NdA : Retour de ma beta (YEPPIE !), et donc un chapitre normalement impeccable. Pour toute réclamation, s'adresser à Aliyela. Oui, je suis d'une lâcheté sans nom, j'assume.

Merci pour les reviews, et pour les jolies compliments. N'oubliez pas la rencontre de fans, vous pouvez toujours vous joindre à nous.


The case of the Missing Student

Chapitre 4 : L'amour et ses ravages


Il redescendirent l'avenue, à pied cette fois. Le médecin faisait son possible pour éviter les passants qui ne semblaient pas pressés de lui rendre la pareille. Son amant ne s'embarrassait pas de ce détail et fonçait tête baissée. Bizarrement, les gens semblaient avoir l'intelligence de l'éviter, lui. Ils débouchèrent sur un croisement, devant ce qu'un panneau déclarait être le « musée de Cluny ».

-Donne-moi ton téléphone !

Il s'exécuta sans broncher et observa Holmes taper furieusement.

-Qu'est-ce que tu cherches ? Osa-t-il enfin questionner, criant pour se faire entendre au-dessus du trafic.

-L'adresse de Miss Apolline Blanchard. Voilà. Rue de Blainville. Taxi !

Une fois assis dans la voiture, il rendit son téléphone au docteur. Un regard suffit à faire taire le conducteur et Sherlock s'enfonça dans son siège en regardant à l'extérieur, puis marmonna :

-Compte sur Mycroft pour engendrer la onzième plaie d'Egypte ! Non seulement elle fait tout par elle-même mais en plus…

Il s'interrompit avec un claquement de la langue. John soupira puis demanda :

-Tu crois qu'elle est en danger ?

Sherlock resta un long moment parfaitement immobile avant de hocher lentement la tête. John observa la tension dans les épaules et dans la nuque. Il tendit la main et la posa sur celle, gantée, de son compagnon. Sherlock tourna vivement la tête, contemplant silencieusement la main de son amant, avant de délicatement entrelacer leurs doigts. Il leva ses yeux bleu-gris vers l'ex-militaire et hocha à nouveau la tête.

-Je ne pense pas qu'elle ait brusquement changé d'opinion. Quoi qu'il se soit passé, ça s'est passé samedi soir, après sa visite à Arthur. Nous en savons trop peu pour l'instant. Néanmoins, le fait qu'Apolline et Shevon aient récemment et brusquement cessé de sortir ensemble n'est certainement pas une coïncidence.

Il tira la photo des deux jeunes filles de sa poche.

-Regarde-la. Qu'en déduis-tu ?

Honnêtement, John ne savait pas quoi dire.

-Elle est séduisante, ne manque visiblement pas de moyens financiers.

-Oh, plus que ça John. Cette robe est un modèle de chez Dior ; un modèle unique, sur mesure. Le pendentif que l'on distingue sur sa poitrine est une croix. Je peux me tromper, mais je la pense catholique. Famille riche mais conservatrice. Son maintien, la façon dont elle cherche à se mettre en avant nous en apprennent aussi beaucoup. Elle manque de confiance en elle, mais fait tout pour que cela ne se remarque pas. Shevon est bien plus naturelle dans son assurance. Elle ne doute pas d'elle-même, ou de qui elle est.

Il rangea la photo puis exhiba l'autre, celle de Kitty Winter. John se concentra davantage sur le visage pâle très maquillé. La bouche, avec ou sans piercing, était un peu trop large, les sourcils très épais lui assombrissaient les traits, et ses yeux noirs étaient quelques peu veinés de rouge. Elle avait des joues jadis rondes, que la vie (et la drogue, John en reconnaissait les signes à présent) avait creusées.

-Kitty Winter est un mystère. Mais il n'est pas anodin qu'elle trône chez Shevon là où Apolline est absente. Je ne sais pas encore si c'était un moyen pour Shevon de laisser un message, ou si elle s'est réellement attachée à cette fille. Les piercings ont été fait grossièrement, et je ne serais pas surpris si elle était séropositive.

-Quoi qu'il ait pu lui arriver, c'est en rapport direct avec la disparition de la fille de Mycroft. Sherlock, tu ne crois pas que tu devrais l'avertir ?

-Qui ça ? Mycroft ?

-C'est sa fille, Sherlock. Et ici, je suppose qu'il ne peut pas nous surveiller autant qu'à Londres ? Il doit s'inquiéter.

Sherlock ne semblait pas particulièrement enthousiaste à l'idée de contacter son frère.

-Ne me dis pas que tu as peur qu'il mette son nez dans cette affaire. C'est son enfant, bien sûr qu'il va se sentir concerné !

-J'ai déjà envoyé un message à Mycroft. Je ne tiens pas à lui en envoyer un autre si vite. Il nous faut du concret.

-Mais… !

Le taxi s'engagea dans une rue en pente raide, et la sensation d'être projeté en arrière le coupa dans son élan. Ils entrèrent dans un petit quartier aux immeubles à un étage. Il s'en dégageait une douceur et une chaleur humaine qui déconcerta un peu le médecin. On aurait dit un village dans la ville.

Le chauffeur s'arrêta devant la petite rue de Blainville. Celle-ci ne comptait qu'une poignée de maisons et était à peine assez large pour laisser passer un véhicule. Sherlock paya le taxi et rejoignit un portail. Celui-ci était protégé par un code, et ils pouvaient voir les sonnettes, juste avant une seconde porte en verre, de l'autre côté (Et ça, n'était-ce pas le comble de la stupidité ? Impossible de sonner chez quelqu'un sans avoir le code ?). Sherlock fixa un long moment la porte en verre, les sonneries, puis la grille. Il finit par lancer un appel à voix haute. Ils attendirent quelques secondes, puis un homme bourru sortit finalement d'une porte latérale, passa la porte de verre et s'arrêta de l'autre côté de la grille. Il marmonna quelque chose sur un ton vaguement interrogatif. Sherlock répondit calmement. L'homme grogna une réponse sèche et tourna les talons.

-Elle n'est pas là, expliqua Sherlock en s'appuyant contre le mur à droite du portail. Il va nous falloir attendre qu'elle revienne.

Et il enfouit les mains dans les poches et le visage dans son col. John hocha la tête et resta debout à côté de lui, les bras tendus le long du corps. Il ne lui fallut pas cinq minutes avant que l'immobilité ne fît pénétrer le froid à travers son manteau et son pull. Apparemment, la petite rue servait de conduit au vent glacial qui soufflait sur la capitale française. John se frotta les main. Il ne s'était toujours pas déshabitué du climat afghan. Sherlock le regarda s'agiter pendant un moment puis tendit le bras avec un soupir agacé, saisissant son amant par la taille et l'attirant contre lui. Dieu, mais Sherlock était une vraie fournaise ! John n'avait aucune objection à être enlacé en public dans de telles conditions. Il leva la tête pour observer le profil de son amant. Sherlock avait à nouveau cet air lointain, introspectif, qui prouvait qu'il était plongé dans ses réflexions. La main gantée commença à gentiment masser son bras, bien que le détective fût complètement immobile par ailleurs.

Un homme les dépassa en remontant la rue et leur lança un regard à moitié en coin, un rien scandalisé. John détourna la tête et se retrouva à enfouir le visage dans la laine du manteau de son amant. Ce n'était pas qu'il était gêné d'être avec Sherlock, pas du tout, mais il avait toujours un frisson d'inquiétude et de méfiance face à une potentielle homophobie. Il savait ce qu'était un « gay bashing » et, bien qu'il sache parfaitement se défendre, il ne tenait pas à tenter l'expérience.

Le téléphone de Sherlock vibra. Il était dans la poche présentement pressée contre sa hanche. Il y glissa la main, sachant très bien que Sherlock n'en aurait cure, et tira l'appareil pour regarder l'écran.

-C'est Lestrade.

Sherlock marmonna, en grande partie dans son écharpe :

-Ignore-le. Je n'ai pas le temps de l'aider. Il faudra qu'il se contente de ses incapables de subordonnés.

John soupira et se promit d'écouter le message de l'inspecteur dès qu'ils auraient un moment. Sherlock ne le ferait pas, pas au cours d'une affaire. Il était donc seul à pouvoir arrondir les angles. Il rangea le téléphone et garda sa main dans la poche au passage. C'était confortable, chaud. Il ferma les yeux, laissant la tranquillité du moment l'envahir. Il se demanda néanmoins combien de temps il leur faudrait attendre.

Il espérait que Sherlock en avait au moins une vague idée.

Presque une demi-heure plus tard, le corps contre le sien s'agita. John s'écarta et tourna la tête dans la direction que regardait Sherlock. Il vit une jeune femme aux cheveux châtains, enveloppée dans un manteau en peau ocre, avec collant et talons assortis, s'engager dans la rue. Elle marchait tête baissée, un sac sur l'épaule, mais il la reconnu sans peine.

-Apolline Blanchard ?

Elle releva la tête et les regarda avec étonnement. Etonnement qui se transforma vite en méfiance. Elle s'arrêta et hocha la tête.

-Mon nom est Sherlock Holmes, entama son compagnon en anglais. Je crois savoir que vous connaissez ma nièce ?

La jeune fille se détendit à peine. Elle acquiesça, en signe de reconnaissance, mais semblait toujours sur ses gardes.

-Et alors ? Questionna-t-elle d'une voix qui aurait eu un timbre agréable si elle n'avait été aussi froide.

-Elle a disparu.

Une série d'émotions difficiles à décrypter passa sur son visage. Incrédulité, inquiétude, puis, finalement, un certain mépris. Du moins c'est ce qui sembla à John.

-Cym ne disparaît pas, finit-elle par dire avec un visage dur, elle fait juste ce qui lui chante quand ça lui chante. Vous verrez, elle réapparaîtra comme par magie toute fière d'elle.

Un mince sourire étira les lèvres de son compagnon.

-J'avais cru comprendre que vous étiez une de ses amies. Dois-je revoir mon jugement ?

Elle haussa les épaules mais changea d'appui d'un pied à l'autre, nerveusement.

-On peut être réaliste sur ses amies, commenta-t-elle. Mais je ne pense pas qu'elle soit encore mon amie, pas après…

Elle ne termina pas sa phrase et haussa à nouveau les épaules.

-Vous vous êtes disputées à cause de votre petit ami, non ?

Elle fit un pas en arrière et fixa Sherlock, presque agressivement.

-Elle vous en a parlé alors ?

-Non. Votre parfum me l'a dit.

-Mon… Vous vous foutez de moi ?

-Pour être exact, votre parfum et vos boucles d'oreilles. L'un comme l'autre sont nouveaux. Le premier est « Amour » de Kenzo, une fragrance à laquelle vous n'êtes pas encore habituée. Vos vêtements portent toujours la trace de son prédécesseur. Mais vous avez récemment décidé d'en changer. Ce n'est pas anodin chez une femme. Et vous avez choisi celui-ci plutôt que votre ancien à la vanille, parce qu'il vous fait vous sentir plus femme. Et également parce que vous êtes aussi romantique que prompt aux associations d'idées. Les secondes sont visiblement un cadeau de prix, que vous n'avez pas changé depuis quelques jours. Le contours de vos trous est rougi ; vous ne voulez pas les quitter alors que vous n'en portiez plus depuis longtemps. Je pourrais continuer, mais ça serait inutile. Histoire d'amour récente et clash avec votre amie de toujours. Les deux sont évidemment liés.

L'incrédulité dominait visiblement à présent. Apolline saisit la bretelle de son sac à deux mains. Sherlock s'avança d'un pas et plongea et baissa la tête vers elle, puis contempla le contenu visible du sac.

-Ouah, finit par dire la jeune femme. Cym me faisait déjà des coups comme ça, mais là c'est pire que tout.

John rejoignit son compagnon, plus pour s'assurer qu'il ne se laisserait pas emporter et ne brutaliserait pas la jeune fille, intentionnellement ou non.

-Ecoutez, Mr. Holmes. Ce qui s'est passé entre Cymnea et moi, c'est notre problème, d'accord ?

-Non.

-Pardon ?

-Vous êtes sourde ? Ou juste stupide ? Cymnea a disparu. Je veux savoir ce qu'elle vous a dit samedi, lorsque vous vous êtes vues.

John passa du visage froid de Sherlock à celui, défensif, d'Apolline.

-Comment vous…

Un mouvement brusque de la main de son amant la fit reculer et se taire. John se retint tout juste d'intervenir.

-Je n'ai pas le temps de jouer aux devinettes. Samedi !

-D'accord ! Elle ne supporte pas le fait que j'ai rencontré Antony ! Elle n'arrête pas de dire des conneries sur lui ! Alors je lui ai dit de me laisser tranquille !

Elle avait rougi, comme si elle était toujours outragée par la scène. Ses yeux lançaient des éclairs mais elle était tendue, sur la défensive, et ne regardait pas Sherlock dans les yeux.

-Et Kitty Winter ?

Un sourire mauvais se dessina sur les lèvres pulpeuses. Le joli visage devint soudainement très laid, par cette seule torsion de la bouche. Elle sembla s'enflammer de l'intérieur, avec colère et hargne. Elle lui rappela Harriet, un instant. La jeune Harry, et sa colère constante, sous la surface.

-Cette épave ? Cym me l'a amenée en me racontant je ne sais quoi sur Anthony, comme quoi il l'aurait détruite. C'est totalement faux ! Ce sont des mensonges ! Toute sa vie, Anthony a été calomnié parce qu'il n'a jamais voulu plier devant des gens fortunés et égoïstes, des gens comme mes parents ! Et elle ose venir ici me dire qu'Anthony serait un salaud de conte de fées qui abuserait et tuerait des femmes ! Elle est complètement paranoïaque ! Je sais pas si c'est son sujet de mémoire, ou si les gens qu'elle fréquente l'ont faite se tourner vers la drogue ou quoi, mais j'en ai rien à foutre ! Anthony m'aime et je la laisserai pas me gâcher ça, comme elle… Chaque fois, chaque fois, il faut que ce soit tout pour elle ! La plus belle, la plus intelligente ! Et pour une fois que j'ai enfin rencontré quelqu'un, elle essaye de tout casser ! Je lui ai dit de partir avec sa copine junkie et d'aller déverser sa jalousie ailleurs ! J'ai pas besoin d'elle !

Elle avait les larmes aux yeux maintenant. Elle s'essuya nerveusement la joue, et John ne put s'empêcher de lui tendre un Kleenex. Il n'aimait pas voir les femmes pleurer. Elle le prit rapidement, comme si elle avait peur de montrer un quelconque signe de reconnaissance, et s'essuya les yeux.

-Quel est le nom de votre petit ami ? Questionna Holmes, toujours aussi empathique qu'un frigidaire.

Elle lui lança un regard hostile, mais répondit fièrement.

-Anthony Gruner. C'est le directeur de G&G, l'un de plus grands cabinets d'avocats de Paris.

-Vous vous êtes rencontrés lorsque vous étiez stagiaire chez lui, n'est-ce pas ?

Elle acquiesça, encore tremblante de colère et probablement d'embarras de s'être laissée ainsi aller. Holmes la dévisagea froidement et continua, toujours aussi tranchant qu'une lame :

-Vous savez que cet homme est un meurtrier ?

Elle ouvrit la bouche, outragée, mais il ne la laissa pas parler :

-Il a tué sa femme, dans un jet en vol entre la Russie et la France. Et le garçon de cabine, qui a rendu l'âme peu après, est également sa victime.

-Ce sont des mensonges, siffla-t-elle. Il m'a raconté tout ça. La mort accidentelle, et ce que les journaux en ont fait ! Tout ça parce que c'est un homme du monde fidèle à ses amis !

-Il avait fait prendre une assurance-vie de près de cinq cent mille euros à son épouse, sans compter la fortune qu'elle possédait en propre.

-Et Anthony a de l'argent. Il n'avait pas besoin de celui de sa femme ! Il a été très malheureux de la perdre ! Mais ça, vous vous en fichez !

Sherlock eut un soupir agacé et se redressa.

-Honnêtement, je me fiche que vous fassiez la plus grosse erreur de votre vie. Ce qui m'intéresse, c'est Cymnea. Je suppose que vous avez fait part de sa visite à Gruner ?

Il ne lui laissa pas le temps de répondre.

-Bien sûr que vous lui avez dit. Où est-elle allée après vous avoir parler ?

-Je ne sais pas. Probablement remettre son épave là où elle l'a trouvé. Mais si vous croyez qu'Anthony… C'est absurde. On est pas à la télé ! Ce n'est pas un baron du crime !

Sherlock ne faisait toujours pas mine de prendre en compte ses interruptions.

-Avait-elle son ordinateur avec elle ? Et son téléphone ?

Apolline parut surprise par le changement de sujet et se troubla.

-Euh… Je…

-Les avait-elle, oui ou non ?

-Oui. Je… Non. Non. Elle n'avait pas son ordinateur. Elle avait son téléphone mais pas son ordinateur, ok ?

-Cymnea a-t-elle un petit ami ?

La jeune fille fronça les sourcils, une étrange expression passant sur son visage.

-Cyril. Si elle ne l'a pas fait fuir.

-Cyril comment ?

-Cyril Fabrice. Vous voulez son adresse aussi, je suppose ? Il habite à côté du Grand Orient de France, rue Cadet. Maintenant, laissez-moi tranquille !

Elle dépassa Sherlock, les mains toujours crispées sur sa bretelle et avala rapidement les quelques enjambées qui la séparaient de la grille. Le détective continuait de regarder droit devant lui, les mains jointes devant sa bouche. Il y avait dans son profil quelque chose de l'oiseau de proie, et John sentit un frisson le parcourir. L'approche du danger.

-Et vous vous êtes trompé sur un point, Monsieur Sherlock Holmes, déclara vicieusement la voix de la jeune femme.

Les deux hommes se tournèrent vers elle. Elle tint ouverte la grille juste assez longtemps pour lâcher, dédaigneusement :

-Anthony n'est pas mon petit ami. C'est mon fiancé. Il m'a demandé en mariage vendredi, et j'ai dit oui. On se marie le mois prochain.

Et elle tourna les talons en un geste dramatique, comme si elle avait gagné une victoire par cette déclaration.

-Mlle Blanchard.

La voix glaciale du vampire la coupa dans son élan.

-N'hésitez pas dire à votre cher ami Gruner que je suis sur sa piste. Je ne lâcherai pas.

Elle marmonna quelque chose en français en réponse et courut presque pour entrer dans le bâtiment. John la regarda disparaître avant de reporter son attention sur Sherlock. Il attendit quelques minutes, mais le détective se tenait toujours parfaitement immobile.

-Sherlock ? On fait quoi maintenant ?

-L'ordinateur, John, il nous faut son ordinateur.

Il descendit rapidement, suivant en sens inverse le chemin pris par leur taxi pour revenir au grand boulevard, au bas de l'espèce de colline sur laquelle se juchait le quartier d'Apolline. Là, il héla un nouveau taxi, et poussa John à l'intérieur. Il monta à sa suite et donna une adresse au chauffeur.

-Ne devrions-nous pas déclarer sa disparition à la police française ? Questionna-t-il une fois installé à l'arrière de la voiture.

Sherlock secoua la tête mais ne donna pas d'explication. Il serrait la poignée de la porte et fixait l'extérieur d'un air pensif.

-Qui est cet Anthony Gruner, Sherlock ? Tu as reconnu son nom tout de suite.

Le détective tourna la tête vers lui. John lut la gravité de la situation sur son visage.

-Anthony Gruner est Australien d'origine, orphelin. Il est arrivé en France lorsqu'il était étudiant, la tête pleine et les poches vides. On le soupçonne d'avoir participé à un certain nombre d'activités criminelles – jeux, drogue – pour les remplir. Brillant, il a réussi le concours du barreau sans difficulté. Dès lors, il a utilisé son diplôme pour poursuivre ses activités. En parallèle, son charme et sa… personnalité…

La grimace de Sherlock était presque comique.

-..lui ont permis de s'introduire dans les milieux aisés. Il a commencé à se faire des relations dans les milieux financiers et a ouvert un cabinet d'avocats grâce à ces nouveaux amis. Depuis, il défend la vermine en col blanc française dans toutes les affaires délicates qui pourraient ennuyer ces messieurs. Sans oublier une ou deux affaires pro bono afin de garder son image bien vernie. Il a cependant réellement franchi un cap en tuant son épouse durant le voyage de retour de leur lune de miel. Un vol entre deux pays aux relations plutôt froides, un casse-tête administratif et judiciaire. On a fini par conclure à une mort naturelle, sans qu'aucune enquête proprement dite n'ait pu être accomplie. Quant au garçon de cabine, le seul témoin, il est mort dans un accident de voiture quelques jours après leur atterrissage à Paris. Miss Declaire possédait une fortune immense, dont Gruner a hérité. La justice française rêve de le mettre derrière les barreaux, mais il est largement hors d'atteinte. Gruner n'a aucune finesse. Cet homme est un poison, John.

Un mince sourire se dessina sur les lèvres de son amant.

-Un poison, et une autorité reconnue dans le milieu des collectionneurs.

-Qu'est-ce qu'il collectionne, à part les crimes ?

-Les montres.

-Les montres ? Répéta John, perplexe.

Sherlock haussa dédaigneusement les épaules. Visiblement, la passion de la collection faisait partie des activités humaines qu'il considérait comme vaines.

-Il a apparemment décidé de mettre le grappin sur l'amie de Shevon, réfléchit le médecin. Et ta nièce a voulu la confronter à la réalité de son futur mari. Tu crois que Gruner s'en est pris à elle ?

-Si elle se tenait entre lui et la fortune de Miss Blanchard, aucun doute. Mais comment ? Et où ?

-Je suppose qu'on va voir son petit-ami, maintenant ?

Sherlock hocha la tête.

-Elle ne peut pas avoir laissé son ordinateur n'importe où. Je doute que cette jeune fille, ou son professeur, l'ait. Il n'était pas chez elle ; il ne reste pas beaucoup d'option.

-Il se peut que Gruner l'ait récupéré, non ?

-Elle ne l'avait pas samedi en fin d'après-midi, lorsqu'elle est venue parler à Miss Blanchard. Elle a dû laisser Kitty Winter quelque part, le temps d'aller parler au professeur Arthur. Et c'est en revenant la récupérer que Gruner l'a interrompue. Pourquoi prendre son ordinateur dans ces escapades ? Elle aurait dû le laisser chez elle. Mais peut-être avait-elle déjà senti le danger. Si Gruner l'a récupéré… Mais il reste une possibilité.

-Qu'elle l'ait laissé chez quelqu'un de confiance, son petit-ami.

Sherlock acquiesça. John hocha la tête et tourna le regard vers la fenêtre et les rues qui défilaient. Il ne savait pas ce que son compagnon espérait trouver dans l'ordinateur de Shevon, ou comment ça allait pouvoir les aider à retrouver la jeune fille. La masse informe de Gruner se dessinait dans son esprit. Il espérait de tout cœur que Shevon fut encore en vie, mais plus il en apprenait sur la situation, plus les chances de survie de la nièce de Sherlock semblaient s'amenuiser.

Il contempla distraitement la Seine lorsqu'ils la retraversèrent, puis l'enfilade de grands boulevards et de bâtiments haussmanniens. Il s'était mis à pleuvoir, et les gens de s'activer en tous sens. Finalement, après de nombreuses circonvolutions, le taxi pénétra dans la rue Cadet. Le quartier avait lui aussi une ambiance de village. Il avait vu passer quelques kippa, et les boutiques et restaurants s'étaient multipliés. Sherlock avait passé le voyage à tapoter furieusement sur le portable de John.

Le Grand Orient de France, siège de la franc-maçonnerie, était un bâtiment moderne, avec une façade vitrée et une collection de gentlemen en costumes fumant devant l'entrée sous des parapluies de prix. L'homme à l'accueil travaillait avec l'air détaché et délicatement occupé de tous les bons réceptionnistes. Ils sortirent du taxi, et John serra les dents lorsque la pluie glacée fouetta son visage. Le taxi reparti, Sherlock l'entraîna vers le portail en fer en face du bâtiment des Maçons, à la droite d'une librairie spécialisée sur… La franc-maçonnerie.

-On va encore devoir attendre dans le froid ? Questionna-t-il, fataliste.

-Non, pas cette fois. Le numéro de ce jeune homme est dans l'annuaire.

Sherlock porta le téléphone de John à l'oreille, et, presque immédiatement, entama une discussion en français avec la personne au bout du fil. Au bout d'une minute ou deux, il raccrocha et s'approcha du clavier commandant le portail. Quelques pressions plus tard, un claquement leur apprit qu'ils pouvaient entrer.

Ils traversèrent un passage de pierre pour atteindre une grande cour que se partageaient trois immeubles hauts chacun de six étages. Les bâtiments étaient beaux, les fenêtres ouvragées et décorées de balconnets en pierre. Mais la patine du temps s'était installée et personne n'avait pris la peine de l'enlever. Les plantes placées là perdaient leurs feuilles sans entrain, et la grisaille accentuait les fissures couvrant les murs blancs.

-Sixième étage, l'informa Sherlock en ouvrant la porte du bâtiment de droite.

Sans ascenseur. Génial.


Cyril Fabrice était noir.

Ca pouvait paraître raciste comme remarque, mais ça ne l'était pas. Simplement, John ne s'y était pas attendu. Il devait approcher de la fin de la vingtaine et avait de très beaux yeux sombres, un crâne rasé, un sourire tranquille, une mâchoire solide, un corps musclé et un casque bleu. Même s'il n'avait pas vu les photos du jeune homme durant son service onusien, John aurait rapidement deviné qu'il était militaire. Il avait le maintien solide, l'assurance calme et la façon de parler propre à l'armée. Informé des déficiences du médecin en français, il passa immédiatement à un anglais fortement accentué.

Son appartement était un peu plus grand que celui – ceux – de Shevon. Il avait un salon à part, garni sobrement d'un canapé, d'un bureau et de deux bibliothèques très fournies. Les murs soutenaient des photos encadrées magnifiques, en noir et blanc, de scènes de différents pays. Sur l'une d'entre elles, deux jeunes enfants jouaient devant un immeuble en ruine. Ca ressemblait à certains de ses souvenirs d'Afghanistan. La photo, en tout cas, était magnifique. Tout comme l'était le portrait de Shevon, mis à l'honneur juste en face de la fenêtre. Il l'appelait Shevon et non Cymnea, nota John. C'était la première personne qu'il rencontrait en France qui l'appelait par son premier prénom.

Cyril leur offrit de faire du thé, et, en réponse à leur assentiment, lança la bouilloire. Puis il s'assit en tailleur sur un coussin, en face d'eux.

-Vous dites que Shevon a disparu ?

Son expression était grave, mais rien dans sa voix ou son visage n'indiquaient une quelconque panique.

-Oui. Vous a-t-elle confié son ordinateur ? Questionna Sherlock directement.

L'homme cligna des yeux puis hocha la tête. Le détective claqua des mains avec un sourire.

-Excellent ! Donnez-le moi.

Heureusement que Shevon avait visiblement parlé de Sherlock à son petit-ami. Celui-ci ne broncha pas au-delà d'une légère grimace et se leva pour aller chercher un petit portable dans la chambre adjacente. Il le confia au détective qui l'ouvrit et se mit immédiatement à taper.

-Quand l'avez-vous vue pour la dernière fois ? Demanda-t-il néanmoins, sans lever le nez de l'écran.

-Samedi matin. Elle a passé la nuit à la maison et elle est partie vers 6 heure. Elle m'a dit qu'elle avait des choses à faire ce week-end et qu'elle préférait laisser son ordinateur ici.

-Etait-ce inhabituel ?

Cyril secoua négativement la tête, puis se leva pour aller servir le thé, derrière le comptoir de sa cuisine américaine.

-Et ne pas avoir de nouvelles ne vous a pas inquiété ? Demanda John, tout en observant son amant du coin de l'œil.

-Pas outre mesure. Shevon n'est pas très fiable. Elle agit comme bon lui semble, va où elle veut, et oublie souvent que les gens peuvent se faire du souci pour elle. Etre avec elle, c'est un peu comme sortir avec une comète. Lorsque je n'ai pas réussi à la joindre, je me suis dit qu'elle devait être prise dans un projet.

John ne le comprenait que trop bien. Il glissa un regard à Sherlock. Celui-ci semblait se débattre avec le code de protection de l'ordinateur.

-Vous n'auriez pas son mot de passe, par hasard ? Demanda le médecin à l'attention de Cyril, qui revenait, les bras chargés d'un plateau.

L'homme secoua négativement la tête.

-Nous utilisons chacun notre propre ordinateur, jamais celui de l'autre.

Il servit trois tasses de thé, et proposa lait et sucre. Shevon avait dû l'éduquer aux coutumes britanniques.

-Depuis quand êtes-vous rentré du Soudan ?

Cyril se tourna vers le détective.

-Deux semaines. Je suis en permission pour un mois. Je repars mi-novembre.

Une sorte de « ting » indiqua que l'homme avait vaincu la machine. Les lèvres du détective s'étirèrent largement, alors que le bureau de s'ordinateur s'affichait. Il commença immédiatement à passer au peigne fin toutes les icônes et les dossiers. John sourit légèrement et poursuivit :

-Shevon vous a-t-elle paru anxieuse, ou nerveuse ? Vous devez bien la connaître…

Un sourire affectueux étira les lèvres charnues du jeune homme.

-C'est très difficile de bien connaître Shevon. C'est une femme complexe et secrète, avec une âme d'artiste. Mais pour vous répondre, non, elle ne me paraissait pas anxieuse. Vindicative serait plus proche de la vérité. J'ai pensé qu'elle avait trouvé une piste intéressante pour ses recherches.

Sherlock lui lança un regard rapide avant de revenir à l'écran.

-Elle ne vous a jamais parlé de Maître Anthony Gruner ?

Cyril secoua la tête.

-Non. Qui est-ce ?

Sherlock ne répondit pas. Il s'était légèrement avancé, les yeux rivés sur l'ordinateur, un froncement de sourcils marquant son visage. Il se mit à taper furieusement, son buste masquant une bonne partie de l'écran, empêchant John de distinguer ce qui avait ainsi captivé son amant.

-Un homme dangereux, répondit-il à la place de Sherlock. Apparemment, il s'est fiancé à l'amie de Shevon.

Il espérait ne pas avoir à redire le nom d'Apolline à haute voix.

-Apolline, donc ? Questionna Cyril avec dans la voix une sorte de résignation blasée. Ca ne m'étonne pas. Apolline a toujours été un peu particulière, et très naïve. Je ne sais pas pourquoi Shevon est si proche d'elle. Je ne l'ai rencontré qu'une poignée de fois, mais je dois dire que je n'ai pas vraiment accroché. Mais qu'est-ce que cet homme a à voir avec le fait que Shevon ait disparu ?

-Tout, répondit brusquement Holmes en fermant le clapet de l'ordinateur. J'ai noté qu'il vous arrive de participer à des chantiers de construction pour aider votre cousin. Est-ce que vous auriez votre tenue de travail ici ? J'en aurais besoin.

Cyril ouvrit de grands yeux à la demande et jeta un regard interrogateur à John. Le médecin haussa les épaules. Non, il ne savait pas comment Sherlock avait déduit cela, mais il avait la sensation que le lui demander alors qu'il était dans un tel état de trépidation n'aurait pas de bons résultats. D'ailleurs, il tapotait déjà des doigts sur l'ordinateur en signe d'impatience. Cyril se reprit et hocha la tête.

-Oui, oui, dans mon armoire. Mais ce sont des fringues que je ne lave quasiment jamais.

Il jeta un regard appuyé aux vêtements de marque, impeccables, de Sherlock. Mais celui-ci claqua des mains, une expression satisfaite au visage.

-Encore mieux. Donnez-les moi.

Le jeune homme déplia les jambes et se leva, entraînant Sherlock dans sa chambre. John les suivit. Il y avait une autre collection de photos, et l'une d'entre elles, représentant une femme dansant, avait été imprimée sur la couette du grand lit à deux places. La pièce dégageait une atmosphère paisible, et une autre porte menait à une petite salle de bain. Cyril ouvrit l'armoire noire et en extirpa un sac en plastique qu'il tendit à Sherlock. Le détective le vida sur le lit, ignorant la légère grimace du propriétaire des lieux. Il y avait là un épais jean usé, une ceinture de cuir, un marcel qui avait dû être blanc, une veille veste en toile et une paire de bottes solides en cuir.

-Ca va t'être un peu grand, commenta John en contemplant la différence de carrure entre son amant et Cyril.

Sherlock haussa les épaules et commença à se déshabiller en lieu et place, sans aucune pudeur.

-Hum, on va vous laisser, commenta Cyril en haussant un sourcil.

-Pourquoi veut-il s'habiller comme ça ? Demanda-t-il à John, une fois qu'ils furent tous les deux à nouveau installés au salon.

Celui-ci haussa les épaules. Cela arracha un sourire au jeune homme, qui se transforma en un léger rire.

-C'est de famille alors, ce « marche à mon rythme ou crève » ? Shevon aussi agit souvent sans s'expliquer, et paraît surprise quand je lui dis que je ne comprends pas ce qu'il se passe. C'est en partie pour ça que je suis tombé amoureux…

Il se rembrunit en évoquant la jeune femme et jeta un coup d'œil à son portrait.

-Docteur Watson, j'aimerais comprendre… Mr Holmes dit que Shevon a disparu depuis deux jours, mais ça n'est pas la première fois qu'elle fait des escapades sans donner de nouvelles. Je sais qu'elle n'a pas d'excellents rapports avec sa famille. Pourquoi son oncle vient-il cette fois-ci ? Et qu'est-ce que c'est que cette histoire avec cet Anthony Gruner ?

John soupira, cherchant comment expliquer la situation d'une manière qui ne paraîtrait pas surréaliste. Il ne savait pas jusqu'à quel point Shevon avait parlé de sa famille avec son petit ami, et expliquer à quelqu'un que l'oncle détective de sa copine était venu parce qu'elle avait disparu des radars des hommes chargés de la surveiller par son père semblait un peu… un peu… malsain, quelque part. Sans parler de toute la problématique du vampirisme. Là, ça n'était plus malsain, juste complètement dément.

-Shevon vous a-t-elle parlé de son père ? Sonda-t-il finalement.

-L'infâme Mycroft Holmes, sourit Cyril en buvant son thé. Oui, une ou deux fois, mais jamais en détail. Elle le qualifie de « Big Brother », inquisiteur et envahissant. J'ai toujours eu envie de le rencontrer pour mettre un visage sur sa réputation de monstre.

John acquiesça. L'un dans l'autre, ce n'était pas si loin de la vérité.

-C'est lui qui nous a demandé de venir, parce qu'il s'inquiétait pour Shevon.

Cyril fronça les sourcils.

-Au bout de deux jours ? Shevon ? Elle est encore jeune, j'ai toujours supposé qu'elle n'avait pas complètement fini sa crise de rébellion adolescente. Mais à vous entendre, on dirait bien qu'elle n'exagérait pas tant que ça finalement, en ce qui concerne son père… Du moins, il paraît légèrement surprotecteur.

Le plus âgé eut une légère grimace. Ca n'était pas exactement ça, mais il ne pouvait pas vraiment corriger l'affirmation sans tout expliquer, et il était visible que Shevon avait délibérément fait l'impasse sur un certain nombre de chose. Ca n'était pas à lui de remplir les blancs.

-Il n'est pas.. comment dire ? Enfin… Il s'inquiétait, simplement. Et c'est le travail de Sherlock de résoudre ce genre de problème. Il est détective consultant.

-Je sais. Shevon m'a montré des articles sur lui, dans la presse, et son site internet. Elle le niera férocement, mais je pense qu'elle l'admire beaucoup.

-Eh bien, nous sommes venus pour vérifier si tout allait bien. Mais Shevon est introuvable. En suivant sa trace, on en est arrivé à Apolline et son fiancé.

-Et cet homme est dangereux ?

-Oui, très.

Cyril soupira et pinça les lèvres.

-Je suppose que vous avez déjà vérifié les hôpitaux ?

John allait répondre lorsque son regard se posa sur la porte de la chambre. Il resta bouche-bée en voyant Sherlock en sortir.

Il avait déjà vu Sherlock nu, Sherlock en pyjama et robe de chambre, Sherlock en costume, mais ça…

Ca, c'était Sherlock, en jean serré à la taille, en marcel dévoilant des épaules nues, ses cheveux noirs emmêlés et lissés à la fois, probablement avec du gel, et une posture tombante, nonchalante. Il s'était fait un visage moribond, en se dessinant des cernes et en creusant ses joues, et sur son bras…

-Sherlock, souffla John, incapable de cacher la détresse dans sa voix à la vision des traces d'injections.

Il savait que Sherlock ne se droguait pas. Il le savait. Mais il savait aussi qu'il était un ancien addict.

-Du calme, John, vint la réponse tranquille. Juste un peu de maquillage et d'artifice. Nécessaire, là où nous allons.

-Et on va où ?

Sherlock enfila la veste et posa les mains sur les hanches.

-Au dernier squat de drogués qu'elle ait visité. Celui où elle a rencontré Kitty Winter.

John fronça les sourcils.

-Tu crois qu'elle y est retournée ?

-Pas de son plein gré. Mais c'est le meilleur endroit pour se débarrasser d'elle. C'est ce que moi j'aurais fait.

Cyril se leva d'un bond.

-Je viens avec vous !

Le détective le regarda des pieds à la tête, lentement, puis secoua la tête.

-Non. Idéalement, je préfèrerais y aller seul. Je n'emmène John que parce qu'il est médecin et que je pourrais avoir besoin de ses compétences. Trop nombreux nous serions aisément reconnaissables.

Le jeune homme croisa les bras sévèrement.

-Pourquoi ne pas appeler la police ?

-Pour leur dire quoi ? Non, ça ne servirait à rien. Ne le faites pas, vous compliqueriez inutilement la situation. Ma priorité est de retrouver Shevon, pas d'expliquer trois fois la situation à des incompétents.

Il saisit son manteau, en sortit son portefeuille et en tira une liasse de billets qu'il fourra dans sa veste. John se leva et reposa sa tasse de thé. Cyril, cependant, n'était pas prêt à lâcher l'affaire.

-Si vous allez chercher Shevon, je veux vous accompagner.

-Ce n'est pas le moment de jouer les héros, Mr Fabrice. Je respecte vos compétences, mais elles ne me serviront à rien cette fois-ci.

-Sherlock… Intervint John en voyant le jeune homme se tendre de plus en plus.

Mais le détective le coupa, tranchant, en fixant leur hôte :

-Chaque minute que nous perdons en bavardage diminue les chances de ma nièce. Faites ce que je vous dis, Cyril. Je vous ramènerai Shevon. John, nous y allons.

Le médecin soupira mais acquiesça. Discuter avec Sherlock dans ces conditions était inutile. Cyril les accompagna jusqu'à la porte et les regarda partir, les poings serrés. John savait combien l'impuissance était dure à vivre pour un soldat, et ce que faire confiance à Sherlock devait lui coûter.

Il espérait sincèrement qu'ils lui ramèneraient Shevon en vie.


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