Désolée pour l'attente mais il me faut du temps pour corriger un chapitre^^. Voici donc le deuxième chapitre des aventure du colonel Roy Mustang.
Bonne lecture^^
Chapitre 2: un défilé incongru
Confortablement installé dans mon super fauteuil rembourré, je regardais sans vraiment les voir les lettres de recommandations qui m'étaient adressées. Je devais trier les candidatures pour trouver celle qui assurerait le remplacement de mon assistante jusqu'à son retour. J'avais voulu protester, assurant que mon équipe était tout à fait capable d'effectuer son travail, même avec un effectif réduit, mais on m'avait tout simplement rétorqué que si je ne faisais pas mon choix dans un délai acceptable de deux semaines, on m'imposerait l'une des candidates. Bien qu'intrigué par l'emploi du féminin, je n'avais d'abord rien dit, néanmoins, j'avais rapidement découvert que l'on ne m'affecterait pas nécessairement un soldat mais une secrétaire, aussi le casting était-il essentiellement féminin. Si j'avais d'abord lues ces lettres attentivement, je ne les parcourais plus que d'un œil distrait, trouvant toujours un défaut de taille à la postulante. On ne m'avait cependant pas autorisé à me passer d'assistante le temps de prendre ma décision, aussi devais-je faire mon choix parmi les nombreuses jeunes femmes qui avaient soigneusement rédigé des lettres de motivation auxquelles je ne prêtais pas grande attention.
D'un air las, je levai les yeux vers la jeune femme assise à la place du lieutenant Hawkeye. Je l'avais plus ou moins tirée au sort en saisissant son CV au hasard parmi ceux éparpillés sur mon bureau. Elle recopiait mes notes avec attention, s'efforçant d'écrire le plus lisiblement possible puisqu'elle utilisait la machine à écrire avec une lenteur incroyable. J'en venais parfois à douter que cette femme eût de réelles compétences de secrétaire. Mes beaux yeux sombres balayèrent la salle pour se poser sur les quatre hommes qui dévisageaient la jeune femme, comme des loups affamés devant lesquels on brandissait un morceau de viande, il ne manquait plus que le filet de bave s'échappant de leurs lèvres entrouvertes pour parfaire l'illusion.. Depuis son arrivée le matin même, je n'avais eu de cesse que de les rappeler à l'ordre tant ils semblaient hypnotisés par sa présence.
« Au boulot bande d'abrutis! » Hurlai-je agacé, ce qui les fit sursauter.
J'avais dépassé le stade de l'exaspération depuis la pause déjeuner où ils n'avaient cessé de la questionner tout en bavant allègrement nullement gênés par son ton pompeux, trop occupés à loucher vers ses cuisses partiellement dévoilées par la jupe courte de l'uniforme administratif. J'en arrivais à un point où je ne supportais plus cette femme si bien que son intégration dans l'équipe me semblait compromise. Je regardai les quatre primates qui me servait de subordonnés, en admiration devant celle qu'ils voyaient déjà devenir leur collègue. Elle n'était pourtant pas si belle que ça. Certes mon avis n'était peut-être plus si objectif, mais elle arborait un agaçant sourire niais et en regardant bien, on pouvait s'apercevoir qu'elle louchait légèrement. Peu importait son physique, de toute façon sa journée d'essai n'avait pas été concluante, elle n'aurait donc pas à revenir le lendemain. Je poussai un long soupir dépité ; c'était la troisième que je prenais à l'essai en trois jours, et je devais en chercher une autre. J'étais certain de ne jamais trouver celle qui comblerait l'absence de mon bras droit qui commençait à me manquer terriblement.
On m'avait plusieurs fois fait la remarque que j'étais particulièrement irritable aujourd'hui, et j'avais bien entendu gentiment envoyé balader tous ceux qui trouvaient à redire à mon caractère du moment. Depuis trois jours je devais vivre avec la frustration de ne plus voir Liza. Le jour où j'avais rompu avec elle, quelqu'un de peut-être plus avisé que je ne l'avais pensé sur l'instant m'avait avoué que j'étais le plus grand idiot que la Terre eût porté. Si je n'avais d'abord pensé que cela n'engageait qu'elle puisqu'après tout nous nous entendions comme chien et chat, je devais difficilement admettre aujourd'hui qu'elle avait peut-être raison. Je faillis m'étrangler en réalisant que pour la première fois de ma vie j'étais d'accord avec elle. Pourtant je ne pouvais plus le nier. Quelle idée d'attendre le dernier moment pour renouer avec Liza alors qu'elle m'était désormais inaccessible pour une durée indéterminée ! Je n'espérais pas non plus la moindre lettre, l'ouest étant presque coupé du reste d'Amestris du fait d'attentats criminels revendiqués par Creta. La plupart des lignes de communication avaient été coupées et même les routes étaient barrées ; devant l'ampleur du danger, il était préférable d'empêcher quiconque d'aller vers la frontière ouest. Avec un petit sourire désabusé je caressai le bois de mon bureau sur lequel s'était joué la scène de nos adieux.
La journée se termina donc par la non intégration du sergent Maeva Dreams dans notre équipe. Cependant, alors que je pensais avoir à faire face à la même mine déçue qu'avec ses deux prédécessrices, je dus supporter pendant un quart d'heure ses supplications qui m'assuraient qu'on ne pouvait la juger sur une journée et que je devais lui laisser plus de temps pour faire ses preuves. Quand enfin je réussis à la faire taire, non sans avoir jeter un regard noir aux hommes qui m'encourageaient à accepter un sursis pour qu'ils gardent le silence, la jeune femme comprit enfin que rien ne me ferait plier et que son insistance n'avait d'autre effet que de m'irriter davantage. Je la vis sortir de mon bureau avec un soulagement sans nom tout en congédiant mes subalternes avant de moi-même rentrer chez moi.
Le lendemain, un mercredi comme un autre commençait au QG de Central City. Confortablement installé derrière mon bureau dans mon merveilleux fauteuil, je lisais distraitement un dossier de rappel qui m'enjoignait de rédiger dans les plus brefs délais les questions que je souhaitais soumettre au questionnaire sans quoi l'on passerait outre mon avis. Je refermai le dossier tout en levant les yeux au ciel ; comme ce serait dommage que l'on ne tienne pas compte de mes suggestions. S'ils tenaient tant que ça à faire leur questionnaire qu'ils le fassent mais sans importuner ceux qui n'en faisaient pas grand cas. L'image de l'armée avait toujours été négative et je ne voyais pas en quoi quelques questions posées aux civils y changeraient quoi que ce soit. Ils n'avaient donc rien d'autre à faire ? De plus, il n'était pas difficile de deviner que rien ne serait mis en œuvre pour améliorer les relations entre armée et civils, mais qu'il s'agissait plutôt d'une manœuvre démagogique visant à feindre de s'intéresser à l'opinion de ces derniers. Avec un grognement je pensais que l'on avait déjà suffisamment de paperasse à remplir sans qu'en plus ils nous accablent de documents inutiles. Mon indifférence vis-à-vis de ce projet serait-elle mal perçue ? Peu m'importait, je devais déjà me plier et accepter une nouvelle assistante, je n'étais pas d'humeur à passer tous les caprices de la hiérarchie.
Alors que je jetais le rapport d'un geste élégant sur la pile de dossiers que je n'avais pas l'intention de traiter, des coups me sortirent de mes objections intérieures. Après y avoir été invitée, une jeune femme entra dans mon bureau. Je la dévisageai un instant avant de me rappeler la raison de sa présence. Je me renfrognai un peu plus à cette idée, alors qu'elle se présentait brièvement.
« Sous-officier Sabrina Yard, Monsieur. »
Sans répondre je fouillai parmi les papiers étalés sur mon bureau jusqu'à trouver ses états de services. Elle ne m'était recommandée par personne et ses compétences ne me paraissaient pas spécialement notables, rien qui puisse retenir l'attention sur elle. Après avoir parcouru la feuille je l'autorisai à s'assoir en lui ordonnant de s'occuper des dossiers posés sur son bureau ; il fallait bien que quelqu'un le fasse. Je l'observai quelques instants se saisir de l'un d'entre eux pour en entamer la lecture. Elle me paraissait gauche et empotée. Je constatai quelques minutes plus tard pour mon plus grand malheur que j'avais deviné juste ; elle ne faisait preuve d'aucune autonomie et ne prenait aucune initiative ne serait-ce que pour passer au dossier suivant. Elle s'arrêtait toutes les cinq minutes pour me demander ce qu'elle devait faire et semblait perdue si je ne lui dictait pas son comportement de A à Z. Il paraissait déjà évident à tout le monde que je ne la garderais pas, mais nous en fûmes réellement absolument certains lorsque, une demi heure après que j'aie annoncé le début de la pause déjeuner, elle me demanda timidement si elle pouvait se rendre au réfectoire car elle commençait à avoir faim.
Certes, elle était jeune, mais l'âge n'excusait pas tout. Liza était encore plus jeune qu'elle lorsqu'elle était entrée à mon service, juste après sa sortie de l'académie militaire, et je n'avais jamais eu à me plaindre de son manque d'efficacité ; elle savait toujours ce qu'elle avait à faire. La jeune femme ne cessait de me jeter des regards anxieux, craignant de mal faire et cherchant toujours mon approbation, perdue lorsque je ne la regardais pas, occupé par mon propre travail. Lorsqu'elle ne parvenait pas croiser mon regard elle n'avait alors d'autre choix que de m'interrompre pour me demander de vive voix si elle agissait correctement. Que ce soit sa manière de résumer un dossier ou de taper à la machine, elle réclamait mon avis sur tout. Jamais je n'avais vu quelqu'un qui avait autant besoin d'être rassuré. On sentait dans sa manière d'être qu'elle n'avait aucune confiance en elle et qu'elle avait besoin d'être guidée, sans quoi, elle était complètement perdue. Cette femme n'avait sa place dans aucun bureau, pas à un poste si important en tous cas.
Le soir venu, elle ne sembla pas surprise du verdict qui s'abattit sur elle. Elle ravala difficilement ses larmes tout en assurant que ce n'était pas bien grave, qu'après tout elle avait l'habitude. Depuis son entrée dans l'armée, elle n'était jamais restée bien longtemps dans un service. Au vu de ses piètres performances, cela ne m'étonnait guère, et je ne m'étonnerai pas non plus si elle devait être bientôt renvoyée. Je gardai néanmoins cette dernière pensée pour moi tout en lui assurant avec un sourire qu'elle trouverait certainement un emploi stable, mais qu'elle n'était hélas pas suffisamment qualifiée pour ce poste et que la faute revenait à ceux qui s'étaient lourdement fourvoyés en l'aiguillant vers mon service. Elle acquiesça tristement non sans me remercier de mes encouragements avant de passer la porte. Il me faudrait accueillir une nouvelle dès le lendemain.
La pile de dossiers avait considérablement réduit et je devais à présent chercher de quoi m'occuper lorsqu'il n'y en avait plus un seul à lire, remplir ou signer. Après mon arrivée, j'avais pris mon temps dans la salle de détente pour y boire un café et faire passer le temps. Cependant, cela ne m'occupa qu'un petit quart d'heure, après quoi je dus retourner à mon bureau toujours vide. Je regardai l'heure avec étonnement ; la nouvelle devrait déjà être arrivée. Je m'installai confortablement dans mon fauteuil, dépliai un journal et commençai sa lecture avec attention et intérêt. Mes subordonnés arrivèrent les uns après les autres, plus ou moins ponctuels, mais toujours pas de trace d'une quelconque postulante. Avec soulagement, je pensai que je n'aurais peut-être à tolérer aucune présence indésirable aujourd'hui, qu'on ne m'enverrait peut-être personne et que je n'aurais pas à choisir de remplaçante.
Toutefois, je déchantai une demi heure plus tard lorsqu'une jeune femme encore à moitié endormie passa ma porte, un café à la main. Dans un bâillement à peine réprimé partiellement dissimulé derrière une main pendante et molle, le lieutenant Fanny Fuseau se présenta devant mon bureau. Elle effectua un rapide salut militaire bâclé avant de reprendre une pose plus décontractée sans que je ne l'y autorise.
« S'cusez moi, panne d'oreiller. »
Je la considérai un instant en pensant qu'elle avait bien du culot pour se comporter de la sorte le jour de son entretien d'embauche. Il m'arrivait parfois de fermer les yeux sur un retard de l'un de mes subordonnés puisqu'après tout je connaissais leur réelle valeur, et je n'attendais pas après leur ponctualité pour me faire une opinion d'eux, néanmoins la désinvolture de cette femme me laissait pour ainsi dire perplexe. Jamais je n'avais été témoin d'un tel comportement envers un supérieur ; d'ordinaire les nouvelles recrues s'évertuaient à faire bonne impression pour avoir une chance d'être acceptées parmi leur nouvelle équipe. Peut-être espérait-elle ainsi se démarquer des autres, toujours était-il qu'à peine s'était-elle assise tout en sirotant bruyamment son café que je piochai au hasard un autre CV, cherchant déjà celle qui viendrait à sa place le lendemain.
A l'inverse de son homologue de la veille, elle ne demandait de permission pour rien, et surtout pas pour ses pauses qu'elle prenait toutes les heures pour sortir fumer. Ayant déjà résolu qu'elle nous quitterait à la fin de la journée, je la laissai donc faire comme bon lui semblait, peu enclin à m'époumoner après une recrue indisciplinée que je ne garderais pas. Cependant, je regrettai assez rapidement mon laxisme lorsqu'elle se saisit précipitamment du téléphone pour le décrocher avant que ma main n'atteigne le combiné. Je lui lançai un regard interrogateur qu'elle ignora pour entreprendre un interrogatoire en règle de son interlocuteur qui finit par annoncer qu'il rappellerait plus tard. Alors qu'elle retournait s'assoir je lui ordonnai de ne plus répondre à ma place lorsque je ne le lui demandais pas. Sans même une excuse, elle haussa les épaules avec une moue ennuyée comme si je la dérangeais.
Cependant, alors que je pensais ne jamais pouvoir trouver pire, dès le lendemain, le sergent-chef Mélissa Potter me fit passer le pire vendredi de toute ma vie. Bavarde comme une pie, cette femme ne semblait pas savoir où se trouvait la limite entre vie professionnelle et vie privée. Je fus noyé dans un flot de paroles ininterrompu sans jamais arriver à me faire entendre pour lui enjoindre de se taire. Je m'efforçais péniblement à garder mon sang-froid, pensant que je n'aurais à subir cela qu'une journée, mais il était tellement tentant de se laisser gagner par la colère pour hurler mon désespoir et enfin profiter du silence qui me manquait terriblement. Prenant une profonde inspiration, je me dis qu'il serait dommage d'entacher mon illustre réputation et que cette femme ne méritait pas que je sorte de mes gonds pour une histoire aussi futile ; j'avais mon honneur à défendre tout de même. Je voyais déjà les mines impressionnées de tous ceux qui apprendraient que j'avais enduré ses caquetages incessants toute la journée durant sans jamais intervenir ni la mettre à la porte. J'allais très certainement grandir dans l'estime de nombre de soldats.
Hélas, ce ne fut pas chose aisée. Elle semblait décidée à étaler toute sa biographie dans le peu de temps dont elle disposait. Tout ce qui pouvait se passer ou se dire dans le bureau lui rappelait immanquablement un épisode de sa vie dont elle semblait particulièrement bien se souvenir. Je devais bien avouer que je me demandais parfois si ses récits n'étaient pas pure affabulation tant ils étaient riches en détails et parfois antérieurs à ses quatre ou cinq ans, époque tellement lointaine dans une vie d'adulte que l'on en garde que quelque bribes d'impressions. Sa carrière semblait être parsemée d'un grand nombre de péripéties passionnantes comme les tâches de sauce sur son uniforme après un repas au mess, ou encore ses conversations captivantes avec tel ou tel soldat.
« Le pire je crois que c'est quand mon chat a renversé mon café sur les dossiers que j'avais ramenés, imaginez les problèmes que j'ai eus par la suite. Parce qu'ils étaient importants ces dossiers. Je devais les lire, les trier et les résumer pour qu'ils puissent être analysés efficacement par les généraux... »
C'en était trop, je ne pus supporter un mot de plus. Je me levai donc, prétextant une quelconque chose à faire et pour laquelle je n'avais nullement besoin d'assistance. Une fois derrière la porte, je m'autorisai à pousser un profond soupir de soulagement ; j'étais enfin libéré. Il me fallait à présent trouver de quoi m'occuper, de préférence pendant une heure ou deux. Je déambulai donc à travers les couloirs du QG, tenté d'aller trouver mon meilleur ami, le lieutenant-colonel Hughes, et de l'entrainer avec moi à l'extérieur pour aller boire un verre. Je me ravisai cependant ; il n'était déjà pas normal que j'erre sans but dans les couloirs durant mon service, je ne pouvais me permettre de quitter le bâtiment. Au moins, ainsi je restais à l'intérieur et on ne pourrait me reprocher un quelconque absentéisme et comme de toute façon je n'avais plus rien d'important à faire, je pouvais bien me permettre de prendre une petite pause. Toutefois, il n'y avait hélas aucune distraction entre ces murs. Quelques jours auparavant j'en aurais peut-être profité pour aller à l'accueil user de mon charme sur les hôtesses en minijupes, mais à présent, non seulement je n'en ressentais pas l'envie, mais surtout je devais bannir cette activité de mes passe-temps puisque j'étais à présent engagé. Elle m'avait accordé une dernière chance, je n'allais pas la gaspiller en jouant les idiots.
Elle n'avait pas eu besoin de le préciser, elle avait suffisamment souffert par ma faute, si je devais commettre le moindre faux pas, je la perdrais définitivement. Nous n'étions pas revenus sur l'incident d'Ishbal où j'avais lâchement profité de sa faiblesse pour m'accorder un moment de répit au cours de ce drame que nous jouions tous les jours et dont j'avais été l'un des principaux acteur. Après cette nuit, qui était sa première, elle n'avait plus cherché ma compagnie, ni moi la sienne ; je ne souhaitais pas que cela recommence, j'avais résolu que plus rien ne devrait se passer entre nous. Rien n'aurait dû arriver mais je me rappelais encore trop bien cet irrépressible besoin de me sentir encore humain et vivant, et elle était là, si près, alors que je me maudissais pour ce que j'avais fait quelques années plus tôt, lorsque nous n'étions encore que des enfants. J'avais perdu le contrôle de moi-même. Ça n'aurait pas pu être une autre. Elle m'avait laissé faire et cela avait suffit à endormir ma conscience sur le moment. Peut-être en avait-elle eu besoin également, nous n'aurions pas été les seuls. Je m'étais servi d'elle, je m'étais conduit avec elle comme avec n'importe quelle fille facile qui s'offre volontiers pour une nuit sans chercher plus loin, mais à présent tout serait différent.
Un sourire niais étira mes lèvres alors que je songeais à celle qui était partie depuis maintenant un peu moins d'une semaine. Elle me manquait terriblement et ne pas savoir combien de temps elle resterait si loin de moi ajoutait à ma frustration de ne pas avoir la moindre nouvelle. Quelques bruits de couloirs m'étaient parvenus selon lesquels Creta attaquait par vagues, toujours avec un petit nombre de soldats mais parvenant paradoxalement à faire de gros dégâts dans nos rangs. Les snipers étaient relativement éloignés du cœur des conflits, ils ne faisaient que les surplomber aussi avais-je bon espoir de la voir revenir saine et sauve, toutefois, je ne pouvais empêcher une petite voix me murmurer qu'elle reviendrait à Central entre quatre planches. Cependant, je rejetais cette insupportable idée. J'avais déjà tout prévu pour son retour ; je l'accueillerais avec professionnalisme comme un supérieur se doit de le faire, mais une fois mon service terminé, je l'accueillerais chez moi pour la soutenir et la réconforter après l'épreuve traumatisante qu'elle aurait vécue à l'ouest. Je me demandais si elle avait suffisamment confiance en moi pour croire que je l'attendais sans passer le temps avec une quelconque conquête sans importance. Je soupirai de lassitude ; pourquoi pensais-je à ces choses alors que tout cela devait être bien loin de son esprit ? Peut-être n'avait-elle même pas une seconde pour penser à moi.
Après un bref passage aux sanitaires pour me passer de l'eau sur le visage, je retournai à mon bureau où le sergent-chef Potter racontait à mon équipe comment elle avait rencontré son âme-sœur. Après avoir repoussé l'idée furtive de faire demi-tour, je gagnai mon bureau tout en me questionnant sur la santé mentale de l'homme qui vivait avec cette pipelette. À mon sens, personne ne pouvait supporter tant de bavardages inutiles. Je n'avais pas perdu tant de temps que ça à gambader dans le QG, mais cela m'avait au moins permis de faire une pause. Pendant mon absence, quelques dossiers avaient été déposés sur mon bureau. J'en saisis donc un pour me mettre au travail, ignorant le récit du premier accouchement de la sœur de la jeune femme qui n'avait vraisemblablement rempli aucune des tâches que je lui avais confiées en début de journée.
Je ne fus jamais aussi heureux de voir les aiguilles de l'horloge annoncer dix-huit heures. Alors qu'elle se lançait dans la description en détail de son programme du week end, je la convoquai à mon bureau pour lui signaler que je ne l'attendais pas pour le lundi matin, inutile donc qu'ele se représente. La jeune femme sembla tomber des nues, visiblement choquée de ne pas être acceptée dans cette équipe où elle s'était déjà si bien intégrée. Alors qu'elle tentait de marchander quelques jours de plus je m'efforçais de la faire taire pour lui exprimer mes griefs quant à son inactivité. Gênée, elle avoua tout en se grattant la joue qu'elle n'était pas habituée à ce genre de travail, mais qu'avec du temps elle apprendrait très certainement très rapidement. Je secouai la tête de gauche à droite ; puisqu'on m'imposait une assistante, autant qu'elle soit immédiatement efficace ; après tout ce n'était pas définitif, je n'avais donc pas de temps à perdre avec sa formation. Je dus la couper pour ne pas subir son discours rétrospectif qui m'expliquait que depuis qu'elle était toute petite, les gens étaient intimidés par la facilité avec laquelle elle se liait avec les autres et par son éloquence qui ferait pâlir d'envie les plus grands diplomates. Je me contentai de hausser un sourcil à cette absurdité sans prendre la peine de lui répondre.
Après m'être assuré qu'elle avait bien compris que je ne l'accepterais pas dans mon équipe, je rentrai chez moi, épuisé par la semaine que je venais de vivre. Jamais je n'aurais cru qu'un recrutement puisse être à ce point fatiguant, surtout à raison d'une candidate par jour. Six. J'avais vu défiler six jeunes femmes depuis le départ de Liza et aucune ne faisait l'affaire. Non pas que je cherche à la remplacer, c'était impossible, mais je n'avais vu en aucune d'elle le potentiel requis pour faire partie de mon équipe. Je n'étais pourtant pas si exigeant, je ne cherchais pas la parfaite assistante, seulement une femme discrète et professionnelle. Je ne refusais pas de connaître mieux mes subordonnés, mais au cours d'une conversation, un dialogue, et pas d'un monologue autobiographique ininterrompu.
Je laissai avec plaisir l'eau chaude couler le long de mon corps musclé, dénouant mes muscles, le visage offert aux gouttes qui tombaient en cascade. Je ne pensais plus à rien, laissant de côté la contrainte du choix d'une secrétaire. J'avais mon week end de repos, deux jours entiers pour me changer les idées. Ma journée du lendemain avait été entièrement planifiée par mon meilleur ami qui avait, semblait-il, une grande nouvelle à m'annoncer. Nous irons donc déjeuner je ne sais où après quoi nous ferons je ne sais quoi puisqu'il n'avait pas pris la peine de me préciser les détails. Au passage, moi aussi j'avais quelque chose à lui avouer. Je recommençai à sourire bêtement ; il n'attendait que ça depuis des années. Il m'avait passé le savon du siècle quand j'avais brisé le cœur de celle qu'il considérait comme sa petite sœur pour avoir grandi avec elle et depuis il ne cessait de me harceler pour que j'essaie de me faire pardonner. Si j'avais d'abord eu peur d'aborder le sujet avec elle, je devais avouer à présent que j'aurais peut-être du essayer plus tôt, mais jamais je n'aurais ne serait-ce qu'espéré qu'elle me pardonne si facilement. Le temps avait sans doute fait son office. À moins que ce ne fût l'annonce de son départ qui l'ait ébranlée au point de la jeter dans mes bras. À cette pensée j'eus soudainement peur qu'elle ne regrette ce moment que nous avions partagé. Si elle ne voulait pas de moi à son retour je ne pourrais pas la retenir de force.
Je secouai la tête ; pourquoi me repousserait-elle ? Ça pouvait paraître idiot, naïf ou même prétentieux, mais j'étais aussi certain de ses sentiments que des miens. Ce soir-là je m'endormis comme un bienheureux pour plonger dans de délicieux rêves pas toujours avouables accueilli par une jolie blonde aux yeux caramels...
Voilà, fini. N'était bien? Un p'tit commentaire pour me faire plaisir?
