Merci beaucoup pour vos commentaires et à tous ceux qui l'ont déjà mise en favoris alors qu'il n'y avait que le prologue, j'espère que la suite ne vous décevra pas. Voici donc le premier chapitre, changement de lieu, d'époque, de POV. L'histoire commence l'année où Edward obtient son titre d'alchimiste d'État puis suit une chronologie différente de celle du manga.
Je me suis un peu amusée à grossir l'ego de Roy.
Bonne lecture^^
Chapitre 1 : Une journée comme une autre...?
Central City : Capital d'Amestris, ville la plus importante du pays, au cœur de laquelle se dressait fièrement le plus grand bâtiment militaire ; le quartier général dans lequel siégeait le généralissime. Au deuxième étage de ce bâtiment, dans une vaste pièce parfaitement éclairée par ses deux grandes fenêtres, travaillaient cinq soldats fidèles et disciplinés, installés à leurs bureaux impeccablement rangés. Un sixième les surplombait, imposant, mais dont la beauté ne pouvait être entièrement révélée du fait des monstrueuses piles de dossiers qui le surplombaient, n'attendant que d'être remplis et signés par le beau ténébreux qui ne leur accordait pourtant aucune attention. Il ne leur fit ni l'honneur de les effleurer ni l'honneur d'un regard, trop concentré sur son intense réflexion. Moi, le colonel Roy Mustang, le Flame Alchemist, une main caressant distraitement mon menton, gardais mon regard perdu dans le vague comme si mes yeux noirs perçants et mystérieux pouvaient voir par-delà les murs et l'horizon ce que les autres n'imaginaient même pas. Bref, encore une journée comme une autre au QG, où je m'ennuyais comme un rat mort. J'essayais toutefois de ne pas le montrer afin de me pas me retrouver contraint d'effectuer l'ingrat travail administratif, assommant au possible, qui n'attendait pourtant que moi.
Soudain une idée me traversa l'esprit, une idée de génie comme j'étais le seul capable d'en avoir, aboutissement final de ma longue et imperturbable réflexion. Partant à la recherche du précieux document, je me mis à ouvrir frénétiquement tous les tiroirs de mon bureau, prêt à plonger sous les piles de feuilles qu'ils renfermaient. Je redécouvris alors des trésors enfermés depuis longtemps, oubliés sous des montagnes de dossiers, notamment ceux de mes subordonnés, peut-être les lirais-je un jour. Sous mes yeux ébahis se révélèrent des dizaines de vieux journaux entassés pêle-mêle, soigneusement mis de côté pour faire face aux situations de crises les plus importantes ; tromper l'ennui tout en faisant semblant de travailler. J'allai en saisir victorieusement un, lorsque je fus interrompu par une voix féminine que je connaissais bien et dont la propriétaire, intriguée par ma soudaine activité, s'était dangereusement approchée de mon bureau. Surpris, je me cognai la tête contre le tiroir du haut que j'avais oublié de refermer, captivé par ce que renfermait son homologue. Je me relevai en grognant en me frottant l'arrière du crâne pour me retrouver nez à nez avec le lieutenant Hawkeye, penchée au dessus de mon bureau, qui me demandait ce que je faisais. J'esquissai un sourire dans l'espoir d'user de mon charme légendaire pour éluder la question, toutefois sans résultat. Je ne savais pas quoi lui répondre et je pouvais voir à l'expression désespérée de son visage qu'elle avait compris.
« Je... euh, je... je cherche! » criai-je victorieusement sans toutefois révéler l'objet de cette recherche pour ne pas me faire tuer sur place.
Avec un soupir lourd de sens elle retourna s'assoir en me disant que je n'avais qu'à chercher plus silencieusement puisque si moi je ne travaillais pas, ce n'était pas le cas de tout le monde et que je gênais sa concentration. Je haussais indifféremment les épaules ; je ne me trouvais pourtant pas bruyant. Discrètement, je sortis un à un les vieux journaux pour les ouvrir et les examiner, tout en prenant soin de ne pas les faire apparaître aux yeux de mes subordonnés, sachant que certains ne se gêneraient pas pour se servir s'ils venaient à prendre connaissance de la quantité de ces précieux papiers en ma possession. Après une recherche méticuleuse ponctuée par de discrets pliages et dépliages, je trouvai enfin ce que je cherchais. Parfait ! D'un geste décidé, déterminé à chasser l'ennui, je l'ouvris à la page des jeux où une grille de mots croisés m'attendait, prétextant que je cherchais des informations concernant une enquête, bien que nous n'en ayons pas en cours. Perplexes, mes subordonnés me regardèrent fixement, abasourdis que je me mette enfin au travail si bien qu'aucun ne pensa à me demander de quoi il s'agissait. Un seul d'entre eux brisa le silence presque religieux qui s'était installé, mais ce n'était pas vraiment pour me gratifier des louanges que j'attendais.
« Plutôt que de chercher des excuses pour ne pas travailler, vous pourriez remplir vos dossiers, qu'en pensez-vous? »
Je relevai la tête à cette remarque qu'une seule personne avait pu faire, surtout parce qu'il s'agissait de la seule femme de la pièce et que je voyais mal les quatre hommes qui me fixaient prendre une voix aussi féminine. Je me tournai donc directement vers la seule personne qui ne me regardait pas. Décidément, elle ne faisait rien comme les autres ! Je n'avais jamais réussi à lui mentir, elle ne se laissait embobiner par aucun de mes subterfuges, ni par mon baratin, elle n'était pas non plus subjuguée par mon charme fou. Cela avait parfois l'effet de m'énerver prodigieusement, mais je devais bien avouer qu'il était préférable qu'elle agisse ainsi ; il fallait bien que quelqu'un me remette sur le droit chemin quand je m'en écartais. D'une voix faussement outrée je lui fit remarquer que j'étais à l'heure actuelle très concentré sur mon travail. Je la vis secouer la tête de droite à gauche, l'air dépité. Elle me répondit par un « oui » peu convaincu mais ne dit rien d'autre, après tout, c'était moi le supérieur. À moins qu'elle ne pensât que mon cas était définitivement désespéré.
Je préférai laisser cela de côté ; tant que les dossiers s'amoncelaient sur mon bureau, ils avaient au moins l'utilité de cacher mes réelles activités. Je pus donc reprendre mon travail là où je l'avais laissé « Hein?Enduire le mur? Six lettres? » Je me grattai la tête, ne voyant pas à quoi pouvait faire référence la définition. Je réfléchis pendant quelques secondes sans pour autant trouver de quoi il s'agissait. Décidément, je n'en avais plus fait depuis trop longtemps, j'avais perdu la main. Je ne pouvais pas demander l'aide de mes subordonnés sans me trahir. Je décidai donc d'y revenir plus tard. « Oh lala, après le blaireau en six lettres également, mais qu'est-ce que c'est que cette grille de cinglé?Ha! Couchées en douze lettres: horizontales. J'suis trop fort. » Alors que je me félicitais intérieurement, je trouvai d'autres mots à placer. La grille se remplissait doucement, chaque mot nouveau me donnant encore la possibilité d'en trouver d'autres. Cependant, après plusieurs minutes à me torturer les méninges, à tourner les définitions dans tous les sens et à compter les lettres d'un nombre incalculable de mots toujours inadéquats, je dus admettre que j'étais bloqué. Je poussai un long soupir de lassitude ; jamais je ne m'étais avoué vaincu devant une grille de mots croisés. Soudain, une génialissime idée s'imposa à moi, révélation providentielle qui me sortirait indéniablement de ce mauvais pas. D'une voix autoritaire, j'ordonnai à l'adjudant-chef Vato Falman de me rejoindre à mon bureau sous prétexte d'avoir besoin de ses lumières pour éclaircir un élément d'un article que j'étais prétendument en train de lire. En bon soldat obéissant, il s'approcha, sans poser de questions mais resta toutefois à une distance respectable de moi comme le voulait l'usage. Cela ne m'arrangeait pas du tout ; je ne pouvais me permettre de révéler à haute voix que j'avais besoin d'aide pour terminer des mots croisés, j'avais ma fierté tout de même ! Et puis j'étais certain que ma grille me serait confisquée. Après avoir pesté intérieurement contre le protocole scrupuleusement suivi par mes subordonnés bien disciplinés, je lui fit signe d'approcher. Il obtempéra à pas lents pour se pencher vers moi, un sourcil levé à la découverte de ma passionnante occupation. J'ouvrais la bouche pour lui expliquer ma situation quand une voix qui n'était pas la mienne retentit à mes oreilles.
« Si vous n'arrivez pas à faire vos mots croisés, Monsieur, pourquoi ne pas faire votre travail au lieu de mêler l'adjudant-chef Falman à vos bêtises?
-Quelles bêtises? »
Elle leva la tête de son dossier pour me regarder et me sourire d'un air triomphant ; je venais de me vendre. Je clignai plusieurs fois des paupières, je m'étais fait avoir comme un bleu ; plutôt que de feindre l'innocence j'avais voulu défendre l'intérêt de mes activités. Alors que je m'énervais contre moi-même, Falman retournait s'assoir à son bureau suivi par deux yeux ambrés meurtriers qui le menaçaient silencieusement. Je le regardais s'assoir, la tête baissée, comme s'il espérait disparaître pour échapper au regard sévère de sa supérieure qui devait fulminer de ne rien pouvoir faire contre moi. Lui, en revanche, n'était pas à l'abri d'une sanction ; bien qu'il ne fût coupable de rien, il avait été à deux doigts de devenir mon complice. En me frottant le menton d'une main, pose qui devait certainement me donner un air songeur irrésistible, je pensai que le pauvre homme serait dans une bien mauvaise position si je lui ordonnais de m'aider. Je me demandai si elle oserait s'insurger contre cet ordre qui n'aurait bien entendu aucun autre but que de la faire sortir de ses gonds tout en mettant un autre de mes subordonné dans l'embarras ; d'autres de mes passe-temps préférés. Je sentis un petit sourire sournois étirer mes lèvres ; l'idée était intéressante, mais je la gardai pour un autre jour.
Néanmoins, bien que distrayante, cette intervention avait fait partir en fumée mes espoirs de trouver le moindre mot supplémentaire. Je me repenchai tout de même sur ma grille ; peut-être qu'en me triturant les méninges, j'aurai une illumination soudaine. Absorbé par mes réflexions, je me mis à mordiller le bout de mon crayon. J'avais beau me creuser la tête, je ne trouvais plus rien, les lettres dansaient devant mes yeux tandis que les cases restaient désespérément vides. Vaincu, je poussai un soupir de dépit ; la grille n'était même pas à moitié remplie. Je posai mon visage dans mes mains, les coudes posés sur mon bureau, où plutôt sur les dossiers qui le recouvraient. Mon crayon toujours retenu par mes dents, je laissai mon regard glisser du journal à mes subordonnés qui travaillaient activement, ou du moins, à première vue. Havoc réprima un bâillement tout en frottant ses yeux aux paupières alourdies par la fatigue ou l'ennui, il gardait les yeux rivés sur les lignes de son dossier, mais son regard vide et le temps qu'il passait sur chaque page témoignaient de la réelle ardeur avec laquelle il travaillait. À côté de lui, Breda dessinait sur une feuille plus ou moins cachée par les formulaires qu'il aurait dû remplir. On aurait pu croire qu'au moins l'un d'entre nous trompait son ennui, toutefois le sous-lieutenant gardait un air las, comme s'il s'adonnait à ce passe-temps par obligation et non par plaisir. Je haussai un sourcil en me disant qu'il n'avait peut-être rien trouvé d'autre. Falman lisait un rapport qui avait l'air des plus assommants à en croire son expression mais paraissait consciencieux et concentré sur sa tâche. Fuery, quant à lui, bidouillait une radio, un casque posé sur les oreilles. Hawkeye... Elle recopiait les notes que je lui avais remis dans la matinée avec deux semaines de retard avec un air impassible, comme toujours. D'un certain côté, j'admirais sa capacité à ne pas se laisser décourager par le peu d'intérêt que représentait le travail administratif, c'était bien au dessus de mes forces. Cependant, j'avais beau plaider que j'étais avant tout un homme d'action, aucune négligence ne trouvait grâce à ses yeux. Je lançai un regard désabusé aux encombrants dossiers entassés sur mon bureau en me disant que je devrai peut-être en ouvrir au moins un avant la fin de la matinée sans pour autant me résoudre à le faire. En bref, une journée comme une autre.
Après quelques minutes à contempler le quadrillage qui captait toute mon attention depuis plus d'une demi-heure, je dus me rendre à l'évidence ; il ne m'apporterait plus la moindre distraction. Je me laissai aller contre le dossier de mon siège avec une moue boudeuse, contrarié de ne pas pouvoir terminer ce que j'avais entrepris. D'un geste rageur, je chiffonnai l'insolent papier qui osait se montrer supérieur à mon esprit pourtant aiguisé et le je le jetai dans la poubelle sans ménagement. J'eus une pensée furtive pour les journaux toujours entassés dans mon tiroir, mais alors que j'amorçais un geste vers celui-ci, je pensai qu'il était peut-être préférable d'éviter une deuxième humiliation. Cependant, je ne pouvais pas bouder indéfiniment. Avec un grognement résigné, je saisis un dossier et l'ouvris pour en entamer la lecture. Je fronçai les sourcils en parcourant des yeux la première page ; il me semblait pourtant que ce problème de communication avait été résolu par Fuery le mois dernier. En effet, tout en haut de la page, trônait fièrement la date du 26 juin, comme pour insister sur le retard considérable que j'avais pris. Après les mots croisés, même la paperasse se moquait de moi. Je refermai vivement ce dossier qui me narguait et qui n'avait plus lieu d'être ; le rapport de mon subordonné devait certainement déjà être sur mon bureau, quelque part parmi ses congénères.
J'en saisi un autre sans omettre, cette fois-ci, de jeter un coup d'œil à la date afin de ne pas perdre mon temps avec une plainte obsolète. Je pris une grande inspiration avec la ferme intention de lire ce rapport jusqu'au bout sans sauter la moindre ligne pour aller plus vite. Ce ne fut hélas pas si aisé et l'ennui recommença rapidement à se faire sentir. Le menton négligemment posé au creux de ma main, je fis tourner les pages de manière à les compter pour me donner une estimation approximative du temps que j'aurai à passer en compagnie du problème existentiel que posait la création d'un sondage proposé au civil sur leur vision de l'armée. Il était demandé à chaque service d'établir une liste de questions qui serait ensuite soumise au major Armstrong qui avait gentiment accepté de d'élaborer lui-même ce questionnaire selon les méthodes transmises de génération en génération dans son illustre famille. Il ne m'en voudrait sans doute pas si je ne rendais pas mes suggestions. Problème réglé, dossier suivant. Un bien heureux sourire étira mes lèvres ; cela allait assez vite finalement. Cependant, c'était sans compter sur les rapports les plus récents qui eux, réclamaient une réelle attention de ma part. Je fus un instant tenté de les oublier dans un coin, mais je dus me résoudre à m'en occuper également si je ne voulais pas mettre ma brillante carrière militaire en péril.
Pourtant, alors que je me plongeais dans la lecture d'un rapport de mission au sujet d'une inspection d'un entrepôt suspect, le fil de mes pensées m'échappa complètement. Elles me replongèrent dans mon passé, vers une époque où je ne rechignais pas à me mettre au travail tant j'étais passionné par mon étude. J'avais sans cesse envie de progresser, chaque exercice était une opportunité pour moi de convaincre mon maître que j'étais digne de son apprentissage. Ma pire crainte était alors de d'être renvoyé comme il l'avait fait avec tant d'autres, aussi déployais-je des efforts monumentaux afin d'accomplir tout le travail qu'il me donnait. J'en venais même parfois à effectuer des recherches de ma propre initiative alors qu'à présent, je préférais tenir les formalités administratives le plus loin possible de mon superbe bureau. J'effectuais les missions de terrain avec brio, je n'avais de cesse de parfaire mes recherches d'alchimiste d'État, je rendais toujours mes rapports d'évaluation à temps, mais lorsqu'il s'agissait de ces maudits documents officiels, je ne parvenais jamais à me concentrer.
J'avais passé mon enfance et mon adolescence perdu dans des livres et cet acharnement m'avait valu d'être le talentueux alchimiste des flammes. Bien que mon maître ait d'abord été réticent à l'idée de livrer ses secrets à un aspirant militaire, il m'avait tout appris, certain que je ferai bon usage de son enseignement. Je regrettais parfois l'insouciance de l'enfance, les jeux, la malicieuse complicité qui m'avait uni à mes deux meilleurs amis ; jamais je n'avais retrouvé de rire aussi enivrant que celui de la fille de mon défunt mentor. Lily... Avec une pointe de nostalgie je repensai à l'adolescente aux yeux pétillants de bonheur et au sourire radieux que j'avais rencontré un matin sur le quai d'une gare. Elle n'avait plus rien à voir avec le soldat dur et sévère que j'avais retrouvé lors de la guerre d'Ishbal. Les horreurs de cette guerre l'avaient profondément transformée et depuis lors elle gardait en permanence cette expression froide et indifférente, comme si plus rien ne pouvait l'atteindre. J'avais plusieurs fois essayé de percer sa carapace, toutefois, elle ne semblait pas encline à me laisser l'approcher de trop près et je pouvais parfaitement le comprendre.
Des coups frappés à la porte me sortirent de mes pensées : peut-être une nouvelle mission. J'invitai donc le potentiel providentiel visiteur à entrer avec l'espoir qu'il m'apporte la nouvelle d'une enquête à résoudre qui pourrait me faire sortir de cet pièce. Un jeune soldat entra timidement et se plaça dans un salut irréprochable. Impatient de savoir ce que contenait l'enveloppe officielle qu'il tenait, je lui donnai la parole. Mal à l'aise, le jeune homme s'avança vers mes subordonnés et tendit le document au lieutenant Hawkeye, précisant qu'il lui était destiné. Elle le prit d'une main hésitante, les sourcils froncés d'incompréhension ; lorsqu'une lettre de ce genre nous parvenait, elle concernait généralement toute l'équipe.
Une fois sa tâche accomplie, le soldat s'excusa pour le dérangement avant de disparaître précipitamment de l'autre côté de la porte. Piqué par la curiosité, je ne pus m'empêcher de regarder ma subordonnée durant sa lecture. Ses yeux caramels parcouraient les lignes dactylographiées, elle avait l'air surprise et confuse. Elle me jeta un regard indécis du coin de l'œil sans pour autant prendre la parole ; elle semblait réfléchir. Elle ouvrit plusieurs fois la bouche comme si elle était sur le point de parler mais reportait toujours son attention sur le document qui la laissait, semblait-il, perplexe. Quant à moi je me posais de plus en plus de question quant à son contenu ; il ne s'agirait tout de même pas d'une mission secrète qu'elle devrait effectuer seule et donc me laissant cloîtré ici ? Comme je la regardais avec insistance, elle finit par tourner la tête vers moi.
« Colonel, vous avez demandé ma mutation ? me demanda-t-elle enfin. »
Surpris, je la regardai un instant sans savoir quoi lui répondre. Sa mutation ? Je secouai négativement la tête de droite à gauche tout en manifestant mon incompréhension par ce qui devait être un air ébahi et perdu de poisson hors de l'eau. Pour seule explication, elle désigna la lettre qu'elle venait de recevoir. Je comprenais de moins en moins, pourquoi voudrait-on la muter ? Où ça ? Perdu dans mes réflexions je fixai le papier comme si j'espérais y voir à travers pour percer le mystère de cet ordre inattendu. Devant mon immobilité, elle se leva pour m'apporter l'objet de mon attention. Je la regardai me le tendre sans faire le moindre geste, sans vraiment voir l'encre imprimée sur le papier blanc. Je mis encore plusieurs secondes à réagir et à me saisir du document. Je dus le relire plusieurs fois pour réellement assimiler son contenu ; elle était mutée à la frontière ouest où une guerre menaçait d'éclater avec Creta. Depuis quelques temps il était question d'envoyer des renforts aux soldats en poste, mais il ne s'agissait encore que d'un bruit de couloir, jamais la décision n'avait été officiellement prise. Aucune équipe n'avait encore été sélectionnée et il paraissait improbable qu'un membre isolé soit choisi sans ses collègues. Certes, elle était un excellent sniper, cela ne m'étonnait donc pas qu'elle ait été désignée pour prendre part au conflit, mais c'était arrivé un peu trop brusquement, en tant que son supérieur, j'aurais dû en être averti au préalable.
L'ordre émanait du généralissime en personne, il avait lui-même sélectionné les soldats qui iraient renforcer les rangs de l'ouest. Je ne pouvais m'y opposer, mais je ne pouvais m'empêcher de me questionner quant à cette mutation soudaine. Elle semblait avoir été décidée dans l'urgence ; la lettre était datée d'aujourd'hui et le train qui transporterait les intéressés partait le soir même. Il ne me semblait pourtant pas que la situation fût si grave ; Creta n'avait pas encore attaqué. A moins que Bradley ne songeât à lancer lui-même l'offensive, mais pour quel motif ? Le temps semblait comme suspendu dans le bureau où mes subordonnés fixaient notre lieutenant d'un air incrédule, comme s'ils ne voulaient pas réaliser qu'elle nous quittait. Plus un son ne se fit entendre dans la pièce où régnait une atmosphère lourde. Ce n'était pas tant sa mutation que la perspective de la savoir impliquée dans une nouvelle guerre qui nous laissait sans voix. Elle y serait seule, sans aucun d'entre nous pour la soutenir dans cette épreuve. Elle savait ce qui l'attendait là-bas, nous le savions tous, rien de ce que nous pourrions dire ne la réconforterait. Elle allait devoir tuer de nouveau.
Je respirais le plus calmement possible sans pour autant oser lever les yeux vers mes subalternes. Dans une tentative de mettre fin à cette désagréable situation, je regardai l'heure ; il était midi passé, l'heure de la pause déjeuner. Toutefois, personne ne bougea d'un iota, étrangement, plus personne n'avait faim alors que les estomacs avaient commencé à gronder une heure plus tôt. Hawkeye retourna s'assoir sans mot dire, mais je pouvais voir dans ses yeux l'émotion qu'avait fait naître l'annonce de son départ imminent. Pour la première fois depuis notre retour d'Ishbal qui n'était pas si loin, son masque tombait peu à peu, détruit par l'appréhension, la peur également sans doute, mais aussi les souvenirs de ses balles percutant un innocent aux yeux rouges. Si j'avais envisagé de voir mon équipe entière envoyée à l'ouest, il ne m'était même pas venu à l'esprit qu'un seul d'entre nous pourrait avoir à rejoindre le front. Si seulement j'avais pu anticiper cette décision, peut-être aurai-je pu lui éviter ce désagrément. C'était à mon tour de la protéger et j'en étais incapable.
L'après-midi passa dans la morosité générale, sans qu'un mot ne soit prononcé, personne n'aurait su quoi dire de toute façon. Nous restions tous les six plongés dans notre travail comme pour oublier. Mon premier lieutenant se leva pour débarrasser mon bureau des dossiers qui l'encombraient et aller chercher le courrier pour l'équipe ; le jeune soldat n'avait été dépêché que pour apporter un ordre urgent et important. Je profitai de son absence pour soupirer bruyamment et cesser toute activité cérébrale, affalé dans mon super fauteuil confortable au possible. La joue écrasée contre mon poing, mon coude reposant sur l'accoudoir rembourré, je méditais des arguments pour la plupart inacceptables sans la moindre conviction. Je savais que je ne pourrais rien faire pour lui éviter d'être envoyée sur le champ de bataille, mais je ne pouvais m'empêcher d'espérer trouver quelque chose.
Le cliquetis de la porte qui s'ouvrait me sortit de mes pensées et je me ruai sur mon stylo pour reprendre mon travail à l'entrée de ma subordonnée. Elle entra les bras chargés de dossiers qu'elle vint poser sur mon bureau avant de saisir le premier qu'elle me tendit en me conseillant de le lire en priorité. Je le regardai avec une moue ennuyée ; au moins cela ferait passer le temps, et puis, l'urgence provenait peut-être d'une enquête à résoudre rapidement. Je l'ouvris donc avec le même espoir qui m'avait traversé à l'apparition du soldat et qui mourut tout aussi rapidement ; il m'informait simplement de la création d'un nouveau laboratoire sous la juridiction de l'armée et qui tomberait sous mon autorité dès sa mise en fonction, je recevrais prochainement l'ordre officiel d'affectation. Encore une bonne nouvelle. Rien n'indiquait la fonction de ce laboratoire, le huitième. Déjà ? Il ne me semblait pourtant pas que l'armée ait tant de sujets de recherches nécessitant des expériences poussées. Le personnel était composé d'alchimistes et de médecins ainsi que d'un certain nombre de militaires, sans doute pour s'assurer que le résultat des recherches irait effectivement à l'armée. Il avait été implanté près de South City, loin de la ligne de tension à l'ouest et suffisamment éloignée de la frontière sud pour être à l'abri d'un attentat aerugolais.
La journée se termina dans le silence le plus total. Tout le monde était parti, je me retrouvais seul dans mon bureau, seul avec cette stupide lettre de mutation que je fixais, complètement désarmé. Je n'avais pas terminé mon travail de la journée, mais je pouvais peut-être me permettre de prendre encore un peu de retard pour dire au revoir à Liza. Je secouai la tête de gauche à droite ; elle ne voudrait pas qu'on l'accompagne à la gare, après tout ce n'était pas comme si elle partait définitivement, elle reviendrait une fois les tensions apaisées ou à la fin du conflit s'il y en avait un.
La porte s'ouvrit me faisant sursauter tant je m'attendais peu à avoir de la visite : mon lieutenant préféré revenait chercher un dossier pour le faire envoyer à East city avant de partir pour l'ouest. Je voulais lui parler avant son départ, mais par où commencer ? Le soleil déclinait lentement derrière moi, faisant danser des reflets roux dans sa chevelure blonde, encore trop courte pour être attachée et qui retombait donc librement sur ses épaules. Depuis sa sortie de l'académie, elle était toujours restée dans mon ombre, discrète, silencieuse. Elle ne s'en était jamais plainte, elle semblait n'avoir jamais vraiment pensé à sa propre carrière, comme si la mienne était plus importante. Elle avait tellement fait pour moi que tout le monde ne voyait en elle que mon fidèle bras droit ; je ne pouvais qu'espérer que ce conflit lui donnerait l'occasion de s'affirmer en tant que soldat. Je ne savais comment la remercier, mais je sentais que je devais le faire, que je le lui devais. J'avais beau me répéter que je la retrouverais à son retour, je ne pouvais m'empêcher de penser que je ne devais pas la laisser partir sans lui avoir exprimé la moindre gratitude. Je serais sans doute perdu durant son absence.
Elle me regardait en silence, elle semblait avoir deviné que je m'apprêtais à parler et attendait que je trouve mes mots. Elle avait toujours compris mes intentions sans que je n'ai besoin de les formuler. Cependant, les secondes défilèrent sans qu'un mot ne soit prononcé. Intriguée, elle fronça les sourcils tout en me demandant si tout allait bien. Elle n'eut pour toute réponse qu'un soupir désabusé ; je n'aurais su lui dire comment j'allais en cet instant tant j'étais assailli par différents sentiments, certains que je pensais même éteints depuis longtemps. Après m'être passé une mains sur mon visage comme pour y chasser toute fatigue, je relevai la tête pour planter mes yeux sombres dans son regard inquiet et lui souris comme je pus. L'étirement de mes lèvres n'avait rien de naturel, je pouvais moi-même le sentir, mais elle ne fit aucune remarque.
« Lily... »
Je laissai ma phrase en suspens ; il me semblait à présent que je n'avais pas le droit de continuer, et pourtant, je ne pus m'en empêcher. Je la vis écarquiller les yeux en entendant ce nom que lui donnait son père et qui n'était plus utilisé que par ceux qui pouvaient encore prétendre être proches d'elle. Moi même je ne l'avais plus appelée ainsi tant elle avait soigneusement évité tout rapprochement avec moi depuis nos retrouvailles, ce privilège ne m'était plus accordé et j'avais l'impression de bafouer un trésor sacré en m'octroyant moi-même le droit de l'utiliser.
« Tu n'as jamais regretté qu'on se soit séparé après la mort de ton père? »
Elle se crispa à cette question, prenant une difficile inspiration, comme si son cœur venait de manquer un battement, avant de détourner la tête. Je baissai les yeux sur mes mains moites ; c'était moi qui était parti, moi qui l'avait quittée. J'avais choisi de m'engager dans l'armée sans envisager que ce puisse être compatible avec une quelconque relation amoureuse. Quelle question idiote. Je l'avais abandonnée à peine quelques jours après l'enterrement de son père et même si j'ai été plusieurs fois tenté de lui écrire, de lui demander de me pardonner, jamais je n'avais trouvé le courage de le faire, de crainte d'être rejeté. Il était peut-être temps de lui dire ce que je gardais pour moi depuis si longtemps. Elle m'écouta sans rien dire mais ne m'accorda aucun regard. Je la vis seulement étirer ses lèvres en un sourire triste, signe qu'elle partageait mon opinion ; je m'étais conduit comme un idiot.
Un silence gênant s'installa entre nous. Nous restâmes immobiles, perdus dans nos souvenirs, jamais je ne m'étais senti aussi mal à l'aise en sa présence. Après quelques minutes, elle releva la tête vers moi et m'annonça simplement qu'elle m'avait pardonné ma bêtise depuis longtemps, mais qu'encore une fois j'avais été trop bête pour le voir. Je fronçai les sourcils à sa remarque alors qu'elle me reprochait de ne jamais avoir su interpréter le comportement de mon entourage lorsque cela touchait au domaine affectif. Je lui répondis d'une moue faussement contrariée ; elle avait parfaitement raison.
Peu à peu, son air nostalgique se transforma en un sourire amical. Elle m'avait toujours soutenu, elle avait toujours cru en moi, cependant, j'avais toujours cru qu'elle ne me portait qu'une confiance limitée, celle d'un soldat à son supérieur, rien de plus. Son amitié me manquait et j'entrevoyais enfin la possibilité de la retrouver. Elle me manquait. Nous restâmes quelques secondes sans rien dire comme si les mots nous échappaient ; nous avions tant à nous dire et trop peu de temps pour le faire. Elle rompit le silence en me saluant de manière froide et professionnelle avant de me tourner le dos.
« Attends. »
Elle se retourna à l'apostrophe, me lançant un regard interrogateur. Toutefois, je restais immobile, debout derrière mon bureau, incapable de lui expliquer pourquoi je l'avais retenue. Je ne voulais tout simplement pas qu'elle parte. En tant que sniper je savais qu'elle ne serait pas directement exposée, mais j'éprouvais l'irrépressible peur de ne pas la voir revenir. Je pris une profonde inspiration avant de me diriger vers elle pour la serrer contre moi. Si je ne savais comment le dire, je pouvais l'exprimer autrement. Elle se raidit d'abord à cette étreinte inattendue mais se laissa bien vite aller à poser sa tête sur mon épaule tout en m'enlaçant à son tour. Je levai doucement une main pour caresser ses cheveux dorés. Alors que je m'enivrais de son odeur, mes lèvres trouvèrent naturellement le chemin jusqu'aux siennes, comme si nous ne nous étions jamais séparés. Sans doute étions nous mués par la crainte de ne plus nous revoir et de ne plus pouvoir exprimer ses sentiments que nous aurions dû taire au nom de la hiérarchie.
Elle chercha à s'écarter de moi alors que le baiser s'intensifiait. Une main sous sa veste, je resserrai mon étreinte pour l'empêcher de fuir ; nous avions encore du temps devant nous, ce serait dommage de ne pas en profiter. Le contact de son corps contre le mien m'avait tellement manqué que je laissai avec délice mes lèvres s'aventurer dans son cou, léchant et embrassant chaque centimètre que l'uniforme ne couvrait pas. Je perdais peu à peu le contrôle de moi-même alors que je l'entendais soupirer mon prénom. Sa résistance s'affaiblissait et rapidement, sa main remonta vers ma nuque pour se perdre dans mes cheveux. Nos lèvres s'unirent à nouveau dans un baiser langoureux, entremêlé de soupirs incontrôlés. Alors que je passais ma main sous son tee-shirt, je sentais mes vêtements brûler ma peau, comme si mon corps entier réclamait d'en être débarrassé. Je n'avais rien d'autre que mon bureau à lui offrir pour nos retrouvailles, mais nous n'avions pas vraiment le temps de nous attarder sur des détails de ce genre. Abandonnant nos vestes sur le chemin, je la portai jusqu'au meuble où je l'allongeai délicatement, heureux qu'elle me donne l'occasion de lui dire au revoir correctement. Ainsi, dans la lumière du crépuscule, nos ombres enlacées dansèrent sur les murs au rythme de nos gémissements étouffés tandis que nos corps se laissaient guider par le désir brûlant de découvrir l'autre, de le sentir, le posséder pour enfin perdre la tête sous le déferlement des vagues de plaisir incontrôlables qui nous envahissaient.
À bout de souffle mais comblés, nous restâmes quelques minutes ainsi étendus l'un contre l'autre sans plus penser à l'endroit où nous nous trouvions. Blottie contre moi, elle caressait mon torse alors que je laissais une main courir sur sa peau si douce. Cependant, ce répit fut de courte durée, car si nous avions tout oublié l'espace d'un instant, nous dûmes nous séparer et nous revêtir en hâte, rappelés à l'ordre par l'horloge qui semblait prendre un malin plaisir à continuer sa course pour nous séparer. Avec un pincement au cœur, je regardai son corps disparaître sous ses vêtements ; la séparation était trop brusque, mais nous n'avions plus le temps tant l'heure de son départ était proche. Elle sourit devant mon air abattu et ne résista pas à l'envie de passer ses bras autour de mon cou pour m'embrasser une dernière fois. C'était peut-être naïf, mais j'avais besoin de l'entendre me dire qu'elle reviendrait, surtout maintenant que nous nous étions enfin retrouvés. Elle me répondit d'un de ces sourires dont j'avais précieusement conservé le souvenir, celui de notre adolescence.
Elle devait partir, je dus donc lui promettre de m'occuper moi-même du dossier à envoyer à East City. Je ne pouvais plus la retenir. L'estomac noué, je la regardai refermer la porte derrière elle ; il était l'heure pour elle de se rendre à la gare d'où elle partirait avec quatre ou cinq autres officiers. Je serrai dans ma main les clefs de son appartement qu'elle m'avait confiées ; elle n'en aurait pas besoin là où elle allait. Malgré une certaine morosité, je souris faiblement ; elle ne m'avait rien demandé, rien fait promettre, elle me faisait donc suffisamment confiance pour ne pas avoir besoin d'être rassurée sur mes intentions. Cette nouvelle allégea étrangement mon cœur alangui ; je ne comptais pas gâcher cette nouvelle chance qu'elle m'offrait par une quelconque infidélité, et elle l'avait compris sans que je n'ai besoin de formuler un mot. Je l'attendrais...
Et voilà, ça vous a plu? faut me le dire alors, sinon je posterai pas la suite XD
Merci d'avoir lu^^
