue lorsqu'ils étaient ensembles. Un homme plus âgé qu'elle, fin de vingtaine, peut-être la trentaine, je dirais. Ca ne m'étonne pas d'elle.
John vit du coin de l'œil le visage de Sherlock se fermer un peu. Quoiqu'il ait pu dire sur sa nièce, il n'appréciait visiblement pas le ton du professeur. Enfin, visiblement pour John.
-On… Hem, elle a une amie proche aussi, non ? Questionna-t-il lorsqu'il devint évident que Sherlock n'allait pas ouvrir la bouche.
Damn, damn, damn !
-Apolline ?
Ce qui sortit se boucha ressemblait plus à « A'poh liiiine » qu'au nom qu'il avait retenu.
Le professeur haussa les épaules.
-Ca n'est pas une des mes étudiantes en tous cas. Mais la faculté est grande.
-Et celle-ci ?
Sherlock tenait la photo avec miss-piercings-and-drugs. Le professeur se pencha en avant, regarda longuement la photo, puis secoua négativement la tête.
-Vous mentez, déclara simplement Sherlock, sa main fourrant la photo dans sa poche, mais son regard tranchant son adversaire.
-Je vous demande pardon ?
-Vous mentez. Vous avez caressé deux fois votre tempe en regardant cette photo. En outre, je sais que Cymnea vous a parlé ce week-end. Vous n'êtes pas un homme très soigné, professeur, mais même vous ne porteriez pas la même chemise toute une semaine d'affilé. Celle-ci porte une marque distincte de la lotion à l'huile d'amande douce et au beurre de Karité que Cymnea utilise pour s'assouplir les mains, en tant que guitariste. Elle n'est pas complètement récente, mais l'odeur est encore perceptible. Deux jours, trois, maximum. Ma nièce a disparu depuis samedi, alors dîtes-moi ce que vous savez.
Sherlock s'était penché en avant, et il paraissait dominer toute la table. Le docteur Arthur déglutit puis abaissa les épaules, l'air résigné.
-Vous êtes un phénomène vous aussi, hein ? Bien, Cymnea est passée me voir samedi soir, après mon cours de 19 heures.
-Oui, répondit-il au regard curieux de John, je dispense un cours, enfin, une conférence plutôt, pour mes étudiants de troisième cycle le samedi de 17 à 19 heures.
Il reporta son attention vers Sherlock.
-Elle était très agitée. Je ne l'avais jamais vu comme ça. Je me souviens qu'elle avait un bleu au visage. Elle m'a dit qu'elle devait trouver un abris sûr pour quelqu'un. Elle m'a montré la photo de cette fille et m'a dit que c'était une ex-junkie, qu'il ne fallait pas la laisser seule. C'était la première fois qu'elle me demandait de l'aide. Je lui ai demandé pourquoi elle ne pouvait pas la loger chez elle, mais elle m'a dit que c'était juste pour une nuit, et qu'elle devait faire autre chose pendant ce temps-là. Elle m'a quasiment supplié (il caressa l'endroit de la tâche, où, John supposait, Shevon avait dû l'agripper). Je vis seul, alors je lui ai dit d'accord. Elle m'a fait jurer de ne rien dire à personne. Elle a beaucoup insisté sur ce point. J'ai pensé que sa copine devait avoir un problème avec la police, mais comme je vous l'ai dit, notre spécialité nous fait parfois prendre des chemins dangereux. Je lui ai donné mon adresse et elle m'a dit qu'elle amènerait cette fille vers 22 heures. Je l'ai attendu jusqu'à minuit, mais elle n'est pas venue. J'ai essayé de l'appeler, je suis tombé sur sa messagerie. J'ai supposé qu'elle avait dû trouver un autre endroit.
Tout ça commençait à prendre une allure très différente de l'hypothèse du vampirisme, songea John en regardant le visage de Sherlock devenir de plus en plus grave. Et si, paradoxalement, c'était plus fatal que ça ? Si Shevon était réellement en danger ?
-Elle vous a dit le nom de cette fille ?
Le professeur acquiesça.
-Kitty quelque chose. Je ne pense pas que c'était son vrai nom. Probablement un alias de toxicomane. Kitty… Kitty… Ah oui, ça y est. Kitty Winter.
Il leva les bras en signe d'impuissance.
-Je n'ai pas pensé qu'il ait pu lui arriver quelque chose de grave. Comme je vous l'ai dit, elle est très débrouillarde.
John n'était pas vraiment d'accord avec la passivité du professeur, mais Sherlock se contenta d'un hochement de tête et se leva brusquement. John l'imita, perplexe.
-Mr Holmes ? Tenez moi au courant s'il est arrivé quelque chose à Cymnea.
La voix de son amant claqua comme un fouet :
-Pourquoi ? Maintenant, ça vous intéresse ?
Il n'attendit pas la réponse et quitta la place d'un pas vif, forçant une fois de plus John à lui emboiter le pas, au pas de charge.
Alors, toujours intéressé(e) ? Des idées sur le titre original de l'affaire que je suis en train d'adapter ? Des suppositions à partager ?
A suivre d'ici une semaine…
